— Oui, je me retiens parce que les lecteurs de Spider-Man sont plutôt jeunes dans le genre. Donc certes, j'adapte mon vocabulaire pour entrer dans ce si ennuyeux monde autorisé aux moins de 18 ans… C'est le prix à payer pour travailler avec les autres supers héros…
Avec ennui, mais beaucoup de sérieux, DeadPool discutait avec un mec louche qu'il semblait bien connaître. A côté de lui, Spider-Man soupira et, intervenant, il tapota l'épaule de son collègue :
— Wade, je te rappelle que nous avons un mystère à résoudre…
— Plait-il ? Ah, effectivement. Ce me semble pertinent que-
— Et arrête de parler comme ça !
— Rien je n'y puis, mon éditeur eut dernièrement des contrariétés avec-
— Arrête.
— Ok.
Retrouvant son sérieux, ou, au contraire, le perdant, DeadPool pointa un type encore plus louche du doigt. Il fallait dire aussi que, dans ce quartier louche, il n'y avait aucun clochard qui sonnait moins bizarre qu'un autre. Edentés et habillés de haillons puants, les personnes qui y déambulaient n'inspiraient pas la confiance au premier regard.
— Voilà, je crois que ce type a ce que nous cherchons.
— Wade, ne me dis pas que-
— Ne t'inquiète pas, je ne lui ai jamais rien acheté, promis !
Sans hésiter, il se dirigea vers un espèce de gars aux paupières tatouées d'yeux, ce qui rendait un effet très étrange quand il les fermait et, inquisiteur, Spider-Man demanda à nouveau :
— Viens-tu souvent par ici ?
DeadPool ne répondit pas et, à la place, il s'arrêta près de l'autre type qui le regarda fixement d'un regard bête. Même les pupilles de son tatouage, pourtant simpliste, portaient plus d'éclat et d'intelligence que ses yeux vides.
— Yo ! On a un problème avec un bonhomme-champignon et, comme tu es le plus grand spécialiste de la ville à ce sujet, je me demandais si-
— Combien pour 10 grammes ?
— Non, mec, je ne vends pas de-
— J'ai en stock, du-
— Je ne suis pas non plus venu acheter. Quoique… On parlera de ça plus tard.
Le regard de l'autre se fit plus bête encore, si cela était possible, et Spider-Man eut un lourd soupir. Il intervint, sans trop y croire :
— On essaie de contrer le pouvoir d'un homme-champignon qui combat avec une armée de zombies pourris qu'il contrôle avec des spores et… ho mon dieu, ça sonne encore plus stupide quand on expose la situation à voix haute !
— Je me disais que tu avais bien une idée sur la meilleure manière de lutter contre des champignons indésirables.
En réponse, ils ne reçurent qu'un regard digne d'un bovin de foire. Dans le doute, ils laissèrent passer un court silence et, exaspéré, Spider-Man fit demi-tour, mais, soudain, le receleur dit d'une voix pâteuse, dans un sursaut d'intelligence :
— Des fongicides. C'est ce qui marche le mieux contre les champignons indésirables, ma copine, quand elle vient chez moi, c'est ce qu'elle utilise pour nettoyer ma salle de bain.
— Merci, t'es un génie !
Deux pouces levés, Wade remercia l'autre, mais, les bras croisés, Spider-Man grommela :
— Des fongicides… Wikipédia nous aurait aussi bien donné la réponse.
— Arrête de râler, Baby Boy, t'es jaloux parce que moi, je fais avancer la situation !
Baby Boy. Encore ce surnom presqu'affectueux que DeadPool donnait parfois à son acolyte. Mais, cette fois-ci, il ne portait pas le ton d'ordinaire séduisant qu'il lui connaissait, au contraire, il avait été dit d'une voix plutôt neutre. Spidey espéra que cela était dû à la petite conversation qu'ils avaient eue la veille, mais il ne fit aucun commentaire et il emboîta le pas de DeadPool.
Son amant fut déjà parti lorsqu'il s'était réveillé ce matin, et il venait à peine de le rejoindre dans ce quartier pourri après avoir reçu de sa part un SMS qui lui disait que Wade avait une piste. Et quelle piste ! Ils étaient maintenant de retour au point de départ.
