*entre dans la pièce, met "Thriller" de M. Jackson en fond sonore*

Hello tout le monde! *mode retour du mort vivant on*

Oui je sais, certains ont eu l'occasion de me retrouver avec les derniers petits OS publiés dans " un fatras de mots" mais à la base, j'avais prévu de revenir avec ce texte alors... Tadaima!
Oui je sais, ça fait très très longtemps, mais avec les études et d'autres envies d'écriture, dur dur mais je suis de retour, plus forte que jamais bouahahaha! *se fait taper par kuro*
Kuro:" T'as fini les conneries?"
Bref... merci à tout ceux qui me laisse des reviews, je compte très prochainement me remettre sur the last hope, une fois que j'aurais règlé quelques soucis scénaristiques.
Un grand merci à Nan-chan pour sa correction :)

Pour petite précision, ce texte est mon record de mots, toutes catégories confondu vu qu'il a dépassé les 6500 mots! précédent record de 4500 ^^

Et pour finir... musique maestro!

Kokia - Harmonie

Kokia - Karma

Bonne lecture!

* coupe la musique et senfuie en courant pour pas se faire couper en rondelle par un Kuro impatient.


J'avais senti son odeur à des kilomètres. Son parfum capiteux avait pénétré la moindre cellule de mes narines, s'était infiltré jusque dans mon cerveau à m'en donner le vertige. J'imaginais aisément un goût d'épices, de gingembre et de curry, piquant à souhait, qui vous brûlait légèrement le palais avant d'en rependre une dose incommensurable de plaisir. Tel un drogué en manque, j'avais quitté pour la première fois en plusieurs siècles ma prison glacée. Le monde n'avait guère changé autour de moi. Toujours ces guerres, toujours ces luttes de pouvoir, la haine, la souffrance et la mort. Mais je m'en fichais. Seule comptait cette étrange odeur qui avait réussi à me sortir de ma torpeur et me donner la volonté de me rendre dehors. La nuit allait tomber sous peu, il ne restait plus qu'un mince filet de lumière qui s'éteignait à l'horizon dans un dernier soubresaut rougeâtre. L'heure propice pour moi. Je ne craignais pas vraiment la lumière du soleil à la différence de certains de mes pairs, mais je préférais l'ambiance sombre et mystérieuse qui englobe la nuit. Un ciel sans nuages se cribla d'étoiles alors que la lune baignait la campagne d'une légère lumière argentée.

C'était mon heure.

Je devinai aisément d'où venait cette odeur qui commençait à m'obséder. La direction du vent m'indiquait qu'elle provenait du village en contrebas dans la vallée, un village d'ignorants et de superstitieux. C'était à cause de leur obscurantisme et de leur violence à mon égard que j'avais dû rester enfermé. Personne n'avait voulu de moi là-bas et moi, immortel, je m'étais retrouvé enchainé à ce monde, contraint de voir sa course infinie, impuissant. J'avais ainsi vu les années s'écouler puis les siècles, dans la solitude et la douleur. Ce n'était pas faute d'avoir essayé pourtant de disparaitre. J'avais testé toutes les formes de suicides possibles : me trancher les veines, sauter du haut de la falaise, me laisser mourir de faim, mais rien n'y avait fait. A chaque fois, il y avait toujours quelque chose pour me ramener, quelque chose dans mon corps qui refusait de lâcher prise et qui me rappelait immanquablement. Des chaines invisibles, impalpables mais qui me pesaient continuellement.

Mais ce jour-là, quelque chose avait changé. J'ignorais d'où provenait ce parfum, peut-être d'un étranger, peut être autre chose, mais j'étais bien décidé à découvrir sa provenance. Il n'était pas très difficile pour moi de descendre dans la vallée. Perdu au milieu des conifères, il aurait fallu des heures, voire des jours pour un humain normal, sauf que je n'avais plus rien d'ordinaire. La fatigue, le froid, ces choses avaient définitivement disparu de ma vie, pour me changer en un être rapide, vif, infatigable.

Quand j'arrivai à la lisière du village, tout était plongé dans un calme presque mortuaire. Il n'y avait pas beaucoup d'habitants, peu de passage à cause de la difficulté d'accès, un simple chemin de terre et de caillasses serpentant dans les montagnes. Il n'y avait donc pas souvent d'étrangers, mais aujourd'hui, j'en étais sûr, il y avait quelqu'un. L'air était différent, un infime changement qu'un simple mortel ne pourrait ressentir, mais moi je sentais toujours ce parfum presque tangible. Il était plus précis désormais. J'imaginais aisément son possesseur grand, fort et brave. Et s'il était juste de passage, il n'y avait pas un million d'endroits possibles où il aurait pu se trouver : l'auberge « du dernier recours », avec ses chambres miteuses et son bar où se réunissaient les hommes qui voulaient faire étalage de leurs forces médiocres et faire croire à leurs comparses qu'ils avaient réussi l'impossible : comme essayer de me dénicher et de m'abattre par exemple… Cette idée me fit sourire d'amusement, c'était risqué de se rendre là-bas, mais qu'avais-je donc à perdre ?

