Chapitre 4

''Quand on parle du loup'' ?

Ma première pensée fut : attends, c'est son papa ou sa maman ce truc ?

Non. Bien sûr que non. Elle faisait référence aux monstres, pas à sa famille.

Quoique, qui sait, j'avais lu pas mal de récits mythologiques il y a quelques années, et niveau arbre généalogique divin, c'était un gros bordel, alors, au final, pourquoi pas ?

Nous faisions face à deux grandes ailes d'une dizaine de mètres d'envergures, voir plus, qui battaient l'air lentement, reliées à un corps épais, écailleux, d'une couleur marron rougeâtre. Le tout surmonté d'une tête longue, d'ou pointaint de nombreuses piques. De la fumée s'échappait de ses naseaux quand il expirait.

Un dragon.

Un putain de dragon.

Il ne bouge pas. Il nous fixe de ses yeux noires barrés d'une pupille verticale jaune.

-Surtout. Ne. Bouge. Pas. Murmure Zoé.

Un grondement menaçant s'échappe de sa gorge.

-On fais quoi, je demande, essayant de cacher la panique qui me gagnait.

Un hypogriffe. Oui, okay, pourquoi pas. Mais un dragon. Non, non, et non. J'avais vu assez de films et séries la-dessus pour vouloir les éviter à tout prix. Même si une petite voix en moi trouvait ce monstre carrément classe, elle était largement surpassée par les autres qui me criait de fuir.

-Blackjack, Guido, reculer tout doucement, ordonne Zoé, toujours à voix basse.

Il s'executent. Mètre par mètre, battement d'aile par battement d'aile, nous reculons prudement.

Le dragon ne bouge pas, il semble se détendre un tout petit peu.

Soudain, un cri retentit au-dessous de nous. Je baisse le regard et tombe sur ... un autre dragon.

Mais celui-ci est beaucoup plus petit, de la taille d'un labrador, et encore. Puis un autre apparait, et encore un autre. Ils poussent des cris plaintifs.

-Une maman, je chuchote. C'est une maman dragon et ses bébés.

Zoé me regarde comme si j'étais le dernier des idiots. Puis Blackjack hennit doucement. Un frisson lui parcours le corps. Ses yeux reflètent sa peur.

-Quoi, qu'est ce qu'il y a ? je demande, regardant les enfants volés en cercle.

-Blackjack me dit que les bébés ont faims, explique t-elle doucement, tournant son regard paniqué vers la maman.

Je suis un type du genre long à la détente habituellement, mais là, je réalise tout de suite la situation.

Je pousse un long soupir.

-Super. On fais quoi main... je commence.

-VITE, FUYEZ ! hurle Zoé.

Guido réagit rapidement, heuresement pour moi. Il plonge d'un coup vers la cîme des arbres, esquivant un jet de feu qui manque de me roussir les cheveux. Je distingue Blackjack et Zoé qui plongent en même temps que nous.

La dragonne pousse un rugissement de colère. Un souffle d'air puissant manque de me renverser.

J'ose un regard en arrière.

La dragonne nous poursuit.

-BLACKJACK, GUIDO, GRIMPEZ ! Beugle Zoé à quelques mètres sur ma gauche.

-Guido, surtout, te retourne pas, je hurle.

Il me réponds d'un hénissement et monte en flèche dans les airs. Le vent me balaie le visage, je suis obligé de m'accrocher de toute mes forces au coup du pégase pour ne pas être désarçonner.

Il monte, monte, jusqu'à ce que la forêt ne soit plus qu'une immense tâche sur le paysage.

Nous traversons une couche épaisse de nuage.

Je crois une seconde que nous l'avons semés.

Grosse erreur.

Un jet de feu fonce vers nous. Je le vois trop tard. Mais pas Guido.

Il parvient à se tordre dans les airs, ma prise sur son cou m'échappe, mes doigts glissent sur ses poils, cherchant vainement à les agripper. Et je tombe de son dos.

Je chute.

Le jet de feu le touche de plein fouet, me ratant de peu. Il pousse un hénissement de douleur qui me brise le coeur. Une forme massive passe devant moi, et saisit Guido dans sa gueule, mettant fin à sa vie dans un craquement sinistre.

Je vois la scène se passer au ralentit devant mes yeux, s'éloignant de plus en plus.

Non, ce n'est pas eux qui s'éloignent. C'est moi.

Le choc m'a fait oublier le vide dans lequel je plongeais.

Je hurle :

-ZOE !

Je ne vois rien. Pour ma plus grande joie, aucun dragon en vue. Pour ma plus grande détresse, aucun cheval volant avec des secours potentiel. J'espère qu'elle s'en est tirée, au moins.

Je continue à plonger, plonger. La paysage en-dessous de moi réapparait. Du bleu, du vert, du jaune tourbillonent en une masse informe. Le vent souffle autour de moi.

