Chapitre 5: Les bonnes manières
A partir de maintenant, je pense ne poster ici que des one-shots, sans lien les uns avec les autres, ni logique chronologique. Juste des petites histoires pour le plaisir de mettre Aragorn et Legolas en scène.
Contexte: Chargé d'un message d'Elrond pour Thranduil (peut importe lequel, à vous d'imaginer), Aragorn est reçu à Menegroth.
Ignorant son dos courbatu, Aragorn s'inclina devant Thranduil, qui le gratifia d'un petit signe de tête avant de s'éloigner. Le Roi avait peu parlé, semblant assez étonné que le seigneur Elrond lui ait envoyé un Homme comme messager. Aragorn avait dû se contraindre à rester impassible quand le regard de Thranduil s'était posé avec dédain sur ses habits fatigués par le voyage.
Il refoula la colère qui montait en lui et se tourna vers Legolas, qui avait assisté à la rencontre, mais avec une attitude bien différente de celle de son père -bien que le protocole l'eût obligé à rester silencieux et immobile, il l'avait plusieurs fois encouragé d'un sourire amical.
L'Elfe le salua avec une affabilité qui le réconforta grandement.
« Sois le bienvenu, Estel! dit l'Elfe en lui posant les mains sur les épaules. Je t'en prie, oublie les paroles raides: nous vivons depuis trop longtemps entre nous pour pouvoir cultiver notre hospitalité. »
Aragorn lui rendit son étreinte.
« C'est un plaisir de vous voir, Legolas. Il me semble que la lassitude du voyage s'efface déjà! »
Legolas eut un rire doux et le mena dans une petite chambre, aux murs tendus de tapisseries aux couleurs chaudes.
« Repose-toi un peu, le temps que j'aille te chercher des vêtements propres. »
Le Rôdeur ne se le fit pas répéter deux fois : tandis que Legolas quittait la pièce, il s'allongea avec un soupir de bien-être et s'endormit presqu'aussitôt.
« Estel ? »
La voix de Legolas était chargée d'inquiétude. Aragorn tenta de chasser le sommeil et se redressa à demi, sa main cherchant la poignée de son épée. Que se passait-il ?
« Estel, que fais-tu par terre ? »
Ah, ce n'était que cela ! Aragorn se relâcha et ferma les yeux. Le sommeil le réclamait à nouveau. Mais il fallait d'abord qu'il rassure son ami.
« Pour ne pas tout salir… », murmura-t-il avant de se rendormir.
Legolas le regarda, interloqué. Pourquoi Estel faisait-il passer la propreté des draps avant son confort ? Certes, ce n'était pas facile de nettoyer le linge, mais il y avait des gens pour ça…
Après un instant de réflexion, il décida de laisser l'Homme dormir où il était. S'il essayait seul de le soulever, il risquait de le réveiller, et ne voulait pas aller chercher de l'aide : si son père apprenait que leur hôte dormait sur le plancher, il le considérerait définitivement comme un vagabond de la plus méprisante espèce. Mais Estel n'était pas ainsi. Il était… civilisé, courtois, avec un sens aigu des bienséances. Legolas réalisa soudain que c'était pour cela qu'il dormait par terre.
Il se contenta de retirer précautionneusement le manteau boueux, puis les bottes du Rôdeur. Puis il prit sa couverture, roulée au-dessus de son sac, et l'étendit sur lui. Plongé dans le sommeil, le Rôdeur ne réagit pas.
Après un dernier regard mi-affectueux, mi-amusé vers l'Homme endormi, Legolas quitta silencieusement la chambre et se dirigea vers les cuisines. Bienséances ou non, il se réveillerait sûrement avec une faim incroyable, et il fallait s'y préparer dès maintenant.
