Chapitre quatre : Soleil couchant
C'était une belle journée d'hiver. Le ciel , d'un bleu très pâle était parfaitement dégagé. Il n'y avait pas un nuage à l'horizon , ce qui n'était pas arrivé depuis plusieurs semaines. Le vent avait fini par les pousser en direction des montagnes. Fort heureusement , ce même vent était tombé dans la nuit. Le soleil , qui venait de se lever , dispensait ses rayons partout , faisant miroiter les rivières gelées et briller la neige. L'air s'était adouci et semblait moins agressif. Cela ne durerait probablement qu'un temps , mais cette journée était prompte à raviver la joie dans les coeurs des hommes. Ce redoux avait incité la cité blanche à s'éveiller plus tôt. Petit à petit , les habitants de Minas Tirith s'étaient réveillés et ils commençaient à sortir dans les rues. Une clameur joyeuse monta bientôt jusqu'au dernier étage de la cité. Les gens du roi finirent eux aussi par être envahis par cette sorte d'euphorie. Les conversations résonnaient dans les couloirs et on croisait parfois quelques enfants qui se courraient après. Des enfants de tout âge...
« Elladan ! Rends moi ça tout de suite ! »Ne souhaitant pas le moins du monde part à cette chamaillerie , Legolas s'écarta du chemin des jumeaux , qui se couraient après en se disputant quelque objet qu'il ne parvenait pas à identifier. Il soupira , puis les regarda d'un sourire moqueur. Ils étaient toujours en train de farfouiller quelque chose de louche. Plus jeunes , ils s'arrangeaient toujours pour l'entrainer dans leurs combines. Parfois , Legolas bénissait les Valar de ne pas habiter avec eux. Mais d'un autre côté , l'elfe préférait largement voir les jumeaux ainsi. Il se rappelait sans mal l'état dans lequel ils étaient après avoir sauvé leurs mères des orcs. Ils avaient mis bien des années avant de redevenir eux mêmes. Cependant , quelque chose en eux c'était brisé pour de bon. Et après cet épisode , leur haine des serviteurs de Sauron n'avait fait que grandir de jour en jour. Aujourd'hui encore , lorsque Legolas partait avec eux chasser l'orc , il était étonné de leur férocité. Rien avoir avec les éternels enfants qu'il pouvait voir tous les jours. Ils étaient terrifiant , en chasse. C'était heureux , que ces créatures n'obéissent plus à personne. Nombre d'entre elles erraient encore , mais en bande complètement désorganisées et sans but particulier. Elles ne savaient que piller et massacrer tout ce qui était sur leur chemin. Parfois , elle s'attaquaient aux villages , ce qui avait tôt d'iriter le roi qu'était Aragorn. Il n'était pas homme à tolérer qu'on attaque son peuple sans raison. Surtout quand celui-ci n'avait pas les moyens de se défendre.
Un courant d'air froid traversa le couloir et le prince frissonna légèrement. L'espace d'un instant , il avait failli oublier pourquoi il se trouvait dans ces couloirs. Le même grand couloir où Eldarion lui été rentré dedans un peu moins d'une semaine auparavant. C'était impressionnant comme cet enfant menait tous les adultes par le bout du nez. Un sourire aux lèvres , il secoua doucement la tête. Il marchait d'un pas léger mais déterminé et se rendait vers les quartiers qui avaient été attribués aux elfes. En chemin , il croisa justement un couple des siens , qui le saluèrent d'un geste de la tête. Il leur rendit leur salut , et continua sa route. Cela lui faisait un drôle d'effet , de croiser des elfes à Minas Tirith. Il n'avait pas l'impression que c'était... naturel. Selon lui , des elfes n'avaient rien à faire entre quatre murs , que ce soit l'été ou l'hiver. Lui n'aspirait qu'aux chevauchées dans sa Forêt Noire , avait envie de connaître chacun des arbres de l'Ithilien. Le marbre de Minas Tirith était , lui , froid et sans vie. Mort. Non , cette vie là ne lui convenait pas. Que les autres le suivent où non , lui retournerait à sa forêt. Tout doucement , il avait appris à aimer l'Ithilien. Certes , bien moins que sa sylve natale , mais une forêt restait une forêt. Et la nature restait sa seule et unique amante. Au plus grand dam des jumeaux et de son père.
