Hello !
Comme vous avez pu le constater, j'essaie de poster tout les deux jours et j'espère que cette cadence vous plait ;-)
Merci à toutes et tous pour vos messages, qui me font toujours très plaisir !
Bonne lecture !
Alec se tuait en mission. Il essayait d'oublier, de noyer le souvenir imprégné de Magnus montant rejoindre cette femme… Ce souvenir lui faisait mal dès qu'il y repensait et pourtant cela faisait plus de dix-sept mois qu'il l'avait vécu… Dix-sept mois à savoir où était Magnus et avec qui… Dix-sept mois sans le revoir.
Alec ne savait pas pourquoi il se sentait autant attiré par cet homme, mais c'était plus fort que lui. Dès qu'il l'avait vu enfant il avait été fasciné par ce Sorcier, si puissant à l'allure si décomplexée, et plus il l'avait croisé tout au long de sa vie, plus son attrait pour le Grand Sorcier de Brooklyn avait grandi…
A présent il était devenu un jeune homme qui n'avait plus rien à voir avec le bambin qui avait ouvert la porte à Magnus… parfois il regrettait ces moments d'innocence, car tout était plus simple… et il ne souffrait pas autant.
Magnus enchaînait les conquêtes… mais ces derniers temps il se focalisait sur les jeunes hommes bruns aux yeux clairs… bleu était un bonus… Il passait sa vie entre le Pandémonium, son loft terrasse et ses amis Sorciers. La vie était belle, très belle même, il était au sommet de sa puissance, de sa gloire et de son influence, pourtant… Il lui manquait quelque chose, ou quelqu'un… mais dès qu'il se mettait à décrypter ce sentiment de creux dans la poitrine il voyait s'afficher le visage d'Alexander sous ses paupières et aussitôt il refermait son esprit. Non, ce Chasseur d'Ombres était hors de portée ! Il ne pouvait pas projeter son désir sur lui de cette manière !
Pourtant aussi têtu et puissant fusse-t-il, il ne résista pas un quart de seconde lorsque qu'il reçu une requête de l'Institut de New York pour venir apporter son aide dans un crime impliquant un Sorcier. D'ordinaire il aurait refusé de se déplacer, surtout depuis qu'il avait vu comment les Lightwood avait jeté à la poubelle sa vaisselle après le serment de parabatai de Jace et d'Alexander… Mais l'idée de croiser par hasard, cela va de soi, Alexander dans l'Institut…
Sans plus attendre, Magnus se changea et passa un jeans clair, des souliers à sequin argenté, une chemise blanche, et un gilet en coton Égyptien bleu nuit. Il coiffa avec attention ses cheveux en crête, poudra son visage de paillette et traça magiquement ses traits de khôl sous et au-dessus de ses yeux. Il se parfuma avec du bois de santal, puis ajouta des bracelets à ses poignets, un long sautoir noir autour de son cou et un seul pendant d'oreille à gauche. Il était fin prêt.
Il pénétra dans l'enclos de l'Institut par le côté Est, celui qui donnait sur le cimetière… son intuition lui dictait de passer par là et jusqu'à présent il ne s'était trompé qu'en de rare cas, sauf la fois où il lui avait suggéré que Camille était une chic fille, non, cette vampire était positivement folle !
Sans bruit il passa la grille en fer forgé qui formait une rune angélique et longea le sentier de gravier qui circulait entre les tombes qui étaient éparses. Il marchait doucement sans faire le moindre bruit. Puis, soudain il tourna son visage vers la droite, il vit Alexander, assit, adossé à une pierre tombale branlante au nom effacé par l'érosion de la pluie et mangé de mousse. Ses cheveux étaient longs, ils coulaient dans sa nuque et sa frange cachait ses beaux yeux. Il était pâle et ses runes sur ses bras ressortait comme des caractères chinois sur un parchemin vierge. Magnus entendit cette pulsion qu'il avait essayé de repousser tout ce temps, revenir de plus belle, comme une vague frappant la côte avec force. Magnus resta là, en silence, regardant Alexander, qui lisait un codex infernal en se mordillant la lèvre inférieure et prenant des notes dans un calepin calé sur sa cuisse droite. D'une main il tenait le codex, de l'autre il écrivait, ses yeux baissés sur les lignes du livre plus ancien de la naissance de Rome. Sa jambe gauche étendu devant lui et la droite repliée pour faire d'elle un meilleur support. Alexander portait ce que Magnus honnissait le plus : un jeans troué et délavé… pourtant… sur lui ce n'était pas une insulte à la mode, au contraire, il mettait en valeur les trous… Il avait en haut un t-shirt manche longues usé, trop grand et fatigué. Alexander avait remonté les manches sur ses biceps qui avaient doublé de volume. Il était beau. Le genre de beauté qui vous fait vous arrêter pour observer une personne que vous croisez au hasard des rues.
