Bonjour/Bonsoir ~

Oui c'est pas bien, j'devrais m'occuper de Geek In The Pink et de Near et le Sport, mais j'ai eu une inspiration soudaine pour faire ce chapitre, ça m'a genre prise d'un coup, et j'me connais, si je laisse passer, ça va durer longtemps 8'D

Donc voilà la suite de cette fic, que je reprends officiellement, considérant qu'il ne reste que deux-trois chapitres à Geek in the pink. J'vais aussi réécrire le premier chapitre ici, je le trouve horriblement laid :'D

Bref, bonne lecture à qui voudra lire ceci ~


Il marchait dans un couloir vide, espacé, avec un carrelage blanc cassé recouvrant le sol et un bleu étrange aux murs. Ce bleu qui recouvrait tous les murs de la Wammy's, à croire qu'ils avaient eu une réduction sur les pots de peinture. Ce bleu pâle et laid, qui n'attirait même pas le regard, ce bleu poussière qui l'indifférait totalement. A présent, il l'entourait, ce bleu, uniquement brisé par l'éclat blanc du carrelage.

Le bruit de ses pas se répercutait en écho dans l'immensité vide de ce couloir qui ne semblait avoir de fin. Cet écho lui rappelait celui des églises, où l'on entend rien à part soi-même, où le moindre bruissement de tissu est amplifié, attirant l'attention des rares visiteurs de l'antre sacrée sur vous, mettant mal à l'aise même le plus impoli des galopins. Mello aimait les églises, mais ne supportait pas ce silence oppressant où le simple froissement de l'aluminium d'une tablette de chocolat était considéré comme le pire des manques de respect.

Un unique néon, étrangement long, éclairait le couloir de sa lumière vive et vacillante. Ca existait des néons aussi longs ? Mello ne le pensait pas. Les fenêtres aussi étaient longues. Tout était trop long. Ou alors il faisait du sur place ? Oui, c'est ça, il n'avançait pas. Il marchait, mais comme sur un tapis roulant, restant à la même position depuis le début. Quand cette idée traversa son esprit, le décor changea, le blanc au sol se salit, comme si des enfants avaient couru sur ce carrelage avec leurs baskets pleines de boue. Le bleu sur les murs s'effritait, la peinture s'écaillait, tâchée d'humidité et de traces de doigts plus ou moins grandes.

Une odeur âcre chatouilla ses narines. L'odeur âcre des relents gastriques. Comme si les enfants qui avaient taché les murs avaient vomi les dizaines de sucreries qu'ils avaient avalées. Comme si personne n'avait pris la peine de nettoyer les flaques puantes et incrustées. Mello fronça le nez, gêné par l'odeur, indisposé par la nausée qui montait doucement en lui. Une douleur lancinante lui traversait l'épaule et finit par le tirer de sa somnolence.

Il se réveilla, la bouche pâteuse et l'épaule courbaturée, et fut presque étonné de se retrouver dans un couloir aux murs bleu poussière. Il secoua la tête, et regarda autour de lui. Des emballages de chocolat trahissaient son attente. Il avait dû s'assoupir là, assis contre le mur, à regarder par la fenêtre le ciel gris et lourd du mois de mars. Le vague souvenir de son rêve s'effaça, quand il entendit un bruit de l'autre côté du mur. Un haut-le-cœur, un glapissement, un bruit désagréable qui lui filait la nausée. Il grimaça, il connaissait ce bruit là. Il le produisait lui-même, quand il venait à peine d'arriver à la Wammy's House et qu'il se tapait de mémorables crises de foie en avalant tout le chocolat qui se trouvait à sa portée, de peur qu'on lui interdise d'en manger quand l'envie lui prenait, où qu'on le lui confisque par pur plaisir de lui faire du mal.

