Chapitre 4 : Une chose dans la pénombre
Instinctivement, Aster banda son arc et se dirigea vers le côté est. Elle percevait la Colline Haldia, haute, imposante et sombre. Mais il lui semblait que quelque chose bougeait dans le vallon. Une forme noire, qui mouvait doucement. Elle venait de descendre la Colline Haldia et se dirigeait vers la Colline Minierth.
Aster se tapis derrière un arbre, et attendit, l'arc prêt à la main. La chose se déplaçait vite et facilement. Ce n'était pas un Cavalier Noir, mais cette chose ne pouvait avoir de bonnes intentions derrière la tête. La jeune femme ne savait quoi faire. Attendre ou réveiller ses compagnons ? Elle se laissa alors guider par son instinct qui lui disait qu'il y avait danger et que plus elle attendait plus leurs chances de fuir étaient minimes. Elle se glissa sans bruit aux côtés de Legolas qui était appuyé contre un arbre et le secoua :
-Il faut partir, murmura-t-elle. Quelque chose d'inquiétant grimpe vers nous. Il nous faut mettre le plus de distance entre elle nous !
L'Elfe, parfaitement réveillé entreprit de secouer les autres tandis que Aster rassemblait les affaires, les montait sur les chevaux et les poneys.
-Qu'est-ce qu'il se passe ? Demanda Merry d'une voix pâteuse.
-Il faut partir, vite, ordonna la jeune femme.
Gimli éteignit le feu, Aragorn aida à monter les paquets, et Boromir, avec l'aide de Legolas, levait les Hobbits.
-Quel heure est-il ? Voulut savoir Frodon, en montant en selle.
-Pas loin de minuit, répondit Aster.
Dès que tous furent sur leur monture, ils partirent au grand galop, dévalant la pente douce pour aller de l'autre côté de la Colline. Juste à temps.
Une créature, vraiment hideuse, aux yeux presque fermés, aux narines semblables à celles des serpents, qui marchait tantôt à quatre pattes, tantôt à deux pattes arriva au sommet de la Colline Minierth. Il semblait être aveugle et se fier à son odorat. Il renifla à plusieurs reprises, s'approcha du feu éteint.
-Sssss, siffla la créature. Les hobbits sont partis... partis ! Mais pas loin. Ils n'ont pas pu aller loin. Ssss... Ils sont partis il n'y a pas longtemps. Ssss... je vais les rattraper ! Oui, les rattraper et les égorger, avec tous leurs petits amis ! Ssss...
Sans bruit, elle se dirigea vers le côté nord et entreprit de redescendre.
Les chevaux, lancés au galop atteignirent la forêt Harar au petit matin. Aster tira sur la bride, son étalon s'arrêta. Elle attendit que tous l'aient rejoint.
-La soleil se lève, constata Legolas. Mais elle semble si faible, sa luminosité semble avoir tellement diminuée depuis hier.
-Les ténèbres enveloppent ce monde, répondit Boromir.
-Pouvons-nous nous arrêter pour faire un somme ? Interrogea Pippin.
-Non, pas encore. La créature que j'ai vu cette nuit n'est pas loin, je le sens. Il faut la semer. Allons jusqu'à la Rivière d'Argent. Une fois traversée, nous serons dans le domaine de Eberth, qui pourra nous accueillir. Là vous pourrez vous reposer.
A ces mots, elle s'enfonça dans la forêt, les autres la suivirent. Les arbres étaient vieux, fins, grands, majestueux. Les rayons de soleil passaient à peine. De temps à autres, Aster se retournait, comme pour voir si la créature les suivait toujours.
-Qu'est-ce que c'était comme genre de créature ? Demanda Gimli.
-Je ne sais pas, je n'ai pas bien vu. Elle se déplaçait bizarrement, comme si elle passait tantôt à quatre pattes tantôt à deux pattes. Mais elle se déplaçait vite, et facilement. Grimper la colline dû être pour elle chose vraiment aisée.
-Ce n'était donc pas un Cavalier Noir, conclut Frodon.
-Non, mais il y a de fortes chances pour qu'ils soient en lien, répliqua Aragorn. Ou du moins pour que cette créature travaille pour Sauron ou Saroumane.
