Voici donc le quatrième chapitre, avec un peu de retard car WoW s'est remis à marcher... Entre autres.


Peut-être que, finalement, le footing n'était pas une très bonne idée. La chaleur était écrasante et le soleil de plomb dardait ses rayons impitoyables sur la ville de Miami, n'épargnant personne. Même les chats et les oiseaux restaient à l'ombre, et les rues étaient bondées de vacanciers plus ou moins dénudés.

Lisa, pour sa part, était en nage. La transpiration rendait sa peau collante, et la fatigue lui brouillait la vue. Elle serait sûrement obligée d'appeler un taxi pour rentrer chez elle.
Prenant soin de n'emprunter que les rues bien peuplées -non pas qu'elle n'avait pas peur d'être seule, absolument pas- Lisa se frayait un chemin parmi les badauds tandis que la chaleur lui faisait ployer les épaules.

C'était mercredi et Cynthia avait insisté pour que Lisa prenne quelques jours de repos. Elle y avait d'ailleurs mis tant d'ardeur que Lisa ne pouvait décemment pas refuser. Alors, pour son premier jour d'une semaine, une semaine entière de repos forcé, elle avait décidé de courir. Ses écouteurs fermement attachés à ses oreilles, crachant le dernier album de Lady Gaga afin qu'elle puisse y caler le rythme de sa course, elle allait et venait dans les rues baignées de soleil d'un Miami matinal en pleine activité.

ooooooo

Il était en très mauvaise posture. Évidemment, il aurait dû s'en douter, mais apparemment il avait sous-estimé les compétences en psychologie inversée de la Compagnie. Ou alors, ils étaient simplement stupides. C'étaient sa fierté et son orgueil qui l'avaient perdu, une fois de plus.

L'ombre devant sa porte se révéla être un agent de la compagnie. Et cette fois, ils n'avaient pas envoyé son mentor. En fait, ils n'avaient pas envoyé de manager. Ils avaient envoyé un tueur, un assassin, un homme de terrain qui savait diablement bien viser et sauter de toit en toit.

Jackson n'était pas vraiment athlétique. Lisa l'avait d'ailleurs bien distancé en quelques minutes quand ils étaient à l'aéroport alors qu'elle portait des talons. Son arme était la psychologie, pas la force brute. Alors évidemment, face à un gorille sans cervelle, il n'avait aucune chance de s'en tirer par ses talents. Donc il avait opté pour la solution la plus appropriée et celle qui lui donnerait le plus de chances de s'en sortir: il avait ouvert la fenêtre et avait grimpé le long de la façade sans attendre que l'homme qu'il avait vu à travers l'œil de bœuf n'entre.

Quand le gorille s'était mis à tirer, Jackson était déjà en train de se hisser sur le toit. Il avait entendu plusieurs balles siffler et les avait senti le frôler, mais avait relégué ces détails au second plan, au profit de sa survie. Alors, entendant déjà les pas pressés de la brute résonner dans la cage d'escalier de secours, il avait pris ses jambes à son cou.

Dans ce genre de situation critique, même le cerveau le plus terre-à-terre fait la part belle à l'irrationnel. Comment Jackson avait pu sauter de toit en toit, il n'aurait pu dire. Les immeubles résidentiels n'étaient pas très éloignés les uns des autres, mais trois bons mètres les séparaient de toute façon. Et ils n'étaient pas tous de la même taille. Mais l'important était où il se trouvait maintenant.

Et il se trouvait en mauvaise posture.

Il s'était terré toute la nuit, changeant de cachette toutes les vingt minutes, changeant de direction toutes les heures. Une nuit entière à courir le dos courbé, la tête baissée, sursautant à chaque son suspect. Il était épuisé.

Et comme si ça ne suffisait pas, il faisait une chaleur étouffante.

Dès que le soleil s'était levé, la température était montée en flèche. Jackson était pratiquement sûr d'être couvert de coups de soleil. Ses pieds étaient en sang d'avoir éraflé les toits, les trottoirs, les grilles, les portails et le goudron. Ses cheveux trop longs se collaient à son front à cause de la transpiration et venaient se mettre devant ses yeux. Et sa barbe hirsute le démangeait.
Il se sentait comme Harrison Ford dans le Fugitif. Mais Harrison Ford, lui, avait eu la chance de pouvoir se raser.

La température était à peine supportable. Jackson se mêlait à la foule du mieux possible, devant employer ses plus grands talents de dissimulation car son apparence était hors du commun. Un clochard en chemise et pantalon de costume, ça ne courait pas les rues.

Enfin, précisément, si. Puisque c'était ce qu'il était en train de faire.

Le gorille avait retrouvé sa trace aux alentours de 6h du matin alors qu'il n'était pas loin du commissariat. L'homme était coriace. Et inconnu de Jackson. Il devait sûrement être en période de probation, alors l'échec de cet assassinat aurait entaché son début de carrière. C'était sans aucun doute la raison pour laquelle il ne le lâchait pas.