Les rues étaient sombres, un veilleur de nuit passait parfois, énonçant aux habitants endormis l'heure qu'il était afin de les rassurer et leur rappeler qu'ils pouvaient rester dans les bras de Morphée. Le bar était la seule bâtisse éclairée. Un instant, j'hésitai. Mon orbite vide, caché par un tissu épais noir me fit soudain mal. Vieille blessure qui se réveillait, si lointaine, et pourtant… L'ambiance était légère, faite de beuveries et de discussions graveleuses, une ambiance qui changea instantanément à mon entrée. Je ne pus m'empêcher de me sentir amusé. Un long frisson traversa mon échine. L'odeur, cette odeur si capiteuse était bien présente dans le bar, elle me captiva, me donna le vertige…

Alors que je cherchais sa source tel un chien de chasse, je sentis tous les occupants du bar me lancer des regards menaçants, haineux, dangereux… Ils puaient tous la peur à plein nez, et j'en venais à me demander combien d'entre eux m'avaient accusé, moi le vampire légendaire d'avoir enlevé leurs enfants pour les manger, tué leurs frères ou leurs pères par pure vengeance ou je ne sais quoi d'autre ?

Balivernes. Si ces gens s'étaient donné la peine d'essayer de me connaitre, ils auraient tout de suite su que j'étais incapable d'une telle bassesse. Mais que voulez-vous, les préjugés ont la vie dure.

Telle une ombre qui essayait d'échapper à la lumière, je me faufilai entre les tables des badauds. Certains grognèrent comme des chiens enragés, d'autres crachèrent au sol, et d'autres encore posèrent leurs mains sur leurs bouteilles d'alcool, bien décidés à s'en servir si nécessaire… Imbéciles, me dis-je un instant avant de me détourner d'eux.

C'est alors que je le vis.

Je ne l'avais pas remarqué en entrant dans la salle car il était caché dans la pénombre au fond de la pièce. Si en apparence il ne donnait pas l'impression de s'intéresser au monde extérieur, visiblement plongé dans un livre, je sentis néanmoins instantanément son regard sur moi alors que je m'approchais de sa table. Ses yeux me consumèrent. Deux orbes sombres, qui, tels des rubis flamboyants, me scrutaient avec une totale absence de peur. Cet homme était tout simplement magnifique. Grand et sans aucun doute fort comme je l'avais imaginé, sa peau respirait le soleil, la chaleur, la vie… Ses cheveux noirs comme de l'encre, coiffés en piques me donnaient envie de les toucher, de les caresser…

A cet instant je n'eus qu'une envie. Je le voulais, je le désirais, le faire mien pour l'éternité, sans le connaitre, sans même savoir ce qu'il faisait dans ce monde, la raison de sa présence ici, dans ce village paumé au fin fond de la campagne .Ma vie morne et solitaire, mon passé fait de glace et de sang, je balayai tout cela d'un revers de main. En l'espace d'un regard, il était devenu mon avenir, ma lumière, mon espoir.

Alors que je n'étais plus qu'à quelques pas de lui, l'homme fit quelque chose auquel je ne m'attendais pas. Il se leva et me fit signe de le suivre. Un piège ? Peut-être, qu'importe, je n'étais plus en état de réfléchir logiquement. Mon instinct le plus simple et le plus animal ne cessait de me hurler de le séduire, de l'envouter, de le prendre au piège de mes filets. Mais je n'en fis rien, je n'avais jamais aimé me servir de ce genre de méthodes et j'avais le sentiment que je ne devais surtout pas les utiliser sur lui. C'était moi plutôt qui étais tombé sous son charme, envouté par ce parfum entêtant qui ne cessait de me poursuivre.

Je le suivis ainsi sans mot dire. Pas une parole n'avait été échangée entre nous et pourtant, j'avais la sensation d'être intimement lié à lui, que nous n'avions pas besoin de nous parler pour tout savoir de l'un et de l'autre. Comme le feu et l'eau, comme le Yin et Yan, son opposition totale à moi m'attirait comme jamais rien au monde n'avait pu le faire. Quelques péquenots s'interposèrent soudain. J'étais tellement concentré sur l'étranger que j'avais baissé ma garde et n'avais pas vu ces imbéciles se rassembler autour de nous telle une meute de loups loqueteuse et affamée. J'inspirai, en colère pour la première fois en plusieurs siècles. Jamais je n'avais levé la main sur eux, même quand, des siècles plus tôt, l'un de leurs ancêtres m'avait arraché l'œil, même quand ils m'avaient banni dans mon palais de glace, même quand je les sentais puer l'envie de meurtre à mon encontre … Mais pas cette fois. Cette fois, je sentais une rage folle, une colère sans pareille m'envahir. Si l'un d'eux menaçait cet homme, s'il faisait mine de lui faire le moindre mal, je les tuerais sans l'ombre d'une hésitation. Pourtant rien de tout ceci ne se produisit, et ce fut le brun qui réagit le premier.