Mello se leva, faisant craquer ses os, il tituba un peu, engourdi d'être resté aussi longtemps dans cette position. Jetant un œil à sa montre, il constata qu'il attendait là depuis plus de trois heures. Et cet abruti n'était toujours pas sorti. Il n'y avait pas de cours, le dimanche, au pensionnat, et Near n'avait donc pas montré le bout de son nez de toute la journée. Mello avait donc sagement attendu devant la porte verrouillée que son rival sorte, chassé par l'appel de son estomac vide. Mais, apparemment, il n'était pas si vide que ça, l'estomac de l'albinos.

Donnant un énième coup contre le panneau de bois, Mello se mit à brailler à Near de lui ouvrir. Aucune réponse. C'était à prévoir. Pestant entre ses dents, le blond fila un coup de pied dans la porte. Un nouveau hoquet, puis l'horrible bruit d'éclaboussures. Il s'accroupi et observa la serrure. Un sourire narquois naquit au coin de ses lèvres. C'était le même type que la sienne, avec simplement un loquet à tourner de l'autre côté, et une vis face à lui, qui semblait lui sourire. Il sortit un stylo en métal de sa poche et enfonça la mine dans la fente large, il appuya sur la gauche, rien. Il changea de sens, rencontra moins de résistance, il tourna complètement la vis, jusqu'à entendre le déclic caractéristique de la porte qu'on déverrouille.

Avec un sourire victorieux, il ouvrit grand la porte et s'engouffra dans la chambre. Elle ressemblait à toutes les autres, avec ces murs bleus et cette moquette blanche qui lui chatouillait les pieds. Il ne s'attarda pas sur la décoration inexistante de la chambre de Near, mais remarqua tout de même un certain désordre, comme si quelqu'un s'était amusé à éparpiller les jouets de l'albinos, et à marcher dessus sans ménagement. Et il ne se souvenait pas s'être attaqué aux possessions de son rival dernièrement. Le bruit d'une respiration saccadée, provenant manifestement de la salle de bains, le coupa dans ses pensées.

Mello passa la tête par la porte entre-ouverte, essayant de rester un minimum discret, même si ça n'est pas dans ses habitudes. Ses yeux s'écarquillèrent. La scène qui se déroulait face à lui était pour le moins inhabituelle et… Dérangeante. Le nœud dans son estomac ne s'en resserra que davantage.

L'albinos, écroulé au sol, se cramponnait au siège de toilettes, l'air hagard. Son corps frêle, misérablement tordu par sa position inconfortable, paraissait même rachitique. Corps anguleux d'enfant, avec les os saillants à travers le tissu blanc de son espèce de pyjama informe, les pieds rougis dépassants à peine du pantalon trop grand. Les jointures de ses mains qui s'agrippaient au plastique de la lunette, de part et d'autres de son menton, étaient blanches. Il tremblait, si fort que Mello pouvait le voir. Il émit un nouveau hoquet, et ouvrit grand la bouche, prêt à déverser à nouveau le contenu de son estomac dans la cuvette. Mais rien ne sortit d'entre ses lèvres ouvertes. Mello vit alors l'albinos enfourner un doigt tremblant dans sa gorge, tentant une bonne fois pour toutes de cracher ses tripes.

Le blond déglutit, le nœud dans son estomac ne partait pas, et l'odeur âcre qui se diffusait dans la salle d'eau ne l'aidait pas vraiment. Tout être humain normalement constitué aurait prit en pitié le petit être au nez coulant et aux cheveux en désordre. Mais pas lui. Il ne trouvait pas ça touchant, ça n'éveillait chez lui aucun désir de venir entourer Near de ses bras et de le serrer contre lui en lui murmurant que tout irait bien. Non. Il trouvait ça pitoyable, laid, misérable. Cette peinture grossière de son rival n'était que laideur et pourriture. Il voulait simplement enfoncer la tête de ce pleurnichard dans la cuvette qu'il serrait telle une bouée. Il voulait le gifler, qu'il redevienne ce taré qui le fixait avec cette lueur de défi à peine dissimulée, qu'il ne soit pas cette chose chétive qu'il avait devant lui. Ce n'était pas Near ça, ça, c'était une créature laide et cireuse, une créature qui avait les traits de son ennemi de toujours, une créature qui l'énervait encore plus que Near.

