Une bataille sous les murs de Port-Réal, et toutes les blessures ne sont pas physiques...


Chapitre 4 : Rien Moins qu'un Homme I

La Porte des Dieux se trouvait pile devant Jon, et d'ici une heure il galoperait par là aux côtés du roi Robert. Le soleil se levait toujours à l'est et là résidait le plus grand avantage du roi contre les Lannister. Ça et la surprise, car tous les dieux anciens et nouveaux savaient qu'il n'avait pas les effectifs. L'aube aveuglerait quiconque regarderait directement vers Port-Réal, et si assez de soldats dormaient, ce ne serait pas un gros défi que de rejoindre les restes de l'ost de Renly et marcher contre Lord Tywin après avoir défait Ser Kevan. Le roi Robert parcourait les rangs de ses hommes, donnant une tape sur l'épaule à des centaines de soldats d'un de ses poings gantés de mailles. Le roi paraissait certainement imposant, revêtu des pieds à la tête in plate armure, plus qu'il n'avait jamais semblé dans ses soieries, ses velours et la couronne sur la tête. Son marteau de guerre était posé en travers de ses épaules, en plus des couteaux fixés à sa ceinture. Un large sourire étirait son visage, à la mesure de la lueur indomptable qui avait éclairé ses yeux la nuit durant.

Stannis craint que le roi Robert puisse chercher sa mort ce matin, pensa Jon. Si c'est le cas, il se débrouille bien pour le dissimuler.

Jon se tenait près de son cheval, sa main d'épée caressant la fourrure blanche de Fantôme. Ledit Fantôme comprenait exactement ce qui allait arriver, exactement ce qu'ils attendaient. Comment Jon savait cela, il n'en avait aucune idée il pouvait simplement le ressentir.

- Ser Jon !

Le roi Robert se dirigeait vers lui, les bras tendus en salutation. Son sourire était toujours intact, et Jon remarqua qu'il avait vu le roi sourire plus durant les dernières heures que Stannis durant l'année et demie écoulée.

- Votre Grâce, dit Jon en inclinant la tête.

- Ned était toujours silencieux avant la bataille, particulièrement la bataille du Trident. Il réfléchit trop, ton père, mais n'empêche que je n'aurais jamais pu demander quelqu'un de mieux pour combattre à mes côtés.

- Père parle rarement de votre rébellion, admit Jon.

- Certaines personnes sont comme ça. Nous encaissons tous les effets de la guerre de façon différente. Tu auras une ou deux histoires à lui raconter quand tu le reverras !

Jon lui offrit un faible sourire.

- Laisse-moi voir ton épée.

Jon sortit Fracas du fourreau et tendit l'épée bâtarde. Le roi Robert la prit dans une de ses larges mains, vérifiant son équilibre et la faisant lentement tourner. Il paraissait satisfait, mais alors qu'il s'apprêtait à rendre l'épée quelque chose attira son regard, le forçant à s'arrêter et à réexaminer l'arme.

- Votre Grâce ? demanda Jon.

- Quand j'ai vu le pommeau à tête de loup géant, j'ai cru que Ned avait fait fabriquer cette épée pour toi. Mais maintenant que je vois la marque du fabriquant...

Robert laissa mourir sa phrase, regardant l'épée avec surprise.

- La connaissez-vous ?

- Bien sûr que oui. J'ai possédé et me suis entraîné avec bien des armes portant la même marque. Mon père avait rencontré un forgeron remarquable pendant la Guerre des Rois à Neuf Sous, et il l'a invité à Accalmie où il a servi jusqu'à sa mort. Cependant – le roi se mordit la lèvre – je ne me souviens pas qu'il a fait quoi que ce soit avec un loup géant.

- Elle s'appelle Fracas, et le pommeau avait autrefois un cerf doré, dit Jon aimablement. Il y avait un tailleur de pierre à Peyredragon à qui Lord Stannis a passé commande pour sculpter le marbre blanc. Il s'est dit qu'un loup géant était plus approprié pour moi.

- Non seulement il t'a adoubé, mais il t'a donné l'une des épées de notre père, marmonna le roi Robert dans sa barbe.

Il porta son regard sur Fracas puis Jon avec une étrange expression. Jon avait l'impression que le roi voulait dire quelque chose mais ne pouvait trouver les mots. Le roi Robert finit par lui rendre Fracas en soupirant.

