Bonjour à tous mes lecteurs. Je suis désolée de vous avoir fait attendre. Voici un long chapitre pour compenser. J'espère qu'il vous plaira. Dites-moi ce que vous en pensez. J'attends avec impatience de recevoir vos commentaires. Bonne lecture.
Chapitre 4 Visites de famille
Décembre 1793
L'honorable Randy Fitzwilliam, âgé de onze ans, était le frère cadet du vicomte d'Holbourne et le second fils du comte de Matlock. Il s'ennuyait à mourir. Ils voyageaient depuis Londres depuis près de trois jours, voyageant lentement à cause du mauvais temps qui rendaient les routes glissantes et dangereuses pour les chevaux et les voyageurs. Peu importait le fait que les voitures étaient très confortables et de meilleure qualité, passer de longues heures enfermé dans la voiture sur des routes cahoteuses, c'était très ennuyeux pour le jeune garçon. Comme il n'avait pas plus de dix ans et étant doté d'un tempérament exubérant et aventureux, il exigeait beaucoup de divertissements et ses parents et sa petite sœur ne remplissaient pas adéquatement ce besoin.
Le comte de Matlock était un homme très costaud de trente-cinq ans environ. Mais il avait passé la plus grande partie du voyage à dormir sur le siège opposé. Sa femme était assise à ses côtés, berçant dans ses bras, Marina, la petite sœur de Randy, pour la durée du voyage. Quoi qu'on puisse dire de la comtesse, elle était une mère très attentive et dévouée.
Il poussa un profond soupir. Après avoir été confiné pendant si longtemps en compagnie de personnes qui ne faisaient rien pour recueillir l'enthousiasme d'un jeune garçon, Randy n'était vraiment pas le plus heureux. Le voyage était long et ennuyeux et il ne savait pas quoi faire pour s'occuper.
Cependant, il savait très bien que son sort était beaucoup plus agréable que celui de son frère, David, qui lui, avait été réduit à partager la voiture avec leurs parents de Bourgh. Leur oncle, sir Lewis, était un homme très agréable et gentil, selon l'avis de Randy mais son épouse, lady Catherine, sœur de son père, était extrêmement ennuyeuse et désagréable. Elle semblait persuadée d'être de très grande importance, on se demandait pourquoi ! Autoritaire, prétentieuse, très orgueilleuse, elle avait l'habitude de s'attendre à ce que tout le monde obéisse à ses exigences. Apparemment, elle était souvent déçue car la plupart des membres de sa famille ne lui prêtait pas la moindre attention. Ce qui la rendait folle de rage. Elle était très imbue d'elle-même et ne supportait pas qu'on la contredise ou qu'on l'ignore, même si cela arrivait très souvent.
Il fallait espérer qu'elle serait uniquement préoccupée par la présence de cousine Anne, qui n'était que de trois ans plus vieille que Marina, - bien que Randy croyait dur comme fer que la tante Cat ne se donnerait pas la peine de s'occuper de sa fille elle-même, comme sa propre mère le faisait - le fait que l'on avait demandé que la bonne d'enfants d'Anne l'accompagne dans la voiture familiale en attestait clairement. Non, étant donné le choix entre sa société actuelle et l'option qui lui aurait accordée dans l'autre voiture, il préférait de loin son sort à celui de David. Même si Edward était également présent.
De plus, la raison du voyage le rendait plus que désireux à se montrer indulgent et à supporter l'ennui du voyage : ils allaient à Pemberley !
Randy n'était pas venu à Pemberley depuis presque deux ans, ses parents ayant généralement limité leur présence à Londres depuis bien avant la naissance de Marina. Il avait regretté leurs visites précédemment fréquentes dans cette propriété, parce que bien qu'il ait aimé sa propre maison, même un jeune garçon pouvait apprécier le fait qu'il y avait quelque chose de spécial à propos de Pemberley.
