Coucou tout le monde !

Fire666 et Elida17, comme je ne peux pas vous répondre en message personnels, je tiens à vous remercier par ce biais pour vos sympathiques reviews. Dommage qu'on ne puisse pas plus papoter car je suis persuadée qu'on est sur la même longueur d'onde pour beaucoup de choses concernant Supernatural !

Ce chapitre contient une tite dédicace à Jubei-Kazuki ainsi qu'à ma p'tite soeur. J'espère que ça vous plaira les filles !

Merci à vous tous, sympathiques lecteurs. Bisous à mes revieweuses de choc !

Bonne lecture !


Chapitre 4

Grâce aux indications de Ray, il trouva rapidement l'hôpital, s'enfonça dans le parking souterrain de l'immense bâtiment à la recherche d'une place pour l'Impala et se précipita à l'intérieur via l'ascenseur. Arrivé à l'accueil des urgences, il expliqua brièvement la situation et la personne lui indiqua l'étage du service concerné. L'ascenseur étant trop lent à son goût, il gravit quatre à quatre les marches qui le séparaient du sixième étage. Il ouvrit à la volée le battant de la porte au-dessus de laquelle une pancarte indiquait le service neurologique du centre hospitalier. Puis il arpenta un long couloir au bout duquel il aperçut une femme en blouse rose clair derrière un comptoir. A côté d'elle, une douce musique insistante émanait du téléphone. Mais elle restait avachie, à regarder l'extrémité de ses doigts, peut-être ses ongles. Au bout de quelques secondes, un éclair de génie dut traverser son esprit car elle décrocha. Elle répondit de manière évasive à son interlocuteur tout en prenant conscience qu'elle avait un visiteur de l'autre côté du comptoir. Elle le détailla des pieds à la tête tout en mâchonnant, passant du dégoût à l'avidité. Puis elle raccrocha, l'observa encore un peu avant d'avoir la « présence d'esprit » de lui demander :

- Qu'est-ce que j'peux faire pour vous ?

Il ravala sa remarque acerbe et réfréna son envie de meurtre.

- J'aimerais avoir des nouvelles de mon frère. Il est arrivé, il y a plus de deux heures … en hélicoptère … avec une plaie importante au niveau de la tête … sur la tempe gauche … On était dans les bois près de Newhalem et on a été attaqué par un ours …

Devant le regard bourré d'incompréhension de l'infirmière, il poursuivait ses explications, espérant que le déclic se fasse enfin et si possible, rapidement. L'unique neurone qui gravitait dans ce vide intersidéral qui lui servait de cerveau avait-il grillé lui aussi ?

- D'accord, finit-elle par articuler après un temps de réflexion démesuré au goût de Sam. Votre nom, j'vous prie.

Consterné, il s'aperçut qu'il n'avait plus aucun souvenir du pseudo qu'il avait indiqué au secouriste de l'hélicoptère ! Depuis un peu plus de deux semaines, Dean et lui avaient été contraints de changer les plaques d'immatriculation de la Chevrolet et s'étaient procurés de nouvelles identités. Leur dernière entrevue avec Henricksen ne leur avait pas vraiment laissé le choix. L'agent du FBI était un fin limier et il ne manquait pas de ressources. S'il les retrouvait, il les enfermerait à jamais.

- M. Mahoggoff, je suppose, l'interrompit dans ses pensées une seconde voix féminine bien plus douce que la première.

Interdit, il tourna la tête vers elle. Vêtue d'une blouse blanche, la nouvelle venue affichait un air compatissant et concerné. Devant son regard interrogateur, il acquiesça d'un léger signe de tête avant de replonger dans ses réflexions. Point positif, il savait à présent quel pseudo il avait indiqué. Point négatif, Dean et lui l'avait employé assez souvent lors de leurs différentes chasses, la dernière fois étant pour réserver une chambre dans un hôtel hanté par une petite fille, Maggie, qui s'opposait à la vente de l'établissement et tuait toute personne qui voulait l'en déposséder.

Dans les bois, il n'avait pas fait attention à ce qu'il disait. Il était trop préoccupé par l'état de santé de son frère. Sous la pression, il avait dit le seul nom qui lui était venu à l'esprit et à présent il espérait que ce moment d'inattention ne se retournerait pas contre eux.

- Il a l'air complètement à l'ouest, intervint l'infirmière au chewing-gum.

- Laissez, Emily ! Je vais m'occuper de monsieur, lui indiqua-t-elle avec les gros yeux.

