Hello !
Disclaimer(s) : si ça vous intéresse, allez donc voir en haut d'un des trois premiers chapitres ! ;)
Rating : T, à cause de quelques scènes assez violentes.
Information : Je ne découpe pas mes chapitres selon leur taille, mais selon des différences d'ambiance, de point de vue... La taille des chapitres peut donc varier de façon notable d'une fois sur l'autre.
Bonne lecture !
Chapitre 3
Elle se coucha presque par terre et étendit le bras. Ses doigts rencontrèrent une boîte, qu'ils s'empressèrent de sortir de dessous le lit. Patience s'assit alors sur le tapis et regarda intensément la boîte. Ce n'était qu'une vulgaire boîte à chaussures, comme on en trouvait dans chaque magasin, mais ce qu'elle contenait était bien plus important qu'une paire de chaussures. C'était ce qu'elle avait de plus cher, le condensé de son existence.
Patience respira profondément en fermant les yeux. Ce qu'elle allait faire ne lui ferait en aucun cas du bien, elle le savait. Je n'ai pas le choix, de toute façon... Elle ouvrit alors la boîte.
Il y avait deux tas. Deux tas de coupures de journaux, de photos, de souvenirs en tous genres. Par habitude, elle commença par le premier tas. Presque uniquement des photos.
Elle et Seb sur une plage, vêtements courts et lunettes de soleil, bien plus jeunes qu'aujourd'hui, insouciants comme un frère et une sœur en vacances.
Un vieux bâtiment en pierres, austère.
Une photo un peu plus grande : photo de classe, mais trop petite pour vraiment distinguer les visages.
Deux jeunes filles qui rient, elles se ressemblent étrangement : mêmes cheveux châtains, même taille, plutôt grandes pour leurs douze ans, presque la même forme de visage, seulement l'une a les yeux marrons et l'autre les a bleus-gris.
La suivante montre les mêmes filles, penchées sur le même livre, leur ressemblance encore accentuée par l'uniforme scolaire.
Les deux filles qui posent devant le bâtiment en pierres, leur école.
Un cahier cette fois, seule la première page est utilisée, pour un nom inventé : "Enopassie Morhol".
Les deux filles en short et tee-shirt, dans une immense bibliothèque aux murs lambrissés ; on voit la campagne estivale par la fenêtre derrière elles. A l'arrière de la photographie, une main assurée a écrit : "Patience Moran et Enola. Août au manoir." La photo part sur le côté.
Les deux filles en maillots de bain, devant la mer.
Les deux filles en imperméables à capuche, mais avec les cheveux trempés.
Les deux filles qui se bombardent mutuellement de boules de neige.
Les deux filles assises dans l'herbe, riant aux éclats...
La main de Patience tremblait en soulevant la dernière photo. En-dessous, il n'y avait que quelques articles découpés dans des journaux. "Incendie meurtrier dans une école : une dizaine de morts", "L'incendie n'était pas un accident", "Déclaration de la police : Nous n'excluons aucune piste"… Elle connaissait les articles par cœur : comment le feu s'était déclaré vers trois heures du matin, juste en-dessous des chambres ; sa progression étonnamment rapide ; les systèmes de sécurité qui n'ont pas fonctionné (sabotés, d'après la police) ; les enfants qui doivent trouver leur chemin presque seuls, tous ceux qui finissent par sortir, salement amochés et avec des brûlures, mais vivants ; et ceux qui ne sont jamais ressortis, et dont les cadavres n'ont pu être identifiés que par élimination. Une nuit atroce. Parfois, Patience se réveille au milieu de la nuit, avec dans sa bouche le goût des cendres, et dans son nez l'odeur du bois et de la chair qui brûlent. Les cris résonnent alors dans ses oreilles pendant plusieurs heures. Cette nuit-là, elle a perdu bien plus qu'une école. Elle a perdu Enola, celle qui était plus qu'une amie pour elle, celle avec qui elle semblait passer tout son temps libre. Il ne reste d'elle (d'elles) que quelques photos.
