Bonjour. Je ne sais pas quoi penser de ce chapitre, mais j'ai beaucoup aimé l'écrire, j'aime bien Millicent.
Petit changement pour ce chapitre, je laisse Millicent parler à la première personne.
Les paroles de la chanson appartiennent à Alain Bashung.
Bonne lecture !
CHAPITRE 4 - FANTAISIE MILITAIRE
Blaise et Millicent.
Au pays des matins calmes, pas un bruit ne sourd.
Rien ne transpire ses ardeurs, j'aimais quand je t'aimais.
Toi contre moi.
Moi contre toi.
L'amour, la chose sacrée, j'avais la fièvre de toi et de mon amour. J'ai cherché toute ma vie et toute la nuit qu'on me meure, qu'on me condamne et rien n'est venu. Si seulement tu m'avais aimé, j'aurais mis un peu de rouge à lèvres. Mais maintenant c'est trop tard, parce que tu ne me regardes pas.
J'aimais quand je t'observais.
Si j'avais pu recracher les sentiments, mes ressentiments, ma haine, je te le jure, je l'aurais fait. Mais tu t'en moques. Je préfère être un fantôme et tailler mes veines sans le faire.
Saigne-moi, hurle-moi.
Fais-moi tomber dans le vide, fais-moi oublier le vertige.
Mais tu t'en fiches. Et je pense vraiment que c'est la pire chose qui m'est arrivée. C'est ton indifférence qui me fait mal, c'est toi. C'est ce que tu es, qui me promène hors de mon corps. C'est bête à dire, et au fond, ça n'a pas de sens.
Quand je me suis réveillée, j'ai vu Tracey qui souriait dans son lit, elle ne dormait pas, elle souriait, juste, elle souriait.
« - Tu vas bien, Davis ? Tu te sens bien ? »
Elle tourne la tête et elle se fige. C'est vrai qu'elle n'a pas l'habitude qu'on lui adresse la parole. Si Théodore a été assez bête pour le faire, ce n'est pas mon problème. Ce n'est pas que je ne les aime pas, c'est juste que Théodore ne s'est jamais intéressé à moi, pour quoi que ce soit, et je l'ai pris comme un affront, un mépris. Pour ce qui est de Tracey, son statut seul ne mérite pas explications.
Mais même si j'aime bien me mentir à moi-même, ils sont beaux à voir, rien qu'un peu.
« - Théodore est revenu. »
Je suis au courant, merci bien.
« - On est de nouveau ensemble, enfin, je crois. Il a dit que c'était pas fini, alors comme il l'a dit et puis... »
La suite, je ne veux pas l'entendre. Je me suis retournée dans mon lit, et je n'ai pas réussi à pleurer, je l'a voyais encore sourire dans mon demi sommeil.
J'sais plus qui tu es, qui a commencé ?
Le vent dans les cheveux, il fait bon, de nouveau. Daphné m'a invité à sortir hors de Poudlard, elle avait des bouteilles de vin blanc dans son sac, et elle m'a dit que c'était bien de se retrouver entre filles. Je sais qu'au fond, elle est seule et les autres filles ne l'aime pas. Elle est peut-être trop belle pour avoir des amies. Moi, je m'en moque, c'est Pansy qui est plus belle que moi, alors je me moque que les cheveux de Daphné soient plus blonds que les miens. Elle ne me fait pas peur, elle n'a pas plus d'importance que moi dans ce que tu ressens. C'est bête, cette hiérarchie, mais elle est compte.
On s'est assises, tout près de la cabane hurlante, l'herbe est verte et il y n'a pas de nuages. Elle a sorti deux coupes de son sac, et on a trinqué au beau temps qui revenait.
Et je me suis sentie obligée de parler de toi.
