Mon regard croisa le sien juste avant qu'il ne tombe inconscient, et en cet instant fugace je sus que je ne pourrai pas m'enfuir et l'abandonner. Jamais.
Bellamy, il est hors de question que je te laisse. Maintenant, Clarke, ma fille, ressaisis-toi et prends ton courage à deux mains !
Je réfléchis rapidement, et il me parût comme évident que la seule chose que je puisse faire à ce moment-là était de tenter de me défendre et de protéger Bellamy.
(Oui okay, on arrête le délire, je n'y croyais pas une seule seconde, moi seule face à un guerrier surentraîné...) Mais en jetant un coup d'œil à Bellamy sur le sol, une froide détermination s'insinua dans mon esprit, et je me mis devant lui, les jambes fléchies, les sens en alerte en tenant fermement le couteau que j'ai récupéré dans la veste de Bellamy.
Un homme camouflé parmi les arbres sauta souplement à terre et se dirigea vers moi, l'air menaçant. Il est vraiment, vraiment grand ! Je me rends compte que mes chances de survie étaient quasi-nulles face à cette armoire à glace qui s'était approché, et me toisait maintenant à tout juste quelques pas de moi, me dominant de deux têtes. Il gardait le silence et posait sur moi un beau regard bleu pâle, qui avait, me semble-t-il, la capacité de sonder mon âme jusque dans ses moindres recoins. Je tentais tant bien que mal de masquer la peur qui m'oppressait, et supportant son regard sans ciller, je me risquai à prendre la parole la première :
- Pourquoi nous avez-vous attaqué, et que voulez-vous ? Demandais-je d'une voix glaciale qui ô merci ne tremblait pas.
- Vous devez nous suivre, Clarke Griffin. Vous n'avez pas le choix, mais il vaut mieux pour votre ami que nous n'ayons pas besoin d'utiliser la force.
Je ne pus réprimer un léger sursaut en entendant mon nom prononcé par ce guerrier étrange, qui même s'il ne m'inspirait pas confiance, ne me semblait pas véritablement hostile non plus.
- Nous ? Vous êtes seul ! Pensez-vous sérieusement que je vais suivre quelqu'un qui vient de poignarder mon ami ?
- Je n'ai jamais été seul, mademoiselle Griffin, et quand à votre ami, le poison mortel dont nous enduisons nos lames aura atteint son cœur d'ici peu. Je ne peux que vous conseiller de ne rien tenter de "stupide".
A l'entente des mots « poisons mortels » mon cœur rata un battement, et pour la deuxième fois en quelques heures, un sentiment indéfinissable m'enserra la poitrine.
C'est là qu'une dizaine de silhouettes fondirent des arbres en formant un cercle autour de nous, ne me laissant aucune échappatoire. Bellamy. Mon cœur battait beaucoup trop vite à la simple idée qu'il puisse mourir si je prenais la mauvaise décision. Il est pâle, trop pâle. Il se peut que l'homme dise vrai, ou mente. Mon choix était vite fait, et pour toute réponse je laisse tomber mon arme sur l'herbe devant moi. Deux de ces hommes étranges s'approchèrent de Bellamy et le mirent sur une civière, pendue entre deux chevaux, comme sortis de nulle part.
- Qui êtes-vous ? Demandais-je.
Un homme m'attrapa par derrière, et avant que je puisse bouger, me recouvris le nez et la bouche avec un tissu noir d'où émanait une forte odeur qui ne m'était pas inconnue.
Je vais perdre connaissance.
Au moment où cette pensée jaillit dans mon esprit, mes jambes me lâchèrent, et je me sentis m'effondrer à genoux sur l'herbe, comme si je m'endormais contre mon gré. Je luttais de toutes mes forces pour garder les yeux ouverts et rester éveillée, mais mes efforts furent vains, et juste avant de sombrer à mon tour dans l'inconscience, j'entendis l'homme s'approcher et me dire tout bas, au creux de l'oreille :
- Nous sommes les "Errysis" mademoiselle Griffin.