Elle appliqua une main réconfortante dans le dos de Sam et l'encouragea à la suivre un peu à l'écart, dans une petite partie du couloir aménagée en salle d'attente.

- Comment va mon frère ? Demanda-t-il une nouvelle fois, espérant obtenir enfin une réponse.

- Je ne suis pas habilitée à vous répondre mais le neurochirurgien qui s'est occupé de lui viendra vous voir d'ici une petite heure dès qu'il aura terminé d'opérer un autre patient …

- Une heure ! C'est hors de questions ! Je veux avoir de ses nouvelles, maintenant.

- Je comprends tout à fait . Et j'espère vous rassurer en vous disant que le Dr. Monroe est le meilleur neurochirurgien de cet Etat. Je peux également vous informer que votre frère est sorti de la salle d'opération, qu'il est actuellement en salle de réveil et qu'il devrait intégrer une de nos chambres dès que le Dr Monroe aura vérifié ses constantes. A partir de ce moment-là, vous serez autorisé à le voir … Enfin si je peux me permettre un conseil …

Il observait cette jeune femme qui tentait tant bien que mal de le réconforter et de le rassurer sur l'état de santé de son aîné. Il était soulagé d'entendre que Dean était toujours en vie et qu'il allait enfin pouvoir le voir. Mais l'attente d'une heure lui paraissait insupportable.

- ? Vous m'écoutez ? S'enquit-elleavec un sourire tendre.

- Pardon, s'excusa-t-il. Vous disiez ?

- Il y a un petit motel de l'autre côté de la rue, juste en face de l'entrée principale de l'hôpital. Vous pouvez y réserver une chambre …

- Je ne pourrais pas dormir le temps que je ne l'aurais pas vu et que je ne me serais pas assuré qu'il va bien.

- Oui, je comprends mais il s'agit avant tout de faire un brin de toilette car vous ne serez pas autorisé à le voir dans cet état.

A ces mots, il baissa la tête et constata l'état désastreux dans lequel il était : ses vêtements, déchirés par endroit, étaient poisseux. Sur ses manches, la crasse s'était mélangée au sang de Dean et le résultat en était plus qu'écoeurant. Voilà bien une chose à laquelle il n'avait pas pris le temps de penser.

- Oui, je vous remercie docteur … il jeta un œil rapide à sa plaque d'identification où étaient inscrites les initiales A.L. précédant son nom de famille : Beaumont.

- Je ne suis pas médecin, l'informa-t-elle gentiment. Je suis infirmière. Mon rôle ici se résume à assister les chirurgiens pendant les opérations, porter quelques soins aux patients, accueillir leurs visiteurs et les renseigner. Et surtout, vous faire compléter le dossier d'admission, ajouta-t-elle, un sourire à la fois sympathique et malicieux aux lèvres.

A peine trois quarts d'heure plus tard, il était de retour devant le même comptoir. Il s'était lavé et avait rapidement soigné ses propres blessures avant d'enfiler des vêtements décents. Le dossier qu'il avait complété était toujours posé à côté de l'ordinateur et l'infirmière « mâchouillante » ne lui prêtait visiblement aucun intérêt. Lorsqu'elle le vit s'approcher, elle afficha un sourire niais et saisit le téléphone par l'intermédiaire duquel elle indiqua sa présence.

Dans la minute qui suivit, l'aimable infirmière apparut, accompagnée par un homme chauve aux petites lunettes rondes et à l'air grave. Si la jeune femme à ses côtés n'avait pas eu ce sourire réconfortant, il aurait été persuadé qu'un événement dramatique était arrivé à son frère. Il préféra donc se concentrer sur ce visage si calme et tellement doux. Les présentations furent brèves et le neurochirurgien entra directement dans le vif du sujet :

- Les jours de votre frère ne sont pas en danger. La plaie à la tête était certes très inquiétante au premier abord mais il s'est avéré, pendant l'opération, qu'elle n'était pas aussi grave qu'elle le paraissait … La fracture ouverte a été réduite et il devra porter un plâtre pendant environ un mois …

Le soulagement l'envahissait peu à peu et il éprouvait une grande reconnaissance vis-à-vis de ce médecin qui avait pris soin de son frère et continuait de lui dresser un bilan qu'il estimait rassurant compte tenu des événements.

- Est-ce que je peux aller le voir maintenant ? Demanda-t-il, le ton de sa voix révélant toute son impatience.