« Dégagez de notre passage ! »

Dieux, que sa voix était sensuelle… Grave, profonde, avec une fierté et une autorité sans pareilles… Personne ne pouvait y résister, et surtout pas moi. Les hommes hésitèrent mais l'un d'eux s'avança et se campa sur ses pieds, bien décidé à nous arrêter. J'eus à peine le temps de voir le mouvement. La lame brilla un instant quand la lumière des bougies s'y refléta. Une arme sublime, subtil mélange d'argent et de métal finement ouvragé, une œuvre d'art, mais sans aucun doute possible une arme faite pour tuer il suffisait d'en voir le tranchant pour le deviner. Cette arme, je la connaissais. Je l'avais vue il y a des siècles alors que je n'étais qu'un jeune homme tout juste sorti de l'adolescence. Même si son possesseur n'avait plus les moyens de s'en servir vu son âge avancé, il l'avait toujours gardée sur ses genoux, sa mine autoritaire de patriarche fixant tout ce qui passait à sa portée avec circonspection. Et à côté, il y avait toujours…

Les souvenirs me submergèrent avec effroi. L'enfant qui se tenait alors près du vieil homme avait ces mêmes yeux rouges, ce même regard… C'était lui l'étranger, celui qui portait cette odeur qui m'avait tant appelé… Comment ? Pourquoi ? Impossible! Il était un mortel à l'époque, j'en étais certain et puis… Tout avait brûlé, je m'en souvenais parfaitement, la bâtisse, ses habitants, détruits par une querelle de clans… alors pourquoi se trouvait-il ici ? C'était juste tellement irréel… Mais je n'eus guère le temps de réfléchir. Je revins à la réalité quand je sentis sa main dans la mienne, sa chaleur incandescente brûler la froideur de mon corps tandis qu'il m'entrainait loin des loups affamés, dehors, dans le noir, dans la douce torpeur de la nuit… Et alors que nous courions main dans la main, les souvenirs déferlaient en moi. Les souvenirs d'un passé oublié, révolu, enfoui au plus profond de mon être comme une boite à secret enterrée au fond de son jardin.

Ce n'était pas la première fois que je courais avec lui, mais c'était il y a si longtemps ! Alors qu'il n'était qu'un adolescent, nous avions couru, il m'avait entrainé sous les cerisiers en pleine floraison. Puis il s'était arrêté, nous avions longuement parlé, de tout, de rien, moi le jeune vampire tout juste adulte, et ce garçon qui entrait dans l'adolescence, déjà grand pour son âge, tellement sérieux, tellement mature… Jamais je n'aurais espéré le revoir des siècles plus tard. C'était tellement surréaliste, sans parler de ce parfum qui prenait désormais des allures si familières… Si doux, si agréable que j'avais retrouvé, de le humer à plein poumons… la seule joie de ma vie, mon seul plaisir, mon espoir, tout était là, devant moi. Je ravalai tout cela pourtant. Peut-être étais-je juste en train de rêver, et bientôt, j'allais me réveiller pour me retrouver à nouveau seul, perdu, vide dans mon palais de glace, suspendu dans les montagnes, suspendu au-dessus du monde…

C'est alors que le brun décida enfin de s'arrêter dans une ruelle sombre et déserte. Il me fixa un instant, et avant que j'aie pu dire quoi que ce soit, je me retrouvai, plaqué contre le mur d'une maison, ses mains emprisonnant mes poignets, son corps contre le mien, ses lèvres sur les miennes… J'implosai, mon cœur que je croyais mort depuis longtemps fit un soubresaut dans ma poitrine, je fondis, je brulai, je gelai, toutes ces émotions contradictoires se mêlaient en moi pour créer un maelström d'émotions inimaginables. Une part de moi voulait que ça s'arrête, l'autre s'y refusait, jamais je ne m'étais senti si vivant, si heureux… Une larme s'échappa de mon œil et glissa sur ma joue, se perdant entre nos lèvres qui ne cessaient de repartir à la chasse l'une de l'autre, de se mêler, de s'enflammer, de s'embraser…

Mais il dut sentir mon malaise car enfin il s'arrêta. Une fois encore j'eus l'impression d'être passé au crible, que la moindre partie de mon être ne pourrait lui échapper. Alors je me souvins de son nom, ce nom qui m'avait tant hanté.

Kurogane.

« Kuro-chan… ? » murmurai-je à demi-mot.

J'entendis à peine un grognement s'échapper de ses lèvres. Il soupira, avant de me prendre cette fois dans ses bras.

« C'est vraiment toi. »

« Tu… en doutais ? »

« C'est juste que… je t'ai tellement cherché… »

Je restai un instant contre lui, en paix pour la première fois depuis si longtemps. Pourtant, le doute ne cessait de m'envahir, l'incompréhension surtout.

« Mais... C'est impossible. Vous êtes tous morts… Tout a brûlé et… tu es mortel, enfin tu l'étais, alors… »

Le brun soupira contre mon oreille.

« Est-ce vraiment important ? Je suis là c'est tout »

« Mais… » J'essayai de détourner les yeux, mais impossible de résister à son regard de braise.

