Tout d'abord, je vous présente mes plus plates excuses pour avoir été aussi longue à continuer mon histoire. J'ai beau réfléchir, je n'ai aucune autre excuse que ma fainéantise naturelle! Vous serez donc peut-être contents d'apprendre que mon histoire est finie et qu'il y a encore deux chapitres après celui-là que je n'ai plus qu'à éditer -normalement!
Ensuite, j'ai eu une remarque pertinente par quelqu'un qui regardait la série en français et qui m'a fait remarquer, qu'en français, c'était Ste-Marie. Cela me paraît tellement évident maintenant que je me demande même comment j'ai pu ne pas penser à le traduire avant. J'ai donc corrigé à partir de ce chapitre.
Comme toujours, les personnages ne m'appartiennent pas, mais je me suis vraiment amusée à jouer avec eux. J'espère que ce chapitre vous plaira, j'ai quand même un peu galérer à le finir.
Camille se réveilla la première. La nuit venait de tomber, et toutes les fenêtres étaient ouvertes, laissant passer un courant d'air agréable. Sa tête reposait confortablement sur la poitrine de Richard, dont elle entendait le cœur battre avec régularité. Elle se redressa légèrement pour pouvoir l'observer. La vision de son amant endormi lui avait manqué, réalisa-t-elle. Bien sûr, sa présence lui avait manqué, mais ses nuits n'étaient pas aussi sereines depuis qu'il était parti. Même s'il ne restait que quelques jours, elle était réellement heureuse qu'il soit là.
Elle se tourna machinalement pour regarder l'heure. Et se rua hors du lit en entraînant le drap avec elle, réveillant Richard en sursaut.
- Que se passe-t-il, bafouilla celui-ci d'une voix endormie.
- C'est pas vrai! On a dormi trop longtemps, Richard. Debout! On va être en retard chez ma mère.
- De quoi?» Son air ahuri aurait été adorable à n'importe quel autre moment.
- Le coup de fil, plus tôt : ma mère nous a invités pour dîner.
- Invités pour dîner?
Décidément, les réveils brutaux n'arrangeait pas sa capacité de concentration.
- Je t'en prie, Richard! Concentre-toi : ma mère nous attend... il y a déjà dix minutes, indiqua la jeune femme, en regardant le réveil.
Richard se renversa à nouveau dans les oreillers.
- Dieu tout puissant, Camille! Tu me hais à ce point? Je viens d'arriver, je souffre du décalage horaire et je ne peux même pas passer une soirée calme avec ma... mon...avec toi, quoi. » termina-t-il maladroitement.
- Ta quoi? » demanda Camille, soudainement très intéressée.
Richard grimaça :
- J'allais dire « petite amie », mais on a passé l'âge, tu ne crois pas?! Et de toute façon, j'ai toujours trouvé cette expression ridicule... Je ne sais pas, avoua-t-il, en voyant l'air attentif de son amie. « Que dirais-tu de... ma bonne amie? ».
Camille éclata de rire :
- Pourquoi pas « compagne»? «Partenaire»? «Maîtresse»?... Non, ça fait trop...» Elle termina sa phrase par un geste vague de la main.
Richard réfléchit, puis répondit en souriant :
- Compagne...Je t'avoue que j'aime assez. Oui, j'aime beaucoup.
Camille lui fit remarquer :
- Et si tu ne te lèves pas rapidement pour aller sous la douche, la mère de ta compagne va te causer de gros ennuis. Je l'appelle pendant que tu te rafraîchis.
Richard se leva finalement, à contrecœur, pour faire ce que Camille lui avait demandé. Ordonné, plutôt, mais c'était Camille après tout. Elle pouvait lui ordonner tout ce qu'elle voulait, pensa-t-il, en ouvrant le robinet de la douche.
Il se rinçait pensivement, quand il sentit un courant d'air frais, puis la présence d'une autre personne derrière lui. Il se retourna, et enveloppant la jeune femme dans ses bras, lui dit en souriant :
- Je croyais qu'on était d'accord qu'une douche à deux n'était pas la meilleure des idées.
Camille lui mit une tape sur le bras :
- Bas les pattes, détective! Ma mère nous attend dans un quart d'heure et il faut près de dix minutes pour aller jusqu'à son bar. Dehors! C'est mon tour.
Déçu mais obéissant, Richard sortit de la douche et se sécha rapidement. Sous la douche, Camille lui indiqua :
- Si tu veux, tu as des vêtements un peu plus adéquats que les tiens sur le lit.
Quand Richard vit les vêtements, il ne put s'empêcher de sourire : il s'agissait d'une des tenues qu'il avait racheté sur l'île, après leur première nuit ensemble. Les tenues étaient effectivement plus adaptées au climat, et s'il refusait de les mettre au travail, il les mettait volontiers quand ils étaient en repos. Ce qu'ils étaient ce soir-là. Après tout, ils étaient à deux jours de Noël, il pouvait peut-être se permettre des tenues un peu décontractées, ne serait-ce que pour faire plaisir à Camille.
Quand celle-ci sortit à son tour de la salle de bain, elle trouva son compagnon plonger dans le dossier qu'il avait ramené avec lui. Mais habillé en tenue décontractée.
Elle enfila rapidement une robe légère, ouverte dans le dos et des sandales à talons bas. Richard la détailla, l'air agréablement surpris. La jeune femme qui mettait des boucles d'oreilles, interrompit son geste en voyant le visage de Richard :
- Quoi?
- C'est la robe que tu as mis le soir de notre premier rendez-vous.
Camille se regarda dans la glace. Il avait raison. Et une excellente mémoire!
- C'est vrai, remarqua-t-elle, surprise à son tour. « Et tu t'en souviens. » Ne put-elle s'empêcher d'ajouter, elle aussi agréablement surprise.