- D'abord, j'aimerais que vous compreniez que nous ne sommes pas encore en mesure d'établir avec certitude les séquelles qu'un tel choc a pu provoquer. Votre frère s'est réveillé brièvement tout à l'heure. Il était en sueur et totalement désorienté. Ce qui est tout à fait compréhensible. La perte de la mémoire est souvent la conséquence d'un traumatisme crânien. Mais dans les heures à venir, nous allons devoir lui faire passer des examens complémentaires afin d'établir un diagnostique plus complet dont je ne manquerais pas de vous faire part des résultats. Cette série de tests peut être éprouvante selon les patients et il faut qu'il se remette pleinement de l'opération qu'il vient de subir. Ce que j'essaie de vous faire comprendre, c'est que pour le moment nous le laissons se reposer. Alors devant votre empressement, je vous autorise à aller le voir. Mais à la condition que vous respectiez cette période de repos.

Il ne lui fallut pas plus d'une fraction de seconde pour accepter la condition du Dr. Monroe. Il le remercia avant de suivre la sympathique infirmière qui l'accompagna jusqu'à la chambre de Dean. Elle le prévint que l'état dans lequel se trouvait son frère pouvait être impressionnant. Il se retint de lui avouer qu'il avait déjà vu bien pire. En effet, lorsqu'il entra, son aîné était allongé paisiblement sur son lit. S'il n'y avait pas eu ce bandage autour de la tête et ce plâtre sur son bras gauche, il aurait pu croire qu'il dormait. Aucun tube ne sortait de sa bouche et son visage ne présentait pas les couleurs cadavériques qu'il avait observées après l'effroyable carambolage avec le camion qui avait heurté de plein fouet l'Impala, blessant grièvement les deux seuls membres de la famille qui lui restait. Même les bips du monitoring, calmes et réguliers, étaient apaisants.

En partie rassuré par le discours du médecin, il put apprécier pleinement le fait d'être enfin aux côtés de Dean, constatant par lui-même son état de santé, se réconfortant par sa simple présence. Il prit la chaise mise à disposition, s'installa silencieusement près du lit et attendit patiemment le réveil de son grand frère.


Il rêvait. Il en était persuadé. C'était à peu de choses près les mêmes images que dans son rêve précédent, le seul songe de sa souvenance, et il n'y avait toujours pas de son. C'était un défilé de différents passages de sa vie. Enfin, peut-être, car tout ça n'avait aucun sens pour lui. Il voyait ce petit bébé, qu'il maintenait fermement dans ses bras, grandir jusqu'à ce qu'il soit âgé de huit ou neuf ans. Même s'il s'agissait de moments différents, d'endroits variés, c'était le même petit garçon. Il le reconnaissait grâce à ses yeux si clairs et surtout si expressifs. Il n'avait aucune idée de qui il pouvait être mais il savait qu'il était la personne la plus importante au monde pour lui. Alors il se laissa guider par ses songes, attentif au moindre événement, essayant de retrouver ces souvenirs enfouis quelque part dans sa mémoire.

Et comme dans son précédent rêve, tout commença par cette terrible scène où une maison était en flammes. Si le fait de ne rien entendre entravait sa perception des choses, tous ses autres sens, eux, fonctionnaient à plein régime. D'abord, il y avait cette odeur écoeurante dont il n'arrivait pas à définir la provenance. Bien sûr, il pouvait comprendre les effluves carbonisés qui inondaient ses narines. Mais il y avait autre chose, un relent insistant auquel il n'arrivait pas à donner de nom … auquel il ne voulait pas associé d'image … auquel il refusait même de penser ! Et puis cette chaleur insoutenable alors qu'il dévalait difficilement les escaliers avec ce bébé dans les bras. Il était essoufflé. Chaque bouffée d'air qu'il réussissait à emmagasiner lui brûlait les narines, la trachée et les poumons. Sans compter la charge que représentait ce petit être qu'il enveloppait précautionneusement de tout son corps. Comment une si petite chose pouvait-elle être aussi lourde ? Arrivé à l'extérieur, il leva la tête en direction du brasier qui prenait de l'ampleur au premier étage. Puis ses yeux se reportèrent sur l'enfant qu'il maintenait dans une étreinte protectrice. Il comprit que cet instant avait été un moment clé de sa vie, un événement déterminant pour son avenir.