« - Tu sais pourquoi je ne ris plus, c'est de la faute de Blaise. Il est monstrueux, il nous a pris comme si ce n'était pas grand chose, comme si c'était futile. Parfois, je me demande pourquoi il aime autant Pansy, je veux dire, tu es bien plus belle qu'elle, tu es Daphné et moi, je suis bien plus intelligente qu'elle. Alors je ne sais pas, et je ne lui demanderais pas. Je pensais qu'en le fuyant, il se rendrait compte que je lui manquais mais il ne l'a pas dit, ou il ne l'a pas pensé. C'était comme une tragédie, c'était un drame. Comme il n'a rien dit, je me suis agenouillée pour qu'il me le murmure, mais il ne l'a pas fait. J'aurais aimé qu'il me mente, comme il ment à Pansy. Qu'il dise quelque chose. Mais il ne m'a pas parlé depuis Antibes, et j'ai l'impression de toujours souffrir, de sentir son odeur partout où je passe, et c'est une malédiction. Toi, j'ai l'impression que tu t'en fiches, et je t'envie. Un peu et beaucoup. Ce serait bien de passer à autre chose, j'aimerais bien. J'ai l'impression d'être comme Davis, de traîner ma peine de pièces en pièces, mais je n'ai pas envie de ressembler à la sang-mêlé. »
Elle a allumé une cigarette.
« - Je ne sais pas quoi te dire, Millicent. Parce que je ne m'en fiche pas, c'est juste que Blaise ne compte pas pour moi. Il comptait avant, avant la guerre et pendant. Il était ce que j'avais toujours rêvé. Je pensais qu'il sortait avec Pansy pour emmerder Drago, mais c'est faux, alors je ne sais pas, je suis partie en vacances, loin de vous, et quand je pensais à Blaise, j'avais envie de vomir. Alors tu as raison, il est monstrueux de se moquer autant de ce qui n'est pas lui. Il n'aurait pas dû te faire de mal, mais je suis certaine qu'il n'en fait même pas exprès. Blaise t'a pris parce que tu l'aimais sans conditions, et qu'il aimait cela. Astoria m'a dit que tu lui avais dit que tu ne le voulais plus. Je pense qu'il a juste compris ton choix et que ça ne va pas plus loin dans son esprit. Pour ce qui est de mon cas, il m'a dit que j'étais trop belle pour qu'il puisse me résister, je l'ai cru mais même si tu vas trouver ça bête, maintenant qu'il n'est plus avec Pansy, s'il revient vers moi, je pourrais dire non, mais je ne le ferais pas. Pour moi, c'est facile, Blaise est beau, et c'est tout. Je ne pourrais pas souffrir parce que je ne l'aime pas. Mais toi, tu vas devoir à tout jamais faire une croix sur lui si tu ne veux pas qu'il te fasse de mal. »
Je n'ai pas compris comment une fille comme Daphné pouvait ressentir autant de compassion.
J'ai pris une clope dans son paquet et quand je l'ai allumé, j'ai eu la désagréable sensation que ma gorge était grise.
Et toi, Blaise, tu dois te demander pour que je t'ai chassé alors que j'ai si mal. Au fond, tout aurait été plus facile si c'était toi qui m'avait dit de partir, j'aurais pu me morfondre et j'aurais eu le droit.
Au dîner, juste après l'après-midi avec Daphné, tu t'es assis à côté d'elle, et tu n'as pas arrêté de l'a regarder, ses longs cheveux, ses ongles rouges, sa robe, ses bijoux, tu devrais faire attention, ce n'est pas poli. Drago raconte des conneries, et les Greengrass rient aux éclats. Elles ont toujours l'air de profiter de tout. Tracey et Théodore mange tous les deux, ils ne parlent pas, mais ils se regardent. Elle a souri, quelque fois.
Je me suis maquillée un peu, comme ça, pour rien. Pour être comme Daphné, peut-être, je ne sais pas. Je devrais faire comme elle, cracher Blaise, me maquiller à nouveau et rire pour rien.
Mais ça ne fait rien, j'aime pour deux.
Des nuits sans voir le jour, à se tenir en joue.
Des mois à s'épier passés à tenter, de s'endormir hanté.
Quand Pansy m'a chassé de la chambre, en Octobre, quand tu lui as tout avoué, j'ai pris mes affaires et j'ai pris le lit vide de la chambre de Tracey. J'ai eu l'impression toute l'année de purger ma peine de traîtresse. Au fond, Pansy a perdu ses deux plus proches amies à cause de toi. Maintenant, elle n'a plus qu'Astoria. C'est bête.