Ce n'était pas de la terre elle-même dont il sentait le plus proche, cependant. Non, ce qui lui manquait le plus, en ce qui concernait Pemberley, était son cousin qui, d'une manière qui prêtait à confusion avait été prénommé Fitzwilliam. Un compagnon de jeu et un excellent ami que l'on pouvait avoir, ayant les avantages d'être un parent de sang et tout à fait intelligent et Randy aimait extrêmement son plus jeune cousin précoce. Il lui avait beaucoup manqué depuis la naissance de Marina. Bien que les Darcy soient venus en ville pendant un certain temps depuis lors, son oncle Darcy n'aimait pas la société de Londres et ils ne restaient jamais très longtemps, certainement pas assez pour que Randy puisse profiter beaucoup de la compagnie de Fitzwilliam ! Il n'était donc pas étonnant, pour ses parents, que l'agitation de leur fils remuant s'accroisse alors qu'ils se rapprochaient de plus en plus de Pemberley.
Bien que son oncle ait un titre de duc, il n'aimait pas à en faire usage, sauf lorsque cela s'avérait utile. Par exemple, pour remettre lady Catherine à sa place en lui rappelant qu'il occupait un rang supérieur au sien. Elle était toujours furieuse de ce fait. En dépit du fait d'être la fille d'un comte, elle avait épousé un homme dont le rang était le plus bas. Ce qui était très humiliant pour elle. Et il savait qu'elle rêvait d'occuper la place de sa sœur à Pemberley. Une chose qui n'avait aucune chance de se produire. Le duc la méprisait trop. C'était trop drôle de voir ses yeux brillants de convoitise, d'envie et de jalousie lorsqu'elle se trouvait à Pemberley. Lady Catherine finirait par se rendre compte de son insignifiance.
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Les Fitzwilliam étaient connus, dans leurs cercles, tant pour la franchise de leurs caractères que pour leur hospitalité célèbre, traits presque universellement possédés par chaque membre de la famille. Et bien que lady Anne ait échangé son nom de famille pour celui de Darcy, il était évident pour tout le monde qu'elle se considérait toujours comme une Fitzwillam dans son cœur.
Quand les voitures transportant ses frères et sœurs et leurs familles s'arrêtèrent devant la grande maison de Pemberley, elle descendait déjà les marches pour les saluer, une vision en velours vert et en hermine et aussi belle à trente ans qu'elle avait été comme une nouvelle mariée neuf ans auparavant. Son enthousiasme évident et ses belles couleurs n'auraient pas été plus opposés à ceux de son mari, noir de cheveux et de noir d'œil, qui l'ont suivie pour saluer ses invités à une allure beaucoup plus calme.
Lady Anne se précipita pour embrasser son frère et la vicomtesse, s'exclamant joyeusement sur la grande taille de Randy et de David, et à quel point la petite Marina paraissait mignonne dans son petit bonnet. Et elle aurait sans doute continué à saluer son père et sa sœur de la même manière si son mari ne s'était pas approché du groupe à ce moment précis.
Avec un petit sourire à l'attention de sa femme, George Darcy suggéra qu'ils rentrent tous à l'intérieur, car le froid intense de l'hiver dans le Derbyshire ne pouvait pas être favorable pour la santé du comte, ou celle des enfants.
- Oui, en effet, nous ferions mieux d'aller à l'intérieur, dit lady Catherine. Il ne faudrait pas garder ma petite Anne dehors. Elle a déjà subi un rhume affreux cet hiver et j'étais d'avis qu'il aurait mieux valu rester dans le Kent pour sa santé. Elle est d'une telle constitution fragile, vous savez, même si je suis sûre qu'elle va forcir avec le temps et cela aurait été bien meilleur pour elle si nous étions restés au sud pendant un hiver si rigoureux. Mais sir Lewis a insisté pour que nous vous permettions de nous accueillir pour Noël cette année. Donc, j'ai pris toutes les précautions nécessaires, jusqu'à présent, pour la garder au chaud. Notre voiture est tout à fait bien isolée, vous savez ou je n'aurais pas cédé.
Les personnes assemblées étaient bien habituées à ces sortes de déclarations de la part de lady Catherine. Elle avait autrefois été une femme plutôt aimable, quoique peut-être pas tout à fait autant que sa sœur. Mais le fait de ne pas avoir réussi à avoir un enfant pendant les premières années de son mariage lui avait coûtée le respect de son mari et l'avait rendue mal à l'aise. La naissance d'Anne était venue comme un soulagement pour tous. Le fait qu'il s'agisse d'une fille au lieu du second héritier désiré avait considérablement diminué la joie de Catherine. Depuis lors, elle s'était efforcée de veiller sans relâche sur le bien-être de sa fille, constamment craintive que son enfant qu'elle avait eu tant de mal à avoir lui soit arrachée tant il était vrai qu'Anne était quelque peu délicate. La famille soupçonnait généralement que la santé de la petite fille était plus robuste que sa mère a été encline à croire.