Plus la troupe allait loin, plus il faisait sombre. Bien vite l'atmosphère devint oppressante. Il n'y avait plus un chant d'oiseau, plus une feuille verte, tous les arbres en étaient dénudés. Le soleil ne filtrait plus, l'air devenait de plus en plus froid.
-Brr... frissonna Gimli. Je n'aime pas cet endroit. J'ai l'impression d'être dans l'antre des morts.
-Et puis j'ai faim, gémit Pippin. Ne pourrait-on pas s'arrêter...
-Pas avant d'avoir passé la Rivière d'Argent et d'être sûr d'être en sécurité, coupa Aster.
-Mais ne serait-ce que dix minutes ! Supplia le Hobbit.
-Ce serait dix minutes que nous donnerions à notre poursuivant, répliqua la jeune femme.
-Peut être... peut être que cette chose ne nous suit plus, suggéra Sam.
-Oh que si. Je sens sa présence !
Il continuèrent à chevaucher. L'allure ralentissait car les racines, les ronces, les arbres abbatus barrant la route se faisaient de plus en plus fréquents.
-Quand pensez-vous que nous arriverons ? Demanda Boromir.
-J'espère que nous serons à la Rivière avant que la soleil se couche, répondit Aster. Mais elle est déjà bien haute, je crois. Si seulement nous pouvions accélérer un peu ! Mais cela est hélas impossible. L'aspect de la forêt a bien changé. La dernière fois que je suis venue ici, le chemin était plus accessible. On pouvait presque le prendre au grand galop.
Peu avant le crépuscule, ils sortirent de la forêt. Au loin, la Rivière d'Argent serpentait tout autour d'un terrain composé de colline pas très hautes, de vallons et de terrains plats. La Communauté se dirigea vers là. Rapidement elle atteignit la Rivière et trouva un endroit peu profond pour traverser.
-Oh, Elbereth Gilthoniel ! Soupira Aster. Nous y sommes arrivés avant la nuit.
-Oh, par Eru, gémirent Pippin et Merry d'une même voix. J'ai faim !
-Ne vous en faites pas. Bientôt vous aurez de quoi bien vous remplir l'estomac !
Les compagnons chevauchèrent encore une demi heure, contournant les collines, et virent, au creux d'un vallon entouré par cinq collines, une jolie maisonnette toute de bois construite. Un petit porche abritait l'entrée et les fenêtre portaient de fin rideaux de dentelle.
Aster descendit de son étalon, et le mena jusqu'à l'entrée ; frappa trois coups à la porte. Ses compagnons la rejoignirent. Ils attendirent quelques instants puis entendirent quelqu'un à l'intérieur dévérouiller la porte et ouvrir. Ils virent une jeune femme, dont les cheveux, semblables à de l'or tombaient en douces vagues sur ses épaules. Ses yeux, de couleur noisette étincelaient avec les derniers rayons de soleil. Elle portait une légère robe blanche qui tombait jusqu'au sol en formant de nombreux plis. Elle les regardait surprise.
-Aster ? Demanda-t-elle, avec étonnement.
-Bonsoir, Eberth. Nous sommes venus te demander l'hospitalité pour cette nuit. Voici Frodon, Merry, Sam, Pippin, Boromir, Aragorn, Legolas et Gimli, ajouta-t-elle en désignant chacun d'eux.
Eberth s'effaça de l'entrée pour les laisser passer.
-Merci bien, répondit Gimli.
Après un copieux dîner, Eberth s'en alla préparer la chambre où elle logerait ses invités, tandis que ceux-ci s'étaient réunis autour de la cheminée. Gimli et Aragorn fumaient la pipe, Sam somnolait, Frodon, Pippin et Merry regardaient le feu crépiter, Legolas faisait jouer ses couteaux et Boromir observait par la fenêtre. Aster quant à elle étudiait la lame de sa dague. Pour rompre le silence, Aragorn demanda à Aster:
-Auriez une histoire ou légende à nous raconter que nous ne connaissions pas ?
La jeune femme réfléchit puis:
-A Eorny, il y a la célèbre histoire de la Dame Blanche.
-La Dame Blanche ? S'étonna Sam qui, d'un seul coup, semblait parfaitement éveillé.
-On raconte qu'elle n'est visible seulement la nuit, et quand il y a grande foule dans les rues (ce qui est fréquent à Eorny).