Richard se leva de son fauteuil, s'approcha d'elle et l'aidant à mettre ses bijoux, déclara simplement :
- Il y a peu de choses que j'oublie à ton sujet, Camille.
Cette fois, l'émotion fut la plus forte et la jeune femme enfouit son visage dans la poitrine de son ami, tandis qu'il la serrait dans ses bras. Ils restèrent dans cette position un très long moment, jusqu'à ce que le vibreur du téléphone de Camille les ramène à la réalité. Ils se séparèrent à regret et Richard fit remarquer, d'un ton posé :
- Je pense que ta mère me déteste à cet instant précis. », mettant un sourire sur le visage de la jeune femme.
- Rassure-toi : quand elle verra à quel point je suis heureuse que tu sois là, elle oubliera sa rancœur.
- Je l'espère » soupira Richard, en lui prenant la main et l'entraînant à sa suite. Cela devenait une habitude, la jeune femme se fit la réflexion, en le suivant sans réticence.
Ils arrivèrent au bar dix minutes plus tard, avec presque une demi-heure de retard. Camille fût soulagée et déçue en voyant que le reste de l'équipe était en train de deviser joyeusement avec sa mère : au moins ils ne l'affronteraient pas seuls, mais elle n'aurait pas Richard pour elle ce soir-là. Même le préfet était présent.
Ils ne s'éloignèrent pas l'un de l'autre : ce n'était pas la peine. Tout le monde à la table était au courant de leur relation et au moins ce soir-là, ils étaient entre amis.
Dwayne les vit arrivés le premier.
- Et alors! S'exclama-t-il, joyeusement. On a failli aller vous chercher!
Toute la tablée éclata de rire en voyant l'air penaud des deux amants.
Après quelques remarques gentiment moqueuses, le groupe focalisa son attention sur d'autres sujets de conversation et le dîner se déroula dans une ambiance joyeuse et festive. Par un accord tacite, personne ne parla de l'enquête. Ce qui n'empêcha pas Richard et Humphrey d'échanger leurs meilleurs souvenirs d'Angleterre, de leur lieux préférés à leur enquête la plus bizarre. Camille et Dwayne ne furent pas en reste, régalant la tablée de leur histoires les plus drôles. Catherine leur raconta ses clients les plus excentriques et même Selwyn Patterson les fit pleurer de rire avec l'une de ses premières cérémonies officielles en tant que préfet de l'île, qui se termina avec la moitié du Conseil malade, le Maire poursuivi par sa femme avec une machette et Catherine enfermée à double tour dans sa cuisine.
Camille s'essuya les yeux avant de s'exclamer en direction de sa mère :
- Tu ne me l'avais jamais racontée celle-là.
Sa mère, imperturbable, se leva et commença à rassembler les assiettes.
- Oui, et tu viens de comprendre pourquoi.
Ce qui entraîna un nouvel éclat de rire général.
Le repas se prolongea tard dans la nuit, mais finalement les convives se séparèrent après maintes embrassades et promesses de se revoir rapidement. L'alcool était peut-être en partie responsable de ces au revoirs prolongés, d'autant plus que la plupart (tous) des invités se retrouveraient quelques heures plus tard.
Les deux amants rentrèrent chez Camille et s'endormirent dans les bras l'un de l'autre, épuisés par une journée animée, le décalage horaire pour Richard, et certaines activités plus agréables mais tout aussi fatigantes.
DiP-DiP-DiP
Le lendemain matin, Camille le réveilla de la manière la plus agréable qui soit, ce qui les mit évidemment en retard. Après une douche rapide, ensemble, et un thé pour lui, un café pour elle, ils arrivèrent peu avant 9h30 au commissariat. Sous l'oeil goguenard de ses deux anciens collaborateurs, il présenta ses excuses à l'inspecteur Goodman, dont le regard entendu passa de Richard à son sergent, mais qui étonnamment ne fit aucun commentaire et reprit posément son exposé du début pour eux.
L'enquête arriva à son dénouement bien plus rapidement que Richard ne l'aurait souhaité et de façon bien plus dramatique également.
Alors qu'Humphrey et Camille interrogeait la veuve de la victime pour lui demander des précisions sur certaines incohérences dans son témoignage, son jardinier se rua dans le salon avec un fusil, en hurlant des menaces moitié en créole moitié en français. La veuve devint hystérique et se précipita sur le jeune homme. Le coup partit par accident et Humphrey voyant le danger à la dernière minute se jeta à terre, entraînant Camille avec lui. Quand ils se redressèrent, le canapé avait un trou béant à la place qu'occupait le sergent quelques secondes auparavant. La veuve et le jeune homme pleuraient dans les bras l'un de l'autre, se murmurant des promesses incohérentes.
Humphrey, profitant de leur inattention, récupéra le fusil promptement et passa les menottes au jardinier. Camille le regardait faire de sa place au sol, trop choquée pour bouger. L'inspecteur se tourna vers elle et lui parla. Il lui fallut un immense effort pour comprendre qu'il lui demandait, d'un ton urgent, sa paire de menottes. Elle les lui tendit d'une main tremblante.
Richard, Dwayne et Fidel, qui étaient dans l'abri de jardin en train de collecter des preuves de la culpabilité du jardinier, arrivèrent en courant dans le salon. Richard prenant immédiatement conscience de la situation devint pâle comme un mort, il s'accroupit auprès de la jeune femme, et cherchant des traces de blessures avec ses yeux et ses mains sur elle, il ne put s'empêcher de lui murmurer sur un ton crispé :
- Comment te mets-tu toujours dans ce genre de situations?
