Chapitre 3
Je me réveillai avec un mal de crâne horrible, sans me souvenir de rien. Une lumière crue au-dessus de moi agressait mes rétines. Je me mis sur le ventre en fermant les yeux, et la douleur de mon genou se réveilla quand ma peau frotta contre le sol.
Je me forçais à rouvrir les yeux. J'étais toujours dans le bureau, seule. Un pied-de-biche transperçait l'écran de l'ordinateur, le clavier avait été fracassé contre un mur, la souris avait été écrasé. Et il y avait du sang. Une longue traînée de sang vers la salle. Et de la lumière.
Toutes les lumières semblaient fonctionnées.
Je me mis debout en m'aidant du rebord du bureau. Et je commençais à avancer, en boitant, doucement vers l'immense salle devant moi. Mon genou me faisait atrocement souffrir, mais je continuais à avancer en évitant de m'appuyer sur ma jambe blessée.
Je m'approchais de l'ouverture, et je m'appuyais contre le mur pour me soulager un peu de la douleur. Ce que j'avais pris pour une salle était, en fait, un grand couloir. Deux salles se trouvaient de chaque côté du couloir. Je vis la barre de fer que Willy avait utilisée à mes pieds. Je me penchais lentement et la pris pour m'en servir comme béquille.
Alors que je commençais à avancer, je me souvenais de certaines choses.
La lumière du bureau qui s'éteignit, Leslie près de moi.
Et de la voix.
« Hello, my friends... » Avait-elle susurré.
Je me souvenais aussi de la vidéo. J'avais des flashs, des hallucinations où j'entendais de la musique et voyait un trio d'animatronique chantait et dansait sur une scène.
Mais dans le réel, je boitais, la douleur était atroce, et j'étais en train de suivre une traînée de sang sans savoir sur quoi j'allais tomber.
Tu as changé
Ma tête commença à tourner et je sentis tout mon corps tanguait. Ma vision se troubla et j'eus l'impression d'apercevoir une vague forme, doré mais sombre.
J'entendis un cri, lointain, ramenant brutalement mon esprit dans mon corps. Un frisson me parcourut, le cri avait l'air humain. Je me mis à marcher et le cri s'étouffa jusqu'à s'éteindre complètement.
La longue traînée de sang ne semblait jamais s'arrêter, parcourant le couloir sur toute la longueur. Je la suivis, doucement, écoutant chaque bruit autour de moi. Le couloir s'ouvrit sur le hall principal. A gauche, où la traînée de sang continuait, se trouvait le local de service, la porte béante. A droite, à quelques mètres, l'entrée vers la salle de jeux, plongée dans l'obscurité totale. Puis devant moi, deux salles aux portes cadenassées.
M'appuyant contre le mur, je rejoignis le local de service. Une terrible odeur de pourriture planait dans la pizzeria mais elle semblait s'intensifier dans cette place.
Je fis un dernier effort, tirant ma jambe douloureuse, et m'appuyai enfin contre la porte du local.
La première chose que je vis n'était pas la forte lumière clignotante, ni les épaisses et nombreuses éclaboussures de sang sur les murs et le plafond, et encore moins les étagères branlantes qui soutenaient d'anciennes pièces mécaniques et masques.
La première chose que je vis était un corps humain, monstrueusement compressé à l'intérieur d'un corps d'animatronique. La fourrure était absente sur la majorité du squelette métallique, laissant apparaître le corps en charpie. Les os transperçant la peau aux endroits où le corps était trop grand pour le squelette métallique : les épaules, les genoux, les côtes... L'immense flaque de sang autour du corps...
Un haut de cœur me traversa, je sentis mon estomac se retournait et une crampe violente me fit vomir. Je me mise à genoux devant ce spectacle horrifiant, une terrible douleur remonta de mon genou et je m'évanouis, la tête sur la poitrine, un filet de vomi sur mes vêtements et le corps appuyé contre la porte.
/Flash-black/
Les enfants, aux anges, se précipitèrent vers la table où le gâteau était posé, sans remarquer que l'animatronique refermait la porte derrière eux. Les parts de gâteaux étaient déjà coupées et étaient disposées sur de simples cartons. Chaque enfant prit une part et commença à la manger goulûment.
L'animatronique les observa quelques secondes, les rejoignit et prit le couteau de cuisine dans sa grosse patte. Le silence se fit dans la salle, les enfants observèrent l'animatronique puis le couteau de cuisine, en laissant en suspens le morceau de gâteau qu'ils étaient en train de mâcher.
