Chapitre 3 : Dans les yeux


Ochaco Uraraka peignait ses cheveux d'un geste lent et machinal. Le regard dans le vide, elle ne cessait de faire le tri dans ses émotions confuses qui l'assaillaient depuis des semaines. Toutes semblaient la pousser vers une personne, irrémédiablement.

Deku...

Elle soupira, fatiguée de ne pas parvenir à analyser ses propres sentiments. Était-ce de l'amour, de l'amitié ou encore de l'admiration ? Elle l'aimait oui, mais ne savait pas comment.

Étrangement, depuis quelques temps, elle ne rougissait plus, les battements de son cœur avait repris un rythme normal ; une fois seule cependant, ses pensées volaient vers lui, et avec elles, la soif de sa présence...

Elle s'en voulu soudain de penser à lui, au vu de ce qui se passait actuellement. Lorsqu'elle songeait aux évènements récents, son cœur se serrait douloureusement : Elle craignait pour Deku, métamorphosé par sa volonté renouvelée de se surpasser et s'inquiétait pour ce cendré au caractère et à l'alter explosif, semblant plus touché qu'il ne laissait le paraître.

Que signifiaient ses pensées futiles, en comparaison ?

[*]

Sur la plage du parc, Izuku et All Might se faisaient face. Bien qu'il ne puisse plus activer son mode malabar plus de vingt secondes, l'homme mettait un point d'honneur à continuer d'entraîner le jeune garçon.

- Tu as gagné en vitesse, observa le mentor. Comment vont tes bras ?

- Ça cicatrise. Répondit simplement le protégé, en regardant ses deux bras. Je réfléchis à un moyen de me servir de mes pieds, plutôt que mes mains, je pense avoir une piste. Vous vous souvenez de Hatsume Mei ?

- La fille en filière assistante ?

Izuku hocha la tête.

- Je l'ai contactée il y a quelques jours pour lui demander de voir si un de ses bébés ne pourrait pas m'aider à utiliser mes jambes plutôt que mes bras. Elle y réfléchi et me contactera... Pourquoi souriez-vous ?

- Je me disais juste que tu ne ressemblais plus à ce petit garçon d'il y a encore quelques mois, répondit-il fier. Il n'y a pas que ton corps qui a changé, ton mental aussi a progressé. Certes, tu restes un peu pleurnichard sur les bords mais ça fait partie de ton charme.

Izuku sourit de plus belle.

Shimura Seinsei... Ce garçon vous aurait plu, j'en suis sûr, songea-t-il-il ému. Il a quelque chose d'unique. Ce sera le plus grand de tous les héros. J'y veillerai."

Essuyant une larme qui perlait dans un coin de son œil gauche, il sourit et tapa dans ses mains.

- Allez Midoriya, au travail !

- Oui !

Ce soir-là, Izuku monta directement dans sa chambre sans dîner. Ses muscles étaient tellement endoloris par l'entrainement qu'il ne les sentait presque plus. La porte fermée, il se jeta sur son lit, s'endormit presque aussitôt.

Tout le monde remarqua l'absence de Izuku au dîner, Katsuki comprit tout de suite que c'était dû à All Might.

Après-tout, je m'en fous. Quand je serais le numéro 1, All Might réalisera qu'il a fait une erreur en choisissant Deku comme héritier de son Alter.

Il remarqua la mine sombre de Shōto.

Double-face s'est fâché avec son vieux ? C'est quoi cette tronche ?

Seule Ochaco prit son courage à deux mains et après une longue inspiration toqua à sa porte.

Aucune réponse.

- Bakugo ?

Elle ne put cacher sa surprise de le voir en face d'elle.

- Attends...

Merde ! Je me suis trompé ! Pensa-t-il en colère contre lui-même. Qu'est-ce que j'fous devant la porte de la chambre de Deku ?! Et elle ?

- Tu es venu parce que tu t'inquiètes pour Deku ?

Idiote... C'est toi hein ? C'est toi qui a changé la signification de ce surnom, pas vrai ? Voilà pourquoi il veut s'en servir comme nom de héros. Lui et toi, vous êtes aussi niais l'un que l'autre, tiens. Je plains vos futurs gosses.

Sans un mot, il tourna les talons et prit le chemin de son étage.

- Bonne nuit à toi aussi ! Entendit-il derrière lui.

La ferme...

Toujours aussi charmant, songea-t-elle en le regardant s'éloigner.

Shōto aussi voulait aller frapper à la chambre d'Izuku. Cela passerait pour de la franche camaraderie, c'est ce qu'ils étaient aux dernières nouvelles. Un seul coup d'œil vers Ochaco, redescendue dans la salle commune pour informer leur délégué, suffit néanmoins à l'en dissuader.

- Shōto ?

C'était Momo. Elle le regardait, à la fois perplexe et un peu inquiète.

Minoru se tenait non loin derrière, les larmes aux yeux, des filets de sang s'écoulant en abondance hors de son nez, enfermé entre ses mains. Malgré la douleur apparente, le liquide rouge se répandant sur le sol fraîchement nettoyé, l'adolescent ne lâchait pas sa cible des yeux, une expression lubrique sur le visage.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda le bicolore.