-Comment est-elle ? Interrogea Boromir.
-D'après les témoignage, c'est une très belle jeune femme. Beaucoup vous diront que c'est la plus belle femme qu'ils n'aient jamais vu. Belle hyperbole ! Ironisa Aster. Mais peut être pas, je ne sais pas.
Pendant qu'elle parlait, Legolas songea à la femme qu'il avait croisait à Eorny. Elle aussi était d'une beauté à couper le souffle.
-On dit qu'elle est toujours habillée de blanc, d'où le nom de Dame Blanche. Tous ceux qui l'ont vue n'ont jamais vu son visage. Ils la décrivent comme ayant une longue chevelure châtin clair, ondulée. Sa robe blanche cousue dans un tissu léger traîne par terre cachant ses pieds. Elle porte dans les cheveux une fleur, qu'on appelle Emië, ou bien goloth melethril une fleur très rare qui ne pousse que dans les coins les plus reculés de la montagne.
-Emië ? Dit Merry. Je n'en ai jamais entendu parler.
-On l'appelle aussi la fleur des amoureux, expliqua Aragorn. D'après ce qu'on dit, elle serait magique : quand un homme, ou une femme l'offre à l'élu(e) de son coeur, la fleur, par sa couleur et sa beauté montre l'amour que celui qui offre porte à la personne qui reçoit. Plus la fleur est colorée, plus elle est belle, plus l'amour est fort. Par contre, si elle flétri, si ses couleurs se perdent, si ses pétals tombent, on peut être sûr que l'amour n'est pas sincère ou qu'il s'affaiblit peu à peu.
-C'est exact, approuva Aster. Et donc celle que l'on nomme la Dame Blanche en possèderait une dans les cheveux. D'après les dires, elle se déplace rapidement, silencieusement, elle a une démarche glissante, un peu... un peu comme celle des elfes.
A ces mots, Legolas sursauta.
-Eh bien, que se passe-t-il ? Demanda Aragorn.
-Je crois l'avoir croisée quand nous sommes restés à Eorny.
-Ah bon ? S'étonna Boromir. Etait-elle telle que Aster l'a décrite ?
-Oui. Et ce n'était pas une hyperbole que de dire qu'elle était la plus belle créature jamais vue en ce monde.
-Même la surprenante beauté des Elfes ne pourrait la surpasser ? S'exclama Sam.
-Oui, je le pense en tout cas.
-Avez-vous vu son visage ? Demanda Aster.
-Hélas non ! Comme ceux qui m'ont précédé elle ne m'est aparue seulement de dos. Mais j'aurais tout donné pour voir son visage, ne serait-ce que de loin !
-Et... la voir signifie quelque chose, de bon ou maléfique ? Demanda Gimli.
-Eh bien... certains disent que la voir donne un signe d'amour. Que bientôt, la personne qui l'a vu tombera amoureuse de quelqu'un et que son amour lui sera réciproque. Ce qui est une bonne chose. D'autres au contraire disent que la voir est un signe de dépérissement. La personne dépérira lentement de chagrin et d'amour. D'autres encore assurent que pour guérir n'importe quelle maladie, de coeur ou physique, il faut la croiser, poser un seul regard sur elle et tout le mal est emporté. Bien sûr cela n'a jamais été vérifié.
-Et vous, qu'en pensez-vous ? Interrogea Frodon.
-Je n'en pense rien du tout, je ne l'ai jamais croisée. Mais ce n'est qu'une légende, je rappelle.
-Pas tant que ça, si notre ami l'Elfe assure l'avoir vue, répliqua Boromir.
Eberth revint, et les invita à se coucher. Ils montèrent un petit escalier, et dans une grande pièce semblable un peu à un grenier leur hôte leur avaient préparé une petite couchette. Quatre couchettes s'alignaient d'un côté et cinq de l'autre.
Le matelas était confortable, et Aster sentit la douce odeur de la paille fraîche. Les couvertures étaient chaudes et pas trop lourdes. Par l'unique lucarne au plafond, la lune laissait filtrer ses rayons.
-Dormez en paix, voyageurs, murmura Eberth. Vous êtes ici sous mon toit, rien ne peut vous arriver. Aucun mal ne peut vous toucher.