Le premier coup toucha le premier enfant à la gorge, le sang gicla violemment, aspergeant la table et le gâteau comme une décoration anniversaire absurde. Le jeune garçon tomba à la renverse et convulsa sur le sol.
Les quatre enfants, choqués, ne bougèrent ni ne crièrent toute de suite. L'animatronique eut le temps de planter le couteau dans le thorax du second enfant. Les trois autres sursautèrent, puis ouvrirent la bouche pour crier mais ils avalèrent de travers les morceaux de gâteau qui se trouvaient encore dans leur bouche. Toussant et titubant maladroitement vers l'arrière pour s'éloigner du couteau, des larmes coulèrent sur leurs joues et les aveuglèrent.
L'animatronique tendit la main et attrapa une poignée de cheveux du troisième enfant. Il le tira vers lui et lui ouvrit la gorge comme à un animal.
Il ne restait que deux enfants, un garçon hurlant qui lançait maladroitement des pièces mécaniques en essayant de toucher l'animatronique, sans succès, et une fillette qui rampait, vers une grille d'aération au sol.
L'animatronique rejoignit le garçon en deux enjambées puis lui lança un coup de pied au niveau de la gorge. L'enfant fut propulsé contre un mur, désorienté et assommé. Pendant que l'animatronique s'approcha du jeune garçon pour l'achever, la fillette fit basculer l'ouverture de la grille d'aération et commença a ramper à l'intérieur du conduit.
La fillette entendit résonné le dernier cri de son ami, elle se recoquilla au bout du conduit, n'osant pas aller plus loin par peur de se perdre. Elle vit l'animatronique se mettre à genoux devant le conduit, il avait enlevé son masque.
Elle poussa un hurlement de terreur quand elle vit ses yeux blancs comme la mort.
La fillette hurla de toute ses forces, puis succomba à l'obscurité et s'évanouit de peur.
/Fin/
Je me réveillai dans un sursaut, en laissant échapper un gémissement de douleur. J'avais chaud, la sueur inondait mes vêtements et surtout mon visage. Il me semblait avoir fait un cauchemar mais quand j'essayais de m'en souvenir, il glissait entre les doigts de mon esprit comme du vent.
Je faillis m'évanouir de nouveau quand je vis l'animatronique devant moi, je hurlai mais il ne bougea pas. Il avait une partie de la tête amputé, seule la mâchoire et une partie du squelette métallique était en place, son pelage mauve était sale et très abîmé. Il était assis contre le mur devant moi, à l'extérieur du local.
« Sûrement un ancien animatronique, désactivé... Ouais, ça serait cool ça, désactivé. » Pensai-je avec un rire nerveux.
Je sentis la porte dans son dos, je ne voulais pas tourner la tête vers le local de service. En repensant à tout ce sang tapissant la pièce et au corps humain coincé dans l'animatronique, j'eus un léger haut de cœur. Je me mis à espérer que ce n'était pas le corps de l'un de mes amis, même si les cheveux roux que j'avais aperçus me faisait terriblement penser à Gabriel.
Je me remis debout, tournant le dos au local de service, la douleur de ma jambe toujours lancinante. M'appuyant du mieux que je pouvais sur la barre de fer, je me remis en marche.
Tout était beaucoup trop calme depuis trop longtemps. Pas de nouvelles apparitions d'animatroniques. Tout semblait avoir fui cet endroit, me laissant seule. Pourtant, c'est en passant devant les deux pièces cadenassées, que j'entendis des cliquetis de métal, redonnant un signe de vie dans cet enfer. Des choses frappèrent mollement la porte, comme épuisés.
« Les machines peuvent-elles être fatiguées ? » Me demandai-je, comme si cela avait une quelconque importance.
Puis j'entendis un grincement plus distinct, venant de la salle de jeux. Puis, à travers ma vision qui se brouillait à intervalles réguliers, je vis deux lueurs blanchâtres, à 2 mètres au-dessus du sol. Un éclat apparu à côté des lueurs, un bruit insupportable se fit entendre, mélange d'un genre de cri non humain et de métal rouillé qu'on plie violemment, ainsi que quelques étincelles apparurent. Quelque chose se fracassa contre le sol, le bruit résonna dans toute la pizzeria.
Quelque chose s'avança lentement vers la lumière du hall principal où je me trouvais. D'abord, je vis ce qui avait provoqué ce léger éclat à côté des lueurs, un long couteau recouvert de sang sec. Puis, un homme. Violet, entièrement violet, à l'exception que ses yeux... blancs comme la mort.