« Je… j'ai juste besoin de savoir… être sûr… que ce n'est pas un rêve » finis-je par lâcher avant d'enfouir mon visage contre son torse…

Ce parfum… Comment avais-je pu oublier qu'il lui appartenait ? Autrefois il m'avait attiré aussi, attiré comme une connexion, comme un lien qui se formait immanquablement entre nous, un lien tangible, irrévocable. Il n'était qu'un adolescent, il était mortel, mais je m'étais résolu à attendre qu'il devienne un adulte, même si je savais que tôt ou tard il devrait me quitter et que cette séparation me briserait le cœur en mille morceaux. Mais les choses avaient été bien pires. Ce monde me l'avait pris avant que je puisse connaitre l'homme, il me l'avait arraché aussi sûrement que mon cœur de ma poitrine. Depuis ce jour, j'avais erré à travers le monde, vide, froid, sans vie pour atterrir dans ce village miteux. Ses habitants m'avaient craint dès le début et moi, je n'avais pas fait mine de les repousser, plus mort que vif. Alors les choses avaient dérapé. Ils m'avaient brutalisé et arraché un œil, et moi, je n'avais rien fait. Autre forme de suicide ? Sans doute, peut-être qu'une partie de moi espérait que j'en meure mais j'avais survécu… J'étais là et… Kurogane me tenait dans ses bras… Je le serrai plus fort contre moi, alors qu'il me relevait le menton pour m'obliger à le regarder en face. Ses yeux me fixaient toujours avec la même intensité, puis un fin sourire, presque indétectable se traça sur son visage. Il reprit mes lèvres de nouveau, mais cette fois avec plus de douceur. Le contact fut plus bref aussi, mais je sentais toujours son parfum capiteux, et ce lien qui ne cessait de se reconstruire et se durcir à mesure que les minutes passaient.

« Ça te va comme preuve ?

- Ca ne répond toujours pas à ma question » minaudai-je.

Il voulut répondre mais soudain tel un seul homme, nous entendîmes les vociférations d'une horde approcher dans notre direction. Cette fois, ce fut moi qui l'entrainai en sécurité. Les rues n'avaient guère changé avec le temps, il ne fut donc pas difficile de trouver rapidement une sortie sans croiser un seul habitant. Si j'avais été seul, je serais monté directement sur le toit d'une bâtisse et serais passé de l'une à l'autre en coupant à travers tout un tas de rue, mais je ne savais pas si Kurogane pourrait le faire aussi aisément. Tout un tas de questions ne cessaient de se bousculer dans ma tête. Il était bien vivant, bien réel, son odeur, les battements de son cœur, sa peau chaude… Il n'était en aucun cas devenu comme moi, j'en étais sûr, sans quoi, je l'aurais senti instantanément. Alors quoi ?

Il ne nous fallut pas longtemps pour atteindre les abords de la ville avant de nous enfoncer dans la forêt qui la bordait. Je m'arrêtai quelques secondes, le temps de jeter un coup d'œil en arrière. Je sentais la peur et la colère bouillir dans le village telle une meute de chiens enragés. Ils allaient certainement bientôt organiser une battue, il ne fallait pas trainer.

« Il faut nous éloigner le plus possible Kuro-chan, mon refuge est tout en haut, tu arriveras à me suivre ? »

Celui-ci se contenta d'un hochement de tête mêlé d'un grognement dont je reconnus le sens sans problème : « ne me sous-estime pas ». Oh ça, j'avais oublié combien le brun n'aimait pas être mésestimé. Enfant déjà, il m'avait affronté plus d'une fois pour prouver qu'il était bien plus fort qu'il n'en avait l'air, et qu'il comptait bien me dépasser un jour. Cela m'avait toujours amusé. Il savait que les vampires-nés tel que moi étaient difficiles à égaler, encore plus à dépasser, néanmoins, il ne renonçait pas pour autant. A cette époque, je voulais qu'il soit capable de me battre un jour, alors je ne cessais de le pousser toujours plus loin, le taquinant, lui attribuant toutes sortes de sobriquets, les uns plus ridicules que les autres qui ne manquaient jamais de le mettre en colère. Cela m'avait tellement fait de mal de perdre ces instants… Ce qui revenait toujours à me poser les mêmes questions, mais tant que nous ne serions pas à l'abri, il était inutile d'y réfléchir vainement.

La pente était ardue et difficile à grimper pour quelqu'un qui ne vivrait pas en montagne, sans compter qu'il n'y avait pas de routes bien tracées pour aller à mon refuge, sinon quelques chemins dessinés naturellement par les animaux qui vivaient dans la forêt. Branches et feuilles ne cessaient de fouetter l'air, et il fallait faire preuve en permanence d'adresse dans cette nuit d'encre, la lune se révélant un piètre éclairage. Je n'en n'avais cependant pas besoin. Bien que je n'avais plus qu'un œil, il m'était largement suffisant pour réussir à me repérer, mes autres sens compensant aisément mon handicap, quoi que la vue d'un vampire fût largement supérieure à celle d'un humain normal.

Néanmoins, Kurogane n'avait pas de mal à me suivre. Je sentais sans cesse ses yeux posés sur moi, et si, au début, j'adaptais mon rythme, je me rendis vite compte qu'il pouvait aisément suivre le mien. Qu'es-tu donc devenu Kuro-chan ? Me demandai-je encore une fois.

Il nous fallut plusieurs heures pour remonter la sente et arriver tout en haut de la vallée. De là où nous nous trouvions, nous surplombions la combe, sa dense forêt, le village en contrebas dont quelques lumières clignotaient encore faiblement, derniers vestiges d'une tentative désespérée pour nous retrouver. Ils avaient certainement tenté une battue dans la lisière de la forêt, mais ils ne s'aventuraient jamais bien loin, et surtout pas de nuit. S'ils décidaient de poursuivre leurs recherches, ce ne serait pas avant l'aube, il leur faudrait bien plus de temps pour nous retrouver… Pour les plus zélés qui tenteraient le coup.

