TEL EST TON DESTIN

Lancelot : Soyez prudent, Majesté.

A la tombée du jour, Arthur se trouvait au lieu de rendez-vous. Un vent souffla lorsque le dragon atterrit :

Arthur : Je suis prêt.

Le grand dragon s'inclina alors de façon à ce que le roi monte sur son dos. Arthur n'eut pas un instant d'hésitation, l'heure n'était pas aux tergiversations. Sur le dos de Kilgarrah, survolant le ciel, il se dit que le destin lui jouait parfois de drôle de tours. En effet qui aurait cru, certainement pas lui qu'un sorcier puisse s'être insinué dans sa vie au point d'être un de ses proches.

Le trajet ne dura que quelques minutes, ils arrivèrent face au lac d'Avalon. Déposant, Arthur au sol sans ménagement, le dragon était déjà prêt à repartir ce qui surprit Arthur.

Arthur : Attendez.

Kilgarrah : Mon rôle s'arrête ici, Arthur Pendragon.

Arthur : Que suis-je sensé faire ?

Kilgarrah : Vous le saurez en temps voulu. Je n'étais que le messager. Adieu.

Arthur : Attendez encore.

Kilgarrah : Je ne suis pas à vos ordres.

Arthur : Je ne l'ignore pas. C'est de votre dragonnier dont je veux vous parler. Est il toujours en vie ?

Kilgarrah : Merlin, l'homme que vous connaissiez a disparu pour toujours.

Le monde d'Arthur s'effondra alors, tout ce qu'il avait retenu ces derniers jours, coula or de lui. Tel un barrage qui cédait, il tomba à genoux et pleura en silence. Le monde autour de lui n'existait plus. Il ne vit même pas le dragon s'envoler. Les derniers espoirs de revoir Merlin en vie venait de s'envoler avec ce dragon. La mort de Merlin laissait sa vie vide de tout sens. Il n'aurait désormais plus qu'un but dans sa vie, faire tout son possible pour rendre son peuple heureux, devenir le roi que son ami aurait voulu qu'il soit.

Il le savait, il n'avait jamais montré de grand intérêt pour ce que son serviteur lui disait de son destin mais toute sa vie il se rappellerait du jour où son ami avait placé toute sa confiance en lui en lui disant ces simples mots : « Je tremble non de peur mais parce que je suis fier de servir le roi que vous allez devenir.» Ces mots simples dits avec une telle conviction avaient renforcé sa volonté et son courage.

Il ne sut combien de temps, il resta là prostré pleurant de tout son saoul. Il avait déjà cru le perdre quelques mois auparavant quand Lancelot était revenu durant quelques instants, il avait pensé que Merlin était mort. Son soulagement avait été si vif qu'il n'avait su trouver les mots et s'était montré maladroit comme d'habitude.

Lorsqu'il sortit de sa léthargie, les étoiles brillaient dans le ciel mais ce qui l'étonna c'était la brume qui se dégageait du lac. Une ouverture se fit au travers de celle-ci, une jeune femme apparut, elle flottait à quelques centimètres de la surface du lac. Ses yeux s'habituèrent lentement à la pénombre et il la reconnut. La jeune femme victime de la malédiction qu'il avait tué.

Freya : Arthur Pendragon, aujourd'hui ton destin te sera révélé.

Arthur : Qu'attendez-vous de moi ? Dois-je mourir ?

Freya : Ton chemin ne fait que commencer. Il ne m'appartient pas de décider de ton avenir. Tout est déjà écrit.

Arthur en colère : Même la mort de Merlin. C'est ça le destin, il devait mourir sans que j'ai le temps de…

Freya : Je comprends votre colère mais le destin…

Arthur : Le destin a bon dos. Pourquoi devait-il être écrit qu'une personne aussi merveilleuse et généreuse que Merlin devait disparaître.

Freya : Merlin est né pour vous protéger jusqu'à votre accession au trône.

Arthur : Une vie éphémère programmée pour s'éteindre quand on aurait plus besoin de lui. Il le savait.

Freya : Kilgarrah lui a appris.

Arthur : Et maintenant, où est son corps ? Je veux le récupérer pour qu'il ait des funérailles dignes de lui.

Freya : Sur ce point, je ne peux pas vous aider. Maintenant, allez, il vous attend.

La dame du lac disparut en même temps que la brume. Un mouvement le fit se tourner en direction de la forêt. Deux yeux d'un or pur le fixaient, la silhouette qui sortit du bouquet d'arbre lui était familière, mais il ne pouvait y croire. Merlin était mort et pourtant il se tenait devant lui. Il se précipitait déjà vers lui.

Arthur : Merlin.

Voix : Ce n'est plus Merlin. Seul son enveloppe charnelle est présente, il n'a plus aucun souvenir de la part de lui qui fut votre serviteur.

Arthur : Comment et surtout pourquoi Kilgarrah ?

Kilgarrah : Il a embrassé son destin désormais il est Emrys celui qui unifiera Albion à vos côtés.

Arthur : Il ne reviendra jamais, je devrais me contenter de la partie magique de lui.

Kilgarrah : Peut être.

Arthur : Comment cela peut être.

Kilgarrah : Il existe une chance bien que très faible pour qu'il revienne complètement.

Arthur : Comment, que dois-je faire ? Dites le moi.

Kilgarrah : C'est en vous que vous trouverez la solution, Majesté.

Arthur : Vous ne pouvez pas me donner ne serait ce qu'une idée.

Kilgarrah : Il vous faudra faire preuve de patience. Il est maintenant temps de rentrer à Camelot.

Merlin et Arthur grimpèrent sur le dos du dragon, le trajet se fit en silence. L'aube se levait quand le dragon les déposa à l'orée de la forêt. Après quelques mots échangés avec Kilgarrah dans la langue des dragons, ce dernier les quitta.

Toujours sans mot dire, ils approchèrent lentement. Arthur ne savait que faire, ni comment réagir, Merlin était à la fois si proche et si lointain. Venant à leur rencontre, Gauvain et Lancelot avançaient vers eux. La joie se peignit sur leur visage à la vue du roi et de leur ami. Espérant, une réaction de la part de Merlin, le roi fut déçu, le visage de ce dernier restait de marbre à sa grande consternation…

A suivre