Magnus soupira devant ce tableau qui aurait donné à Michel-Ange des envies de peinture ou de sculpture ! Comment avait-il pu passer à côté de l'évidence : Alexander était destiné à devenir un homme magnifique !
Alors qu'il allait s'avancer de sa démarche faussement nonchalante et vive, une jeune fille approcha. Magnus resta en retrait. Il observa la scène, les lèvres pincées. La jeune fille était brune, coiffée d'une queue de cheval qui balayait sa nuque, des traits asiatiques, fins et une démarche de guerrière, petite poitrine, petite taille, mais élancée. Des habits de cuir noir et un air farouche sur le visage. Elle se détendit en trouvant Alec.
— C'était donc là que tu te cachais, dit-elle en s'arrêtant devant Alec les bras croisés sous sa petite poitrine, comme pour la mettre en valeur.
— Je ne me cachais pas, dit Alec tout en continuant d'écrire dans son carnet.
Magnus nota que la voix d'Alec était devenue plus grave, plus mature, ce qui n'était pas pour lui déplaire, bien au contraire.
— Alors pourquoi tu es venu ici ?
— J'aime le calme, répondit Alec en refermant son codex pour enfin lever ses yeux vers elle.
— Tu ne veux pas assister à l'expertise du Grand Sorcier de Brooklyn ? s'étonna-t-elle.
— … Magnus Bane doit venir ? questionna Alec en ramenant ses jambes sous lui.
— Tu le connais ?!
Magnus tendit l'oreille, son cœur accélérant lentement.
— Un peu… Magnus est doué avec la magie… Il a été appelé pour l'affaire avec le Sorcier ?
— Oui… Il ne devrait plus tarder, à ce qu'il parait on ne sait jamais lorsqu'il va surgir.
Alec sourit, caché par sa frange.
— Oui, il apparaît lorsqu'on s'y attend le moins...
Magnus cru percer là une pointe d'amusement. Il s'en délecta.
Alec se mit debout. Ils regardèrent autour d'eux, pour s'assurer qu'ils étaient bien seuls, Magnus recula un peu plus. La jeune fille vint se blottir contre Alec, qui la serra contre lui.
Le sourire de Magnus s'éteignit.
— Alec, c'est tellement bon de savoir que tu es là pour moi, dit-elle à voix basse, tandis que ses bras se faisaient plus possessif autour du torse d'Alec.
— Je serai toujours là pour toi Aline. Toujours.
— Tu es la seule personne avec qui je peux vraiment parler, c'est pour ça que je t'aime autant, ajouta-t-il en reculant son visage pour caresser doucement la joue gauche d'Alec.
— Moi aussi, répondit Alec.
Aline se mit sur la pointe des pieds pour embrasser Alec, Magnus ne supportant pas ce spectacle et la jalousie aiguillonnant ses actes, il sortit de sa « cachette » bruyamment. Alec et Aline se figèrent. Alec laissa ses bras retomber mollement le long de son corps, Aline s'écarta, suspicieuse, quant à l'apparition de ce drôle de personnage.
— Oh Alexander, bonjour ! lança Magnus faussement enjoué.
— Magnus, dit Alec du bout des lèvres comme frappé par la foudre de l'apparition soudaine de l'homme qui habitait ses pensées les plus secrètes depuis des années.
— On m'a demandé de venir, pour une sordide histoire de meurtre, il me semble…
— Oh vous êtes Magnus Bane ! s'exclama Aline fascinée en reprenant une contenance de guerrière et plus de jeune fille fragile.