Et puis, comme s'il venait de changer de chaîne, il se trouva propulsé dans un autre lieu. Le bébé avait grandit un peu. Il se tenait assis sur un vieux fauteuil bien trop vaste pour lui. Sa bouche était barbouillée de cette espèce de purée verte malodorante qu'il tentait de lui faire ingurgiter. Qu'est-ce que ça pouvait bien être ? Des épinards ? De toute évidence, il devait faire des singeries pour réussir à lui enfourner la cuillère. Le petit bout d'chou alternait donc rires et grimaces de dégoût. Soudain, il s'arrêta, le fixa longuement de ses petits yeux souriants. Puis il tendit ses minuscules mains vers lui et, tout en projetant une flopée de postillons verdâtres, il prononça un mot qu'il ne put malheureusement pas entendre. Pourtant ce qu'avait dit ce bébé devait être de toute première importance car il lâcha l'assiette et le contenu se répandit sur le sol, faisant éclater de rire le petit par la même occasion.

Zap ! Quelques mois plus tard. Le bébé s'était transformé en « mini-garçonnet ». Il essayait de se mettre debout en prenant appui sur une chaise. Après une tentative infructueuse qui se solda par une chute sur les fesses, il retenta sa chance et fut récompensé de ses efforts. Extrêmement fier de sa prouesse, il se retourna vers lui, un immense sourire satisfait aux lèvres. Hardi, il lâcha une première main puis la deuxième, gardant un équilibre plus que relatif. Enfin, il se lança et fit quelques pas dans sa direction avant de s'étaler de tout son long sur le sol. Il se précipita à son secours, le relevant délicatement. Mais alors qu'il pensait le trouver en larmes, il vit son magnifique sourire et sa mine réjouie avant de se séparer de son étreinte et de renouveler l'expérience.

Autre moment, autre lieu. Il était couché mais il ne dormait pas. La lumière d'un lampadaire filtrait à travers les rideaux de la chambre éclairant un bambin en pyjama, âgé d'environ quatre ans. Il se tenait debout près du lit, les yeux brillants, certainement victime d'un mauvais rêve. Sans qu'aucune parole ne soit échangée, il souleva les draps, l'invitant par ce simple geste à venir se réfugier près de lui. L'enfant se rua sous les couvertures et se blottit contre lui avant de sombrer dans le sommeil.

Il courait à en perdre haleine. De toute évidence, il était en retard. A l'angle d'une rue, il prit sur la droite. Son regard se porta instinctivement sur l'enfant assis seul sur le bord du trottoir, devant une grille fermée où un écriteau indiquait l'école primaire. En l'entendant arriver, le petit garçon releva la tête, lui adressa un sourire, prit son cartable et se mit debout. Son visage ne lui envoyait aucune animosité, aucun reproche pour son retard. Au contraire, son regard reflétait tout le bonheur et le soulagement de le voir arriver. Là encore, aucune parole ne fut échangée. Il se contenta de prendre son sac bien trop lourd pour un petit bonhomme de cet âge-là et ils rebroussèrent chemin côte à côte.

D'autres images défilèrent de la même manière : l'enfant brandissant joyeusement la coupe que son équipe et lui venaient de gagner à un match de football, le petit garçon boudeur qui aurait préféré mille fois continuer sa lecture plutôt que perdre son temps à table où il était forcé de manger, le garnement capable de se faire tout pardonner d'un simple regard, l'infatigable curieux qui posait mille et une questions auxquelles il ne pouvait lui fournir de réponse …

Et c'était à ce moment précis que son rêve dérapait, qu'il se transformait en cauchemar et que, la dernière fois, il s'était réveillé en sursaut. Il se sentait oppressé. D'un côté, il voulait comprendre, se souvenir, mais d'un autre, il savait qu'il avait la réponse bien enfouie dans un coin de sa tête et qu'il était préférable de la laisser où elle était. Le petit gars tendait vers lui un livre, une sorte de journal personnel empli de notes variées et de coupures de journaux. Il le regardait fixement, attendant des réponses à ses questions. Si parfois les mots n'étaient pas utiles, ils avaient ici toute leur importance. Et même s'il n'était pas en mesure de les entendre, ils faisaient mal, très mal. Le visage de ce jeune garçon d'environ huit ans se décomposait à mesure qu'ils avançaient dans la conversation. De son côté, sa gorge était nouée, sa respiration saccadée, l'air refusant d'entrer dans ses poumons meurtris et son torse était comme serré dans un étau. Le malaise s'amplifia jusqu'à la déconnexion totale de son cerveau. NON ! Et comme la première fois, il se réveilla haletant.