« L'aube va bientôt arriver », murmura Kurogane à côté de moi.

Il avait raison. La température, bien qu'élevée en cette saison était légèrement tombée, la nature se recouvrant doucement de la rosée du matin qui faisait scintiller les feuilles et les fleurs encore plongées dans le sommeil de la nuit. Au loin, l'horizon commença à changer de couleur, le bleu se mêlant de violet et d'orange, tandis que quelques rayons pointaient.

« C'est beau non ? Dis-je avec sincérité.

- Ouais… Il faudrait peut-être que tu te trouves un coin tranquille pour te reposer.

Je le fixai alors avec surprise. Alors il se souvenait… Bien sûr, je supportais la lumière du soleil, mais plutôt habitué à vivre de nuit que de jour, il m'arrivait souvent de somnoler voire de m'endormir en plein jour.

« Ma… cache est encore très haute, il faut suivre un chemin à l'intérieur de la montagne et je n'ai pas envie d'y aller, mais on peut rester à l'entrée du passage, j'aime bien me tenir là, je peux regarder la journée passer quand je ne dors pas. Et toi, tu n'as pas sommeil ? Tu as dû faire un long voyage pour venir ici non ?

- Hmm. Je n'ai jamais été un grand dormeur, je me reposerai en même temps que toi. Montre-moi où c'est. »

Je hochai la tête et l'emmenai un peu plus haut, à flanc de montagne. L'entrée avait été taillée à même la roche, un simple arc de cercle qui ne permettait pas aux gens très grands d'entrer sans se baisser, ce que dut faire Kurogane pour ne pas voir trente-six chandelles. A l'intérieur, il n'y avait pas beaucoup de place, pour trois ou quatre personnes assises, avec un escalier taillé qui montait en colimaçon.

« Drôle de construction, murmura le brun, et je ne pus qu'approuver.

- Et tu n'as pas vu tout en haut Kuro-pon, ça devait être une ancienne cachette d'un vampire, mais vu qu'il n'y avait plus personne, j'en ai profité, répondis- je d'un grand sourire.

- Hmm, allez, on s'assoit »

Je m'installai alors à ses côtés. Le soleil montait de plus en plus, chassant la nuit et les dernières étoiles qui tentaient encore, en vain, de persister dans le ciel. A côté de moi, Kurogane dégageait une chaleur phénoménale comparée à mon corps glacé. Peu à peu je sentis le sommeil me gagner, mais je n'osais fermer les yeux. Et si à mon réveil Kurogane n'était plus là ? C'est alors qu'il passa son bras derrière ma taille, m'attirant vers lui. Je me lovai contre lui et fermai les yeux. Son souffle était calme, son cœur battait tranquillement à un rythme qui me berça rapidement. J'étais en paix, et rasséréné, je glissai lentement vers le repos.

Un monde fait de rêves et de souvenirs se mélangea dans mon esprit. J'étais dans une prairie, assis contre le tronc d'un cerisier en pleine floraison. Le vent soufflait doucement, emportant dans un ballet de roses et de pourpres les pétales détachés de leurs boutons. Le soleil filtrait à travers les branches, me donnant envie de somnoler, mais toute mon attention était dirigée vers l'adolescent aux cheveux bruns et aux yeux rouges qui s'entrainait consciencieusement. Un fin sourire ourlait mes lèvres. Il avait, déjà à l'époque, tellement de force, tellement de courage qui transparaissaient dans le moindre de ses gestes… Tout en lui inspirait la protection, la détermination et une volonté inébranlable. Puis soudain il s'était arrêté et m'avait regardé de son éternel regard songeur et sérieux avant de s'asseoir près de moi.

« Tu ne dors pas ?

- Non, il y a plus intéressant à regarder », avais-je répondu d'un grand sourire qui n'avait pas manqué de le faire rougir.

J'avais alors posé ma tête sur son épaule avant de murmurer :

« Mais si tu restes à côté de moi, peut-être que je dormirai enfin… »

J'ouvris les yeux. Le soleil était haut dans le ciel et il faisait une chaleur insupportable. Pourtant, contre moi, je sentais toujours le corps de Kurogane et malgré tout, je n'avais pas envie de bouger. Il posa alors sa main sur mon visage, cachant ma figure des rayons meurtriers avant de murmurer :

« Dors »

J'obéis à l'injonction sans me faire prier. Mais cette fois, mon rêve avait davantage les allures de cauchemar. La fumée me piquait les yeux. La chaleur suffocante des flammes était partout alors que je voyais tout autour de moi la maison périr. J'étais dans une pièce fermée. Je n'arrivais pas à bouger, mes pieds étaient comme fixés au sol. Je voulus crier, mais aucun son ne sortait de ma bouche. J'haletais, la panique commençait à prendre possession de mon être. Si je restais une minute de plus, j'allais mourir, j'en avais la quasi-certitude… C'est alors que je le vis. Kurogane, penché au-dessus d'un homme sans vie… le vieil homme. L'adolescent tenait son sabre, Ginryu, les mains tremblantes. Je voulus crier. Il fallait lui dire de sortir, mais aucun son n'arrivait à franchir mes lèvres. Il fallait que j'essaye, il le fallait. Kurogane… Je veux que tu vives !