Sir Lewis, en particulier, avait peu de patience pour l'agitation de sa femme. Il avait de bonnes raisons de regretter le choix de son épouse, mais il savait que les regrets ne serviraient à rien. Il devait faire avec et supporter le fait d'être marié avec une mégère insupportable. Il avait fait en sorte, dès qu'il l'avait compris, au début de leur mariage, qu'elle comprenne qu'il entendait être le maître dans sa maison et que son seul droit était de lui obéir. Elle avait tenté de protester, indignée par ce qu'elle considérait comme un manque de respect envers elle. Mais sir Lewis n'avait tenu aucun compte de ses discours et lui avait donné un aperçu de ce qui lui en coûterait si elle tentait de lui désobéir.
Il s'était très vite rendu compte qu'elle traitait leur fille en dépit de tout bon sens. En vertu de sa croyance qu'elle savait mieux que quiconque ce qui était bon pour la petite Anne, elle veillait à ce que tous ses ordres soient exécutés. Au lieu de renforcer la santé de la petite fille, elle n'avait fait que l'affaiblir. Sir Lewis était horrifié de constater que sa fille osait à peine lui adresser la parole parce que sa mère lui faisait croire qu'elle n'avait aucune importance à ses yeux. Il avait été furieux contre son épouse. Décidé à contrarier ses manigances, il passait au moins une heure par jour avec l'enfant, l'emmenant avec lui en promenade, sans se soucier des protestations indignées qu'il jugeait particulièrement stupides.
Il avait également constaté que la fillette n'avait pas de jouets et qu'elle n'avait pas le droit de jouer ni de faire le moindre bruit. Elle devait rester là, immobile et muette, comme une poupée posée sur la cheminée, sans avoir la possibilité de prononcer un seul mot. Ces faits avaient rendus sir Lewis fou de rage. Il avait renvoyé les serviteurs incompétents qui s'occupaient de sa fille et les avaient remplacés par une nurse et une servante qui ne rendaient des comptes qu'à lui seul. Il avait interdit à sa femme de s'approcher d'Anne sans que l'une d'elles soit présente. Et il lui avait conseillé de cesser de raconter des sottises à leur fille où il veillerait à ce qu'elle n'ait plus le droit de la voir. Elle n'avait absolument aucun droit de décision sur son avenir. Ce droit n'appartenait qu'à lui et à lui seul et il ne lui permettrait pas de gâcher sa vie avec ses manigances méprisables. Si elle tentait de désobéir, elle le regretterait. Il ne l'avait jamais frappé mais il pourrait bien être tenté de changer d'avis dans ce domaine et de lui faire goûter de sa cravache.
Cette menace avait rendue lady Catherine folle de rage, mais elle avait compris qu'il tiendrait parole, si elle l'y forçait. Elle ne pouvait absolument rien faire pour s'opposer à lui. Ce fait la rendait furieuse. Pourtant, elle n'était pas décidée à renoncer à ses projets. Il faudrait simplement qu'elle se montre plus maligne que son mari pour atteindre son but.
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La belle-sœur de sir Lewis, cependant, était des plus gracieuses. Les demandes de lady Catherine d'entrer dans la maison et de voir sa fille conduite directement dans la nursery, de sorte que sa nurse pourrait s'occuper de sa santé et de son confort, furent exaucés, des sourires entendus furent échangés avant que l'hôtesse enthousiaste ne se conforme à sa demande.
Les parents virent que les enfants avaient été installés dans la nursery - à l'exception de David Fitzwilliam, qui devait très bientôt avoir douze ans et donc plutôt trop vieux - et les adultes conduits dans les chambres où ils pourraient se rafraîchir après une longue journée de voyage.
Fitzwilliam était ravi d'accueillir son cousin Edward. Il espérait que celui-ci veillerait sur sa petite sœur chaque fois qu'il serait présent à la maison. Elle se méfiait de sa tante et savait que celle-ci allait chercher à le forcer à passer du temps avec la petite fille, sous un prétexte quelconque. Mais il n'avait pas l'intention de lui laisser lui gâcher ses vacances en l'obligeant à servir de nounou à sa cousine.
