Chapitre 4
Je me trouvais de nouveau à Poudlard. Enfin, ce qu'il restait de Poudlard. L'école en ruine tenait à peine debout, et je luttais, encore et toujours, contre les Mangemorts qui ne semblaient jamais vouloir arrêter de lancer des sorts.
Puis, sans que je ne comprenne ce qui venait de se passer, ils disparurent, et l'endroit où je me trouvais fut plongé dans un silence de plomb. Mal à l'aise, je me retournai, et vis Fred, Lupin et Tonks qui se tenaient devant moi. Fred me lança un clin d'œil taquin, mais quand je voulus avancer dans leur direction, les trois silhouettes pâlirent, s'effacèrent petit à petit, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus rien.
- Hermione ?
Je fis volteface. Ron était à quelques mètres de moi, mais il ne semblait pas réel. Sa silhouette était plongée dans une sorte de brouillard blanchâtre. Il me sourit, les yeux dans le vague. Il tendit sa main dans ma direction, et je tentai de la saisir. Mais plus je m'approchai, plus il semblait flou, jusqu'à ce qu'il ait totalement disparu.
- Non !
- Hermione ? Hermione, réveille-toi !
J'ouvris les yeux en sursaut. Un filet de sueur glacée glissait le long de mon échine. Incrédule, je levai les yeux et reconnus le visage et les cheveux roux de Ron, qui était penché sur moi, les sourcils froncés. Sans réfléchir, je m'assis sur le fauteuil, et le serrai dans mes bras dans une étreinte à l'étouffer. Il était vivant. Ce n'était qu'un rêve, rien qu'un stupide rêve.
- Ou là, doucement ! me dit-il d'un air inquiet en se dégageant de mon étreinte. Qu'est-ce qui se passe ?
- Je fais un mauvais rêve, répondis-je en me passant la main sur le visage.
- Je sais, tu gémissais dans ton sommeil. Qu'est-ce que tu fais ici ?
- Je suis descendue pour lire, hier soir, répondis-je en lui montrant mon livre qui était toujours sagement posé à côté de moi sur le fauteuil.
Je remarquai qu'il portait déjà une tenue habillée, sobre et noire. Inquiète, je levai les yeux dans sa direction :
- Je suis en retard ?
- Pas vraiment. Mais tu ferais mieux de te dépêcher, la cérémonie commence dans une heure.
- Une heure ! m'exclamai-je, incrédule, en me levant d'un bond du canapé. Pourquoi ne m'as-tu pas réveillée plus tôt ?
Je n'attendais pas de réponse à cette question, évidemment.
- Attends Mione ! prends au moins la peine de…
Je m'étais déjà ruée dans les escaliers et me retournai pour entendre la suite de sa phrase.
- … manger quelque chose.
- Pas le temps ! répondis-je en montant quatre à quatre les marches qui menaient à la chambre de Ginny.
Je ne voulais en aucun cas être en retard pour l'enterrement de Fred. Je ne me le pardonnerais jamais. Il fallait que je sois à l'heure et sur mon trente et un. Je savais que c'était un bien piètre hommage par rapport à tout ce qu'il avait fait pour nous, mais je me devais de le faire.
Je m'avançai vers le fond du jardin, où la plupart des gens étaient déjà installés. Ma robe noire et légère voletait autour de moi et une bourrasque de vent tiède s'engouffra dans mes cheveux que j'avais laissés pendre dans mon dos. Le soleil s'était caché derrière des nuages. C'était comme si la nature elle-même portait le deuil de la mort de Fred.
Il y avait beaucoup de monde. Un peu perdue, ne sachant pas trop quoi faire, j'arrivai à trouver une place à l'avant-dernier rang, à côté de personnes que je n'avais jamais vu. Je cherchai dans la foule des visages familiers et finis par apercevoir les cheveux roux des Weasley au premier rang, ainsi que le dos d'Harry, qui était installé à côté de Ginny. La haute silhouette de Ron était reconnaissable entre mille. Il semblait chercher quelqu'un et regardait dans toutes les directions.
J'aperçus également Lee Jordan, McGonagall, Luna, Neville, Angelina et énormément de personnes venant de Poudlard, les survivants, dispersés çà et là entre les rangées. Hagrid était assis au dernier rang, à quelques mètres de moi. Lorsqu'il me vit, il m'adressa un signe de la main. Ses yeux étaient rouges de larmes.