Je me réveillai en sursaut. J'avais encore la sensation d'avoir les poumons en feu, et je dus prendre plusieurs grandes goulées d'air avant de pouvoir calmer les battements effrénés de mon cœur et réguler ma respiration. Il fallait que je mette de l'ordre dans mes idées. Ce n'avait pas été qu'un simple rêve, c'était les souvenirs de Kurogane, j'en étais certain. Mais alors… Je voulus parler, mais quelque chose que je n'avais pas ressenti depuis bien longtemps m'en empêcha. La bête en moi s'éveillait. L'affamé réclamait son dû. L'odeur de Kurogane envahit à nouveau mes narines. Son sang m'appelait. J'entendais les battements de son cœur, je voyais le fluide vital circuler dans son être. J'avais faim de lui. Je le voulais. Je le désirais à nouveau.

Je le fixai alors de mon unique œil dont la pupille devait s'être fendue, mon iris passant d'un bleu cobalt à un jaune doré. Je voulais son corps, je voulais son être… Un courant électrique me traversa tout entier. J'inspirai lentement, mon souffle manquant de rester bloqué dans ma poitrine. Kurogane me fixait de ses yeux grenat, de cette couleur qui m'attirait tant, me donnant l'impression de m'embraser de l'intérieur. Tendu comme un arc, je n'osais plus bouger. Bientôt, je ne tiendrais plus. « Et quand cela arrivera, il faudra agir Kurogane, mais seras–tu prêt à prendre les décisions qui s'imposent ? Sauras-tu m'arrêter ? » Pensai-je.

Je sentis alors sa main sur mon visage, et je hoquetai de surprise, comme brûlé par son contact. Un léger sourire s'esquissa ses lèvres alors qu'il murmurait :

« Bois »

Je voulus lui demander s'il était sûr, mais la faim me tiraillait tant que les mots restèrent coincés dans ma gorge. D'une main tremblante, je pris son poignet entre mes doigts. Le souffle court, je sentis mes dents s'allonger. Je repoussai l'instant fatidique presque avec amusement. J'aimais ce moment où le temps s'arrêtait quelques secondes, ce moment où je regardais l'artère radiale pulser contre la peau de ma victime, ce moment où mes lèvres touchaient l'épiderme chaud et frémissant, l'instant où mes crocs s'enfonçaient dans la chair… Et alors, c'était la chute, le plongeon, la jouissance ultime. Je renaissais.

Le goût du sang était âcre, ferrailleux, mais c'était celui de Kurogane, et, tel le plus exquis des nectars je m'en délectais. J'entendais les battements furieux de son cœur. Je sentais l'adrénaline qui fusait dans son sang. Son excitation, son désir, le subtil mélange qui se faisait de nos deux êtres… Il devenait moi, je devenais lui. Et alors que son sang se mêlait au mien, que la moindre de ses pensées se fondait aux miennes, je sus que tout n'avait été qu'évidence depuis le début. Nous avions toujours été destinés à nous rencontrer, à nous retrouver et à continuer notre route ensemble. Et tandis que j'achevais mon festin, d'un dernier coup de langue sur les deux petits trous, ultime signe de mon forfait, j'entendis sa voix d'adolescent qui ne cessait de scander « Je veux vivre, je veux vivre ! »

Tôt ou tard je finirais par découvrir comment Kurogane avait réussi à échapper aux flammes et à survivre tant de siècles. Dans l'immédiat, je m'en fichais. Je le voulais plus que jamais. Sentir son étreinte. Sentir ses lèvres sur les miennes. Ses mains caressant mon corps, nos âmes unies à jamais.

Je me redressai alors, et mon œil plongea dans les deux iris carmin. Le même regard, le même souffle, la même vie… Je voulus dire un mot, mais Kurogane m'arrêta, posant son index sur ma bouche entrouverte où perlait encore une goutte de sang. Je retins mon souffle tandis que mon cœur battait furieusement tel un tambour de guerre dans ma poitrine… Dans nos poitrines. Nous résonnions d'un même écho, de la même essence… Et nous voulions tous les deux nous mêler à tout jamais. Il reprit alors mes lèvres en un baiser à la fois si doux et si possessif qu'il m'incendia tout entier. Mes mains trouvèrent instantanément son visage, caressant sa peau brûlante, se perdant entre ses mèches noires… C'est à peine si je sentis mon corps basculer, mes lèvres refusant de quitter les siennes, mon être tout entier mêlé au sien.

Et alors qu'il enlevait un à un mes vêtements, que ses mains m'enflammaient, je sentais mon esprit tournoyer avec le sien, tel des feuilles portées par le vent. Et nos cœurs qui ne cessaient de scander « je veux vivre, je veux vivre, je veux vivre »… « Je vivre avec toi, pour l'éternité ». Nos souffles se mêlèrent, et nos corps s'unirent… Et plus je plongeais, plus je serrais la main de Kurogane dans la mienne, et plus je gémissais, plus je l'appelais. Et plus l'écho de sa voix me poursuivait, plus je plongeais dans un maelström d'émotions, recherchant dans cette tempête, un zéphyr, un vent calme qui me porterait vers le repos Un repos bien mérité, au creux de ses bras.

