Ahah. Disclamer habituel, je ne me suis pas transformée en un mec du XVIIème subitement, perruque et talons compris. Ni en Hussie. - quoi que vu comment je m'amuse à buter les gens dans mes textes je dois bien plus être proche de lui que de Racine. - Ou ...
Bref.

Je ne sais pas quoi vous dire, à part que plus vous lirez plus vous perdrez votre âme et accessoirement peut-être votre capacité à réfléchir.
Bref.
J'aime dire Bref.

AH SI ! Je devrais me mettre à expliquer la politique tout de suite maintenant dans le chapitre qui suit. Et j'ai un langage de bourrée. J'ai l'impression du moins.
ANYWAY (comme la chanson *sort* j'ai des goûts musicaux glauques, à c'qu'y paraît).
Le chapter.


«J'irai semer partout ma crainte et ses alarmes
Et ranger tout les cœurs du parti de ses larmes.»

Qui peut encore dire jusqu'où le monde peut s'abaisser ? A écouter une tragédie menée par un Destin placé au cœur de la poitrine d'un gamin, qui bat au son de la voix d'un autre Chœur qui mène le temps ? Une tragédie antique, classique.
Le monde en un chant.
La vie en une partition. Et un décès en une note. Comme une seule ligne, un seul instant. Comme un mot, singulier, oublié, qui, suspendu dans l'air, attend de retomber comme la lame de la guillotine sur la nuque du condamné. Peut-être, et il faut bien en douter parce que sans doute l'histoire comme la tragédie n'est rien, peut-être le rideau qui se soulève sur ce troisième acte en emportant une douce odeur de discorde n'est rien d'autre que la lame que l'on attend.
Peut-être que le rideau est la note finale.
Qui taira le Chœur, et fera chuter un Rêve de son piédestal.

Ce rêve pour l'instant est toujours intact. Dans l'esprit d'Eridan, cet Eridan au coeur brisé qui n'a pas, ou plus, de Choeur auquel s'accorder, et dans celui d'un Prince Barde aux yeux de dingues, qui confie à son tuteur de toujours, conseiller aux yeux de nuit, aux yeux de velours.
Le rêve qu'un jour ils seront aimés, qu'un jour le trône -pour l'un mal acquis, pour l'autre à qui il a été dérobé- de cet Empire scintillant désormais comme recouvert de la cendre soit leur.
C'est tout un jeu dégoûtant de pouvoirs et de mensonges, que les gens nomment politique et qu'on appellerait ici plus simplement querelle d'enfants.

Et Dualscar, le dos brisé mais toujours droit, tente de conforter son protégé en le poussant en même temps dans un monde rempli d'"Et si" et de "Pourquoi". Menteur à l'âme morcelée par le vice, offert à un empereur par ses paroles et à un autre, déchu, par ses promesses ! Il est juste un peu chanceux.
Puisse cela durer toujours, alors qu'un cri, une insulte, court dans les couloirs et fait trembler le chateau.
Le miracle qui semble en être ébranlé.

Et ça dure, et ça dure.
Le prince qui refuse de comprendre. Son conseiller, cheveux noirs en rideau, lunettes craquelées, qui tente de le détourner d'un amour futile.
"Je veux Soleil."
Alors que le vrai, il faut le dire, brille dans le ciel.
"Je veux Soleil."
Et que les autres cris résonnent dans le batiment, entre les "Et Si" du félon et les larmes qui tombent sur les pavés.
"Je. Veux. Soleil."

Comment peut-on raisonner un fou ? Comment peut-on lui faire comprendre que ce Soleil-là préférerait se laisser tomber en poussière ou servir à relier deux Univers que de s'offrir à celui que veut le détruire ?
Le détruire pour mieux l'aimer.
Ils se sont détruits et il a reconstruit.
Comment lier le futur et le passé.
C'est une tragédie, tout peut arriver.

"Espèce de fils de pute aux couilles atrophiées, même pas foutu d'ouvrir à celui qui lui a tout donné..."

Un langage tellement raffiné. Le géniteur d'un prince, tout aussi cinglé.

"Je lui ai foutu l'empire à ses pieds et ce connard ne trouve rien de mieux à foutre que de me renier ?!
Un peu d'imagination, je sais pas, moi, il pourrait me faire assassiner ?
Mais non ce stupide gamin n'a rien d'un vrai roi. Juste bon à regarder une pute dans la rue et s'en enticher."

Et la fumée qui s'échappe de la tenture derrière lui, devant les portes closes où son poing a laissé sa marque - comme un cratère à la surface de la lune - lui fait comme une seconde ombre, personnalité sombre dans son dos qui grandit.
Comme sa fureur.
Et peu lui importe que son fils désormais au trône soit l'héritier légitime, placé ici par l'ancien empereur mourant à son dernier souffle, il en a maintenant rien à foutre. Il avait sur lui le pouvoir, le Sénat dans sa main droite et son fils à sa Gauche. Ou était-ce l'inverse ? Il ne sait pas différentier les deux.
Et voilà qu'il n'a plus aucune influence, aucun jugement. Voilà que les ordres qu'ils donnent tombent dans le vide. Ces ordres stupides dont se moquent les courtisans.