- Stannis n'est pas le genre d'homme à laisser rouiller une bonne épée, de toute façon.

- Lord Stannis.

- Ser Barristan, salua Stannis depuis la longue table de son bureau.

Le Lord Commandant de la Garde Royale avait choisi de rester à l'écart du combat, envoyant les frères blancs qui étaient plus jeunes et des guerriers plus rapides pour protéger le roi Robert. Stannis approuvait la décision, car Ser Barristan était un homme honnête à l'esprit pratique, un avec qui il s'était bien entendu durant ses années au Conseil Restreint. De nombreuses bougies dispersées dans la salle éclairaient des piles de parchemins bien nettes, incluant une récente correspondance. Puisque Stannis devait être éveillé avant l'aube, il n'y avait aucune raison pour lui d'aller dormir si peu d'heures - et il avait toujours quelque chose à faire. Ser Davos l'avait informé que les eaux autour de Peyredragon demeuraient claires, et d'après la large écriture presque enfantine, Stannis déduisit que son chevalier à l'oignon avait enfin pris sur lui pour apprendre ses lettres. Les messages de Ned Stark étaient beaucoup plus… intéressants, pour le moins, car Stannis ne pouvait déterminer si Stark essayait de le remercier ou de l'engueuler pour son honnêteté concernant Jon Arryn.

- C'est presque l'aube, déclara Ser Barristan. Je suppose que vous désirez observer la bataille depuis les murs du château ? Les longues-vues sont déjà en place.

- Bien sûr, opina Stannis. Nous devons voir à quel point le pari de notre intrépide souverain fonctionne.

Ser Barristan ne dit rien, suivant Stannis vers les murailles tel une ombre blanche.

Les rayons du soleil commençaient tout juste à pointer sur l'horizon, et Jon était en selle sur son cheval, le bouclier sur le bras et l'épée nue à la main. Le magnifique destrier du roi Robert se mit à frapper le sol pavé de ses sabots ferrés quand le roi tira sur les rênes et leva son marteau de guerre en criant.

- Lord Tywin a surpris mon frère le pantalon baissé en train de festoyer de cygnes à la crème. Rendons-lui la politesse et montrons à ce vieux lion miteux ce qui arrive à quelqu'un qui ose s'en prendre à ma famille !

Tous les soldats derrière Jon répondirent par un rugissement d'approbation. La voix du roi Robert était très forte, et Jon voulait bien parier que les soldats attendant la charge à la Porte du Roi, la Port du Lion, la Porte du Dragon, et toutes les autres pouvaient l'entendre aussi. Il se rappela être monté avec Robb sur les plus hautes tours de Winterfell pour s'entraîner à se crier des messages, car Père leur avait constamment répété combien une voix puissante était importante sur le champ de bataille. Père se rappelait-il les cris de guerre du roi Robert ?

- Que les pluies pleurent sur ses halls aujourd'hui !

Les cloches de tous les septuaires de Port-Réal se mirent à sonner alors que les portes dans les murailles s'ouvraient en grinçant. Des trompettes résonnèrent, à la fois depuis les rangs autour de Jon et depuis l'armée de Renly au loin. Les trompettes avaient été l'idée de Stannis, une façon de faire paraître leur armée plus grande qu'elle ne l'était vraiment. Des trompettes et une lumière aveuglante. Ces sons furent bientôt noyés, cependant, par le tonnerre des sabots alors que Jon éperonnait son cheval pour le mettre au galop. Il resserra sa prise sur Fracas, laissant à sa monture toute la longueur de bride qu'elle souhaitait.

Le roi Robert était juste devant lui, sur sa gauche, la pointe aiguë de son marteau de guerre luisant. Fantôme filait aux côtés de Jon, un brouillard blanc mortel dévorant le sol aussi vivement qu'un cheval. La mer de tentes rouges de Lannister se dressait à présent devant lui et Jon se prépara à l'impact, priant tous les dieux existants que son cheval ne le désarçonnât pas. Des hommes jaillissaient des tentes rouges, les mains tenant des épées, des masses, des arbalètes et des flèches - toute arme à portée. Ils furent rapidement piétinés, et Jon put physiquement ressentir le craquement quand les sabots de son cheval entrèrent en contact avec les os en dessous. Assez de soldats Lannister étaient suffisamment réveillés pour se battre un minimum, et Jon s'assura que Fracas s'opposait à tout ce qui venait dans sa direction. Le goût du sang emplit sa bouche de temps à autre, et du coin de l'œil, Jon pouvait apercevoir Fantôme qui arrachait quelques gorges. Le roi Robert passait en force, fracassant des crânes avec son marteau de guerre. Jon resta aux côté du roi de son mieux. Jusqu'à ce qu'il n'y parvînt plus.