Camille s'apprêtait à lui répondre vertement, mais en le dévisageant, réalisa qu'il était terrifié. Elle se redressa en position assise, ne faisant pas encore confiance à ses jambes pour la porter, et saisissant les mains de l'officier, qui cherchait des traces du coup de feu, elle arrêta ses mouvements frénétiques et répondit avec douceur :
- Je n'ai rien, Richard. Humphrey m'a plaqué au sol avant que le coup de fusil ne parte. Sinon, je t'assure que je ne serais pas en aussi bon état.» Conclut-elle en souriant. Sa tentative d'humour n'eut pas du tout l'effet escompté. Le regard de Richard passa du visage de la jeune femme au trou du canapé, puis revint sur la jeune femme, et quand il réalisa le sens de sa phrase, il devint encore plus pâle. Camille avait toujours pensé que l'expression «verdir de peur» n'avait pas de sens, mais quand elle vit son amant se décomposer sous ses yeux, elle sut que l'expression pouvait être prise littéralement. Elle lui caressa la joue d'une main douce, chaude et bien vivante :
- Richard, je suis en vie. Regarde-moi» Elle le força à la regarder dans les yeux «Je vais bien. C'est fini.»
Richard la dévisagea encore un moment avant de se relever sans un mot et lui tendre la main pour l'aider à se relever. Une fois debout, elle dut s'appuyer sur lui, car ses jambes ne la soutenaient pas encore. Il l'aida à marcher jusqu'à la voiture, puis à monter à la place passager sans un mot, le visage complètement fermé. Il retourna aider Humphrey et ses deux collègues avec leur prisonnier et toutes les preuves qu'ils avaient récupérées.
Le voyage de retour au commissariat se déroula dans un silence oppressant. Elle avait l'impression que Richard était en colère après elle. Elle ne comprenait pas pourquoi : pour une fois, elle n'avait vraiment rien fait.
Quand ils arrivèrent au commissariat, Richard s'excusa auprès d'Humphrey sans la regarder, lui expliquant brièvement qu'il voulait vérifier quelque chose avant de rendre son rapport final. C'était probablement l'excuse la plus mauvaise que Camille ait entendue de sa vie, mais alors qu'elle s'apprêtait à suivre son ami pour lui demander des explications, Dwayne la retint par le bras. Comme elle ouvrait la bouche pour lui donner sa façon de penser sur ses manières plus qu'indésirables, son collègue secoua la tête avant de murmurer pour qu'elle seule puisse entendre : « Laisse-le reprendre ses esprits, Camille.» Le regard de la jeune femme passa de son collègue à la silhouette de Richard, qui était en train de disparaître dans la foule. Finalement, elle décida avec beaucoup de réticence que Dwayne avait raison et alla rejoindre le reste de ses collègues dans le commissariat. Il était probablement préférable de leur laisser le temps à tous les deux de reprendre leurs esprits, avant qu'ils aient une conversation sur ce qui venait de se passer.
Dwayne passa un bras amical autour de ses épaules, et c'est seulement à ce moment qu'elle s'aperçut qu'elle tremblait toujours. Richard n'avait pas été le seul à être choqué par l'incident.
DiP-DiP-DiP
L'équipe passa le reste de l'après-midi à classer les indices qu'ils avaient trouver dans l'abri de jardin, à interroger le jardinier et la veuve, qui avouèrent le crime sans pratiquement aucune résistance et à rédiger leur rapport. Richard ne revint pas. A la fin de la journée, Goodman voyant l'air inquiet de Camille décida d'intervenir. Elle avait été distraite durant l'interrogatoire de leurs suspects et contrairement à son habitude, était restée silencieuse lors du compte-rendu au préfet. Ce que Patterson n'avait pas manqué de remarquer, lançant tour à tour des regards interrogateurs vers son sergent et des coups d'oeil soupçonneux vers son inspecteur.
Quand Camille fit répéter au sergent Best la même remarque pour la troisième fois, Humphrey n'y tint plus :
- Camille, vous devriez rentrer chez vous...» Comme la jeune femme commençait à protester, il éleva la voix: «... ou vous soûler au bar de votre mère, ou partir à la recherche de l'inspecteur-chef... Ce que vous voulez pourvu que vous sortiez d'ici! Allez prendre l'air et rassurer votre ami, que diable! J'ai l'impression d'avoir un lion en cage à côté de moi depuis que nous sommes revenus au commissariat! Vous n'arrivez pas à vous concentrer et vous perturber tout le monde!»
Quand il vit le regard choqué de ses trois collègues, il adoucit sa voix, sans pour autant faire marche arrière : « Camille, vous avez échappé à un coup de fusil, aujourd'hui. Vous êtes choquée, ce qui est totalement compréhensible. Mais je vous ai vue dans des situations similaires au cours de ces derniers mois. En temps normal, vous auriez repris contenance depuis longtemps. Vous êtes inquiète pour Richard et je comprends tout à fait. Allez le retrouver, réglez la situation et revenez demain, fraîche et dispose. C'est un ordre» conclut-il, en souriant.
Camille le regarda un long moment sans rien dire, puis son regard passa de Goodman, à Fidel, à Dwayne, qui lui fit un sourire d'encouragement, avant de revenir se poser sur son supérieur. Finalement, elle se leva, rassembla ses affaires et se dirigea vers la sortie d'un pas décidé. Sur le seuil, elle hésita, et finalement se retourna vers l'inspecteur :
- Merci, Humphrey. Je vous revaudrai ça.
L'inspecteur fit un geste de la main, qui voulait dire c'est inutile, et répondit :
- Pouvoir enfin me concentrer sur mon rapport sans avoir à me soucier de vous sera bien suffisant, Sergent.
Camille lui fit un sourire reconnaissant avant de disparaître et de descendre rapidement les escaliers. Il lui fallait maintenant retrouver Richard.