Ces temps-ci , le prince se perdait un peu trop dans ses pensées. Aussi se trouva-t-il un peu bête devant une porte ouverte , porte menant à la chambre qu'il cherchait , et devant la demoiselle qu'il cherchait. Il mit quelques secondes à reprendre ses esprits. La veille , il avait rattrapé de justesse Beriadhwen , et avait été profondément ému par son histoire. Oh , il ne faut pas croire qu'il s'intéressait plus à elle qu'à une autre personne , mais il avait de la peine pour elle. Pas de la pitié , de la peine. C'était singulièrement différent. Et puis il était prince , maintenant qu'il en avait l'occasion , il s'occupait de son peuple. Tout du moins , ce qu'il en restait...Il finit par réagir lorsqu'elle lui demanda si elle pouvait faire quelque chose pour lui.
« - Non , en vérité je venais simplement voir comment vous alliez.
- Comment je vais ? »Evidemment , elle ne se rappelait sans doute pas exactement ce qu'il s'était passé. Legolas eut un petit sourire et il tenta l'humour.
« Vous m'êtes tombée dessus. »"Oh". Ce fut ce qu'elle fut capable de lui dire. Elle n'avait pas l'air spécialement gênée , mais elle n'avait pas non plus l'air d'être à l'aise. Ce n'était pas vraiment étonnant... Legolas retint une grimace , trouvant sa tentative d'humour complètement ridicule. Il ne voulait pas qu'elle pense qu'il venait la voir par pitié. Ce n'était pas la vérité , il le savait , mais il ne voyait pas comment le lui montrer. Il n'était pas spécialement prompt à montrer ses sentiments et ses émotions. Et puis d'après ce qu'il savait , Beriadhwen était particulièrement sauvage avec son père , qui avait il ne savait trop quel rapport avec la mort de son père à elle. Et si cette demoiselle était aussi têtue que son père , ils n'étaient pas sortis de l'auberge... Thranduil était si orgueilleux et si rancunier qu'il était capable de ne pas adresser la parole à un être cher pendant des siècles , par principe. C'était tout à fait idiot , mais celui qui ferait changer les principes de Thranduil n'était pas né et ne naitrait probablement pas.
« Vous n'auriez pas dû vous en faire. Je vais bien. Ce n'est pas comme si je n'avais pas l'habitude. Il n'y avait guère de quoi s'alarmer. »
Une façon tout à fait polie et travaillée de lui dire qu'elle n'avait pas besoin qu'il vienne prendre de ses nouvelles. Leçon apprise et retenue pour le prince. Cela lui fit un drôle d'effet d'ailleurs. C'était bel et bien la première fois qu'il se faisait moucher ainsi ! Il faut dire qu'il n'avait pas du tout l'habitude avec les femmes. Il espérait sincèrement que son inquiétude ne passait pas pour une piètre tentative de séduction. Un peu perdu , il s'écarta de son chemin lorsqu'elle entreprit de s'en aller. Eh bien , loués soient les Valar qu'il n'y ait eu aucun témoin à cela. Legolas avait tout de même sa fierté , et elle venait d'en prendre un sacré coup ! Avouons le , depuis la chute de Sauron , Legolas avait souvent été loué pour y avoir aidé , pour s'être engagé dans la communauté. Il ne pouvait pas nier que ces compliments étaient bien plaisants à force... Son orgueil s'était franchement remplumé. Finalement avait-il hérité d'un trait de son père. Aussi voulut-il avoir le dernier mot. Il se lança à sa suite et fut près d'elle en quelques grandes enjambés.
« Suis-je si horrible , que vous fuyez à ma vue ? »
Les mots eurent au moins le mérite de lui arracher un sourire. Aussitôt disparu , remplacé par un air hautain , mais c'était toujours ça. Legolas ne comprenait pas pourquoi il s'acharnait , mais il le faisait. Un tel comportement était tout à fait inhabituel chez lui , et il lui semblait qu'il passait pour un acharné. Non , il passait forcément pour un acharné. Mais tant pis , maintenant qu'il était lancé , il n'allait pas s'arrêter. Et puis il était prince , il avait bien le droit de faire ce genre de choses non ?