Réfléchissant à la rencontre avec Cordyceps qu'ils avaient eu la veille, Peter marchait pensivement et, à voix haute, il exposa :
— Je suis naturellement immunisé contre beaucoup de sortes de poisons. Ces spores en font certainement parties et cela explique pourquoi j'en suis insensible, mais toi ?
Il leva les yeux vers DeadPool qui lui lança un regard naïf, et il soupira en concluant simplement :
— Toi, t'es simplement toi. Je ne pense pas que ce mec puisse maitriser cet esprit à la dérive qui ne fonctionne comme aucun autre…
— Hey, cet esprit il ressent des choses, pas la peine de le-
— Ce n'était pas forcément une insulte.
Spidey avait répondu spontanément, mais il se rappela que Wade n'était pas habitué à recevoir des compliments de sa part, du moins, de la part de l'homme araignée, et il grimaça.
— Ho.
Une simple réponse, sans en rajouter des tonnes. Wade, de manière surprenante, ou pas, avait vraiment pris la conversation de la veille très au sérieux. Il eut une bouffée d'affection pour son amant et dû se retenir de lui sauter dans les bras. Son téléphone sonna et, lisant le SMS, il soupira encore :
— Je ne sais pas où il déniche ces insectes géants… Mais plusieurs d'entre eux se baladent dans Manhattan et sèment la terreur…
— C'est déjà plus intéressant que des zombies.
— Je vais m'occuper des monstres. Essaie de trouver ce Cordyceps. Et si tu parviens à dénicher un baril de fongicide en chemin, ça pourrait toujours nous être utile.
— Haye haye.
— Et rappelles-toi, on ne-
— On ne les dé-vivante pas, je sais.
Le saluant d'un signe de main, il avait fait demi-tour et s'éloignait déjà. Spidey le regarda partir. Ils en avaient certainement pour la nuit et la perspective ne l'enchanta pas, lui qui avait pris beaucoup de retard dans son travail scolaire. Son téléphone sonna à nouveau, un SMS pour Peter et il eut un petit sourire en lisant le message que DeadPool venait de lui envoyer :
« Beaucoup de travail ce soir, on se voit demain. Il y a du grabuge en ville, fais attention à toi et si tu vois des hommes-champignons, ne t'approches pas. Xoxox. Supérieur à trois. (…) DP ».
Une bonne partie du message était censurée par soucis de bienséance, mais, ravi, Spider-Man répondit rapidement avant de s'envoler pour s'en aller combattre le crime. Il n'eut aucun mal à trouver les insectes géants, il n'avait eu, finalement, qu'à suivre les cris et les sirènes de la police. Il eut besoin de quelques heures pour en neutraliser trois, peu aidé par tout ceux qui se transformaient en zombie à cause des spores qui émanaient de ces monstres et qu'il devait, aussi, mettre hors d'état de nuire. Il n'avait plus de nouvelles de DeadPool, mais ne se faisait pas de soucis pour lui, leur adversaire n'était pas assez sérieux pour menacer un type comme lui. Au contraire, pour le mercenaire, plutôt badass dans son genre, Cordyceps était du menu fretin par apport à ce qu'il était habitué à pulvériser. C'était un peu comme s'il était question d'aller combattre la première arène d'un jeu Pokémon avec un Dracaufeu niveau 73. Un Dracaufeu avec le pouvoir de guérir instantanément.
Comme il lui était trop compliqué de contenir tous les zombies, Spider-Man décida de fermer la zone à l'aide de sa toile, de manière à créer un espace de quarantaine en laissant les zombies entre eux et il envoya un message à DeadPool pour lui demander où il en était. Le mercenaire lui répondit qu'il venait d'avoir un bref affrontement avec Cordyceps, mais celui-ci avait encore réussi à s'enfuir en jurant qu'il trouverait un moyen de le détruire. Langage classique de super-méchant sans envergure et sans répartie.
Spider-Man allait le rejoindre, mais son téléphone sonna à ce moment, un appel de tante May, et, fronçant les sourcils, il décrocha :
— Je suis encore à la bibliothèque de l'université, j'ai beaucoup de travail à rendre pour dem-
— Peter, peux-tu rentrer s'il te plait ?
Cette voix… Tante May avait peur et, même si elle essayait, elle ne parvenait pas à le cacher.