Elle réfléchit, puis décida d'essayer d'abord La Kaz : Richard était pratiquement amoureux du thé que sa mère faisait et il avait besoin de réconfort apparemment. Mais en arrivant au bar, elle dut faire face à une déception : son amant n'était pas là et sa mère ne l'avait pas vu de l'après-midi. Elle échappa rapidement à sa mère, avec la promesse de tout lui raconter une fois qu'elle aurait retrouvé Richard. Ce n'était pas le moment qu'elle ait un deuxième proche paniqué.
Elle chercha l'inspecteur le reste de la soirée dans tous les endroits auxquels elle réussit à penser, qui pourrait plaire à Richard. Mais il n'était dans aucun. Elle chercha même dans les endroits les plus incongrus, comme la plage près de son ancien bungalow.
Le nuit arriva sans qu'elle ait trouvé une seule trace de son passage nulle part. C'est alors qu'elle réalisa qu'elle avait oublié un endroit, tellement évident qu'elle n'y avait même pas pensé. Elle rentra précipitamment chez elle, et sans faute, il était là, dans un des fauteuils, le regard dans le vide. Le soulagement qu'elle ressentit était pratiquement palpable.
- Richard, murmura-t-elle en se précipitant vers lui. Richard, instinctivement, se leva pour la recevoir dans ses bras et la serrer contre lui.
- Tu m'as fait une peur bleue, Camille finit par dire, la voix étouffée par la chemise de son ami. Elle avait le visage enfoui dans son cou, et respirer son odeur familière lui permit enfin de relâcher la tension qu'elle ressentait depuis le coup de fusil. Ce matin-là. A peine quelques heures plus tôt.
Tout à coup, elle réalisa qu'elle s'était angoissée pour rien. Elle s'éloigna brusquement et lui mit un violent coup de poing dans l'épaule, qui arracha une exclamation de douleur à sa victime. Celui-ci se frotta immédiatement l'endroit qu'elle venait de frapper, le visage grimaçant. Elle venait de lui faire mal, mais cela ne l'avait pas satisfaite : il lui avait fait une peur bleue.
Elle réagit donc en conséquence : elle se mit en colère.
- Crétin!» lui lança-t-elle, d'un ton furieux, «qu'est-ce qui t'a pris de disparaître comme ça, sans rien dire. Je me suis fait un sang d'encre, et je t'ai cherché partout toute la soirée. Personne ne t'a vu, et j'imaginais le pire. Je suis allée jusqu'à ton ancien bungalow, alors que je sais que tu détestes la plage. Pourquoi...
Le reste de sa phrase se perdit contre les lèvres de son amant. Richard l'avait à nouveau prise dans ses bras, mais cette fois, il écrasa ses lèvres contre celles de la jeune femme. Camille résista et essaya de le repousser, mais Richard persista et resserra son étreinte autour d'elle. Ses lèvres s'adoucirent contre celles de la jeune femme et elle se laissa aller contre son ancien supérieur, amollie par ces excuses silencieuses.
Quand ils se séparèrent, par manque d'oxygène, Richard la garda contre lui, et lui murmura à l'oreille :
- Je suis désolé, Camille. Je suis vraiment désolé de t'avoir fait peur, mais je t'en prie, je t'en supplie : peut-on avoir cette conversation plus tard?
Il se redressa pour pouvoir dévisager le jeune officier qu'il serrait dans ses bras comme si sa vie en dépendait. Ce qu'il vit sur son visage sembla le satisfaire, car il se pencha à nouveau pour l'embrasser, un baiser tendre et sensuel, qui réveilla le désir de Camille et lui fit temporairement oublier sa colère. Sans un mot, il la prit par la main et l'entraîna vers la chambre, pour lui montrer à quel point il était désolé.
DiP-DiP-DiP
Quand Camille se réveilla, elle était blottie contre Richard. Malgré la chaleur, il l'avait gardée dans ses bras, et avait même passé une de ses jambes au-dessus des siennes. Elle était littéralement encerclée par la police britannique. Sa blague la fit sourire. Richard n'était pas particulièrement câlin, même s'il lui tenait généralement la main ou laissait un bras en travers de son ventre, quand ils dormaient. Mais peut-être avait-elle tort, peut-être était-il très câlin, mais sa réserve naturelle, ou plus probablement la chaleur, l'empêchait de le montrer à la jeune femme.
Elle tourna la tête vers lui : son visage était tellement proche qu'elle sentait son souffle chaud contre sa joue. Il y avait quelque chose d'extrêmement réconfortant de le sentir aussi proche après la journée d'hier.
Elle tourna son regard vers le plafond. La veille avait été particulièrement épuisante, physiquement, moralement et émotionnellement. Et Richard avait été particulièrement démonstratif lors de leurs ébats amoureux de la nuit précédente. Habituellement, leur relation physique était toujours satisfaisante, en tout point de vue : son amant était aussi attentif et scrupuleux dans leur relation physique qu'il l'était dans ses enquêtes criminelles. Mais cette nuit avait été différente : il y avait une intensité dans ses caresses, comme s'il souhaitait mémoriser chaque centimètre carré de sa peau, et en même temps, une révérence dans ses baisers, comme s'il avait peur qu'elle se brise, ou qu'elle disparaisse, s'il n'était pas assez tendre.
le résultat avait été très impressionnant et ils étaient montés ensemble à des sommets de sensualité jamais atteints. Mais Camille avait été achevée par l'intensité de leur plaisir et s'était très rapidement endormie dans les bras de Richard, comblée, apaisée et sereine.
Et, à présent, plusieurs heure plus tard, elle se réveillait dans le même état d'esprit. Cette journée d'angoisse et cette nuit de plaisir n'avait fait que renforcer ses sentiments pour l'homme qui dormait contre elle.