Lorsque j'ouvris les yeux, la nuit était tombée. Les étoiles brillaient dans un ciel sans nuage, tandis que plusieurs chouettes hululaient de concert. Au loin, le hurlement de plusieurs loups prêts à partir en chasse résonna. Le hurlement de la traque, le hurlement de la liberté. Une couverture avait été jetée sur mon corps nu, solitaire. Je tressaillis, affolé. Où était donc passé Kurogane ? Alors que je le cherchais de l'œil, j'entendis un feu crépiter tout proche, et je ne pus empêcher un soupir de soulagement de franchir mes lèvres en distinguant sa silhouette. Je me rhabillai alors, puis me levai pour le rejoindre, mon estomac gargouillant à mes dépens en sentant une odeur de viande grillée.

« Miam, ça sent bon Kuro-chan !

- Je suis allé chasser un peu pendant que tu dormais, j'allais te réveiller, me répondit-il, d'un infime sourire, presque imperceptible, et légèrement narquois comme à son habitude.

- Apparemment ce n'était pas nécessaire, mon estomac a été plus rapide ! Lui dis-je avant de m'installer près de lui.

- Ça ne m'étonne pas. Tiens, je l'ai acheté quand je suis arrivé dans le village, dit-il avant de sortir une bouteille de saké qui fit briller mes yeux.

- Ouah du saké ! Ça fait une éternité que je n'en ai pas bu ! »

Ravi comme jamais, je débouchai la bouteille et portai le goulot à mes lèvres. Un long soupir d'allégresse s'échappa de mes lèvres. Le saké n'était pas mauvais, plutôt fort, et il faisait courir dans tout mon corps une intense chaleur, quoique moindre comparée au corps du brun. Un sourire mutin se dessina instantanément à cette idée.

« Qu'est ce qui t'amuse comme ça ? »

- Oh rien Kuro-pon, je me disais que le saké était bon, mais qu'il ne réchauffait pas autant que toi »

Apparemment mes paroles firent mouche, puisque ses joues se teintèrent d'une légère rougeur, suivie d'un grognement caractéristique. Mais d'humeur taquine, je n'avais pas envie de m'arrêter en si bon chemin, d'autant que je n'avais pas oublié toutes les questions qui me taraudaient à son sujet, et j'étais bien décidé à lui sortir les vers du nez.

« Kuro-riiiiinnn… J'ai faim !

- T'attends que ça finisse de cuire »

- Maiiis t'as vraiment rien d'autre ? Ca fait des siècles que je n'ai pas mangé un vrai repas, laisse-moi goûter un petit morceau…

-Non.

- Kuro-tan…

- Non.

- Kuro-pi….

- Non.

- Kuro-myu ?

- NON !

- Kuroooo-samaaaaaa !

- C'est Kurogane !

- Beuh… Kuro… »

Je n'eus pas le temps de finir ma phrase que le brun me renversa sous son corps. J'essayai de gigoter, juste pour la forme, et ne pus me retenir d'esquisser un sourire amusé en sentant ses mains se resserrer sur mes poignets. Je relevai légèrement mon visage, frôlant de mon nez le sien. Je sentais son souffle brulant, ses mèches noires caressant mon front. Son regard se fit inquisiteur, le genre de regard que j'adorais lui arracher. Je souris de concert, avant de murmurer :

« Voudrais-tu recommencer Kuro-pon ?

- Je le ferai autant de fois qu'il le faut.

- Qu'il le faut ? On dirait que c'est une corvée pour toi. Je suis… vexé, répondis-je d'une moue boudeuse.

Ses lèvres furent presque instantanément sur les miennes. Si je n'avais pas eu la résolution de connaitre la vérité, j'aurais facilement cédé à ses avances, et puis d'un autre côté, je ne voulais pas que la viande brûle… Le baiser ne dura guère, mais il laissa un délicieux goût sur mes lèvres. Un petit goût de paradis.

« Ça te va ?

- Oui, c'est très bien, Kuro-pi, mais de toute façon, je refuse.

- Qu… Comment ça, tu refuses ? Lâcha-t-il, visiblement vexé, et j'eus grand peine à retenir une soudaine hilarité.

- Oui, ça réclame compensation.

- Quelle compensation ?

- Hummm… laisse-moi réfléchir… je pourrais bien décider de faire ce que je veux de toi… Mais à la longue ce ne serait pas marrant…

- Accouche !

- Oh, un peu de patience ! Ça se mijote les idées ! Plus ça mûrit, mieux c'est !

- Ouais, bah venant de toi ça me rassure pas.

- Rooh Kuro-tan, tu es sans cœur… Bon… »

Je fermai les yeux le temps de me composer un visage plus sérieux, puis répondit :

« Je veux la vérité. »

Un silence répondit à ma dernière phrase, puis j'entendis Kurogane soupirer avant de se redresser et de s'asseoir.

« Ça risque de pas te plaire.

- Tu me le dois quand même.

- Je sais. Par où commencer… »

Je me rassis devant le petit feu. Le silence nous enveloppa un instant, troublé par le crépitement du bois et de la viande qui cuisait. Kurogane s'en occupa le temps de finir de réfléchir, nous découpant des parts qu'il nous servit sur de grandes feuilles robustes. Je reniflai la viande, cela faisait bien longtemps que je n'en avais pas mangé, mais elle était tendre et j'y repris vite goût.