Je détournai le regard, un peu mal à l'aise. À côté de moi, une vieille dame, qui faisait sans doute partie de la famille, chuchotait à l'oreille d'un jeune homme qui semblait être son fils. Je vis Ron se tourner sur son siège et sonder la foule du regard. Ses yeux passèrent sur moi, et il entrouvrit la bouche avant de se lever.
Je me demandais un instant ce qu'il fabriquait avant de me rendre compte qu'il se dirigeait dans ma direction. Embarrassée, je le vis se rapprocher de moi et me levai à mon tour pour aller à sa rencontre.
- Tu es magnifique, me dit-il simplement en me regardant de la tête aux pieds. Ça lui aurait fait plaisir de voir tout le monde venu lui rendre hommage.
Mon cœur se serra et je baissai la tête pour ne pas qu'il voit mes yeux devenus brillants de larmes.
- Qu'est-ce que tu fiche ici ? continua-t-il d'un air étonné.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? répliquai-je en levant mes yeux pour le regarder en face.
- Je veux dire, pourquoi tu t'es mise au dernier rang ? il y a un siège réservé pour toi juste à côté de moi, tu sais.
- Ah bon ? dis-je, surprise. Mais je croyais que le premier rang était réservé à la famille…
- Ben oui, justement, dit-il d'une voix lente, comme s'il voulait me faire entrer une information de force dans le cerveau.
Avant que je n'aie pu lui demander quel était le sens de sa réponse, il me prit par la main et m'entraîna à sa suite jusqu'au premier rang. Je m'assis entre lui et Harry, qui serrait la main de Ginny dans la sienne. À côté de Ginny, il y avait George, qui semblait éperdu de douleur. La vue de ses yeux vitreux me serra le cœur, et je détournai vite le regard. Puis il y avait Charlie, Percy, Bill et Fleur. Du côté de Ron, Mr et Mrs Weasley étaient assis et semblaient eux aussi perdus, comme s'ils ne pouvaient pas croire qu'ils se trouvaient là, comme s'ils espéraient se réveiller d'un moment à l'autre. À côté d'eux se trouvaient d'autres personnes que je devinais appartenir à la famille proche des Weasley à cause de leurs cheveux roux flamboyants.
Harry se pencha vers moi et chuchota à mon oreille :
- On se demandait où tu te trouvais.
- J'étais au fond, répondis-je sur le même ton.
Il me regarda d'une étrange façon et voulu rajouter quelque chose, mais je sentis la main de Ron se resserrer autour de la mienne et compris que la cérémonie commençait.
Hagrid avait visiblement été désigné pour porter le corps de Fred jusqu'à l'estrade, exactement comme pour l'enterrement de Dumbeldore. Je sentis les larmes me monter aux yeux et serrai le bord de ma chaise de ma main libre pour essayer de les empêcher de couler sur mes joues.
Je me demandai brièvement pourquoi c'était Hagrid qui portait Fred, puis me dit que c'était certainement parce qu'il était le plus fort, et que George n'aurait pas su le faire. Porter le corps de son frère jumeaux l'aurait littéralement détruit.
Enfin, Hagrid arriva en pleurant vers l'estrade et déposa délicatement le corps de Fred sur la table recouverte d'une nappe blanche prévue à cet effet. Il eut un sanglot rauque et tourna les talons, s'éloignant vers le fond des rangées de chaises.
Le jardin était plongé dans un silence profond. Même les oiseaux avaient arrêté de chanter. George se leva alors, se dirigea vers l'estrade, et commença d'une voix un peu étouffée par les sanglots, mais tout de même assurée :
- Fred, tu ne méritais pas de mourir si tôt. Je pense parler au nom de toute l'assemblée en affirmant que tu nous manques à tous affreusement. Jamais je ne pourrais continuer à vivre comme je le faisais avant sans toi à mes côtés. Vois-tu, Fred, tu me manques. Ton rire me manque, ton sourire, les blagues que nous faisions ensemble. Tout a été remplacé par un affreux silence, qui me ronge de l'intérieur. Nous n'avons jamais été séparés, tous les deux. Je ne pensais pas pouvoir vivre une heure sans toi, à présent, voilà presque trois jours que je survis.
Les larmes roulaient à présent silencieusement sur mes joues, et je me dégageai un instant de l'emprise que Ron avait sur ma main pour essuyer celles qui coulaient sur mon visage. Je lui jetai un coup d'œil, et nos regards se croisèrent durant un millième de seconde. Lui aussi pleurait.
Il passa un bras autour de ma taille et me serra contre lui.