Jackson était un professionnel, contrairement à ce gros tas de muscles. Le fait qu'il l'ait retrouvé tenait du miracle. Il ne laissait aucune trace, ne suivait aucun itinéraire. Il n'essayait pas de sortir de la ville ni de trouver une arme. Il s'était débarrassé de sa veste dans un camion-benne et avait eu tout le loisir de mettre son endurance à l'épreuve. Mais l'autre l'avait retrouvé, et il s'en était fallu de peu. Il avait senti la balle passer sous la peau de son bras et en ressortir. À peine deux centimètres sous la peau, à vue d'œil, et la plaie ne saignait pas à outrance. Il avait eu de la chance. Un simple bandage de tissus avait suffi pour arrêter l'hémorragie, et il l'avait suffisamment serré pour ne pas être gêné pendant sa course.

Mais Jackson était un être humain. Et une nuit entière de sprint l'avait épuisé.

Il était éreinté, ses jambes lui faisaient horriblement mal, et c'était en désespoir de cause qu'il s'était mêlé à la foule en tenant son bras douloureux pour éviter d'attirer les regards.

Il sentait l'homme sur ses talons et il était conscient que le seul moyen de se débarrasser de lui était de le tuer. Mais il ne savait pas comment s'y prendre, au milieu des rues noires de monde et sous ce soleil insupportable qui l'aveuglait à chaque fois qu'il levait la tête. La douleur derrière ses yeux était si lancinante qu'il était forcé de les garder fermés dès qu'il en avait l'occasion. Et son dos lui faisait un mal de chien. Il espérait arriver à semer le gorille à nouveau avant que ses jambes ne se dérobent sous son poids.

ooooooo

Lisa était exténuée, proprement vidée après une matinée à peine de jogging. Elle inséra la clef dans la serrure de sa porte et poussa un profond soupir en pénétrant dans son appartement silencieux. Chaque fois qu'elle passait ce seuil, la même peur lui chatouillait le ventre et lui picotait la nuque. La peur qu'une silhouette sombre aux yeux surnaturellement bleus l'accueille en la gratifiant d'un coup de couteau. Mais cette fois-ci comme toutes autres, l'appartement était vide de toute présence humaine. Il y faisait très sombre. La baie vitrée du balcon était ouverte et le rideau fermé dessus, immobile comme un mur car il n'y avait pas la moindre trace de vent. Ce n'était pas dans l'habitude de Lisa de laisser la baie vitrée ouverte, mais elle s'était levée aux aurores, alors il était probable qu'elle avait simplement oublié de la refermer après avoir aéré l'appartement, profitant de la fraîcheur de l'aurore.

Elle détacha ses cheveux et fila prendre une douche après avoir fermé les multiples verrous de sa porte. Une fois ses muscles fatigués et douloureux rafraichis, elle se fit un déjeuner léger et décida d'aller lambiner devant la télévision.

Impossible de trouver la télécommande. Le téléviseur restait obstinément éteint alors qu'elle enrageait intérieurement. Il la narguait, c'était évident. Il la regardait de son œil vide et noir, incroyablement noir, obstinément noir.

Elle retourna sa maison à la recherche de la télécommande, même dans les endroits improbables. Après le réfrigérateur, la machine à laver et le placard à vaisselle, sa table de nuit était la suivante sur la liste.

Elle ouvrit la porte de sa chambre et pressa l'interrupteur.

Rien.

Les volets électriques étant fermés, il y faisait noir comme dans un four. Elle pressa plusieurs fois l'interrupteur comme s'il y avait juste eu un malentendu entre eux et qu'une fois le problème réglé, ils en riraient en y repensant.

C'est alors qu'elle put le discerner.

Une silhouette sombre. Seule. Assise sur le fauteuil à côté de son lit, ce fauteuil où elle posait ses vêtements quand elle se couchait et son pyjama quand elle se levait. Elle en resta choquée.

C'était impossible, ce fauteuil était le sien, il n'avait rien à y faire! Cela faisait des années qu'elle l'avait acheté, qu'elle l'avait rôdé, qu'elle l'avait incorporé à son quotidien.

Pourtant la silhouette solitaire était assise dessus. Lisa était coupée de toute réalité. Elle était immobile, le doigt toujours posé sur l'interrupteur, figée comme une peinture dans la pénombre qui se refermait sur elle.

« Jackson... » souffla-t-elle, le choc provoquant des frissons qui lui parcouraient toute la peau. Elle sentit ses cheveux se dresser alors qu'il levait quelque chose en sa direction.

C'était une arme. Un pistolet.

Avec un silencieux.

Et elle n'avait pas besoin de voir son visage pour savoir qu'il était en train de sourire.


Le chapitre suivant est en cours d'écriture. Bientôt le lemon, bientôt bientôt :P