4.
- Alors là, on attend les sommets de la coquetterie !
D'incompréhension, Aldéran battit plusieurs fois des paupières.
- Oui, Sky ? fit-il alors que son aîné ne disait plus rien.
- Assortir la couleur de ton tout-terrain à la couleur de tes yeux ! Et puis, quoi, l'autre n'avant même pas un an et demi !
- D'ordinaire, il finit à l'état d'épave bien avant ça ! gloussa le grand rouquin balafré. J'avais envie de changement !
- Je constate. Dis-moi, le blindage est renforcé, c'est ça ? reprit Skyrone, plus sérieux.
- Oui. Mais c'est une précaution inutile, Gardlyne viendra m'affronter en face, les yeux dans les yeux, sinon elle n'aurait pas attendu que je retrouve la vue pour se manifester !
Il cligna de l'œil à l'adresse de son aîné.
- Et ce n'est pas la première fois que j'ai un tout-terrain bleu nuit !
- Tu es passé par tant de teintes de carrosseries, j'en ai effectivement perdu le fil ! admit Skyrone dans un rire. Heureusement que tu ne changes de belles carrosseries que tous les ans en matière de véhicules et non en femmes !
Aldéran pouffa.
- Si j'avais eu ces inclinaisons là en matière de cœur, depuis mes mariages, je crois que Gardlyne n'aurait pas eu à me poursuivre, Ayvi se serait chargée de me trucider, encore et encore, vu mon nombre de vies !
- C'est le moins que l'on puisse dire. Ayvanère t'adore mais au moindre écart elle t'arracherait les yeux, la langue et tes bijoux de famille !
Du regard, Aldéran fusilla son aîné, le retint par l'épaule alors qu'il avait fait mine de se diriger vers sa berline.
- Sky, même si ma vie privée ne regarde que ma famille, je peux te jurer que depuis les serments du mariage, je n'ai jamais donné à Ayvanère la moindre raison de douter de moi, et j'aurais été totalement incapable de la tromper – on m'a appris à respecter mes promesses.
- Papa qui a couru ventre à terre dès qu'il a su pour cette course-poursuite…
- … ce qui a fait dire à Soreyn que la couveuse était à son potentiel maximal et qu'elle va encore monter en puissance !
- Ton Soreyn Romdall est un gars pétri de bon sens et je l'adore. Je n'ai jamais fait que le croiser, mais je l'apprécie beaucoup !
- Soreyn le mérite. Mais qu'il évite de sortir son sobriquet devant notre père sinon il risque de se ramasser en pleine tête tout le mobilier autour de notre pirate préféré !
- Je donnerais cher pour voir ça ! gloussa Skyrone.
- Qui sait, ça pourrait arriver ! pouffa Aldéran avant de se mettre au volant.
- Je te suis, Sky ?
- Oui, ça te changera d'être pris en chasse ! Sérieusement, on se retrouve à l'appartement, pour le dîner, quel que soit le chemin que nous prenions ?
- Bien sûr ! Ayvi et moi avons hâte de goûter à la nouvelle recette de poisson de Delly !
Arrêtant son tout-terrain bleu nuit à hauteur de la berline noire de son aîné, Aldéran abaissa la vitre passager.
- Tu peux prévenir ma sauvage moitié que je serai un peu en retard ?
- Comment cela ?
- J'ai oublié que j'avais à voir quelqu'un avant d'aller vous rejoindre !
- Quelqu'un ? Qui donc ?
- Ca me regarde ! A ce soir, Sky, et sois prudent !
- Ce serait plutôt à moi de te le conseiller…
Aldéran partit dans un rire et enfonça l'accélérateur de son bolide lourd et puissant !
Aldéran sourit à la sculpturale blonde qui lui avait ouvert la porte de son superbe appartement, occupant tout le premier étage d'un immeuble résidentiel.
- Je suis là.
- Et nous avons du pain sur la planche ! rétorqua-t-elle en l'attirant à l'intérieur.
5.
La journée se terminant, Aldéran avait éteint ses ordinateurs, verrouillé ses armoires avant de glisser son petit sac à dos à l'épaule et avait quitté son bureau.
Il était devant son ascenseur privé quand Soreyn le rattrapa.
- Aldie !
Ce dernier eut un petit rire fatigué.
- Tu ne peux pas te passer de moi ou quoi ? Je vais finir par croire qu'effectivement nous sommes mariés !
- Ne raconte pas n'importe quoi, j'ai juste encore besoin de ta signature sur mon bon de congé.
Soreyn sourit.
- Hé oui, au contraire de toi, je n'ai pas, encore, l'autorisation de signer mes propres bons !
Aldéran parapha le document puis jeta un coup d'œil aux dates.
- Trois semaines ! Alors, vous partez en amoureux, comme prévu ?
- Et avec quel bonheur ! Allez, bon retour chez toi, Aldie, à demain !
Ayant pour sa part encore trois heures de service à assurer, Soreyn revint sur le plateau des Unités d'Intervention et au passage capta la mine étrange que tirait Talvérya, la Sylvidre.
- Oui.
- Aldéran vient de partir ?
- Oui, tu m'as vu me précipiter derrière lui, rétorqua-t-il, un peu surpris. Si tu avais quelque chose à lui dire, c'est trop tard, son tout-terrain doit déjà avoir quitté le Bureau.
- Justement, non…
Talvérya préféra désigner alors l'un des écrans de surveillance, celui couvrant l'entrée de l'AL-99.
Et, au lieu de descendre au sous-sol du parking, Aldéran était monté dans le cabriolet d'une jolie blonde trentenaire qu'il semblait plutôt assez bien connaître au vu des regards complices échangés.
- C'est quoi cette histoire…
Mais la vie privée de son Général ne le regardant pas, Soreyn s'était remis au travail… jusqu'à ce que la Sylvidre de l'Unité Anaconda toussote fort peu discrètement. Il releva la tête et aperçu… Ayvanère !
- Ayvi ?
- J'étais dans le coin. Comme j'étais en taxi, je suis venue rejoindre Aldéran, afin que nous rentrions ensemble.
Soreyn déglutit péniblement.
- Ton mari a déjà quitté le Bureau. Il doit déjà être chez vous ! Tu ne savais pas qu'il partait plus tôt ?
- Non, il ne m'a rien dit. En même temps, je ne l'avais pas prévenu. Tant pis, j'aurai juste fait un détour, pour rien. Bonne fin de journée à tous !
Et ne s'étant pas départie de son sourire, Ayvanère se retira, laissant les amis de son époux, et les siens, plus que perplexes, et même déjà un peu inquiets !
Soreyn et Jarvyl échangèrent un regard soucieux.
- Aldie et le démon de midi… ?
Comme de bien entendu, Ayvanère était au duplex depuis près de deux heures quand le grand rouquin balafré réintégra le domicile conjugal.
- Déjà rentrée de ta virée shopping, ma belle ?
- J'ai fait les boutiques sans vraiment de but, j'ai été d'un Centre Commercial à l'autre, entre taxis et transports en commun. Et toi, ta journée ?
- Banale, ennuyeuse, interminable !
- Vraiment rien de particulier ?
- Rien qui mérite d'être rapporté. Le meilleur moment, c'est d'être rentré. Je vais me doucher et me changer. Tu viens avec moi ?
- Voilà une invitation qui ne se refuse pas !
Oubliant ses questions, son malaise même, Ayvanère prit la main tendue et le suivit à l'étage pour une douche coquine qui lui fit oublier la rencontre manquée de la fin d'après-midi, ignorant heureusement son départ familier avec une parfaite inconnue de ses proches.