Son premier réflexe fut d'examiner en un clin d'œil, mais de fond en comble, le lieu où il se trouvait. Il n'était plus dans cette salle stérile où il s'était réveillé la première fois. Il découvrit alors une chambre individuelle, d'un blanc immaculé. L'air ambiant était chargé d'éther et les bips du monitoring explosaient dans sa tête comme le feraient de minuscules bombes à intervalle réguliers. Il ne désirait qu'une seule chose : se barrer d'ici ! Et le plus rapidement serait le mieux.

Quant au médecin bougon aux petites lunettes rondes qui lui avait pris la tête avec ses questions auxquelles il n'avait pas de réponse, il avait disparu. En revanche, assis sur une chaise près de lui, il y avait ce grand gaillard aux cheveux bien trop longs qui dissimulaient en partie ses yeux emplis d'inquiétude. Si cet homme n'avait pas été âgé d'un quart de siècle environ, il aurait pu jurer qu'il s'agissait du même petit garçon qu'il avait vu dans son rêve. Tout était dans son regard. Et sans même le connaître, sans même pouvoir lui attribuer un prénom, un lien de parenté ou tout autre type de relation avec lui, il savait au plus profond de lui-même que c'était quelqu'un de proche, une personne qu'il appréciait et en qui il pouvait avoir toute confiance.

- Dean ? Comment tu te sens ? Lui demanda-t-il.

Il avait pourtant chuchoté mais chaque parole résonnait encore dans son crâne douloureux. Alors, c'était ça son nom ? Dean. Il regarda l'inconnu qui le fixait, attendant toujours une réponse. De sa bouche pâteuse, il essaya d'accéder à sa requête :

- Mal à la tête, réussit-il à articuler dans un souffle.

- Ben, c'est normal avec ce qui t'es arrivé. Tu veux que j'appelle le médecin ?

Il refusa d'un léger signe de tête. Bouger le faisait autant souffrir que parler ou même écouter.

- Qu'est-ce que je peux faire pour toi, alors ?

Il avait une furieuse envie de lui dire de commencer par arrêter de poser des questions mais ça aurait été trop long. Il se contenta donc d'un :

- Rien.

L'homme devant lui se rembrunit. Sa moue déconfite et ses yeux malheureux l'obligèrent à rassembler toute son énergie pour changer d'attitude. Il ne le connaissait pas mais il ne supportait pas de le voir dans cet état.

- Merci de t'inquiéter pour moi. Mais ça va aller, se força-t-il à dire tout en essayant d'être convaincant.

Aussitôt, l'inconnu se détendit et lui sourit timidement. Sans se l'expliquer, il se sentit mieux également. Le seul problème, c'est qu'il venait d'encourager ce mec à reprendre ses foutues questions :

- Tu ne me demandes pas où est ton bébé ?

Ah ! Une info inté avait fait ce même rêve deux fois. C'était donc bien qu'il avait une signification. Il mit donc tous ses espoirs dans cette question qui lui brûlait les lèvres :

- J'ai … un enfant ? Osa-t-il avec plein d'espérance.

- Non, Dean ! Je te parle de ta voiture, l'amour de ta vie !

- Ah, fit-il déçu et complètement perdu.

L'inconnu l'observa une minute, interdit. Puis il plissa les yeux comme s'il se méfiait. Il avait l'air de beaucoup cogiter. Enfin, il ouvrit la bouche pour parler, se ravisa avec un sourire en coin et finit par se lancer :

- Oh arrête ! Tu ne vas pas me faire croire que tu ne te souviens pas de ta caisse, Jason Bourne !

- J'croyais que je m'appelais Dean, s'inquiéta-t-il, ne comprenant vraiment plus rien à cette conversation.

Cette fois, le mec en face de lui écarquilla les yeux, visiblement très surpris de sa réponse. Puis il fronça les sourcils et le scruta intensément. Au bout de quelques instants, son air de chien battu réapparut.

Il lui aurait bien dit quelque chose de réconfortant mais il n'avait aucune idée de se qui se tramait dans sa tête. Ses réactions étaient bizarres. Il agissait comme s'il ne croyait pas en son amnésie. A moins que le médecin ne lui ait pas dit qu'il avait perdu la mémoire. Il était sur le point d'évoquer le sujet mais, d'une voix étranglée, le grand gaillard le devança en lui posant la question fatidique :

- Mais Dean, enfin quand même, tu … tu sais qui je suis ?