- C'est plutôt à moi de te poser cette question, répondit la jeune fille légèrement agacée. On avait rendez-vous pour étudier.

Ça lui était complètement sortit de la tête.

- Je suis désolé, Momo.

Il semblait sincère. Le regard de son interlocutrice s'adoucit. Elle posa sa main sur la sienne.

Il savait ce contact innocent, pourtant, il eut un mouvement de recul et retira sa main comme si celle de Momo l'avait brûlée.

- Qu'est-ce qui se passe ? S'enquit-elle. Tu n'as pas l'air dans ton assiette ces jours-ci. Ça m'inquiète.

Il était réellement touché par la sollicitude de son amie, même s'il ne pouvait rien lui dire. Pas tant que lui-même n'y voyait pas clair.

- C'est gentil mais crois-moi, tout va bien.

Il se leva.

- Bonne nuit Momo.

Alors qu'il s'éloignait d'elle, elle murmura :

- Bonne nuit Shōto...

Izuku se réveilla en sueur, il avait trop chaud. Tout était silencieux. Quelle heure était-il ? Un coup d'œil sur son portable lui donna la réponse, trois heures trente-deux. Incapable de trouver le sommeil, il se leva pour se dégourdir les jambes.

Il prit une boisson fraîche dans le frigo de la salle commune et décida de la savourer à l'extérieur.

Dehors, l'air était frais, revigorant, les étoiles brillaient de mille feux, éclairant presque entièrement l'immeuble extérieur. Difficile à croire que la bâtisse avait été construite en trois jours.

Même si les raisons de ce changement restaient floues, il aimait sa vie à l'internat. Inko, sa maman, lui maquait bien sûr, et celle-ci lui envoyait toutes sortes de messages, s'assurant de son bien-être. Il était bien obligé d'admettre adorer cette émancipation forcée malgré tout.

- Tu vas l'ouvrir ou pas, cette canette, ducon ?

Il sursauta quand il reconnut la voix de Katsuki, derrière lui.

- Qu'est-ce que tu fais ici à cette heure ? Demanda Izuku, sans cacher son étonnement.

Katsuki balaya l'air d'une main comme pour effacer la question qui venait de lui être posée.

D'un geste brusque, il s'empara de la canette des mains de son rival, l'ouvrit, bu une gorgée et la lui tendit.

Izuku eut un hoquet de surprise. De mémoire, c'était la première fois que son bourreau faisait preuve d'une telle attention à son égard. Il en eut presque les larmes aux yeux.

Précautionneusement, il prit la boisson et bu à son tour. Jamais une boisson ne lui parut aussi fraîche et sucrée.

Sans un mot, ils s'assirent tous les deux sur une marche de l'escalier, à toutefois bonne distance l'un de l'autre.

- Deku...

La voix du blondinet parut hésitante aux oreilles d'Izuku, presque fragile.

- Oui ?

- M... Me...

Pas moyen que je lui dise !

Izuku comprit et sourit.

- De rien, Katchan.

Les traits de Katsuki se contactèrent soudain, il cria presque :

- Que ce soit clair, maudit nerd ! J'taime pas ! J'taimerai jamais !

Alarmé, Izuku réduisit la distance qui le séparait de Katsuki et lui colla une main fraîche sur la bouche.

- Arrête de crier ! lui intima-t-il. Si on se fait prendre, on est cuits !

La main du jeune homme collée à sa bouche, donna un long frisson au bâillonné. Impossible de dire si c'était de dégoût ou autre chose.

Comme pour lui faire payer cet excès de confiance, Katsuki lui mordit violemment les doigts.

Retenant un cri, Izuku entoura la canette toujours fraîche de ses doigts.

- Katchan ! Qu'est-ce qui t'a pris ?

Sous la lumière des étoiles, Izuku voyait clairement les yeux de Katsuki briller de haine.

- C'est la dernière fois que tu me touches...

Ça sonnait comme un avertissement.

- Tu n'avais qu'à pas crier comme ça ! Bon sang, tu changes pas, tu...

Avant même qu'il eut le temps d'ajouter un mot, Katsuki se jeta sur lui, la canette projetée un peu plus loin, se fracassant sur le sol, le liquide s'étalant sur la marche la plus haute.

Dans cette position, Katsuki le dominait de tout son long.

Pétrifié, Izuku n'esquissa plus un geste.

- Je quoi ? Demanda Katsuki curieux.

- Rien du tout ! Répliqua précipitamment la victime. Pousse-toi, tu es lourd.

A cette heure de la nuit, l'éclat vert émeraude des yeux d'Izuku brillait sans pareille. Pendant une fraction de seconde, l'explosif en fut troublé.

A toute vitesse, il se leva. Izuku fit de même, les doigts toujours douloureux.

En prenant soin d'éviter son regard, Katsuki marmonna.

- Je rentre.

Izuku l'imita, quelques secondes plus tard, après avoir regardé une dernière fois les étoiles dont la lumière commençait à disparaître du ciel.