— May… Je vais bien et tout va bien ici. J'ai entendu dire qu'il y avait des trucs bizarres dans les rues et-
— Justement, je préfèrerai que tu rentres… S'il te plait, Peter.
Il soupira discrètement, mais, dans la mesure où la situation de son côté était sous contrôle, il pouvait bien faire un détour par chez lui pour soulager sa tante avec une brève apparence, puis faire mine d'aller dormir et rejoindre DeadPool illico. Mieux valait ne pas faire trainer cette histoire, ce Cordyceps allait vraiment finir par faire mal à quelqu'un, si ce n'était à lui même.
Rapidement, il vola de toit en toit jusqu'à la petite ruelle sombre derrière son appart dans laquelle il avait constamment des affaires cachées et il se changea en vitesse, gardant son costume sous ses fringues, prêt à s'en débarrasser.
Il se fit ensuite les quatre étages, sans ascenseur et, à peine essoufflé, il arriva sur le palier et déverrouilla la porte pour entrer en appelant sa tante.
A aucun moment ses Spiders-sens n'avaient tinté et la raison était parfaitement justifiable : jamais il n'aurait considéré tante May comme un danger. Pourtant, elle avait bien plus de force que ce qu'il aurait pensé d'elle et, couverte de champignons, le regard jaune, elle lui sauta dessus avant même qu'il n'ait le reflexe de l'esquiver. Soucieux de ne pas lui faire mal, il tenta de se débarrasser d'elle, jurant lorsqu'il se rendit compte qu'il avait désactivé ses lanceurs de toile en se changeant. Ils roulèrent au sol, dégommant la table basse au passage et, furieusement, elle le surplomba, à califourchon sur son torse, et il poussa une exclamation de douleur lorsque son poing, dans un coup parfaitement ajusté, lui martela la joue. Il para le deuxième en tâchant d'analyser la situation malgré… la situation. Sa tante tenta à nouveau de le frapper d'un uppercut ajusté. Elle était contrôlée, ce n'était pas possible autrement, elle n'était pas censé maitriser aussi bien les arts martiaux. Des minuscules champignons qui avaient poussés sur sa peau, des spores s'échappaient dans un nuage vaporeux, tentant de prendre, aussi, le contrôle de son corps. Ce Cordyceps… Il n'aurait pas dû le sous-estimer, finalement. Cette vérole avait réussi à le tracer et le débusquer en s'en prenant à son plus gros point faible : sa tante, qu'il avait juré protéger par tous les moyens.
Difficilement, il lui attrapa les poignets pour l'immobiliser, mais elle rua et se débattit avec rage et il se prit de nouveaux coups sans pouvoir, ni oser, les parer. Mais elle était plus légère que lui, et il avait, tout de même, une assez bonne expérience du combat pour parvenir à inverser les positions et la coincer sous lui. Usant son gilet mauve qu'il utilisa comme une camisole, il la ligota malgré ses gigotements et, cette fois-ci, ses spiders-sens s'activèrent pour de bon. Immédiatement, il se retourna pour faire face à l'homme champignon et, furieux, il se dressa face à lui :
— Toi ! Laisse ma tante en dehors de ça !
— Mais c'est l'idée, mon petit. Ta tante était seulement un appât et c'est toi qui vas venir avec moi !
Il fronça les sourcils et ne broncha pas lorsque, à nouveau, un nuage de spores l'entoura et l'autre eut une mimique contrariée :
— Allons bon… Ton petit-ami t'a donné le truc pour être immunisé contre mon pouvoir… ? J'aurai dû me douter que ce ne serait pas si facile… Tant pis.
Encore une fois, Spidey se fit surprendre par sa tante qui, dans son dos, s'était libérée et lui sauta dessus. Il voulut se débattre mais il craignit de la blesser et son hésitation, ainsi que sa brève inattention, furent suffisants pour que Cordyceps puisse lui faire inhaler des spores malodorantes. Aussitôt, sa tête tourna et il sentit une lourdeur pesante prendre possession de son corps. Il tituba, le regard flou.
— Qu'est-ce que-
— Rien de très grave. J'ai besoin de toi vivant. Pour l'instant…
Il tomba à genoux, papillonnant des paupières et, soudain, il commença à comprendre :
— Qu'est-ce que… Que voulez-vous de moi ?