« Est-ce que tu connais la sorcière de l'Extrême Orient ? », lâcha-t-il finalement.

Je hochai la tête en grimaçant. Ça oui je la connaissais. Elle avait la réputation de pouvoir exaucer n'importe quel vœu, à condition de pouvoir y mettre le prix. Désespéré, je m'étais rendu à sa boutique pour tenter de retrouver Kurogane… Mais elle m'avait alors dit que les morts ne pouvaient revenir, peu importe le prix, et une autre phrase, énigmatique que je n'avais jamais oubliée : « Ce qui n'a jamais été ne peut être »

A l'époque, totalement désemparé, je n'avais pas compris ce qu'elle voulait dire, mais maintenant je comprenais. Kurogane n'était jamais mort. Et elle le savait.

« A cette époque… j'ai bien failli y passer et je pensais vraiment que ma dernière heure était arrivée mais… Apparemment, mon désir de vivre était plus fort que tout. Elle m'est apparue et...

- Et ? »

Mon regard croisa le sien, sérieux, mais visiblement sur ses gardes par rapport aux paroles qu'il allait prononcer.

« Elle m'a dit que mon vœu était entendu. Celui de vivre, de te retrouver… Elle m'a dit qu'elle pouvait me l'accorder, mais qu'il y avait un prix.

- Evidemment… Quel fut le prix ? Murmurais-je en hochant la tête une fois encore.

- Notre temps. »

Je haussai les sourcils, me demandant ce que cela voulait bien dire. Puis les rouages se mirent en marche. J'avais passé plusieurs siècles dans la solitude à attendre quelque chose d'inconnu, quelque chose qui pourrait me donner enfin la paix… Avec le temps, j'avais fini par oublier mon existence passée, noyé dans un flot de douleur qui me faisait avancer dans le monde tel un mourant attendant que sa dernière heure le libère enfin du fardeau de la vie. Et Kurogane était réapparu tel un fantôme des temps passés… Je m'étais alors souvenu de tout, et par-dessus tout, du lien immanquable qui nous unissait.

« Ces siècles de solitude et de douleurs… Ce temps passé à attendre l'improbable, c'était ça notre prix ? » Ma voix était étrangement rauque, j'avais mal d'y penser et en même temps, si le prix avait été toute cette douleur afin de retrouver cet être si cher à mon cœur, alors je me devais de l'accepter.

« Oui. Elle m'a plongé dans le sommeil en me disant qu'une fois que le prix serait payé, je me réveillerais immortel, et je pourrais partir à ta recherche- il soupira- C'était il y a dix ans déjà. J'ai arpenté tous les pays, émit toutes les possibilités sur l'endroit où tu pouvais te trouver… » Il émit un petit sourire ironique « Cet endroit était bien le dernier où je pensais te trouver, mais avec ces rumeurs d'un vampire blond… Je me disais que cela ne pouvait être que toi »

Je baissai un instant les yeux face à toutes ces révélations. Il m'avait cherché tout ce temps sans jamais abandonner, sans jamais perdre espoir… Aussi loin que remontaient mes souvenirs, jamais personne n'avait fait une telle chose pour moi. Il ne me restait pas grand-chose de mon passé sinon des réminiscences éparses, confuses, d'un pays fait de neige, et de la première séparation qui m'avait déchiré l'âme en lambeau. Mon frère, mon jumeau, ma moitié, mon âme… Les chasseurs de vampires me l'avaient pris alors que nous n'étions que des enfants et je n'avais pu survivre que grâce au sacrifice de mon frère.

Fye.

Et moi Yuui, j'avais effacé mon nom pour prendre le sien, errant dans le monde, grandissant, chassant parfois, fuyant la plupart du temps, jusqu'à mon arrivé dans la maisonnée de Kurogane… Sa voix me ramena à la réalité, combien de temps étais-je resté dans mes souvenirs passés ? Sa main était sur la mienne et je sentais la force qui émanait de tout son être. Et ce parfum… cette délicieuse odeur qui n'appartenait qu'à lui. Je souris avant de m'asseoir plus près de lui et de poser ma tête sur son épaule.

« Merci Kuro-chan… Merci d'être venu… Après m'avoir cherché si longtemps…

- Merci à toi d'être resté en vie… Bon gré, mal gré… »

Je le regardai soudain avec surprise. Se pourrait-il qu'il m'ait vu dans son sommeil ? Si c'était vrai, alors se pourrait-il que ce soit sa voix que j'entendais dans mes instants les plus sombres ? Après tout, ne pouvons-nous pas voyager en rêve ?

« Alors maintenant que tu m'as retrouvé Kuro-chan… Accepterais-tu de m'emmener loin d'ici et de toujours rester avec moi ? Dis-je d'un grand sourire plein de joie, alors que les larmes montaient à mon œil.

- Je t'emmènerai où tu voudras, jusqu'au bout du monde si tu le souhaites, me répondit-il d'un sourire.

- Alors la cause est entendue. Tu as payé ta compensation… » murmurai-je avant de cueillir ses lèvres, et de m'enivrer de cette odeur qui m'avait tant obsédé… l'odeur de mon aimé…