Randy, lui aussi, fut accueilli avec tout l'enthousiasme qu'il pouvait avoir espéré par son jeune cousin, qui l'avait évidemment regretté autant que lui-même l'avait regretté. Après avoir effectué une inspection approfondie d'une Marina âgée de onze mois, - pendant laquelle il se fit pincer le nez et tirer les cheveux par sa petite cousine curieuse -, Fitzwilliam donna un compte-rendu des aventures qu'il avait vécues depuis la dernière fois ils s'étaient vus. Son compte-rendu fut tout à fait aussi enthousiaste que l'accueil chaleureux de sa mère l'avait été auparavant et il ne semblait pas pouvoir s'empêcher de refuser d'oublier le moindre détail. Randy se trouva particulièrement amusé par le nouveau récit de son cousin d'un incident impliquant une soupière de soupe à l'oignon et plusieurs grands crapauds du jardin.
Étant un garçon observateur, il ne fallut longtemps avant que Randy ne remarque la fréquence avec laquelle les noms de George Wickham et de Robert Harcourt ne soient mentionnés. Sa curiosité naturelle fut réveillée et il interrogea son cousin à leur sujet.
- George est le fils de l'intendant de Père, l'informa Fitzwilliam, et le père de Robert est le recteur de Lambton. Ils sont de très bons amis.
- J'aimerais les rencontrer, dit Randy. N'importe quel ami de mon cousin Darcy est l'un de mes amis !
En fait, il avait déjà rencontré George Wickham auparavant, lors de sa première visite à Pemberley. Fitzwilliam était alors trop jeune à ce moment-là pour jouer beaucoup avec les garçons plus âgés, mais Randy et George avaient presque le même âge, et pas même un mois complet séparait leurs anniversaires, et la paire avait passé des moments merveilleux. Mais c'était il y a quatre ans, et on peut pardonner aux enfants de ne pas se souvenir immédiatement d'une brève connaissance datant de plusieurs années.
Fitzwilliam, qui, pour sa part, était désireux de faire se rencontrer son cousin préféré et ses camarades de jeu favoris.
- Nous ne pouvons pas rendre visite à Robbie car il est parti passer Noël sur la propriété de son grand-père, mais George vit ici à Pemberley, l'informa-t-il.
Les yeux de Randy s'écarquillèrent de surprise.
- L'intendant de votre père vit sur la propriété ?
Fitzwilliam hocha la tête.
- C'est étrange. L'intendant de mon père est également un avocat et il a sa propre maison.
- Peut-être que quelque chose, dans le ton de son cousin, impliquait une critique contre la gestion de Sa Grâce au sujet de ses employés, car Fitzwilliam prit immédiatement la défense de son père.
- Eh bien, Pemberley est beaucoup plus grand que la propriété de votre père, dit-t-il d'un ton maussade. Et mon père a des propriétés en Irlande et dans le Northumberland et le Hampshire, donc il a d'autres intendants pour s'en occuper, d'ailleurs. La gestion de Pemberley donne à Mr Wickham plus qu'assez de travail pour qu'il ne soit pas en mesure de faire autre chose. De plus, le fait de vivre ici est plus pratique pour lui et lui évite de faire des allers retours constants entre Pemberley et Lambton.
Randy fronça les sourcils, mais ne répondit pas.
Il n'avait jamais vraiment réfléchi ni donné beaucoup de considération au fait qu'un jour son cousin serait beaucoup plus riche que lui, en tant que second fils, pourrait jamais, avec réalisme, s'attendre. À la remarque irréfléchie de Fitzwilliam au sujet des vastes propriétés appartenant à la famille des Darcy, qui étaient assez grandes pour dépasser considérablement les propriétés des Fitzwilliam, même sans prendre en considération les terres en Irlande, cela frappa soudainement Randy avec force que ses propres perspectives et celles de son frère étaient manifestement différentes de celles de son cousin. Son frère succéderait à leur père en tant que vicomte d' Holbourne et assumerait finalement le titre de comte de Matlock. Son cousin serait un jour le maître de propriétés importantes et, si les conversations qu'il avait entendues entre ses parents en écoutant à l'extérieur de l'étude de son père étaient une source fiable, il deviendrait certainement un des hommes les plus riches dans les Midlands. Lui-même, d'autre part, n'hériterait probablement de rien de plus qu'une petite rente que sa famille jugerait bon de lui léguer et il devrait faire son propre chemin dans le monde.