Il y avait un fossé juste devant lui, et son cheval s'y dirigeait trop vite. Jon n'était pas assez bon cavalier pour faire sauter des chevaux par-dessus des obstacles, et il ne pouvait estimer la largeur du fossé pour commencer. S'il pouvait forcer l'animal à virer à temps… Jon tira les rênes à droite, mais trop tard : son cheval trébucha puis se cabra, se débattant brutalement. Les bottes de Jon glissèrent hors de ses étriers quand il fut projeté en arrière, tournant en l'air et atterrissant sur son bouclier, à plat ventre dans le fossé. La chute lui coupa le souffle, et il lui en resta à peine pour un grognement. Jon était tombé de nombreuses fois pendant l'entraînent, et de fait, tomber comme il fallait était l'une des premières leçons qu'il eût apprises sur le terrain de pratique. Il serra les dents, se mettant rapidement à genoux et saisissant son épée – qui était heureusement restée dans sa main jusqu'à l'impact avec le sol. Il releva son bouclier, tâchant d'évaluer son nouvel environnement.

C'était une bonne idée. Une épée s'abattit sur la bordure de métal du bouclier de Jon, manquant son œil gauche de justesse. Jon bondit sur ses pieds, reculant en hâte alors que la même épée frappait de nouveau son bouclier. Il heurta la paroi du fossé – c'était plus un petit trou, en vérité – dans son dos et il regarda enfin son attaquant bien en face, un homme de taille similaire vêtu de rouge : chemise, bas, gantelets et protections de bras en cuir rouges, et une longue chemise de maille par-dessus tout cela. La seule pièce d'armure que portait le chevalier était un heaume, sans doute la seule chose qu'il avait eu le temps d'enfiler quand les trompettes avaient commencé à sonner.

J'ai l'avantage, se répéta Jon encore et encore. J'ai une armure complète. J'ai un écu. Pas lui.

Quand l'épée ennemie revint sur lui une troisième fois, Jon put la bloquer avec la sienne. Fracas grinça en heurtant un autre morceau d'acier, le repoussant avec autant de force que Jon pouvait en fournir. Le chevalier trébucha en arrière, et Jon profita de son avantage.

Je suis plus fort que lui, je dois l'être, ou sinon c'est moi qui reculerais.

Au passage suivant, Jon fit glisser Fracas par en dessous avant de la relever, attrapant la garde de l'autre et arrachant l'épée de la main du chevalier. Elle vola au loin, et quand les yeux du Lannister regardèrent en tout sens pour trouver une autre arme, Jon vit une ouverture. Ce fut facile, presque trop facile d'enfoncer Fracas sous le bras de l'ennemi, la pointe de l'épée tranchant la fine cotte de maille et ressortant au bas de sa gorge. Jon retira Fracas alors que le chevalier trébuchait en arrière, son heaume tombant au passage, révélant des cheveux d'un blond sable. Il y eut une giclée de sang, et le chevalier ne se releva pas. Jon se retourna, se préparant à sortir du fossé et combattre jusqu'à retrouver Fantôme, mais un gémissement pitoyable l'arrêta. Jon se retourna lentement. Le chevalier Lannister contre lequel il venait de se battre tâtonnait dans sa protection gauche, en tirant un morceau de tissu bleu pâle et le tenant devant ses yeux. Il les avait couleur noisette et ils traduisaient une souffrance épouvantable. Jon tenta mais échoua à détourna le regard, involontairement fixé sur la scène devant lui.

- Dites-lui... croassa le chevalier.

Son poing s'ouvrit et se referma autour du tissu bleu, et il semblait qu'il tentait de le tendre à Jon.

- Lui dire quoi ? pressa Jon. Qui est-elle ?

