Chapitre 4 : Besoin d'être seule
Quand Lily apparut dans la cheminée de sa grand-mère, elle fut surprise de la trouver, lisant tranquillement un vieux grimoire de cuisine magique, qur le fauteuil en face. On aurait dit qu'elle l'attendait, peut-être que Ron l'avait prévenue ? Mais non, il n'aurait pas eu le temps, Lily l'avait quitté depuis quelques secondes.
- Grand-mère ?
Oh, Lily, je ne pensais pas que tu arriverais si tôt !
Où est maman ? Je suis venue pour lui parler en fait.
Je crois qu'elle dort encore.
Quelle chambre ?
La petite du 3ème étage.
Merci.
Lily grimpa les escaliers à vive allure.
C'était cette chambre dans laquelle elle dormait les dimanche soirs de vacances. Vieu papier peint fleuri, mobile d'enfant, photos de famille, petit lit en fer forgé blanc, grimoires de classe poussiéreux. Ce décor, elle l'adorait, tout comme sa mère. Il faut dire que Ginny y avait dormi pendant presque vingt ans. Elle y revenait maintenant, comme si elle régressait, mais elle montait plutôt en maturité.
Sa mère était assise sur le lit, en tailleur dans sa robe de chambre rose, avec un album photo et une boît de mouchoir volant à côté d'elle, presque vide.
Dans un geste doux et lent, Lily s'assit à ses côtés, lui passa un bras autour de l'épaule et l'embrassa sur la joue.
- Chérie ? Qu'est-ce-que tu fais ici ? Je te croyais chez Ron.
Je suis venue te voir.
Oh, tu m'aurais vue à la fête. Je regarde des vieilles photos.
Lily se pencha pour observer l'album. Les albums photos, c'est fou comme ça rappelle des souvenirs, des choses que l'on avait oubliée et qui reviennent, comme un raviveur de mémoire.
Un bébé potelé qui saute sur un vieu canapé défoncé, Albus. Rose et Lily à quatre ans en train de faire un magnfique château de sable sur la plage près de la Chaumière au Coquillages. James avec Teddy Lupin qui lui lit une histoire. Tous les cousins, cousines, oncles et tantes Weasley en France dans le grand jardin du manoir Delacour. Harry et Ginny en lune de miel au Japon.
Ginny ne put contenir ses larmes, même devant sa fille, qui se dit que c'était le bon moment.
- Maman, je...sais pour...le divorce, hésita-t-elle, ne voulant aggraver l'état de tristesse de sa mère.
Elle s'enlacèrent et pleurèrent l'une contre l'autre pendant de longues minutes. Les photos de la page étaient tachées d'eau. Ginny les nettoya d'un coup de baguette.
- Bon ma Lily, on va descendre finir la préparation de la petite fête.
Ginny utilisa le dernier mouchoir pour se moucher et descendit du lit. Une fois sur le palier, elle embrassa sa fille sur le front.
- Je t'aime, et ce n'est pas un divorce qui va changer ça.
A l'occasion de la fête, l'oncle George avait ramené une espèce de machine étrange, un dragon en gélatine de deux mètres de haut qui crachait des bulles de savon. Il inventait de ces choses inutiles parfois...Mais ça mettait de l'ambiance dans la fête, les jeunes étaient ravis de glisser sur le dragon et d'éclater les bulles. Molly, avec l'aide de Ginny et Lily, avait caché des friandises dans le jardin. Si bien qu'on voyait parfois passer des gnomes qui poursuivaient en courant des chocogrenouilles, suivis de l'oncle Bill qui tentait de rattraper le gnome en question pour son « dégnomage massif du jardin » comme il avait dit.
Il y avait sur le buffet toute sorte de cakes, gâteaux, chocolats et autres nourritures sucrées très mauvaises pour les dents et le choléstérol. Une piste de danse avait été installée dans le jardin et un orchestre jouait, à la demande, des classiques de la musique sorcière. Quelques tables étaient dispersées autour du du buffet mais la plupart des invités restaient debout. Des Sucettes Tordantes, multicolores, remuantes et gluantes, avaient été pendant aux multiples arbres du jardin et des Oeufs Surprise de Bertie Crochue, remplis de délicieux dragées, tronaîent sur les buis, leur ajoutant un peu de couleur. Les jeunes sautaient, couraient, pour rattraper les grenouilles et les gnomes, des dizaines de petites taches rousses sur la pelouse verte.
Mais sur une table unique, isolée du reste du décor, une longue chevelure noire dans une robe vert émeraude assortie à ses yeux, Lily Potter s'était assise.
Elle pensait à tant de choses, à ses parents, à sa famille, à ce que cela pourrait leur faire si elle avouait tout à celui qu'elle aime, définitivement.
Les cheveux blonds délavés, presque blanchâtres, le front haut. Les yeux gris perle qui regardent les choses en face. Les mains et les doigts effilés, si gracieux quand d'un mouvement du poignet, ils agitent leur baguette. Des jambes si fines que l'on dirait par fois qu'il vole en marchant.