Je ferme brièvement les yeux, qui commencent à me piquer, essayant de me remémorer comment ceux qui sautent des avions gardent l'équilibre. J'étends les bras et les jambes, j'essaie de me mettre ventre face à la terre, malgré ma vitesse et le vent qui me balade dans tout les sens.

Je rouvre les yeux. Le sol se rapproche dangereusement, plus que vite que je ne le pensais. Je panique. Littéralement. Ma tête me tourne. Je suis pris de haut-le-coeur.

J'adresse une prière silencieuse à n'importe quel dieux qui m'entendrait.

''S'il-vous-plaît, s'il-vous-plaît''.

Rien. Rien ne se passe. Je continue de plonger. Dans le tourbillon de couleur au-dessous de moi, je distingue maintenant une route, des voitures qui circulent un peu plus loin, en direction d'une grande ville. Jacksonville.

Nous étions si prêt.

Je souris bêtement devant l'ironie de la situation.

C'est vraiment trop con.

Malgré moi, je me répresente les visages de Clément, Pitt, et Diana. Ceux de Pauline, Clarisse et Halley.

Et son visage à elle m'apparaît. Malgré tout mes efforts, il est toujours là, dans un coin de ma mémoire. Drôle de situation pour se rappeler de son passé.

Encore une blague du destin.

Une rafale de vent plus puissante que les autres me balaye, je suis projeté à l'horizontale sur une dizaine de mètres. Quelque chose m'aggripe en vol, et je tombe lourdement sur une surface noir, étrangement poilu. Mon souffle se coupe. Je sens mon coeur remonter dans ma gorge.

Dans le fouillis d'informations que mes sens envoies, je distingue la route bordée d'arbres que j'avais aperçu il y a, il me semble, déjà un long moment.

Je suis toujours dans les airs. Je perds toujours de l'altitude, mais cette fois, cela semble être maîtrisé.

Je lêve les yeux et distingue la crinière noire de Blackjack. Je ne sais pas ce qu'il se passe dans sa tête, je ne sais pas si il a vu ce qui est arrivé à Guido. Je ne veux pas savoir.

Mes yeux se ferment, et je plonge dans l'inconscience.


Je me réveille étendue sur un sac de couchage, entouré d'arbres. Je commence à en avoir marre des arbres.

Le ciel est bleu, la soleil brille bien haut dans le ciel. Une belle journée pour beaucoup de monde.

Pourtant, elle semble déplacer ici. Outre le vent, j'entends des reniflements un peu plus loin.

Je ne tourne pas la tête. Je sais que Blackjack pleure son ami disparu.

Attends. Une cheval qui pleure ?

Je jette un coup d'oeil. Zoé à les yeux rouges. Elle ne pleure pas, mais semble sur le point de craquer. Je ne dis rien, et fais semblant d'être toujours inconscient.

Elle va m'en vouloir. M'en vouloir énormement.

Mon coeur se serre.

Tout est aller si vite. Je n'ai pas vraiment pris le temps de considérer les choses comme elles sont vraiment.

Qu'est ce qui ne tournait pas rond cher moi ?

J'ai tuer quelqu'un sous les yeux de tout mes camarades du lycée, je ne sais même pas comment, je me suis laisser embarquer par une fille que je ne connaissais que depuis le matin et qui a lobotomiser tout le monde d'un claquement de doigts, j'ai vu un hypogriffe apparaître et Zoé l'a décapité en maniant une épée-stylo bic, elle a ensuite appelé des pégases et elle comprenant ce qu'ils disaient, puis nous avons fais face à une dragonne en voulant rejoindre sa prétendue colonie.

Soit j'étais en plein dans un rêve, soit j'étais complétement fou. Ou idiot, au choix.

J'avais carrément cru à ses explications, pourtant totalement illogique.

Je devais rêver, c'est tout, rien de plus. Je posa ma main droite sur mon bras gauche, et j'y planta les ongles. La douleur s'intensifie, je me retiens de crier, je sens le sang couler.

Je cligne plusieurs fois les yeux.

Non, je ne rêve pas. Je suis toujours là, le même ciel et le même soleil au-dessus de ma tête.

Je prends plusieurs inspiration.

Je réfléchis longtemps, mes pensées s'entremêlent et se heurtent. J'aimerai pouvoir parler avec Diana, comme je le fais toujours quand quelque chose me tracasse. Mais je suis loin de Diana, je n'ai plus de téléphone, et surtout, je ne peux rien lui expliquer sans qu'elle ne me prenne pour un fou. Je n'ai que moi. Je dois réfléchir, être intelligent.

Je reste ainsi un certain temps. Zoé sait que je suis réveiller, mais elle ne bouge pas, ne m'adresse pas la parole.

Le soleil se couche quand je me lève enfin.

J'ai mis de l'ordre là-haut. Ou tout du moins, je suis plus calme. Maintenant, je dois discuter de tout ça, rendre les choses plus claires.

Et pourquoi pas, essayer de les accepter vraiment.