L'idée rendit le garçon, d'habitude très exubérant, étrangement calme.
Pendant de nombreuses années, pourtant, sa vie serait semblable à celle de son cousin et de son frère. Dans quelques années, il suivrait David à Eton et ensuite à Cambridge - ou peut-être Oxford -, mais les hommes de la famille Fitzwilliam avaient fait leurs études à Cambridge depuis des générations. Et ensuite … quoi ? Il n'aurait pas de grande propriété qui attendrait qu'il en hérite.
- Randy ? demanda Fitzwilliam, visiblement surpris. Pourquoi êtes-vous si calme ?
Eh bien, il penserait à l'avenir plus tard. Il n'avait pas besoin de s'en inquiéter pendant des années et il serait beaucoup plus amusant de jouer avec son cousin que de bouder parce que Fitzwilliam était plus riche que lui !
- Aucune raison, dit-il, en revenant rapidement à sa bonne humeur habituel.
- Mais vous n'êtes jamais calme, observa Fitzwilliam.
Cela était vrai, mais il n'était pas sur le point de l'admettre. Bien que son cousin aurait sept ans en mars, Randy était fermement convaincu que Fitzwilliam était trop jeune pour être accablé avec de tels problèmes. La distraction, donc, est devenue son objet.
- Hé, voulez-vous jouer à cache-cache ?
Fitzwilliam le regardait toujours étrangement, mais répondit simplement :
- Nous ne sommes que deux, nous ne pouvons pas jouer à cache-cache.
Randy sourit largement.
- Nous pouvons obtenir l'accord de David et Edward. Et Anne jouera aussi avec nous. Vous voulez bien, Anne ?
Il regarda d'un air interrogateur la petite fille, qui avait été confiée aux soins de sa nurse.
Anne était une petite fille de petite taille, donnant plus l'impression d'avoir deux ans que presque quatre ans, mais elle disparaissait presque dans les nombreuses couches de vêtements que sa mère insistait qu'elle porte pour la garder au chaud. Ses yeux bleus-gris s'écarquillèrent largement de surprise en entendant son cousin bruyant le plus âgé et impressionnant s'adresser à elle. Mais elle inclina la tête pour donner son accord.
- Vous voyez ? dit Randy, adressant un sourire triomphant à Fitzwilliam.
Un sourire apparut à son tour sur le visage de Fitzwilliam.
- Alors nous jouerons aux sardines.
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«Jouer à cache-cache, réfléchit Fitzwilliam, aurait été bien plus amusant s'ils avaient réussi plus qu'un tour avant qu'un malheureux éternuement n'ait attiré l'attention de sa Tante Catherine sur l'endroit où Anne et lui se cachaient derrière les rideaux dans la galerie de portraits et attendaient que David les trouvent.»
Sa conférence sur leur étourderie inconsidérée d'exposer d'Anne au froid, - comme si Pemberley était une maison de campagne pleine de courants d'air ! - était partie pour durer environ dix minutes avant l'arrivée de David sur la scène et s'était ensuite prolongée cinq ou six fois plus longtemps dès qu'il fut présent. Etant l'aîné des cousins, il aurait apparemment dû savoir l'éviter et Fitzwilliam était convaincu qu'elle les sermonnerait toujours si son père n'était pas venu les rejoindre et mettre fin à la scène.
L'héritier de Pemberley n'avait jamais, au cours de sa vie, été aussi reconnaissant à l'égard son père.
Anne avait été renvoyée à la nursery pour être replacée sous les soins appropriés de sa nurse et pour le bien-être et la paix de la famille, il fut convenu que les cousins prendraient leur dîner dans la nursery plutôt que de tourmenter leur tante en apparaissant avec le reste de la famille comme cela avait précédemment été prévu. Lady Catherine, entendit Fitzwilliam, n'approuvait pas la présence des enfants à la table de dîner dans le meilleur des jours. C'était particulièrement amusant, comme il l'apprit le jour suivant de son grand-père, parce que quand elle-même avait été une petite fille, elle avait piqué au moins une crise de colère très impressionnante pour n'avoir pas été autorisée à se joindre à ses parents pendant leurs dîners.