A cette pensée, elle tourna la tête, pour voir les yeux verts de son amant, limpides, fixés sur elle. Son regard s'adoucit et il lui sourit :
- Bonjour, murmura-t-il tendrement, avant de se pencher pour déposer un baiser léger sur les lèvres encore gonflées de son amie. «Bien dormi?»
- Mmmh! Comme une souche. Ce qui n'est guère étonnant après les émotions de la journée... Et les activités de cette nuit» ajouta-t-elle, avec un sourire langoureux, avant de se pencher vers lui pour prendre ses lèvres de façon bien plus passionnée. Elle sentait son désir pour son amant se réveiller.
Richard la repoussa en douceur, après avoir répondu à son baiser avec la même intensité.
- Je suis désolée pour hier, Camille. J'ai un peu perdu les pédales.
La satisfaction de son désir allait devoir attendre. Richard était prêt pour leur «conversation».
Camille poussa un soupir et se tourna vers lui, pour lui faire face.
- Je comprends ce qu'il t'est arrivé, Richard, mais j'aurais préféré que tu me parles. Tu as disparu, sans rien dire à personne. Et surtout à moi. J'aurais parfaitement compris que tu me demandes quelques minutes ou quelques heures de solitude.
Ce fut au tour de l'inspecteur de soupirer, il roula sur le dos et fixa son regard sur le plafond. Il répondit sans la regarder :
- Je t'avouerai que, quand j'ai vu l'énorme trou dans le sofa, mes pensées se sont un peu bloquées sur l'idée que j'avais failli te perdre. Après ça, je ne me souviens plus de grand-chose. L'idée que tu puisses... que tu ne sois plus... que peut-être...» Submergé par l'émotion, Richard se tut.
Camille laissa passer un long moment en silence, pour le laisser reprendre contenance, avant de lui le menton, le forçant à la regarder :
- Richard, je suis là. Arrête de penser à ce qui aurait pu être, à ce qui a failli arriver. Je suis là, près de toi, contre toi» précisa-t-elle, en lui caressant la poitrine du bout des doigts. «Je suis en vie, tiens : sens». Elle lui saisit une main et la posa sur sa poitrine, à l'endroit où son coeur battait lentement et régulièrement. Elle continua :
- Tu sens mon coeur battre? Je suis là, Richard, répéta-t-elle, avec toi. Et tu n'es pas près de te débarrasser de moi, conclut-elle avec un sourire.
Richard regarda sa main posée sur la poitrine de la jeune femme, puis il leva ses yeux vers son visage, et sans sourire, il lui dit :
- J'ai failli te perdre hier, Camille. Je sais que ce n'est pas la première fois, ni la dernière, mais avoir l'évidence sous les yeux... Cela m'a terrifié.
Il l'attira à lui, et l'enlaçant, il continua à chuchoter dans son oreille :
- Nous sommes souvent séparés et peut-être qu'un jour, nous serons séparés définitivement, mais savoir que tu es quelque part dans ce monde, en vie, m'apporte...» Il se tut un long moment, luttant pour trouver ses mots : « Je t'aime Camille, comme je n'ai jamais aimé personne avant toi, et comme je n'aimerai probablement plus jamais. Tant que tu es dans ce monde, je sais qu'il vaut la peine d'y vivre.» Sur ces mots, il resserra son étreinte. Son petit discours avait laissé Camille sans voix et, à son tour, elle eut quelques difficultés à former ses pensées. Finalement, elle retrouva sa voix :
- Comment peux-tu imaginer que j'aimerais un autre homme que toi, Richard, alors que tu es si sûr de ne jamais aimer personne d'autre autant que tu m'aimes?! Je t'aime, Richard, de tout mon être, et je ferai tout pour que nous réussissions à être enfin ensemble un jour ou l'autre.» Elle lui caressa la joue, et comme attiré par un aimant, il tourna la tête vers elle :
- Jusqu'à ce que la mort nous sépare, Richard, murmura-t-elle avec tout l'amour qu'elle ressentait pour lui dans le ton de sa voix « et j'ai bien l'intention que cela soit dans très longtemps.»
Elle conclut avec une note d'humour :
- Et tu penseras à dire merci à Humphrey.
Elle avait tapé juste : elle sentit plus qu'elle n'entendit le rire bref mais amusé de Richard. Il l'embrassa tendrement derrière l'oreille, avant de répondre dans un murmure :
- Je n'y manquerai pas.
Camille bougea dans les bras de son amant pour trouver une position plus confortable. Elle posa sa tête contre sa poitrine et, bercée pour les battements réguliers de son coeur, elle se rendormit.
DiP-DiP-DiP
Le lendemain matin, Camille se réveilla, désorientée et seule dans son lit. Pendant un bref moment, elle crut qu'il l'avait encore abandonnée et cette fois, le désespoir, plutôt que la colère, pointa le bout de son vilain nez, avant que l'odeur du café frais et des croissants chauds ne viennent chatouiller ses narines. Elle avait oublié que Richard se réveillait toujours avant elle et qu'il lui préparait très souvent le petit-déjeuner. Elle avait pris deux kilos au début de leur relation, avant d'expliquer à son amant, parfois trop attentionné, que les croissants étaient réservés pour les weekends tranquilles passés à ne rien faire à la maison. Richard avait immédiatement saisi l'allusion et avait cessé d'acheter des croissants tous les jours. Le jour même, il les avait également astreints à un régime alimentaire sévère et une reprise du jogging et de la natation. De cet instant, elle s'était promis de ne plus jamais faire de remarque sur les repas qu'ils partageaient. Elle resta quelques instants allongée dans le lit, à écouter les bruits que faisait l'inspecteur dans la cuisine. Selon toute vraisemblance, il cherchait à ne pas la réveiller. Cet homme était vraiment parfois trop prévenant pour son propre bien. La jeune femme sourit à cette pensée, avant de se décider à se lever. Apparemment, Richard avait perdu son obsession pour le jogging matinal avant le petit-déjeuner et cela convenait très bien à Camille. Elle ne voulait pas prendre de douche tout de suite et quand elle vit la chemise de son amant posée sur le dos d'un fauteuil, elle s'en saisit et la passa sans hésitation. Elle se dirigea ensuite posément vers la cuisine, bien décidée à convaincre Richard que passer la journée de Noël au lit était une excellente façon de le fêter. Mais peut-être allait-elle attendre après son premier café pour jouer le jeu de la séduction. Elle se souvenait à quel point Richard était sensible à ses charmes le matin. Et elle comptait bien en profiter.