Scorpius Malefoy, Lily pourrait le décrire des heures entières, elle le fait parfois quand le sommeil ne vient pas. Elle rêve de lui, irrémédiablement, toutes les nuits, depuis cinq ans. Elle l'avait rencontré dans le Poudlard Express, enfin plus croisé que rencontré. Il avait juste traversé le couloir du train. Mais cela avait suffit pour que son image la frappe là, là ou ça fait très mal, où ça reste gravé une vie entière, où rien ne peut l'effacer. Et c'est dur de supporter sa présence hautaine, tellement intouchable qu'elle en devient divine, rare. Comme...une apparition angélique dans un sombre couloir de l'école. Comme...une enivrante odeur flottant dans la salle de Sortilèges dans le cours suivant le sien. Comme...un sublime bijou derrière une vitre incassable. Oui, c'est ça, un bijou que l'on pourrait osberver tant qu'on veut. On essaye de le toucher mais on tape sur la vitre. On tape de plus en plus fort, mais il est presque impossible qu'elle se casse. Il faudrait un miracle. Et il est un miracle à lui seul...
Une bulle de savon lui éclata au visage et la tira de sa rêverie. Elle contempla les danseurs virevoltants au son d'une vieille valse et vis Rose qui s'en écarte et se rapproche d'elle en soulevant les pans de sa robe.
- Lily, qu'est-ce-que tu fais là, isolée ?
Je réfléchis, besoin d'être seule...
A quoi ? C'est une fête, t'es sensée te défouler et oublier tes embrouilles !
Peu importe à quoi je pense Rose, s'exclama Lily, agressivement. Et je n'ai pas envie de m'amuser là !
Lily ! Arrète de m'agresser ! C'est pas ma faute si tu ne peux pas t'empêcher de penser à , elle baissa la voix, Malefoy.
Mais tais-toi ! Je pense à qui je veux d'abord !
Lily s'était levée de sa chaise. Elle tenait sa baguette, tremblante de colère. Rose recula et regarda les invités qui les défiguraient. Ils observaient la scène, interloqués, certains adultes avaient même la main crispée sur leur baguette, pour intervenir au cas où. Lily se rendait compte que quelquechose clochait chez elle. Elle s'était totalement emportée contre Rose pour un rien. Cette douleur indescriptible, quand elle s'énervait à cause de Scorpius, cela durait depuis très longtemps, elle ne saurait dire combien. Un poignard qui s'enfonce dans son coeur, qui bouge et se retire une fois qu'elle pense à autre chose.
Rose se mit à marcher en direction de la maison sans un mot, d'un pas saccadé. Les invités la suivirent des yeux. Lily se rassit et tenta de se concentrer sur la musique, un vieux tube des années 80.
Il n'y a pas de place pour deux-euh
Dans mon chaudron
Je t'abandonne-euh
Dans la forêt, près du pont
Car il n'y a pas de place pour deux-euh
Dans mon chaudron...
Lily avait toujours détesté cette chanson, la préférée de sa grand-mère. Il faut dire que les paroles sont...expressives et...recherchées.
Ouf, elle se concentrait enfin sur autre chose. Il lui fallait discuter de choses futiles avec quelqu'un de calme et détendu. Emergeant de la foule maintenant retournée à ses occupations, Teddy Lupin. Voilà LA personne détendue et calme qui avait le don de parler sans arrêt pour ne rien dire, exactement ce dont Lily avait besoin.
- Salut, louloute ! Lui lança-t-il
Ah, voilà mon parrain préféré ! Dit Lily soulagée de ne pas avoir à faire semblant de sourire pour une fois.
Tu n'en as qu'un seul, je suis forcément ton préféré ! Alors, quoi de neuf ? Joli temps, non ?
C'est vrai que pour un mois d'Avril, le soleil est rayonnant.
Bah c'est sûr, je n'ai jamais vu un solei qui ne rayonne pas, poulette !
Arrète de m'appeller comme ça, et ce n'est pas ma faute si je pléonasme sans arrêt, Ted'.
Pléonasme ? Trop compliqué, là je sèche. Non, je te taquine...
Oui, beaucoup. Mais ça me change les idées.
Changer tes idées de quoi ? Tu devrais être la plus heureuse du monde ! Regarde cette fête, n'est-elle pas géniale ? Franchement, t'as tout pour toi, des parents, une grande famille, de l'argent et du bonheur à foison. Je t'envie ma cocotte, je t'envie !
Peut-être...C'est vrai que finalement, elle avait de la chance. Il y avait pire qu'elle. Le petit frère de Rose, Hugo, était mort il y a deux ans, Teddy n'avait pas de parents et il n'a hérité de son père que son gène lycanthropique, et tant d'autres. Il y avait des sorciers dans la misère mendiant sur le Chemin de Traverse, des géants solitaires dans les montagnes, des orphelins abandonnés, triste et affamés.
- Alors, relativise et viens faire un Quidditch avec ta bande de cousins/cousines et moi.
Je sais pas, je suis un peu crevée Ted'.
Si tu viens, je te prends dans mon équipe, conclut Teddy avec un clin d'oeil malicieux.
Il faut dire que Teddy est excellent au Quidditch, impossible de refuser.