— Et à qui ai-je l'honneur ? souligna Magnus avec affabilité, tout en marchant droit vers eux, zigzaguant entre les tombes, ne se gênant pas pour sauter par-dessus une pierre tombale noire.
— Aline Penhallow, dit celle-ci en serrant la main baguée que lui offrait Magnus.
— Charmée de faire la connaissance de la petite amie d'Alexander, dit Magnus qui devait se retenir pour ne pas grincer des dents.
— Oh, je ne suis pas…
— Elle n'est pas…
— Magnus ! s'écria Jace qui venait de surgir dans le cimetière mettant un terme aux bégaiements des deux jeunes gens. On attendait ta venue !
Jace, avec son assurance maladive se permettait désormais de tutoyer Magnus Bane, comme s'ils avaient toujours été intime. Magnus ne releva pas et poursuivit sa route vers l'entrée de l'Institut. Il en avait assez vu et assez entendu pour s'être fait sa propre opinion sur le sujet : Aline et Alexander étaient en couple ! Et cette constatation le minait profondément.
Les trois jeunes lui emboîtèrent le pas et le suivirent dans l'église, à travers la nef et jusqu'au poste de commandement où Magnus fut accueilli par Maryse Lightwood, qui avait à nouveau l'air d'avoir avalé une couleuvre, dès qu'elle le voyait. Dès lors il la suivit dans son bureau pour échanger au sujet de l'affaire.
Alec resta en retrait, les bras ballants, le cœur palpitant. Il n'en revenait pas, il avait vu Magnus ! Il l'avait vu aujourd'hui et lui, qu'est-ce qu'il faisait à ce moment-là ? Il tenait Aline contre lui ?! Il devait lui dire, il se sentait obliger de lui expliquer qu'il se trompait : Aline et lui étaient justes amis ! De très bons amis, mais rien de plus ! Alec ne savait pas si cela pouvait changer quoi que ce soit, mais il ne voulait pas que Magnus s'imagine autre chose… Alors il se posta telle une statue devant l'entrée du bureau de ses parents et attendit patiemment que Magnus sorte de-là. Durant les deux heures qu'il resta-là à faire le pieds de grue, son cœur ne cessa de pulser avec force dans tout son organisme. Si avant il avait put faire abstraction de ses sentiments désormais, il savait ce qu'il en était : il était amoureux de Magnus Bane. Alec avait fini par l'accepter, par comprendre qu'il était gay et que seul Magnus Bane lui faisait tourner très dangereusement la tête.
La porte s'ouvrit, Magnus sortit avec toute sa superbe et Alec fonça droit sur lui.
— Alexander ? s'étonna le Sorcier en voyant Alec lui tomber dessus de façon aussi abrupte.
— Est-ce que je peux vous parler ? demanda Alec avec solennité.
Magnus, toujours blessé et déçu était tenté de répondre non, car il ne songeait qu'à aller boire et s'envoyer en l'air avec n'importe qui pour soigner sa grosse déception, mais devant le regard bleu implorant d'Alexander, il céda.
Alec lui fit signe de le suivre et rapidement, ils s'éloignèrent des couloirs principaux et montèrent à l'aile réservée aux chambres. Alec déverrouilla une porte à l'aide de sa stèle et s'effaça pour laisser le passage ouvert à Magnus. Le Sorcier entra avec curiosité. Il s'agissait à n'en pas douter de la chambre à coucher d'Alec. Elle était à son image : belle et peu soignée. Le lit encore défait, des habits qui étaient jonché comme des peaux mortes sur un fauteuil rempli de livres divers. La table de nuit vide de tout, sauf d'un chargeur de téléphone portable. Aucun miroir, juste des étagères d'ouvrages, un bureau tout aussi peu entretenu, une poubelle pleine de papiers, la fenêtre entrouverte faisait voler les rideaux en tulle de la pièce, ramenait avec l'air frais les odeurs propres de New York et son bruit. Alec referma le battant dans son dos et marcha vivement pour faire de même avec la fenêtre. Magnus marcha jusqu'au centre de la pièce et se tourna vers Alec en ouvrant les bras, sans comprendre la raison de sa présence ici.