Elle le trouva assis à la table de la cuisine, déjà habillé, sirotant son thé en lisant le journal. Le Times, évidemment. Elle profita du fait qu'il était concentré sur les mots croisés pour le détailler. Il avait certes passé son costume, mais il n'avais pas fermé les deux derniers boutons du haut, ni mis de cravate. Quant à sa veste, elle n'était visible nulle part dans la pièce :il n'y avait pas de doute : c'était bien un jour de repos. A l'idée que cette scène domestique pourrait se répéter toute leur vie, elle sentit son coeur se gonfler. D'une façon ou d'une autre, elle avait la ferme intention de vivre avec lui.
- Puisque tu es décidé à me séduire en ayant l'air terriblement sexy dans l'une de mes chemises, tu pourrais peut-être t'approcher, pour que je puisse te montrer à quel point ça fonctionne.» Sa voix gentiment moqueuse la fit sortir de sa rêverie, avec un sursaut. Quand elle fixa son attention sur lui, il avait les yeux sur elle et un sourire au coin des lèvres. La jeune femme ne put s'empêcher de lui retourner son sourire et décollant de la chambranle de la porte, elle s'approcha de lui, en accentuant le déhanchement naturel de ses hanches.
- Et comment as-tu l'intention de le démontrer? susurra-t-elle, d'un ton enjôleur.
- Comme ça, répondit-il, en tournant la chaise vers elle, et, dès qu'elle fut assez proche de lui, en l'attirant d'une main sûre sur ses genoux. Il leva sa main libre vers son visage pour le caresser du bout des doigts, avant de la glisser derrière son cou pour l'attirer vers lui et l'embrasser avec la même intensité que la nuit passée. Camille sentit ses pensées lui échapper complètement, pour être remplacé par de délicieuses sensations, qui se diffusait du bout de ses doigts à la pointe de ses orteils.
Mais avant que son cerveau ne se ferme complètement à toute pensée rationnelle, Richard la relâcha et la soulevant de ses genoux, l'aida à s'asseoir sur la chaise à côté de la sienne. Il prit les mains de la jeune femme dans les siennes, posant tour à tour un baiser sur chacune d'entre elle, puis les gardant sur ses genoux, il déclara :
- Camille, il faut qu'on parle.
Son ton était un peu hésitant, ce qui rendit son amie immédiatement soupçonneuse. Mais cette fois, elle lui laissa l'occasion de s'expliquer, avant de sauter sur une conclusion.
- Je t'écoute, l'encouragea-t-elle, avec un sourire prudent.
- Quediraistudevenirquelquesmoisàlondres? demanda-t-il, très vite.
Camille le regarda d'un air un peu surpris. Elle n'était pas sûre d'avoir compris la question, mais surtout elle sentait l'inconfort monter chez l'inspecteur.
- Pardon?
Richard prit une grande inspiration pour se calmer, puis articula de façon intelligible :
- Que dirais-tu de venir quelques mois à Londres?
Sa question fut reçu par un silence choqué.
- Tu veux que je rentre avec toi à Londres? demanda-t-elle, finalement.
- Non, non.» s'empressa-t-il de préciser «Pas avec moi». A peine avait-il fini sa réponse qu'il réalisa son erreur.
- Je veux dire, oui, avec moi, mais pas avec moi, avec moi.» Mon Dieu! Il était en train de s'enfoncer. Mais, au lieu d'interpréter à sa façon ses bafouillements, Camille lui serra gentiment les mains et demanda :
- Pourquoi tu ne m'expliques pas depuis le début, Richard?
Le soulagement était tellement évident sur le visage de son amant qu'elle aurait éclaté de rire si cela ne semblait pas autant lui tenir à coeur. Pour que Richard perde ses moyens à ce point, c'est que cela devait être lié à leur relation. Et que c'était très important. Elle lui laissa donc le temps de reprendre ses esprits et de lui exposer sa proposition.
Richard resta silencieux plusieurs minutes. Il voulait présenter son idée de la meilleure façon possible et surtout, ne pas dire exactement la chose qui ne fallait pas, comme quelques instants auparavant. Finalement, il prit une profonde inspiration, et se lança :
- Il y a quelques semaines, mon superintendant m'a parlé d'une nouvelle agence internationale qui allait prochainement se monter dans les Caraïbes, pour lutter contre le crime transnational. Il m'a expliqué que le Royaume-Uni, la France et les Etats-Unis finalisaient un accord de coopération dans ce sens et que l'agence devrait être opérationnelle avant la fin de l'année.
Richard s'interrompit un instant pour observer la réaction de la jeune femme. Elle lui fit un sourire pour l'encourager à continuer. Ce qu'il fit, en choisissant soigneusement ses mots.