Pansy m'aimait vraiment beaucoup, je crois, moins que Daphné, mais beaucoup. Nous étions toutes les trois dans la plus jolie chambre du dortoir, on buvait tout et n'importe quoi, après 22 heures et on se racontait tout. Est-ce que tu te rends compte, Blaise, que tu détruis tout sur ton passage ?
Ce n'est pas que je n'aime pas être dans la chambre de Tracey, mais ses pleurs la nuit m'ont longtemps exaspérée. Sa présence silencieuse et son amour à la mort pour Théo. Ses cheveux noirs dans le lavabo, son réveil moldu, son regard qui hurle le désespoir. J'ai l'impression que je l'intimide. Je m'en fous.
Quand je suis rentrée de la douche, il y avait Pansy sur mon lit qui lisait la Gazette. Elle m'a toisé. Je lui ai demandé :
« - Je peux savoir ce que tu veux ? »
Elle a posé le journal et elle s'est levé, tout doucement.
« - Bonsoir à toi aussi, Tracey.
Oui, donc. Je me demandais, tu vois, maintenant que Blaise... enfin, tu comprends, maintenant qu'il est n'est plus entre nous deux, je me suis dit que tu pouvais revenir dans la belle chambre. »
J'ai eu la sensation qu'elle avait répété son texte 30 fois avant de me parler et qu'en fin de compte, elle avait improvisée.
« - Je ne sais pas, Pansy... »
Au fond, je savais très bien. Pansy était mon amie et Tracey n'en est pas une.
« - Je sais que je n'ai pas été très gentille avec toi, mais il faut que tu comprennes, Blaise était mon petit-ami, et tu as couché avec lui pendant plusieurs mois. Je ne pouvais pas l'accepter. Tu le comprends ? »
Elle a détaché le mot "gentille" du reste comme si le mot n'était pas assez fort, et elle a raison.
« - Bien sûr, j'aurais agi de la même manière.
- Alors ? Amies ? On fait la paix ? »
Elle m'a fait son sourire de petite fille, et je n'ai pas pu résister à lui rendre.
L'honneur, tu l'as perdu sur ce lit de bataille.
Je t'ai regardé longtemps dans la grande salle, quand tu écrivais, quand tu parlais, quand tu souriais, quand tu riais. Avant, autrefois, quand nous étions amis à Poudlard, et même avant, aux réceptions débiles de nos parents, on s'entendait si bien. Quand on était proches, quand on baisait le soir après minuit, quand on était ivres tout le temps, quand on riait, quand on avait peur qu'on nous découvre, je sentais les lendemains qui me parlait, qui me promettait tellement de belles choses.. Mais pour toi, ce n'était pas important du tout.
Que reste-il de nos soirs à Antibes ? Rien, plus que moi et des souvenirs délavés. Le long des autoroutes du sud, le long des riens. Mais je le te jure, tout passe, et toi aussi, très bientôt.
Je n'ai pas pleuré depuis longtemps, quand j'y pense. Je me suis forcée à rire au dîner quand Astoria nous a raconté qu'elle avait enfermée une peste de Gryffondor dans les vestiaires. Et quand j'ai ri, je t'ai regardé.
Et tu as tourné la tête.
Et tu m'as souri.
Tu as eu l'air de comprendre que je me sentais mieux.
Je suis sortie tôt le matin, avant les cours. Il faisait encore un peu froid, mais j'avais le bonnet que Drago m'avait prêté sur la tête et le soleil était déjà levé.
J'ai senti ta présence dans mon dos. J'ai senti l'odeur des nuits que je connaissais par cœur.
J'ai allumé une cigarette à la menthe. Je t'ai tendu mon paquet, et tu m'as souri.
« - Millicent. »
Tu as respiré l'air du matin et la fumée.
« - Blaise. Permets-moi de te demander ce que tu fais là. »
Tu as eu l'air amusé.
« - Dis-moi, Millicent, est-ce que tu te souviens des 20 ans de mariage de tes parents ? On avait 12 ans, et tu disais à la sœur de Montague qu'elle était moche et elle avait pleuré toute la soirée dans les toilettes ?