Seb l'a très rapidement fait revenir chez eux. Elle a cru comprendre que depuis l'incendie, la mère d'Enola vivait presque recluse dans le manoir familial. Les frères de son amie n'avaient apparemment pas cherché à la recontacter. De toute façon, Patience avait presque tout oublié d'eux. Ses souvenirs d'avant l'incendie étaient parcellaires, pour ne pas dire presque inexistants. Seules ces vieilles photographies et ces coupures de journaux témoignaient de son passé, puisque sa mémoire ne le faisait pas. Alors, quand Patience a de nouveau entendu parler de Sherlock Holmes, elle a fait des recherches. Elle est allé voir son site, le blog du docteur Watson, elle a collectionné les articles à son sujet.
C'est ce qui constituait le deuxième tas de la boîte. Des informations sur Sherlock Holmes. Pour Enola – même si elle ne peut pas les lire... Il y avait dans cette boîte toute la carrière de Sherlock, de ses débuts, où on le considérait avec méfiance, à son apogée. Toutes les enquêtes rendues publiques de Sherlock étaient regroupées ici. Il y avait aussi d'autres articles, moins joyeux mais tout aussi importants , voire même plus : la chute de Sherlock. Les articles assassins de Kitty Riley, ceux des autres, le témoignage de "Richard Brook". Puis des articles relatant toute la carrière du détective, des analyses de psychologues expliquant comment Sherlock a pu se tourner vers la criminalité, des témoignages de personnes qui l'avaient connu, la description, par témoignages recoupés, de sa chute... Kitty Riley avait grimpé trois échelons d'un coup, à la rédaction de son journal. Mais Richard Brook avait subitement disparu après le suicide de Sherlock. Tout comme Jim. Mais Seb continuait de travailler pour lui alors qu'il n'avait donné aucun signe de vie depuis un an et demi. Comme si... comme si son patron lui avait laissé des instructions avant de partir.
Patience remit presque tous les articles et photographies dans la boîte. Elle ne garda que la photo d'elle et Enola dans la bibliothèque, qu'elle glissa dans la poche intérieure de sa veste. Avant de remettre la boîte à sa place, elle sortit son portable de sa poche. Elle fit défiler le répertoire, jusqu'à ce qu'il affiche "John W". Elle resta un moment à réfléchir, les yeux fixés sur ce nom. Si elle l'appelait, Seb s'en apercevrait peut-être, et ils seraient tous les deux en danger. Mais si elle ne le prévenait pas, il risquait de mourir sans qu'elle ait eu le temps de faire quoi que ce soit. Finalement, elle rangea son portable et rouvrit la boîte. Elle relut un article sur une enquête de Sherlock (l'arrestation d'un criminel recherché depuis de nombreuses années par Interpol) en cherchant un nom en particulier. Lorsque ce fut fait, la boîte reprit sa place sous le lit.
Patience referma la porte de l'appartement derrière elle. Elle avait pris la peine de s'habiller correctement : son vieux jean avait été remplacé par un autre en meilleur état, presque noir, et elle avait troqué son sweat contre un pull gris plus près du corps, qui la faisait paraître plus âgée que ses seize ans et demi. Elle était surtout passée par la salle de bain, et avait enlevé toute lentille de contact. Celle qui sortait maintenant ne devait pas ressembler trop à Patience Moran.
Une fois sur le trottoir, elle resserra sa veste, surprise par la morsure du vent. Elle se mit à la recherche d'un taxi, l'endroit où elle se rendait étant trop loin pour qu'elle y aille à pied.
Voilà...
Disclaimer : Le personnage et le nom d'Enola Holmes sont des inventions de Nancy Springer, dans Les Enquêtes d'Enola Holmes. Quand j'étais petite, j'aimais bien, et le personnage est restée dans ma tête...
J'espère que ça vous a plu. C'est un chapitre assez court, où il ne se passe pas grand-chose, mais le suivant est plutôt long, alors ça compense un peu... ;) Par contre, il est fort probable que le chapitre 4 n'arrive pas aussi vite que celui-ci...
À la prochaine fois ! :)