- Vois-tu, il m'a parlé de ça, parce qu'ils commencent à choisir leurs recrus pour un stage longue durée : ils voudraient former un vivier d'agents et choisir les meilleurs à la fin du stage, qui est prévu pour durer six mois. Le Home Office britannique prend la lutte contre le crime transnational très au sérieux, et comme tu le sais, les Français également. Ils veulent donc envoyer des gens très bien formés et particulièrement compétents.
- Envoyer? Tu veux dire que l'agence ouvrirait ici, demanda Camille, surprise.
Richard secoua la tête :
- Non, Scotland Yard pense que Ste-Marie est trop petite et n'a pas les infrastructures. La France a proposé La Guadeloupe et les USA semblent d'accord. Je peux te dire que mes supérieurs se félicitent de ne pas avoir ce cauchemar logistique-là à gérer!
Camille fronça les sourcils.
- Attends Richard! Si l'agence ne s'installe pas à Ste-Marie alors qu'est-ce je viens faire...
La jeune femme s'interrompit, réalisant ce que Richard lui proposait :
- Oh!» s'exclama-t-elle, doucement. «Oh! Tu veux que je postule pour venir passer quelques mois en Angleterre avec toi?!»
A ces mots, pourtant dits gentiment, Richard rougit violemment. Il ne répondit pas immédiatement, ce qui poussa Camille à insister, avec un sourire, pour bien lui montrer que l'idée ne lui déplaisait pas. Six mois à Londres, avec l'homme de sa vie, aux frais de l'Etat et pour apprendre quelque chose de nouveau ne lui déplaisait pas du tout. Bien au contraire.
Richard se racla la gorge, l'air gêné :
- Euh... Ce n'est pas tout à fait ça.
Camille commençait à se poser des questions : l'idée lui semblait excellente, mais si Richard hésitait, c'est qu'il y avait anguille sous roche.
- Quoi, alors? insista-t-elle.
- J'ai déjà proposé ton nom.
Sa déclaration fut suivi d'un silence tellement épais qu'on aurait pu étouffer dedans.
- Tu as fait quoi? demanda Camille, d'une voix dangereusement calme.
- Camille, je te promets, ce n'est pas ce que tu crois.» se défendit immédiatement l'inspecteur. «Si tu me laisses t'expliquer...»
- Oh oui! J'espère bien que tu vas m'expliquer, lui répondit sèchement son ancien sergent. Elle avait pris le ton qu'elle prenait à l'époque où il était son supérieur et qu'il avait dit exactement ce qu'il ne fallait pas.
- Promet-moi d'abord de m'écouter jusqu'au bout avant de te mettre à me hurler dessus.
- Oh! Alors tu penses que je vais te hurler dessus? remarqua la jeune femme, d'un ton sarcastique.
- Promets-moi, insista-t-il. Quand Camille commençait à se mette en colère, il n'y avait plus moyen de finir une conversation.
Camille fit un geste de la main, qui disait vas-y, mais son visage était complètement fermé.
Cette fois, il ne fallait pas qu'il fasse d'erreur.
- Mon superintendant ne m'a pas expliqué tout ça par bonté d'âme, tu te doutes. Et je ne suis pas assez élevé dans la chaîne hiérarchique pour être informé de tout ce qui se passe au Yard.
Il m'a demandé des noms d'officiers que je pensais compétents pour ce travail et ton nom m'est tout de suite venu à l'esprit. Et Fidel juste après. Puis un ou deux de mes collègues actuels ainsi que des anciens de Clacton. En tout, j'ai du lui donner 5 ou 6 noms. Mais le tien, je n'ai eu aucune hésitation. Tu connais très bien la région, les deux langues officielles de la future agence. Tu as été formé aussi bien par les français que par les britanniques. Tu serais parfaite pour ce travail et en plus, tu aurais probablement une promotion. Et si tu étais choisie, tu travaillerais à côté de chez toi, tu n'aurais pas à déménager, tu pourrais voir ta mère pratiquement aussi souvent qu'en ce moment. Et je t'avouerai que cela m'a semblé tellement évident que je ne me suis même pas posé la question.
Après sa longue déclaration, Richard se tut pour reprendre son souffle et regarder la réaction de sa compagne. Au fil de son discours, son visage s'était lentement détendu, signe que sa colère se calmait. Au moins, elle n'allait pas hurler sur lui.
finalement, elle ouvrit la bouche pour demander :
- Et tu as pensé à tout ça pendant que tu étais en entretien avec ton supérieur?
Richard répondit par un signe de tête affirmatif.
- Wouah! souffla-t-elle « C'est vrai que tu dois m'aimer.»
- Parce que tu en doutais, demanda Richard, légèrement vexé.
Camille leva la main pour lui caresser le visage tendrement.
- S'il y a une chose dont je n'ai jamais douté ces derniers mois, Richard, c'est de ton amour pour moi. C'est juste...» Elle hésita avant de continuer « J'imagine que je n'avais jamais réaliser son intensité.»
A ces mots, Richard se pencha vers elle pour l'embrasser ardemment. Camille répondit immédiatement et la situation commençait à virer à quelque chose de plus intime, lorsque Richard se sépara d'elle à regret.
- Je n'ai pas tout à fait fini, malheureusement» murmura-t-il contre ses lèvres.
Camille poussa un grognement exaspéré avant de protester :
- Richard! Tu ne sais vraiment pas t'arrêter sur un point positif!
- Qui te dit que le prochain est négatif? rétorqua l'officier sur le même ton.
- Tu hésites encore! s'exclama-t-elle.
Richard soupira et se redressa complètement.
- Tu as raison. Je sais déjà que le point suivant va te faire hurler.
Comme Camille le regardait d'un air très dubitatif, il jeta :
- Ils m'ont proposé la direction de l'agence.
- RICHARD! explosa la jeune femme.
- Je sais, je sais.» répondit l'inspecteur, en levant les mains dans une tentative d'apaisement. « Je n'ai pas dit que j'acceptais, tu as remarqué?!»