Le chevalier ne répondit pas. Il s'était immobilisé, le regard fixe. Sa bouche était toujours à demi ouverte, et du sang gouttait lentement du coin gauche. Jon le dévisagea un long moment. Il releva les yeux, et après avoir déterminé que les soldats des deux camps faisaient de leur mieux pour éviter de tomber dans le petit fossé, il s'agenouilla près du mort. Jon prit le tissu bleu des doigts inertes et le déploya. Un dauphin gris dansait dans des vagues enchâssées dans un anneau de fleurs violettes en forme d'étoiles.

C'est une faveur, mais de la part de qui ? Son amante ? Sa sœur ? Ou même sa mère ?

Des traînées rouges constellaient à présent la faveur, et Jon ne saurait jamais à qui était ce sang.

Que voulait-il que je lui dise ? Qu'il l'aimait ? Qu'il était désolé de quelque chose ? Qu'il aurait préféré ne jamais partir de chez lui ?

Les bruits de la bataille sonnaient aux oreilles de Jon, le bruit de l'acier frappant l'acier, les chevaux mourants, les hurlements d'hommes terrifiés, le fracas des tentes abattues, des cris de triomphe, des trompettes, des cors de guerre, et des cris de "Mère !" Avec tout ce bruit, avec sa logique lui disait qu'il devait retrouver Fantôme, tout ce que Jon pouvait faire était de rester à genoux près du chevalier défunt.

Il a l'air d'avoir mon âge, ou assez proche pour ne pas faire de vraie différence.

Les jumeaux Lannister devaient être traduits en justice pour leur trahison, Jon le savait, mais ce chevalier n'avait rien à voir avec eux.

Moi non plus, d'ailleurs, aussi quelle raison avais-je de le tuer ? Si je l'avais croisé dans les rues de Lannisport ou de quelque endroit d'où il venait, nous n'aurions eu aucune raison d'être autrement que courtois vis-à-vis l'un de l'autre. Il ne m'avait jamais fait de mal ni à personne que je chéris, pas avant que nous tombions ensemble dans ce fossé.

Jon tendit la main et ferma les yeux noisette, pliant le morceau de tissu bleu et le fourrant dans un de ses brassards. Juste à côté de la faveur de Shireen. Secouant la tête pour se forcer à revenir à la réalité, Jon ramassa son bouclier et son épée et grimpa hors du fossé. Il s'accroupit immédiatement, s'assurant que rien ne fonçait sur lui et que personne ne tentait de l'attaquer. Il ne pouvait voir ni entendre le roi Robert, aussi c'était une cause perdue, mais Jon pouvait ressentir précisément Fantôme. Celui-ci avait vraiment besoin de son aide et le pressait de venir. Jon fonça en direction de son loup géant, abattant les hommes assez stupides pour se mettre sur sa route. La plupart avait des heaumes et portaient plus d'armure que le chevalier dans le fossé, et Jon ne regarda pas derrière lui pour voir à quel point ses coups étaient mortels. Fantôme se trouvait devant une tente impressionnante qui s'était partiellement effondrée. Le loup grondait silencieusement, ses dents aiguës découvertes en un avertissement à quiconque oserait s'approcher de lui. Quand Jon se rapprocha, il remarqua que Fantôme protégeait un homme désarmé et tombé à terre. Des hommes en manteau rouge huaient, leurs épées tirées, cherchant la bonne ouverture. Jon en élimina un avant que les autres ne réalisent qu'il était là, en frappant un autre à la tête avec son bouclier.

- ARRÊTEZ ! cria désespérément l'homme à terre. Rendez-vous au loup géant et à son maître ! Assez de sang a été versé aujourd'hui, et cette bataille est déjà perdue.

Jon se souvint de cette voix, et en baissant les yeux, il reconnut le chevalier que Stannis avait rencontré pour des pourparlers peu de temps auparavant...

- Ser Kevan ? Est-ce vous ?

- Vous devez être Ser Jon. Le loup géant a reconnu votre approche.

Comme sur un signal, Fantôme bondit près de Jon, les dents toujours découvertes bien que tous les soldats Lannister autour de lui eussent déposé leurs armes à l'ordre de leur commandant.

- Qui est votre officier, l'homme qui a mené la sortie ? Lord Stannis ?

Jon le regarda bouche bée.

Il ne connaît pas très bien Stannis.

- Le roi Robert a mené la charge. Ser Kevan eut l'air assez stupéfait.

- Vraiment ? Je ne croyais pas qu'il...