— J'ai quelques mots à échanger avec ton petit-ami, et j'ai besoin de certains… Arguments, dans la mesure où mes spores n'ont pas d'effet sur lui, je vais utiliser un autre moyen. Et si ses plaies physiques cicatrisent, je doute qu'il en aille de même pour celles de son cœur, on verra bien à quel point cet homme est indestructible… Ou, plutôt, à quel point il est destructible…
— C'est très lâche… Tu commences à comprendre comment fonctionnent les vrais méchants…
Il avait parlé d'une voix lourde, en s'écroulant face contre terre. Quelle ironie. Cordyceps pensait avoir simplement mis la main sur le compagnon de DeadPool. Ce loser avait, en réalité, attrapé Spider-Man avec une facilité affligeante sans même le savoir ni le faire exprès. La honte. La chance du débutant, certainement. Quand on faisait un truc en ignorant que c'était impossible, allez savoir pourquoi, il y avait de grandes chances pour que ça marche.
Ce fut la dernière pensée lucide qu'eut Peter. Ca et, aussi, qu'il espérait trouver un moyen de se sortir de là avant que DeadPool n'ait à intervenir. Ce ne serait pas très glorieux sinon. Et si Cordyceps pouvait continuer de ne pas remarquer à qui il avait vraiment affaire, ça l'arrangerait aussi.
Les yeux mi-clos, il vit son ennemi déposer une enveloppe dans les décombres du salon, plusieurs meubles avaient été brisés dans la bagarre, puis ce fut le noir.
oOo
Quand il ouvrit les yeux, l'on secouait son épaule et il marmonna :
— Pas maintenant, May-
Il se prit une gifle. Aussitôt, il bondit sur ses pieds, du moins, le voulut, mais il était fermement entravé et face à lui, tante May le regardait sans le voir de ses yeux jaunes et vides. Tout lui revint en tête et, paniquant, il écarquilla les yeux face à sa tante :
— Ho non, que fais-tu là toi aussi ?
Il avait espéré que l'autre guignol serait assez simpliste pour n'emmener que lui. Parce que là, ça compliquait un peu les choses. Justement, Cordyceps arriva à ce moment, un nuage de spores malodorantes dansait autour de lui.
— Comme tu n'as pas l'air plus commode que ton petit-ami, je me suis dit que ta tante me permettrait de te garder tranquille… J'espère que tu n'oublies pas que je peux, à la moindre contrariété, lui demander de se trancher la gorge.
Le message ne tomba pas dans l'oreille d'un sourd et, docile, Peter se laissa faire lorsque l'homme-champignon lui attrapa le bras pour le mettre sur pied et le trainer derrière lui.
— DeadPool a été prévenu, il sera là d'un instant à l'autre maintenant. Et il sera bien accueilli !
Peter ne put manquer les insectes géants qui flânaient dans l'entrepôt mais, surtout, ce qui attira son regard furent ces bidons de substance hautement inflammable qui côtoyaient des sacs d'engrais artisanaux. Il n'eut pas trop de mal à comprendre que c'était la merde. Sa priorité était de mettre tante May à l'abri, il ne voulait pas qu'elle soit prise entre deux feux. Mais il ne savait pas où elle se trouvait maintenant et, de peur que Cordyceps ne mette ses menaces à exécution, il resta gentiment avec lui sans tenter de faire du zèle. Il eut un soupir soulagé lorsqu'il remarqua qu'il portait encore sur lui son costume et ses lanceurs de toile, même désactivés, et son masque était toujours dans sa poche arrière. Donc il se dit que tout n'était pas perdu et que tout ce dont il avait besoin, maintenant, c'était une ouverture. Et, aussi, la certitude que Tante May était dans les parages et qu'il puisse la mettre hors de contrôle de l'autre taré avant qu'un malheur n'arrive.
— L'ophiocordyceps unilateralis est un champignon exotique qui prend le contrôle des fourmis. Une fois que ses spores sont dans leur corps, elles se développent et forcent ces insectes à s'éloigner pour mourir. Les cadavres sont ensuite recouverts de ce champignon qui peut, ainsi, s'étendre et contaminer une plus large zone.
Il babillait fièrement, présentant à Peter des champignonnières sous verre dans lesquelles était extrait ce fameux champignon. Plus loin, des laboratoires de pointes permettaient de modifier génétiquement ces ceps de manière à les rendre offensifs pour l'homme.