Fitzwilliam était extrêmement contrarié d'avoir provoqué la colère de sa tante, mais son père mit rapidement son esprit à l'aise car il le conduisit en toute sécurité à l'écart de la noble dame qui bougonnait encore.
- Soyez tranquille, Will, dit-il, c'est juste la façon de votre tante Cat de se conduire. Ne laissez pas son fracas vous effrayer, car elle ne veut pas dire qu'il y a réellement quelque chose de mal. Elle est juste très têtue et aime arriver à ses fins.
- Anne était tellement effrayée, j'ai pensé qu'elle pourrait s'évanouir si lady Catherine continuait de crier, lui confia Fitzwilliam, et ensuite j'aurais dû l'attraper.
Son père se mit à rire.
- Et je suis sûr que vous en auriez fait ainsi, mon garçon !
La seule réponse de Fitzwilliam à cela fut un haussement d'épaules suivi, après quelques instants de contemplation morose, par la déclaration ;
- Maintenant, même David et Edward devront souper en haut parce que nous dérangeons notre tante.
Le duc le tapota sur l'épaule.
- Je voulais clairement dire ce que je disais. Ne vous y inquiétez pas à son sujet. D'ailleurs, demain, vous nous rejoindrez tous pour le dîner, peu importe ce que peut dire lady Catherine. Votre mère et moi avons une annonce importante à faire et nous voulons que vos cousins et vous soyez avec nous quand nous le ferons.
Il leva les yeux très haut, tout en haut, car son père était un homme affreusement grand avec intérêt.
- Une annonce ? De quoi s'agit-il ?
- Attendez de voir venir, fils.
- Est-ce un secret? Il a demanda-t-il.
Son père arbora un curieux sourire sur son visage.
- Pas pour très longtemps.
- Et c'est un bon secret, n'est-ce pas?
- Oui, Will, je pense qu'il est un très bon secret.
Avec l'anticipation d'une telle divulgation, le lendemain soir et un matin passé, s'il avait un mot à dire, avec George et Randy, Fitzwilliam ne put se sentir beaucoup mieux au sujet de l'incident avec sa tante Catherine.
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Fitzwilliam adorait la saison de Noël, même si le mauvais temps le contraignait, la plupart du temps, à rester à l'intérieur de la maison, ce qui restreignait les activités possibles. Heureusement, les vastes pièces de Pemberley étaient suffisamment chauffées, même si ce n'était pas une tâche facile.
Mais pendant plusieurs semaines de l'année, sa famille se sentait aussi unie que celle de Maggie et de Robert.
Un autre avantage était le fait que son père passait plus de temps à la maison, à Noël. L'hiver était considéré comme une période plutôt calme pour un gentleman-farmer, même si, ayant plusieurs propriétés à gérer ainsi qu'un certain nombre d'investissements à surveiller, Georges Darcy ne manquait pas d'occupations, même pendant la saison froide.
Il n'y avait donc rien de surprenant à ce que Fitzwilliam ait très vu son père pendant les mois les plus chauds. Il arrivait qu'il s'écoule plusieurs jours sans que ses parents viennent le voir dans la nursery, mais même si les champs étaient couverts de neige, le duc était suffisamment occupé pour avoir peu de temps pour accorder son temps et son attention à son héritier.
Au moins, maintenant que les membres de sa famille étaient présents, Fitzwilliam était certain que son père passerait plus de temps avec eux.
Il était sûr que sa mère se réjouissait, elle aussi, pendant ces jours bénis. Lady Anne n'était jamais plus heureuse que lorsqu'elle avait tous les membres de sa famille auprès d'elle, à Pemberley. Alors, comment ne pourrait-elle pas être heureuse pendant les prochains jours ? Il ferait en sort que la fête soit très joyeuse pendant tout le temps où ils seront là.
La présence, à Pemberley, de ses cousins et, en particulier de Randy dont il était le plus proche par l'âge, ne pouvait qu'améliorer la bonne humeur de Fitzwilliam et sa joie pour les vacances.
Le lendemain de leur arrivée, il fit en sorte que Randy soit de nouveau présenté à Georges Wickham, ce qui ravit les deux garçons. Cependant, le jeune garçon prit vite conscience des différences qui existait entre son cousin et son ami. Mais cela n'avait que peu d'importance, après tout. Il était juste un peu dépité de constater qu'il était le plus jeune et regretta que Robbie ne soit pas là.