« Rester cloitré
ici ce n'est peut-être pas une bonne chose pour des elfes , vous ne
croyez pas ? Bon nombre des nôtres ont choisi d'aller découvrir un
peu les alentours de la cité... Viendrez vous avec nous , Dame de
Cristal ? »
*
Lossarnach , la Vallée des Fleurs. C'était
un endroit magnifique... Un petit bois , actuellement couvert de
neige. Sous les sabots de son cheval , Legolas pouvait entendre de
petites branches craquer. De temps à autre , il entendait un rire et
cela lui faisait chaud au coeur.. Les elfes étaient heureux , en
pleine nature. On remarquait enfin combien les elfes étaient des
être proches de la nature... La moindre petite fleur illuminait leur
regard , un arbrisseau chétif... La neige. Si lui avait fini par
s'en lasser , ce n'était visiblement pas le cas des autres. Ils
s'émerveillaient de tout et il pouvait le comprendre. L'ombre de Dol
Guldur n'avait que trop pesé sur leurs contrées. Et la plupart
d'entre eux ne connaissaient pas son domaine en Ithilien. C'étaient
des elfes qui avaient accompagné son père jusqu'à Minas Tirith et
qui rentrerait probablement rapidement à Eryn Lasgalen. Lui aussi ,
aimerait y retourner. Mais c'était encore trop tôt et son domaine
en Ithilien était encore jeune... Pour un elfe. Un homme penserait
que les elfes y vivaient depuis des années et des années.
Legolas chevauchait avec Gimli , comme de coutume. Et grâce au nain , un sourire flottait constamment sur ses lèvres. Gimli faisait de grands gestes , manquant parfois de le déstabiliser. Heureusement était-il un cavalier aguerri , sans quoi il se serait déjà retrouvé par terre. Elladan chevauchait à sa droite , sur un grand étalon noir. Elrohir était plus loin et il bavardait gaiement avec un autre elfe. Ils étaient en tout une dizaine. Vêtus aux couleurs de l'hiver , ils se fondaient dans leur environnement. Ils n'avaient pas perdu cette capacité. Le prince lui même était habillé de gris et une grande cape de velours blanc tombait sur ses épaules.
«... Savez vous , demoiselle , que par chez moi , je suis considéré comme un prince ? »
C'était la voix bourru de Gimli. Legolas éclata d'un rire léger. Il tourna la tête pour voir à qui son ami s'adressait. Ah , Beriadhwen... Il n'était pas peu fier de lui. Il avait réussi à la convaincre de les accompagner. Gimli la faisait sourire , avec ses histoires. Legolas se retourna , pour voir son ami un peu mieux :
« Gimli ,
est-ce que tu te rends compte que tu viens de tuer le mythe du Prince
Charmant ? »
Certains elfes eurent un rire léger , Gimli
marmonna dans sa barbe et Legolas échangea un sourire avec
Beriadhwen. Thranduil aurait été heureux de voir son fils sourire.
Mais le sourire de ce dernier s'effaça soudainement. Il avait
entendu quelque chose. Il en était certain. Son regard se perdit à
travers les branches enneigées. Il fit un signe à Elladan , qui
vint plus près. Lui aussi avait entendu quelque chose. Visiblement
ils étaient les seuls , les autres étant perdus dans leurs pensées
ou en pleine conversation. Elladan se retourna sur sa selle. Il vit
qu'Elrohir aussi était aux aguets. Quelque chose rôdait par ici...
Par réflexe , Legolas glissa une main dans son dos. Il retint un
juron : il n'avait pas son arc. Pensant que tout irait pour le mieux
il avait simplement ceint une épée et un petit poignard. Ce n'était
pas le cas des jumeaux , toujours armés au maximum. Les autres
étaient tous plus ou moins aussi armé que lui même. Mais il
préférait rentrer pour éviter les ennuis... Il échangea un regard
entendu avec Elladan et... Avant qu'il n'ait pu esquisser le moindre
geste , il sentit sa monture s'écrouler sous lui , un trait fiché
dans le poitrail. Legolas sauta à terre souplement en entendait
Gimli heurter le sol avec l'animal. Par Eru ! Il fallait vraiment que
ce genre de chose maintenant !