— Mon armée sera bientôt prête à conquérir ce monde ! Il reste simplement deux petits insectes à écraser.
Peter ne répondit pas. Heureusement qu'il y avait une grosse faille dans le stupide plan de ce stupide Cordyceps, toutefois, tant que May était menacée, Spider-Man ne pouvait s'en réjouir.
Il fut trainé à l'extérieur et il remarqua que le soir était en train de tomber. Il était donc resté inconscient une vingtaine d'heures, à moins que plusieurs jours ne se soient passés.
Ils étaient sur un balcon de l'entrepôt, surplombant les quais, et il eut un drôle de frisson lorsque, baissant les yeux, il vit DeadPool arriver vers eux, l'air pas franchement ravi.
— Okay, toi, tu vas me rendre Peter fissa. Et après ça, on pourra discuter toi et moi. Et par discuter, j'entends bien me faire un velouté de champignon nappé de sang et sauce aux dents. Spider-Man n'est pas là, on va pouvoir se permettre de conclure ça dans une véritable scène interdite aux moins de 18 ans qui fera passer Beatrix Kiddo pour une enfant de cœur.
— Oui, on va discuter, permet moi d'abord de régler un détail…
Le déclic d'une arme à feu se fit entendre et Peter se dit que les choses devenaient un peu trop sérieuses à son gout. Ses Spider-sens se mirent à hurler lorsque le canon de l'arme se logea entre ses omoplates et, sans chercher à résister, il s'agenouilla au sol sous l'indication de Cordyceps qui lui rappela gentiment que sa tante était prête à s'automutiler à la moindre fausse note. En dessous, DeadPool faisait les cents pas comme un lion en cage, ses katanas fermement tenus dans ses mains crispés.
— Je ne le répèterai pas, Cordyceps. Le garder ne ferait qu'allonger ton agonie.
— DeadPool, ils ont ma tante !
Il grimaça quand l'autre lui donna un coup en tonnant d'une voix aigüe :
— Toi, tu ne parles pas tant que je ne t'en ai pas donné l'autorisation !
Il n'avait pas vraiment eu mal, c'était plutôt son amour-propre qui était meurtri, mais DeadPool gronda :
— Touche-le encore et tu prieras pour qu'on revienne à une autorisation pour plus de 16 ans…
L'autre ne sembla pas entendre la menace et sa main remonta légèrement, pointant l'arme sur la nuque de Peter. Ses Spider-sens tintèrent de plus belle et il comprit, sentant à quel point la main qui tenait l'arme était assurée, qu'ils n'avaient, finalement, pas affaire à un amateur chanceux mais un véritable professionnel qui, jusqu'ici, avait très bien caché son jeu.
— Tu n'es pas en mesure d'exiger quoique ce soit, DeadPool.
Le mercenaire semblait en être venu aux mêmes conclusions que Peter, car il s'immobilisa, soudain attentif. Il se mit sur ses gardent quand plusieurs insectes géants sortirent de l'entrepôt pour le cerner, et Cordiceps fanfaronna :
— C'était la dernière fois que tu voyais ton si cher Peter, DeadPool… Sous-estimer un ennemi a toujours été la faute la plus fréquente, et la plus fatale…
— Non !
Sans prendre en compte le cri de DeadPool, l'arme à feu émit un déclic lorsque Cordyceps fit sauter la sécurité, et Spider-Man bondit :
— Exactement, et il en va de même pour ceux qui sous-estiment leurs otages !
Il attrapa le poignet de son ennemi et, usant de l'effet de surprise, il le déséquilibra pour le tirer au sol. L'homme champignon trébucha et Peter, d'un coup de pied dans la poitrine, le fit voler en arrière, dans le bâtiment.
— Ca, c'est mon mec ! La classe ! Restes où tu es, Peter, je viens te chercher !
Ravi, DeadPool avait commencé à taillader joyeusement les insectes pourris qui se jetèrent sur lui, et il tenta, mètre par mètre, de joindre le bâtiment. Mais Peter, concerné par le sort de sa tante et, surtout, attaqué par Cordyceps qui, s'étant redressé, lui tira une salve de balles dessus, n'eut d'autre choix que de se mettre à couvert en rentrant lui aussi dans l'entrepôt. D'une pirouette, il esquiva l'homme-champignon et il atterrit au milieu des insectes pourris et de quelques zombies scientifiques qui lui sautèrent dessus. Il distribua un bon nombre de coups, en reçut quelques uns, avant qu'il ne parvienne à ajuster ses tireurs de toiles. Pour plus de confort, il se débarrassa de ses habits, attrapa son masque et, en quelques secondes, se transforma en Spider-Man face à un Cordyceps totalement médusé.