« Mello. Ce n'est pas poli d'entrer chez les gens sans frapper.

_ J'ai frappé, crétin.

_ Et je ne t'ai pas ouvert.

_ Je suis quand même rentré.

_ C'est ce que je te reproche. »

Near n'avait même pas daigné se tourner vers lui pour lui faire face, préférant fixer le mur carrelé comme s'il était bien plus intéressant que le blond hystérique. Ce genre d'attitude ne plaisait pas des masses à Mello, limite agacé par ce comportement. Mello s'avança vers lui, déclenchant un mouvement de recul, léger, presque esquissé, mais bien là, chez Near.

« T'as peur de moi, Blanche Neige ? »

Il n'obtint aucune réponse. Near continuait de fixer le mur, immobile, agrippé. Mello s'agenouilla pour se mettre à sa hauteur. Il considéra un instant le carrelage, blanc, jonché de flacons et autres produits de toilette, comme si Near avait envoyé balader tout ce qu'il y avait sur son lavabo et sur les étagères. Mello remarqua les flaques d'eau et les taches transparentes sur les vêtements de Near. Qu'est-ce qu'il avait foutu celui-là ?

« Hey. C'est quoi c'foutoir ? T'es craspouille maintenant ? »

Toujours aucune réponse. Le blond grinça des dents et attrapa Near par les cheveux, tirant sa tête en arrière. L'albinos émit un gémissement de douleur, étouffé par ses lèvres closes. Ses traits se crispèrent un instant, mais il ne chercha pas à se dégager de la poigne ferme de Mello. Celui-ci lui susurra à l'oreille.

« Qu'est-ce qu'il t'arrive Near ? Tu trembles ? T'as la frousse ? Je te fais peur, Near ? Ou bien ma présence te rebute-t-elle ? Tes cheveux sont gras, tu prends plus de douches ? Si tu veux, je peux t'aider… »

Disant ses mots, une de ses mains s'égara sur la hanche anguleuse de son rival, déclenchant de violents tremblements. L'éclat gris des yeux de Near avait disparu derrière ses paupières closes. Son visage poupon était déformé par les traits grossiers que formaient son nez froncé et sa bouche tordue. Il était laid, quand il avait peur, le blanc. Mello trouvait ça à la fois fascinant et répugnant.

« Tu pues le vomi, Near. Tu te lances dans la boulimie maintenant ? T'es d'jà pas bien gros, tu sais. T'es qu'une poupée de porcelaine, une poupée qu'on peut briser si facilement. Tu crois qu'une fois parti de la Wammy's tu m'oublieras, hein Near ? Réponds-moi. »

Il secoua la main qui agrippait toujours les cheveux de l'albinos, attendant une réponse, malmenant le frêle jeune homme qu'il tenait. Near déglutit, toujours gêné par cette main qui tirait sur son cuir chevelu. Après un moment d'hésitation, il finit par faire non de la tête.

« Pardon ? Je ne t'ai pas entendu, Near. Tu crois pouvoir m'oublier, oui, ou non ? Dis le haut et fort. Je suis un peu nul en langage des signes.

_ … Non.

_ Bien. J'vais m'en aller Near. Mais nettoies ton bordel, veux-tu, ça serait dommage que les surveillants s'inquiètent pour toi, alors que moi, je suis là pour m'occuper de ta petite personne, hein ? Et lave-toi les dents. »

Sur ces mots, il poussa Near au sol, celui-ci s'y écrasa dans un bruit mat, sa paume tendue pour amortir sa chute claquant contre le carrelage humide. Mello avait envie de cracher de dégoût, mais il se retourna, et prit congé, laissant l'albinos au sol. Là, il regrettait de moins en moins ce qu'il avait fait deux jours plus tôt.