Il semblait évident que le jeune Wickham espérait pouvoir être invité dans la grande maison pour le repas de Noël, mais Randy mit très vite fin à ses illusions.
- C'est impossible, Wickham. Vous ne pouvez pas vous mêlez à la famille.
- Pourquoi pas ? demanda Georges, visiblement vexé.
- Parce que vous êtes le fils d'un serviteur. Le père de Fitz est le maître du vôtre. Ça ne se fait pas. Il y a des règles à respecter, vous comprenez ?
Georges se renfrogna. Il connaissait très bien la différence qui existait entre Fitz et lui, mais se l'entendre dire de cette manière n'avait rien d'agréable.
- De toute façon, je doute fort que Sa Grâce soit d'accord, poursuivit Randy d'un ton assuré. J'imagine la réaction de lady Catherine si jamais on voulait placer un intendant à la même table qu'elle. Elle en serait certainement scandalisée. Elle est très snob et ne manquerait pas de vous remettre très brutalement à votre place si elle découvrait ce que vous souhaitez. Et elle ne prendrait pas la peine de se montrer gentille.
Georges Wickham fut obligé de renoncer à son projet, ce qui le rendit furieux. Il n'était pas du tout content qu'on lui dise ce qu'il était : quelqu'un de peu d'importance qui devrait travailler un jour pour assurer sa subsistance. Tandis que Fitz pourrait vivre à sa guise dans le luxe sans avoir à s'inquiéter de ce qui se trouverait dans son assiette. Il ne manquerait jamais de rien.
Le jeune Wickham n'avait visiblement pas la moindre idée de la somme de travail que devait accomplir le duc pour que son domaine soit prospère. Il pensait sans doute que l'argent poussait sur les arbres. Mais il lui faudrait des années avant de comprendre les réalités de la vie.
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Fitz avait été très troublé par la scène qui s'était produite, c'est pourquoi il décida de parler à son père. Mais il jugea qu'il valait mieux éviter de le faire en présence de lady Catherine. Il n'avait aucune envie d'entendre son opinion. Il se rendit donc à son bureau où il fut soulagé de le trouver seul et lui demanda la permission de lui parler. Voyant que son fils paraissait troublé par quelque chose, le duc invita son fils à s'asseoir en face de lui :
- Qu'est-ce qui se passe, Fitz ? Vous seriez-vous disputer avec Georges ? Ce genre de choses peut arriver, mais je suis sûr que vous pouvez arranger les choses vous-même.
- Non. Ce n'est pas de cela dont il est question, même si Georges est concerné.
Il lui raconta la conversation qui avait eu lieu entre Randy et Georges.
- Eh bien, où est le problème ? demanda le duc.
- Je ne comprends pas pourquoi ce ne serait pas une bonne idée d'inviter Georges. Il est mon ami et votre filleul. Ne le voyez-vous pas comme un membre de la famille ?
- Pas exactement. Randy a raison. Il y a des règles à respecter. Même en étant mon filleul, Georges reste le fils d'un serviteur. Son père est à mon service, vous le savez. Il ne peut pas se mêler à un milieu qui n'est pas le sien. Qu'il soit votre ami est une chose, Fitz, mais il ne doit pas pour autant se croire votre égal. Il ne l'est pas. Un jour, il devra travailler pour assurer sa subsistance. Je ferai ce qu'il faut pour l'y aider, mais il ne doit pas s'habituer au luxe parce qu'il risque d'avoir du mal à vivre de façon plus modeste ensuite.
- N'avez-vous pas dit que vous aimeriez qu'il aille à Cambridge ? N'est-ce pas trop pour lui ? Il risquerait de se faire des idées au-dessus de son rang. Et en voyant qu'il n'obtient pas ce à quoi il croit avoir droit, il sera déçu, frustré et furieux.
- Nous en parlerons le moment venu, Fitz. Je pense que j'aurai une discussion avec Georges pour qu'il comprenne bien les choses. Dans quelques années, je l'enverrais dans une école où il devra se soumettre à la discipline. Il fera le choix d'un métier et pourrait faire des études en fonction de ce choix. Je n'ai pas l'intention de lui laisser croire qu'il est destiné à une vie de loisirs et de dissipation. Il est assez intelligent pour comprendre qu'il perdra ma faveur s'il se conduit mal. Je suis sûr qu'il fera ce qui sera à son avantage.