- Oui, je me souviens. Mais c'est toi qui lui avais dit qu'elle était moche !
- Non, c'était toi ! Je m'en souviendrais !
- Et donc, où est-ce que tu veux en venir ?
- Quand je te regarde, je ne sais pas, je me rappelle de ces moments-là, où tout était encore bien, quand on se marrait, quand c'était pas grave...
- Mais maintenant, c'est grave, parce que je suis toujours triste.
- Je sais, mais je voulais te laisser le temps d'aller mieux, mais je ne pensais pas que ça pourrait durer aussi longtemps..
- Ne me fais pas le numéro du mec compréhensif.. »
Tu as baissé la tête et quand tu l'as levé, tu as posé ta main sur ma joue, et tu as continué de fumer.
« - Je suis désolé. Mais ne dis rien.. Je ne te demande rien. »
Tu as embrassé ma joue et tu as écrasé sa cigarette avec ta chaussure. J'ai eu l'impression d'être dans un film en noir et blanc.
« - Blaise ?
- Mh ?
- Est-ce que tu te souviens de cette soirée dans le manoir des parents de Drago, en cinquième année ?
- Je me souviens de tout avant 23 heures, oui..
- On buvait du whisky dans les bols de sa mère et quand je me suis levée le matin, il avait Marcus Flint tout nu dans les marches de l'entrée !
- Ah oui ! Et on était parti faire un tour dans les bois et quand on était revenu, le grille était fermé et on avait dû escalader ! »
Le temps s'est arrêté. J'étais bien.
Je me suis souvenu de tout, des photos de classe, des souffles, des anniversaires, des feux d'artifices et toi. Du meilleur et du pire.
- Et j'ai cette bête image de toi, Millicent, en sixième année, quand ta langue s'était coincée dans une pince à linge..
Pas moi.
Mais rien n'était grave.
Au fond, c'était tellement bien d'être touchée, adorée, serrée, qu'il ne faut pas que je te le demande à nouveau. Tu étais le vœu que j'avais fait avant, le vœu de mes quinze années, et si j'avais pu t'avoir toujours près de toi, je l'aurais demandé à nouveau. Tu m'as rendu vivante, mais pour si peu de temps. Tu me dévores, et j'aurais préféré que ce soit des yeux. Je suis si fatiguée, et je ne sais pas, je pense que c'est ta faute. Tu vas me le dire, Blaise, c'est ta faute à toi Millicent, moi, je ne t'ai rien promis, rien dit, tu t'es laissée faire et je ne vois pas ce que tu me reproches. Un jour, peut-être, pas. Et j'ai beau jouer l'ivrogne avec Pansy, après les cours, je ne cache rien.
Le mal-être, c'est toi.
C'est cet air méprisable et les souvenirs. Mais je ne veux plus en entendre parler.
Tu as appuyé ta bouche contre la mienne, pas vraiment longtemps, le baiser du jeune âge, tu as mouillé mes dents et j'attendais, recueillie et petite, un rien fiévreuse. Je regardais le ciel, j'avais vu les néons, ils étaient rouges et j'étais gonflée du sang dans les veines et c'était comme un précipice. Il m'embrasse, me disais-je. Je m'ébranle, me disais-je. Ta bouche était chaude et dure, impérieuse. Et tu t'es écarté. J'ai eu l'impression d'hiverner.
Le goût d'un chewing-gum à la pastèque. *
« - C'est tout, Millicent. Tu peux t'en aller, maintenant. Je suis heureux, enfin c'est un peu beaucoup, mais je suis content. Je voulais juste t'embrasser une dernière fois. Tu ne m'en veux pas si ce n'était pas vraiment romantique ?
Tu me connais, je suis tellement égoïste. »
J'sais plus qui tu es, qui a commencé ?
L'amour t'a faussé compagnie.
* Petit hommage au livre de Jeffrey Eugenides "Virgin Suicides"
Il ne faut surtout pas hésiter à me donner votre avis, un petit conseil ! Merci d'avance. Je prévois le prochain chapitre sur la relation de Drago et Astoria.