Alec s'apercevant soudain du bazar shoota dans quelques habits pour les cacher à la va-vite sous son lit.
— Alexander, pourquoi sommes-nous ici ? dit alors Magnus.
— Je voulais vous parler…
— Hum-hum… Tu voulais me poser des questions sur la sexualité ? tenta Magnus qui ne comprenait vraiment pas ce qu'il fichait là. Tu voulais des conseils pour toi et Aline, navré, mais je ne suis pas le meilleur placé pour ce genre de…
— Non ! s'exclama Alec qui tremblait. Non, dit-il plus doucement devant le sursaut qu'avait eut Magnus. Pas du tout…
— Alors ?
Magnus vit suspendu avec soin et encore en bel état un carquois avec ses flèches. Alec les avait toujours et en prenait grand soin, au contraire de tout ce qu'il pouvait posséder d'autre ! Ce détail donna du baume au cœur de Magnus.
— Je t'écoute, Alexander, dit Magnus de sa voix tendre.
— C'est juste que je… ne sais pas trop comment parler. On ne m'a jamais appris à parler, juste à agir…
Magnus sourit et ne put se retenir de soulever la frange d'Alec pour la faire glisser sur le coté et dégager ses yeux. Enfin Magnus revit les deux billes bleues d'infini d'Alec, son cœur se serra.
— Ecoute ton cœur, il est souvent bon conseiller…
— Ce n'est pas ce qu'on nous apprend… On dirige avec notre tête, pas notre cœur.
— Ah, oui, j'oubliais : tu es un Chasseur d'Ombres, dit Magnus avec lassitude. Que voulais-tu me dire dans ce cas ?
— Je ne suis pas en couple avec Aline, articula à voix haute Alec les joues rouges mais le regard droit.
Un silence pesant s'abattit sur eux.
— Cela ne me regarde pas… Tu peux être en couple avec qui tu veux.
— Mais ce n'est pas le cas ! s'exclama Alec comme à court de preuve pour montrer à Magnus qu'il n'attendait que lui. En vérité, je n'ai jamais été en couple avec personne…
— Cela viendra, avec le temps, dit Magnus qui était subjugué par le bleu des yeux d'Alexander. Tout vint à point à qui sait attendre, dit-on.
— Et si je ne veux plus attendre ? souffla Alec dont le cœur frappait fort dans son corps.
Magnus devait rêver, il sentait comme un courant passer entre eux… oui, il devait se l'imaginer, c'était son propre désir qu'il transposait à Alexander. Alexander, qui était un jeune homme de dix-sept ans… que savait-il du désir qu'il pouvait éprouver pour lui ? Rien. Et c'était bien mieux ainsi.
Magnus sourit et posa avec douceur une main sur l'épaule d'Alexander. Ils faisaient la même taille à présent, c'était troublant cette proximité.
— Le temps t'apportera des réponses et du réconfort, ne sois pas trop pressé de grandir trop vite. On a qu'une seule première fois et elle doit compter.
— Magnus, je…
— Oui ?
— Et si je n'avais pas le courage pour…
— Le courage on le trouve toujours en soi. Et je refuse de croire qu'un Chasseur d'Ombres émérite comme toi, manque de courage.
— Vous le savez comment ?
Magnus sourit pour de bon cette fois, il retira sa main, au désespoir d'Alec, et marcha vers la sortie.
— Je laisse toujours mes oreilles me rapporter tes exploits de toute part, Alexander.
Magnus ouvrit la porte sans y toucher et sortit après un ultime regard. Alec se laissa tomber sur son lit… il avait encore laissé passer sa chance. Avec rage il enfouit son visage entre ses doigts et s'étala sur les draps défaits.
Magnus quitta l'Institut seul, l'esprit embrouillé par cette conversation. Qu'avait voulu dire Alexander ? Rien, ce n'était qu'un adolescent qui cherchait des réponses sur la vie et il avait dû penser que Magnus, qui était centenaire, disposait de certaines clés… Magnus ne devait pas se figurer l'impossible : Alexander Lightwood était hors de portée, point final !
J'espère que ce nouveau chapitre vous aura plu autant qu'à moi! Faites-le moi savoir ;-)
A très vite pour la suite ! :-D