Après un bref silence, il ajouta :
- Votre loyauté à l'égard de votre ami vous honore, mon fils, et je suis fier de vous. Puisqu'il est impossible de l'inviter pour Noël, que diriez-vous d'organiser une petite fête pour Twelfth Night. Vous pourrez inviter les amis que vous voudrez.
Un regard plein d'espoir dans ses yeux, Fitzwilliam fit remarquer.
- Robbie et Maggie seront de retour de leur visite à leur grand-père, pourront-ils venir, eux aussi ?
- Bien entendu, vous pourrez inviter le jeune Harcourt. Il vous faudra être courtois avec votre tante. Je sais qu'elle est difficile à vivre, mais cela ne doit pas vous empêcher d'être poli.
- Et Maggie, Fitzwilliam, désireux d'appuyer son point de vue.
- Et Mlle Harcourt, aussi, concéda son père.
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Cette-nuit là, une annonce fut faite après le dîner. Les petites filles avaient été renvoyées à la nursery car elles étaient trop jeunes pour rester tard, mais les garçons avaient reçus la permission, en dépit des protestations de lady Catherine, qui désapprouvait une telle chose, de rester jusqu'à la fin de la soirée. C'était la veille de Noël. Des jeux furent joués par tous ceux qui désiraient le faire. Lady Anne prit place au pianoforte pour accompagner sa famille dans une série de chants joyeux.
Fitzwilliam ne put s'empêcher de faire la grimace en entendant la voix grinçante de sa tante qui, de toute évidence, chantait faux. Quelle horreur ! Elle aurait mieux fait de s'abstenir. Apparemment, tout le monde semblait avoir décidé d'ignorer ce fait. Eh bien, il ferait la même chose. Il s'était promis de ne rien dire à son sujet. Il ferait en sorte de l'ignorer, comme il l'avait fait lors de sa visite à Rosings Park. Elle ne comptait pas assez, à ses yeux, pour qu'il se préoccupe d'elle.
Peu de temps après, Georges Darcy prit son verre de porto et se leva.
- Maintenant que tout le monde est près à écouter, ma chère Anne et moi avons quelques nouvelles à partager. Il semble que l'Enfant-Jésus ne sera pas le seul petit à être célébré ici à Pemberley cette année.
Cette déclaration intelligemment exprimée prit un moment pour être comprise. Inhabituellement, ce fut lady Catherine qui fut la première à réagir.
- Vous attendez un enfant ? demanda-t-elle à sa sœur, visiblement surprise.
Toute rose et rayonnante, lady Anne inclina la tête.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda le comte. Est-ce que je vous ai entendu annoncer que j'allais être de nouveau un oncle ?
Au signe de tête approbateur de son beau-frère, il adressa un signe de tête satisfait et rayonna.
- Eh bien, c'est certainement une bonne nouvelle. Je suis enchanté pour tous les deux. Je ne doute pas que vous saurez vous occuper aussi bien de ce petit que vous le faites avec le premier. J'ai besoin d'un autre neveu bien élevé pour compenser la paire de dépravés dont j'ai à m'occuper.
Cette dénonciation provoqua des protestations indignées et bruyantes de la part de Randy et de David qui reçurent des tapes affectueuses sur la tête de la part de leur père qui les apaisa.
Ayant calmé les plus âgés de ses enfants, Lord Matlock se tourna pour étudier son jeune neveu.
- Eh bien, Fitzwilliam, est-ce que vous aimez l'idée de devenir un frère aîné ?
Fitzwilliam était assis dans un silence étonné pendant tout ce temps et il resta ainsi pendant encore un moment, donnant visiblement un examen attentif à la question qui venait de lui être posée.
- J'espère que je serais un bon frère, dit-il enfin, et j'aimerais beaucoup une petite sœur. Mon ami Robert a une sœur, vous comprenez, et je pense que je m'en sortirais beaucoup mieux avec une sœur pour m'occuper, je crois.
Le comte éclata de rire et le reste de la famille l'imita, comme cela ce produisait habituellement parmi des adultes qui venait de recevoir une réponse inattendue d'un enfant précoce.
Fitzwilliam devint écarlate jusqu'à la racine de ses cheveux et recula précipitamment au fond de siège.