Alors qu'il craint de perdre le peu d'emprise qu'il a encore - croit encore avoir ? - sur son Fou, sur son Fils, il ne lance qu'une menace au vide autour. Attrapée dans le creux de son oreille par un passant. Personne à part lui ne le saura.
"Malgré qu'il ait été renié, je le jure sur moi, Eridan prendra sa place sur le trône qui lui revient de droit.
- Vraiment ? Redites cela."

Le Grand, surpris par la voix porteuse de tant de souffrance et de haine, qui part cependant sur une note d'espoir, tourne la tête pour tenter d'apercevoir. Un visage ravagé par les larmes, une main sur une épaule tremblante. Mais de la fierté dans le regard.
Il ne se laissera pas piétiner.

"Vous disiez ? "
Et un ton atone qui refuse qu'on prenne à nouveau le dessus sur lui. Il devient aussi fou que le cinglé avec qui il est en train de parler. Ainsi sont tous les héritiers ?
"Je disais que le trône doit vous revenir.
- Est-ce l'oubli qui vous inspire ?
- Juste le rétablissement de la justice qui m'inspire.
- Quelle...
- Nos ennemis sont communs, désormais. Mieux vaut nous allier. Pour un temps."

Une main qui se tend. Couverte de sang. Dualscar qui tente de retenir celle de son protégé, si innocent, alors qu'il se l'entaille sur le fil de l'épée à son coté.
Deux teintes violines, violentes. Mêlés.
Dans le sang le contrat est scellé.

Derrière la fumée le contractant disparaît, son ombre maléfique bien trop noire pour être honnête subsiste le temps de semer le doute dans les pensées d'Eridan. Son conseiller essuie le sang, en mordant sa lèvre pour y mêler une goutte du sien. Contrat à trois.
Leurs vies en seront liées. Il s'écarte à temps, avant que le Choeur ne vienne battre à ses tympans.
Avant qu'au cou d'un Prince oublié encore en sang se jette un Soleil en larmes.

"Captor, t'as rien trouvé de mieux pour me faire encore plus souffrir ? "
Le ton est las. Mais les bras se referment lentement sur le corps fragile contre le sien. Il n'y a pas besoin de mots, il n'y a besoin de rien.
Juste du silence pour apaiser les sanglots.
Juste d'un baiser pour les faire disparaître totalement.
Et du regard gêné d'un gars qui se sent stupide à mater en arrière plan.
"Je ne voulais pas, abruti.
- C'est ce que l'on m'a dit."

Et on essaye de se faire pardonner. De se prouver l'amour, de se prouver qu'on est destinés. Dualscar croit voir du sang sur ses mains, sur les murs. Mais il ne dira rien.
Lui son amour, il l'a sacrifié.
A une foule en colère, un quatorze février.

"Si mignon."

Et ça sursaute.
Quand on parlait du fou.
On quitte les bras de l'autre, on fait comme si de rien n'était, mais le charme est brisé. La lueur malsaine dans le regard dément grandit, emplit ses yeux d'un feu cramoisi ardent.
" Pourtant il me semble que Soleil m'appartient.
- Et il me semble qu'il est mien.
- A-t-il fait son choix ?
- Entre vous et moi ?"

Ce sont des piques qui se lancent. Eridan attend une réponse, la bouche à moitié ouverte, les poings serrés.
"Il se tait.
- Vous pas.
- Il m'a choisi par ce silence, vous aussi choisissez d'accepter.
- Il n'a rien choisi, vous l'effrayez.
- Ferme-la.
- Il est à moi ! "

Le reste se perd. Une jalousie maladive teinte leurs âmes d'un noir profond, les jettent l'un contre l'autre pour salir les murs de leurs sangs.
Dualscar n'esquisse pas un mouvement.
Peut-être parce que ses larmes coulent, alors que ses souvenirs se stoppent. Parce qu'il a fui, qu'il ne veut pas assister à cette scène plus longtemps, et qu'il sait que les étincelles bleues et rouges ne retiendront pas les deux combattants.
Des gardes accourent, dans l'autre sens. Les séparent, et le Prince essuie sa bouche.
Royal.
Impérial.
Immoral.
"Conduisez-les... Dans leurs appartements. Et qu'ils n'en sortent plus. Et surveillez celui qui se dit mon père. Qu'il vienne me rejoindre sur le champ. "

La porte s'ouvre, bourrée de coups de poings et tâchée de sang. Et se referme alors que le Soleil, versant ses larmes sur les pierres, retourne dans une prison trop fastueuse pour lui.
Qu'un ex futur roi regagne sa chambre devenue cellule.
Et que sur un trône qui a trop souffert un tyran attend.

Le rideau se baisse. Et se gorge de sang.

«Je craignais mon amour vainement renfermé;
Enfin, j'aurais voulu n'avoir jamais aimé.»