Vif , le prince dégaina sa lame , et dans l'instant trancha la gorge de l'orc qui était sur lui. Comment avaient-ils pu surgir si vite ? Ils devaient être une petite vingtaine. Eux n'étaient qu'une dizaine , mais ils pouvaient aisément s'en sortir. Legolas se maudissait pour n'avoir pas prêté suffisamment attention aux mots de la forêt. Il aurait dû les entendre arriver plus tôt... Legolas fut soulagé , en entendant Gimli... compter. Il avait eu peur qu'il ne se soit retrouvé coincé sous le cheval , et qu'une de ces horribles créatures n'ait profité de cette occasion pour le tuer. Legolas combattait au côté des jumeaux et à eux trois ils formaient une vraie tornade meurtrière. Les orcs qui se frottaient à eux tombaient aussitôt. Le prince tuait , les jumeaux massacraient. Ils n'avaient plus rien des deux frères joueurs qui le taquinaient sans cesse. Ils se battaient , ils dansaient avec la mort. Si bien que tout fut terminé en moins de temps qu'il ne le faut pour le dire. Un silence de mort tomba sur le petit bois. Legolas était figé. Ses yeux se posaient pourtant partout. Il n'y avait visiblement pas de morts parmi les siens. C'était une bonne chose. Cependant , les corps des orcs empestaient la mort. Il baissa les yeux sur ses vêtements et soupira doucement. Il était couvert d'un sang noir et poisseux et ses vêtements étaient déchirés à de nombreux endroits. Il serra les dents , prenant conscience d'une douleur vive au bras. Il porta sa main à son bras et la vit se couvrir de sang. Un entaille large et profonde , qui nécessiterait des soins. Il remarqua que les jumeaux s'étaient retirés dans un coin. Il remarqua qu'Elrohir gardait son bras gauche contre sa poitrine. Il s'était certainement brisé le poignet ou le bras. Au moins ce n'était pas trop grave , cela aurait pu être pire.
Legolas secoua doucement la tête. Il ne pouvait décemment pas rester figé comme une statue de marbre , il y avait des personnes à rassurer , des cadavres à brûler. Mais avant cela , Legolas se rendit près de son cheval. Il s'agenouilla près de l'animal , qui hénit doucement à sa vue. Il était mortellement blessé et semblait souffrir le martyr. Ses grands yeux étaient écarquillés par la douleur et la peur. Un sourire triste aux lèvres , Legolas caressa doucement le cheval. Ce serait monstrueux de sa part de le laisser souffrir pendant de longues heures. Alors doucement , tout doucement , il tira son poignard. A la vue de la lame , l'animal s'agita avec le peu de forces qu'il lui restait. Legolas lui flatta l'encolure une dernière fois. Et il plongea la lame dans la poitrine de l'animal , qui tressaillit une dernière fois.
« Namárië , mellon nîn. »Malheureusement , sa bête n'était pas la seule à avoir subit les attaques des orcs. Leur stratégie avait été simple : faire tomber des bêtes pour faire tomber les cavaliers. Il pouvait voir deux autres animaux au sol , morts , et un autre , avec une patte repliée. Il faudrait sans doute l'abattre. Certains d'entre eux devraient partager leur selle pour le retour à la Cité Blanche. Legolas se releva , rengainant sa poignard , après l'avoir essuyé sur sa cape , qui n'était de toute façon plus très blanche. On tapota doucement son dos et il se retourna. Gimli. Si le visage du prince ne trahissait rien , ses yeux exprimaient du soulagement. Il posa une main sur l'épaule du nain. Il était content qu'il soit en vie et entier.
«-Trois , affirma le nain avec un air faussement
joyeux.
- Et quatre pour moi ... » répondit le prince
avec le même air.
Cette fois il gagnait , mais il n'y avait rien de réjouissant à cette victoire. Par dessus l'épaule du nain , il aperçut une femme , recroquevillée près d'un arbre , tenant un poignard fermement , sa main étant un peu trop crispée dessus d'ailleurs. Il contourna le nain et vint s'agenouiller près d'elle. Ah , elle était descendue bien bas maintenant , sa fierté ! Dans quelle état était la pauvre Beriadhwen ? Lui qui l'avait trouvée si fier et belle dans sa fierté... Près de cette arbre , il n'y avait guère plus qu'une enfant terrifiée. Dans ses yeux verts écarquillés , il y lu sa jeunesse et sa peur. Ses yeux fixaient quelque chose. Le corps sans vie d'un orc. Avec une grimace de dégoût , Legolas écarta le corps du pied. Doucement il prit sa main et lui fit lâcher le poignard. Ce dernier était couvert de sang , elle avait donc dû abattre l'orc. Mais elle semblait avoir tellement peur ! Alors , le prince se rendit compte que , finalement , il ne devait pas avoir la moindre idée de ce qu'elle avait subi. Legolas s'approcha un peu plus d'elle et la saisit par la taille pour la relever. Cela pouvait paraître indécent aux yeux de certains , mais il ne voyait pas d'autre solution pour la remettre sur ses pieds. Lorsqu'il fut certain qu'elle ne s'effondrerait pas , il la laissa près de Gimli et alla vers les jumeaux. Il demanda :
«
Combien ? »
Elladan embrassa la scène d'un geste de la
main.