Camille avait repris son air exaspéré.
- On ne peut pas retravailler ensemble! Ici, ça allait parce que nous avions d'excellents résultats et que le préfet n'est pas exactement à cheval sur les règles. Mais avec les américains et leurs règles à la noix, on ne pourra pas se serrer la main sans qu'ils demandent la mutation de l'un de nous deux!
Richard lui reprit la main et, signe qu'elle n'était pas autant en colère qu'elle le prétendait, elle le laissa faire.
- Camille, écoute-moi. L'un d'entre nous ne pourra pas travailler dans cette agence et je le savais quand j'ai proposé ton nom. Mais je n'allais tout de même pas laissé échapper la possibilité d'être à nouveau avec toi pendant six mois pour un détail pareil. Chaque chose en son temps : il faut d'abord qu'ils retiennent ta candidature. Et je n'ai aucun doute là-dessus, ajouta-t-il très vite en voyant Camille ouvrir la bouche pour protester. Il faut que le préfet accepte également de se séparer de toi pour six mois, voire plus longtemps, s'ils te proposent un poste. Il s'agit de contrat de 3 ans, renouvelables une fois. Dans l'accord actuel, en tout cas. Et si tout ça arrive, il faut qu'ils te retiennent à la fin du stage. Mais en attendant, nous aurons été six mois ensemble. Et tu auras ajouter des compétences à ton curriculum. Qu'en penses-tu?»
Camille soupira et se leva de table, non pas pour s'éloigner de Richard mais parce qu'après deux nouvelles explosives l'une à la suite de l'autre, il lui fallait impérativement un café. Les actions de prendre une tasse dans le placard, de la remplir de café, de siroter une première gorgée, avant de venir se rasseoir près de son amant, lui permit de digérer toutes ces informations. Elle sourit à Richard, avant de répondre :
- Je pense que c'est une excellente idée. Mais tu sais déjà que je ne vais pas pouvoir accepter le poste si jamais ils me le proposent.
Richard la regarda d'un air tellement choqué qu'elle réalisa que, non, il n'y avait pas pensé. Sa protestation outrée le lui confirma :
- Mais bien sûr que non! Il faut absolument que tu acceptes au contraire. Ça serait un fabuleux tremplin pour ta carrière! J'ai pris ma décision avant de t'en parler : je déclinerai leur offre à la fin du stage. Ou même au début, d'ailleurs, cela ne fait aucune différence pour moi...
- Richard, RICHARD!» Camille dut élevé la voix pour arrêter ses divagations. « Tu ne peux pas leur dire non. Ça peut être notre chance d'être à nouveau ensemble pour au moins trois ans. Tu ne penses pas que ça vaille la peine que je refuse?...
- Tu réalises que nous faisons des plans sur la comète tout de suite? ne put s'empêcher de remarquer Richard.
Camille leva les yeux au ciel.
- Bien sûr que non, mon chéri. Nous. Faisons. Des. Plans... Pour une fois que je suis d'accord avec toi : si nous voulons un futur ensemble, il nous faut réfléchir à l'obtenir. Et si cette agence est notre chance, je ne vais certainement pas te laisser la gâcher en refusant un poste qui te rapproche de moi. C'est donc à moi de refuser.
Richard la dévisageait. Elle retourna son regard :
- Quoi? finit-elle par demander.
Richard se mordilla la joue pensivement avant de répondre :
- Ce n'est pas la seule proposition que j'ai reçue.
Camille se mit à rire, sans humour.
- Décidément c'est vraiment Noël pour toi! Et où irais-tu, dis-moi? A Singapour? Au Canada? Afrique du Sud?
- Ste-Marie.
Camille ouvrit la bouche pour rétorquer, mais aucun son ne sortit. C'était décidément la journée des surprises. Elle but une gorgée de café, qui avait refroidi, avant de retrouver sa voix.
- Ste-Marie? Goodman veut repartir?
Richard secoua la tête avec un sourire.
- Pas que je saches. Le préfet m'a fait une proposition au dîner avant-hier, qui pourrait m'intéresser, si tu obtenais le poste à la future agence.
- Oh? Quel genre de proposition?
- Figure-toi que le préfet Patterson commence à penser à sa retraite!
- Il t'a proposé son poste?» Camille avait l'air tellement incrédule quand elle posa la question que Richard ne put s'empêcher d'éclater de rire.
- Non, pas exactement» répondit-il, après s'être calmé. «Il m'a dit que si je voulais revenir à Ste-Marie, il y avait un poste de préfet adjoint qui m'attendait.
Camille ne savait plus que répondre : trop de nouvelles, trop de surprises, trop d'émotions. Mais il fallait qu'elle s'assure de quelque chose avant de laisser tomber cette conversation pour des activités plus appropriées à un jour de fête :
- Mais tu ne le savais pas encore quand tu as pris ta décision de refuser la direction de l'agence internationale?
Richard secoua la tête avec un sourire. A cette instant, Camille sut avec certitude qu'elle voulait passer le reste de sa vie avec cet homme. Elle se leva, lui tendit la main avec un sourire éblouissant et lui dit :
- Richard Poole, tu es un homme généreux et magnifique! Et je suis très chanceuse de t'avoir... Et je connais au moins une façon de te montrer ma reconnaissance.
Richard se leva, prit la main tendue, avec un sourire équivalant celui de la jeune femme et répondit :
- Tu n'as absolument aucune raison d'être reconnaissante.» Avant de l'entraîner vers la chambre.
Le petit-déjeuner attendrait.
Je vous l'accorde : c'est terriblement sirupeux. Et cela ne va pas s'arranger dans les prochains chapitres. Vous êtes prévenus. :-))