— Tu… Je… c'était Spider-Man que j'avais en joue tout ce temps ! Fichtre, si je l'avais su…
Sans lui laisser le temps de réaliser, Peter l'attaqua, emmêlant dans sa toile zombies et insectes.
— Qu'as-tu fait de ma tante ?
Esquivant les balles qui lui étaient destinées, il parvint, d'un puissant coup de pied, à lancer Cordyceps au sol, et celui-ci sembla seulement se rappeler qu'il avait, ni plus ni moins, la tante de Spider-Man en otage.
— Si tu veux la revoir en vie, Spidey, je te conseille de te montrer plus docile !
La voix ne portait plus du tout ce ton enjoué et superflu qu'il usait en temps normal et son regard était maintenant bien plus dangereux. Spider-Man se figea et l'autre se redressa en crachant méchamment :
— Je vais te laisser faire un choix, mon grand, entre ta tante ou ton amant. Je te demande de neutraliser DeadPool et, si tu refuses, ta tante se tuera ! A moins que tu ne choisisses de te laisser gentiment tuer, comme je l'avais prévu au début…
Il semblait ravi de sa consigne et, à nouveau, il tira plusieurs balles que Spidey évita. L'une d'elles perça le bidon d'un liquide hautement inflammable derrière lui et, aussitôt, les Spider-Sens de l'homme araignée lui enjoignirent de sortir d'ici le plus vite possible.
Mais pas sans tante May. Le liquide s'écoula, imbibant les stock d'engrais agricole, et Peter oublia Cordyceps pour bondir au cœur de l'entrepôt qui, tout d'un coup, s'enflamma violemment, soufflant l'homme-champignon en arrière. Peter se souvenait de la cellule dans laquelle il s'était réveillée, avec un peu de chance, May y était toujours, cerclée par les flammes qui, à mesure qu'elles se propageaient parmi les stocks d'engrais et de produits phyto, prenaient en ampleur et en puissance.
oOo
De son côté, DeadPool avait entendu les coups de feu et, profondément inquiet pour son Peter, il bourrina plus encore, fauchant les insectes avec hargne. Lorsque le bâtiment prit feu, il hurla le nom de son amant et, oubliant ses katanas, il sortit ses armes à feu pour en finir au plus vite, zappant le code morale qu'il avait accepté d'intégrer lorsqu'il avait commencé à combattre aux côtés de Spider-Man. Quand tous les insectes et les zombies furent réduits à l'état de steak tartare, il se rua vers le bâtiment qui souffrait de plusieurs sourdes explosions, mais il eut un sursaut surpris lorsque l'homme araignée, qu'il n'avait pas vu arriver, bondit hors de l'entrepôt en flamme, la tante de Peter, évanouie, dans les bras.
Elle était noircie de suie et couverte de petits champignons. Ses mains étaient ligotées par la toile de Spidey qui, lui-même portant une vilaine brulure au bras, s'exclama d'un ton inquiet :
— Elle est blessée et a inhalé une trop grande quantité de fumée toxique, elle va mourrir, il faut l'emmener d'urgence à l'hôpital !
— Peter est encore là-dedans !
— Non, DeadPool, il n'y a plus personne dans ce-
Mais il ne put finir sa phrase, DeadPool se jeta littéralement dans les flammes, sa capacité de guérison l'empêchait d'être réduit en cendre. Dans ses bras, sa tante respirait de plus en plus faiblement et, le cœur comprimé par l'angoisse, il choisit de se rendre à l'hôpital le plus proche, il reviendrait ensuite pour rassurer DeadPool quant à l'état de Peter. Surtout que, à ce moment, ses spider-sens tintèrent de plus belle et, juste avant que l'explosion ne le souffle, il décolla pour mettre May à l'abri.
Le hurlement de Wade, qui pleurait son amant perdu, lui lacéra le cœur.
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Merci d'avoir lu !
La suite au prochain épisode,
J'espère que ça continue de vous plaire !