Je m'assois à côté de Zoé. Elle ne bronche pas.

Elle est loin de l'image de la fille sexy que j'avais hier matin. Ses cheveux sont en bataille, sales, parsemés de feuilles et de poussières. Son mascara a coulé, et son visage est recouvert de terres et de coupures. Ses vêtements sont dans un sale état eux-aussi. Je me demandais à quoi je pouvais bien ressembler également, ça ne devait pas être beau à voir. Ma blessure au front s'était ré-ouverte et mes côtes m'élançaient à cause du sauvetage de Blackjack. D'ailleurs, je me demandais ou il était passé. Je regarde autour de moi. Il est debout, un peu plus loin, les paupières fermées. Il dors.

Je me tourne vers Zoé.

-Guido m'a sauvé tu sais, je commence délicatement.

Elle lève les yeux vers moi. Pendant une seconde, elle semble vulnérable. Puis son regard se durcit, me transperce comme une lame glacée. Mais elle ne dit rien, continuant de me fixer. Je baissa les yeux, honteux. Je la sens me fixer.

-Tiens, nettoie ta plaie au front, dit-elle d'une voix contrôlée. Elle me jete un bout de tissu humide.

J'obéis. Ce n'est pas le moment de sortir une blague ou de faire un commentaire. Il faut savoir quand la fermer parfois.

Un certain temps passe avant qu'elle ne prenne la parole.

-On est pas loin de Jacksonville désormais. On pars dans une heure, on ira seuls. Je ne veux pas en demander plus à Blackjack.

J'hoche la tête.

Autre silence.

-Ecoute, commence t-elle. Ce n'était pas ta faute pour Guido, ni la mienne. J'avais une mission, il connaissait les risques et pourtant ils nous a aidés. Il était un super pégase, ajoute t-elle.

-Je tiens tout de même à m'excuser, je murmure, hésitant.

-Non. Pas d'excuse. La vie est ainsi faîtes. Je t'ai expliquer hier que nous étions des fils et filles de dieux. Tu as eu l'air de le prendre bien, et j'ai cru que c'était quelque chose de positif. Mais non, tu ne l'as pas pris bien. Tu l'as pris à la légère.

Elle insiste sur le dernier mot. J'ose à peine la regarder maintenant. Elle avait raison. Je m'étais voilé la face. Mais je n'avais pas eu le temps d'y réflechir jusqu'à tout à l'heure. J'avais pu mettre un peu d'ordre dans mes pensées, me préparer à ses reproches, mais ... Ce n'était apparement pas suffisant. Ses mots me blessent plus que je ne l'aurais cru.

-Etre un demi-dieu implique certaines responsabilités, continue t-elle. Tu débutes, c'est concevable, mais il faut que tu comprennes, ce n'est pas un jeu. Il y a des monstres, des combats, des blessés. Des morts parfois. Tu ne peux pas toujours gagner. Il ... Tu dois t'adapter. Le plus rapidement possible. C'est pour cela qu'il faut qu'on rejoigne la colonie. Ce n'est pas juste un camp de vacances pour s'amuser. Tu vas t'entraîner la-bas, à survivre dans ce nouveau monde. Tu dois te réveiller, ce n'est plus ta petite vie de lycéen avec une colloc' sexy et sa bande de pote. C'est ta vie maintenant. Alors accepte-le, et arrête de te comporter comme un gamin.

Elle parlait d'un ton dur, autoritaire. Toute trace des sourires que j'avais réussi à voir plus tôt avaient disparus. Pourtant, je décelais une pointe de pitié dans sa voix. Comme si elle me demandait, me suppliait de comprendre ses paroles. Comme si elle était déjà passer par là, elle aussi.

Malgré le fait que je m'étais préparé à ses remontrances, voir même à affronter sa colère, je me sens comme une merde. A sa façon, elle essaye de m'aider. Mais ses mots me secouent.

Jamais quelqu'un ne m'avait fait me remettre en cause de la sorte. Jamais quelqu'un n'en avait eu besoin. Et de toute manière, personne n'était la pour le faire.

Mais je savais qu'elle avait raison. C'était désagréable à entendre autant qu'à avouer, mais elle disait la vérité. Je devais changer. Voir ce nouveau monde avec plus de sérieux. Pourtant, au fond de moi, je sens une partie hésitante. Comme si ses mots ne pouvaient m'atteindre entièrement. Je la fais taire, chassant cette pensée. Elle est triste malgré son comportement de dur à cuire. Je dois respecter ça, être conciliant.

Une bouffé de courage me parvient et j'ose la regarder dans les yeux. Elle me fixe.

-J'ai compris, je déclare.

-Es-tu sûr ? Demande t-elle d'un ton menaçant.

-Oui. Je vais faire de mon mieux, je promet sincèrement, sans détourner le regard.

Elle semble à moitié satisfaite, me considérant avec un regard méfiant. Enfin, elle commence à remballer ses affaires. Il est temps de partir