- Il y a tellement de choses que tu voulais voir arriver et que tu as manquées, Fred. J'espère que tu es heureux là où tu es, et que tu vois ce qui s'est passé ici en ton absence. Harry et Ginny sont ensemble, c'est ce que tu voulais, n'est-ce pas ? Tu m'as toujours dit qu'Harry ferait un merveilleux mari pour Ginny, qu'il avait toujours réussi à prendre soin d'elle. Et puis il y a Ron et Hermione aussi.
Je tressaillis à l'entente de mon prénom. Ron resserra son étreinte sur ma hanche, et je posai la tête au creux de son épaule.
- Tu n'arrêtais pas de t'énerver sur le fait qu'ils se tournaient sans cesse autour et qu'il ne se passait jamais rien. Eh bien voilà, c'est fait, ils sont ensemble. Mais tu n'es plus là pour le voir. Et ça me tue. Tu sais, Fred, je ne sais même pas comment j'arriverai à vivre sans toi. Ton souvenir restera gravé en moi à jamais. Tu as été beaucoup plus qu'un frère : tu as été mon meilleur ami, mon confident, mon acolyte dans nos farces qui embêtaient tout le monde. Je ne sais même pas comment je vais faire pour rire, à présent, en sachant que toi, tu n'es plus là pour rire avec moi.
Je laissai échapper un sanglot et collai la main contre ma bouche pour l'étouffer au maximum.
- Il y a tellement d'autres choses que j'aurais voulu dire, Fred, mais je pense que tu les sais déjà. Alors je terminerai juste en disant qu'on t'aime, de tout notre cœur, et à jamais. Repose en paix, mon frère.
Et il revint à sa place, plongea la tête dans ses mains, et se mit à sangloter. Je jetai un coup d'œil autour de moi et vis que la plupart des gens se trouvaient dans le même état que lui et moi. Tous les Weasley sanglotaient, les pleurs d'Hagrid résonnaient jusqu'à ma place. Harry tenait Ginny dans ses bras mais il ne pleurait pas. Une froide détermination brillait dans son regard, comme s'il nourrissait une envie de vengeance. Bill et Fleur étaient enlacés, Percy versait de grosses larmes derrière ses lunette et Charlie essuyait son visage toutes les trente secondes pour tenter en vain d'en chasser les larmes. Mrs et Mr Weasley sanglotaient dans les bras l'un de l'autre. Quant à Ron, de grosses larmes roulaient silencieusement le long de ses joues. Sans réfléchir plus longtemps, je me tournai vers lui et passai les bras autour de sa nuque, plongeant ma tête dans son cou. Il me rendit mon étreinte, et je sentis ses larmes couler le long de ma nuque.
- Merci, chuchota-t-il à travers ses larmes. Merci d'être là.
Je ne répondis rien, me contentant de resserrer mon étreinte autour de ses épaules.
La cérémonie se termina peu après. Je pensais qu'il était prévu que Mrs Weasley dise quelque chose, mais elle sanglotait trop fort pour pouvoir prononcer le moindre mot. Nous suivîmes tous le corps de Fred jusqu'au cimetière du village voisin, où il fut enterré sans magie, pour ne pas éveiller l'attention des Moldus.
Puis nous repartîmes par petits groupes vers le Terrier, certains membres de la famille attendant de se trouver hors de vue d'éventuels non-sorciers pour transplaner et retourner à leur domicile. Je restai en retrait par rapport aux Weasley, me contentant de les suivre en silence. Ron marchait à côté de moi sans prononcer un mot. En le regardant plus attentivement, en voyant l'état de chagrin effroyable dans lequel il semblait se trouver, je lui pris silencieusement la main et nous continuâmes à marcher, toujours dans la plus grand silence, pour aller rejoindre la maison des Weasley qui, je le savais, ne serait plus jamais la même après la mort de Fred.
Réponses aux reviews :
OneSummer'sRain : Merci pour ton commentaire! :D Oui les pauvres Weasley, eux qui sont si joyeux d'habitude :(
Math'L : Merci beaucoup pour ta review! Un peu des deux j'imagine :p en même temps après ce qu'ils viennent de traverser, c'est normal ^^
clem2605 : Merci beaucoup ça me fait trop plaisir :3 Oui, après ce qu'elle a traversé, elle croit qu'elle n'est pas la bienvenue alors que ce n'est pas vrai! Tu verras par la suite si elle finit par s'en rendre compte ou pas :)
