Texte inspiré de ''Topito . com ''
L'entretien d'embauche
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Sherlock était dans son fauteuil en train de lire quand il vit John entrer dans le salon en train de nouer sa cravate sur sa chemise blanche, endimanché dans son costume usé. Pour une fois qu'il ne portait pas un de ses pulls immondes, sa curiosité fut de suite aiguisée.
« Tu vas quelque part, John ? »
Ce dernier fronça les sourcils en le fusillant du regard.
« C'est au moins la dixième fois que je te dis que j'ai un entretien d'embauche ce matin !
- Oh, oui... idée totalement ridicule mais si tu y tiens... »
Le détective sembla se désintéresser de lui en replongeant dans son bouquin. John secoua la tête. Cette conversation, encore ?
« Sherlock, je ne suis qu'un simple mortel et en tant que tel, il faut de l'argent pour vivre.
- Eh bien, travaille pour moi.
- Et sur quoi ? Voilà trois semaines que tu refuses toute enquête et la prochaine que tu prendras, on ne sera même pas payés car elle sera tellement génialissimement meurtrière que ça suffira à te nourrir ! Et en plus, hors de question que tu sois mon patron.
- Pourquoi ?
- Je ne couche pas avec mes supérieurs. Donc, c'est ou mon corps ou ma totale dévotion au métier de détective. »
Sherlock plissa les yeux et laissa passer d'interminables secondes. Si longues que John commençait à s'inquiéter. Et s'il faisait passer ses enquêtes avant leur relation ? Il en serait bien capable cet enf...
« Bonne chance pour ton nouveau poste. », se contenta de dire le petit génie d'un air détaché. Et cette fois, le médecin sourit.
OoO
John avait la gorge sèche, il avait absolument besoin de cet emploi sans aucune envie de le prendre. Dès que Sherlock le sifflerait, il le suivrait et dans ces conditions, difficile de garder un travail. Après l'excuse ''je suis malade'', ''ma grand-mère est morte'' (deux fois ce mois-ci mais la première était une fausse alerte), ''le chat de ma grand-mère est mort'' (pauvre bête, il meurt encore plus souvent que sa maîtresse), au bout d'un moment, le médecin retrouvait la case chômage sans indemnité et son compte exsangue. Cette fois, il fallait que ça marche et le détective devrait se passer de lui, et puis, ce n'était pas comme s'ils ne se voyaient plus.
Et surtout, depuis qu'ils étaient amants, toujours l'un avec l'autre de jour comme de nuit, ils allaient finir par s'entre-tuer. Oui, c'était une sage décision de prendre quelques distances, pour leur bien à tous deux.
John était assis en face du DRH, un grand homme au costume élégant dans cette clinique miteuse. Il postulait pour un poste aux consultations d'urgence, des heures à n'en plus finir pour un salaire à peine décent mais ce n'était pas comme s'il pouvait faire le difficile.
« Alors, dîtes-moi Docteur Watson, selon vous, quel serait votre plus gros défaut ? »
John s'éclaircit la voix. Première question idiote. Soit.
« Eh bien, je dirais perfectionniste. (avec faible résistance à la connerie mais je prends sur moi, là). »
Le DRH griffonna quelque chose puis releva la tête.
« Vous aimez travailler en équipe ? »
- En tant que médecin, c'est primordial. Sans mes collègues, je ne suis personne. ( Sans Sherlock, je ne serais pas assistant détective.)
L'homme griffonna encore, l'air passablement ennuyé. Puis les questions se succédèrent.
« Pourquoi voulez-vous travailler chez nous ?
- Un rêve de gosse, travailler dans une petite structure familiale loin des hôpitaux-usines. (parce que je n'ai plus une thune, tête de nœud !) »
« N'êtes-vous pas trop qualifié pour ce poste ?
- Cela ne me dérange pas. (le contraire te dérange pas non plus, abruti.) »
« Considérez-vous votre parcours comme cohérent ?
- Mes expériences sont multiples, je peux m'adapter à toutes les situations. (et je ne bronche même plus quand je trouve une tête dans le frigo à côté du beurre. Je fais ma tartine sans même y penser, finger in the nose.) »
« Pourquoi avoir quitté votre précédent emploi ?
- Hum... (parce qu'on m'a viré car j'étais souvent absent à cause de Sherlock... avec qui je travaille exclusivement depuis... et que je vais sans doute finir par buter tellement il peut être insupportable)... j'avais besoin d'un nouveau challenge.
« Quel étaient vos rapports avec votre chef précédent ?
- Cordiaux, sans souci (et hautement sexuel... quand je n'ai pas envie de lui défoncer le crâne avec un objet contondant)
« Vous avez des passe-temps ?
- Oui, quelques-uns. Je lis beaucoup (le blog sur les cendres de cigarettes est tout bonnement fascinant), je courre (après des assassins), j'aime découvrir Londres, je ne m'en lasse pas (by night, derrière des assassins... et le sexe, oui, ça occupe pas mal de mon temps libre...)
« Pourquoi devrions-nous vous engager ?
- J'ai mis une cravate. (Mais qu'est-ce que je raconte, moi ? Putain, Sherlock, sors de ce corps !) »
« Une petite dernière, pour la route. Qu'est-ce que vous souhaitez, vraiment, à cet instant précis ?
- Travailler pour vous. (une pipe, bordel, une pipe !) »
John était à bout de nerfs. Quand enfin le DRH le libéra sur une poignée de main molassonne, le médecin se précipita dans la rue et héla un taxi. Il avait le poste mais avant ça, une autre urgence le ramenait à Baker Street. Il commencerait demain, voilà, demain, c'était parfait.
J'ai parfois un peu honte de ce que je publie...