« Vingt , vingt-deux peut-être. Une bande isolée
sans doute. Mais je crains que ceux-ci fussent des éclaireurs. Il
nous faut rentrer au plus vite , nous ne pourrions pas essuyer une
autre attaque. Nous ne sommes pas équipés pour cela. Et il y a des
blessés. »
Elrohir étouffa un juron et Elladan désigna
du menton le bras de Legolas. Celui-ci se tourna alors vers la Dame
de Cristal , que le nain semblait vouloir rassurer. Et il se dit
qu'il y avait des blessures bien plus graves qu'un poignet brisé et
un bras déchiré. Mais il aurait tout le loisir de penser à ce
genre de choses plus tard , lorsqu'ils seraient en sécurité à
Minas Tirith. Les elfes entassèrent les cadavres des orcs et y
mirent le feu. Ils firent de même ensuite pour ceux des chevaux ,
quoiqu'avec beaucoup plus de respect. Quatre bêtes en moins et dix
elfes plus le nain. Chacun s'arrangea pour monter avec quelqu'un. Les
jumeaux ensemble , un couple , deux femmes , un homme seul et Gimli
avec un elfe qui n'avait pas d'aversion particulière pour son
peuple. Legolas se chargea de prendre Beriadhwen avec lui. Il avait
l'impression d'avoir une poupée de chiffon entre les bras. Il
comprenait mieux pourquoi son père semblait si protecteur à l'égard
de cette femme. C'était d'ailleurs assez déroutant , de savoir que
son père s'intéressait à elle. Même si c'était en l'honneur d'un
vieil ami , Thranduil n'était pas du genre très protecteur , et
cela devait cacher quelque chose.
Le chemin de retour fut fort désagréable pour les elfes. Il avait recommencé à neiger , et ce à gros flocons , si bien qu'en arrivant à la cité ils étaient trempés jusqu'aux os. Et la plupart d'entre eux étaient encore choqués par ce qu'il leur était arrivé. Pour la plupart , ils n'avaient pas brandi une arme depuis bien longtemps. Legolas , lui , ne comprenait pas pourquoi les orcs s'étaient aventurés si près... C'était du suicide. C'était peut-être l'hiver très rude , qui les avait forcé à s'aventurer plus près des villes. Ce devait être l'explication la plus plausible. Ils avaient fondu sur eux comme des affamés. Morts de faim , ils l'étaient certainement. Et c'était bien dommage qu'ils aient survécu jusque là. Encore un peu et le froid les tuait. Ce n'était vraiment pas de chance pour le petit groupe d'elfes , qui désiraient simplement prendre l'air. Pour le coup , Legolas n'était plus certain d'avoir envie de retenter l'expérience. Et puis , il fallait d'urgence prévenir Aragorn de ces bandes qui rôdaient. C'était dangereux pour le peuple du Gondor.
Lorsqu'ils arrivèrent à la Cité Blanche , les premier réflexe des elfes fut de se rendre jusqu'aux Maisons de Guérison. Legolas descendit de son cheval et laissa aux autres le soin de s'occuper de la Dame de Cristal. Lui ne se rendait pas aux Maisons de Guérison. Accompagné de Gimli , qui envoyait une floppée d'injures à l'attention des orcs. Les deux amis se rendirent jusqu'au dernier étage de la cité et bientôt ils entraient , tous les deux dans un état lamentable , dans la salle des conseils. Aragorn fut surpris de les trouver dans un état si piteux , pour qui rentrait d'une balade. Aussi congédia-t-il ses conseillers , pour laisser ses amis l'entretenir. La nouvelle qu'ils lui apprirent eu tôt fait de le mettre de mauvaise humeur. Dans la soirée , des patrouilles armées nettoyaient les environs. La sureté des lieux passait avant tout. Il ne pouvait se permettre de laisser vagabonder des orcs sans rien faire. Car ces créatures n'avaient par perdu leur vilainie.
Ce n'était pas souvent , que les Maisons de Guérison étaient dans une telle effervescence. Les elfes avaient beau ne pas être gravement blessés , ils s'étaient tous rendus là bas , et leurs amis les avaient rejoint. On pouvait trouver Arwen , près d'Elrohir , qui ne cessait de dire que tout allait bien , qu'il allait se remettre. Legolas , qui n'était pas loin , eut un sourire moqueur. Il avait intérêt à s'en remettre ! Ce n'était tout de même pas une petite fracture qui allait venir à bout de ce grand guerrier. Legolas remerçia le guérisseur quand ce dernier eut terminé de soigner sa blessure. Il enfilait une chemise propre lorsque son père arriva. Thranduil avait l'air furieux. Il se rendit vers son fils et lorsqu'il se rendit compte qu'il allait bien , sa colère retomba. Chez le roi , la peur se muait en colère. Il avait craint pour la vie des siens , avait craint pour la vie de son fils. Mais ils allaient tous bien. Quelques égratignures , ce n'était pas si terrible que cela. Legolas soupira.
« Loués soient
les Valar , nous n'avons rien. Mais on ne me prendra plus à rêvasser
ainsi. Si j'avais été attentif... »
Thranduil secoua la
tête. Il ne pouvait pas prévoir ce qui était arrivé. Il tapota
l'épaule de son fils et celui-ci serra les dents. Ils bavardèrent
longuement puis le roi entreprit de visiter ses sujets , pour prendre
de leurs nouvelles. Lui , il alla voir les jumeaux. Elrohir avait
l'air profondément frustré par son état. C'était un coup de masse
, qui avait brisé l'os de son bras. Et il se trouvait idiot , de ne
pas avoir réussi à éviter ce coup.
« Comment va ton
bras ? »
Elrohir leva les yeux au ciel.
«
Comment peut aller un bras cassé à ton avis ? »
Legolas
supposa qu'il devait aller plutôt mal. Ce à quoi Elrohir répondit
par un regard las. L'elfe était profondément honteux. D'ordinaire ,
il n'était jamais blessé pendant ses chasses. Et là , il avait
suffit qu'ils soient attaqués par surprise pour qu'il se retrouve
blessé. Lui aussi se maudissait pour n'avoir pas été assez
attentif. Etait-ce vraiment si mal , d'avoir voulu s'évader l'espace
d'un instant ? Il était chasseur mais elfe avant tout. Il avait été
heureux , de retrouver les siens pendant un moment. Et peu plus et il
se serait cru des années avant que leur vie ne bascule avec le rapt
de leur mère. Les pensées d'Elrohir dérivèrent vers sa mère , et
celles de Legolas vers celle qu'il avait relevée. Il avait de plus
en plus de peine pour elle. Il n'arrivait pas à comprendre que la
femme qu'il avait rencontré le matin puisse être celle qu'il avait
remis sur ses pieds. Pourtant , il savait combien les elfes pouvaient
êtres versatiles. Il suffisait de voir son père , qui passait de la
rage à la plus parfaite maîtrise de lui-même.
Legolas laissa les jumeaux seuls. Il avait envie de prendre des nouvelles de Beriadhwen. Par curiosité , il voulait savoir quelle femme il retrouverait. Et surtout , il s'en voulait d'avoir insisté pour qu'elle vienne. Certes , ces intentions n'avaient pas été mauvaises , mais il s'en voulait qu'elle se soit retrouvée au milieu de souvenirs désagréables. Il la trouva dans les jardins des Maisons de Guérison. Elle regardait le soleil se coucher , enveloppée dans un manteau sombre. Avec un peu plus d'hésitation que le matin , il s'approcha. Elle dut l'entendre , car elle se retourna. Il ne dit rien , et regarda lui aussi le soleil qui disparaissait derrière de hauts sommets. Il régnait un grand silence dans les jardins. Et puis...
« - Je suis désolé.
- Vous n'avez pas à
l'être. Vous ne pouviez pas savoir ce qui arriverait.
- Non. Non
, mais cela n'empêche pas les remords de m'assaillir. Je n'aurais
pas dû insister pour que vous veniez avec nous. Alors je le répète.
Je suis sincèrement désolé. »
Voilà , c'était dit.
Il n'avait rien à rajouter. Un sourire timide , des excuses et il
s'en serait allé allé seul , si un vent glacé ne l'avait pas fait
frissonner.
« Il va faire froid. Vous devriez rentrer. »Il lui tendit la main. Et après avoir hésité , elle s'en saisit.