- Vous rendez-vous à moi, Ser Kevan ? dit Jon avant que le chevalier ne pût finir sa phrase. Vous ne pensiez pas qu'il pouvait encore manier son marteau de guerre ? Ou vous songiez qu'il était trop gros pour son armure ?

- Je me rends à vous, Ser Jon. Allons trouver le roi Robert et arrêter tout ceci.

Ser Kevan se releva lentement, grimaçant alors qu'il reportait son poids sur son pied droit. Jon ne pouvait voir de sang aussi la blessure devait heureusement être peu sérieuse. -

Ai-je votre parole ?

- Sur mon honneur de Lannister. Sur mon honneur de chevalier.

- Lord Stannis, j'insiste pour que vous preniez un peu de repos.

Ce n'était pas la première fois que Ser Barristan avait prononcé ces mots, mais c'était la première fois que Stannis décida de les prendre au sérieux. Les troupes de Ser Kevan étaient clairement en déroute, et celles de Lord Tywin avaient cessé de combattre après un engagement absurdement court. C'était tout ce qu'il savait avec certitude, car les longues-vues ne pouvaient vous aider que jusqu'à un certain point. Robert devait toujours être en vie, ou bien un chevalier comme Ser Donnel serait venu, à bout de souffle, lui annoncer les terribles nouvelles. Quant au moindre loup géant…

Stannis s'endormit dès que sa tête toucha les oreillers, sans même s'occuper d'ôter son armure excepté son ceinturon. Il rêva. Et fit de terribles rêves. Il y avait là une dame aux cheveux de la couleur du sang qui souriait tandis qu'elle brûlait quelqu'un enchaîné sur un bûcher. Puis la Néra était en feu, de maléfiques flammes vertes dévorant tout sur leur passage excepté les hurlements des mourants. Les flammes vertes cédèrent la place à la neige, une neige froide où des créatures aux yeux bleus glacés commençaient à se lever. Enfin, Stannis vit Jon, tout revêtu de noir et tendant la main vers une épée dotée d'une tête de loup géant pour pommeau, très semblable à celui de Fracas, tandis que d'autres hommes le frappaient à coups de couteau. Stannis tenta de hurler à Jon de se défendre, mais tout ce que fit Jon fut de le regarder avec des yeux totalement défaits avant de tomber à plat ventre dans la neige. Les yeux de Stannis se rouvrirent brusquement, et il respirait comme s'il venait lui-même de terminer une bataille. Il regarda autour de lui avec affolement, mais il n'y avait aucun signe de feu ou de neige d'aucune couleur. Ni de sang. Juste ses appartements dans la Forteresse Rouge. Stannis se demanda d'où venaient de tels cauchemars, s'ils étaient des signes quelconques, présages de ce qui aurait pu être ou de ce qui n'était pas encore arrivé. Normalement, il dédaignait de telles choses, laissant les septons s'enrouer à parler des signes envoyés par les dieux bienveillants. Mais ces images avaient été si réelles. Stannis secoua la tête, se leva et se versa un gobelet d'eau, l'additionnant de sel. Le soleil allait bientôt se coucher, et il se maudit pour avoir dormi si longtemps.

Si je pense vivre un cauchemar maintenant, les choses pourraient être bien pires. Elles le peuvent toujours.

Le roi Robert fut ravi de voir Jon, particulièrement quand il découvrit qui Jon avait capturé et dont il avait obtenu reddition. Le roi s'était pour sa part fort bien débrouillé. Miraculeusement bien, en fait. Après avoir galopé à travers le camp de Ser Kevan, il s'était dirigé tout droit vers la tente de Tywin Lannister sur la colline. Le camp de Lord Tywin était tout aussi ensommeillé et mal préparé à une attaque, et le roi Robert n'avait pas eu le moindre problème à poser son marteau de guerre sur la gorge de Lord Tywin avant que l'homme n'eût enfilé son armure pour la journée.

- Ser Jon ! Je croyais que tu étais tombé !

- Je suis bien tombé... dans un fossé.

Robert répondit à cela par un gros rire, bien que Jon n'eût pas tenté d'être spécialement amusant.

- Mais j'en suis sorti.

- Ça oui. Et capturé Ser Kevan tant que tu y étais !

- Mon loup géant a fait le plus gros du travail, pour être honnête...

Mais le roi ne voulait entendre aucune des humbles excuses de Jon, posant un bras charnu sur ses épaules et marchant avec lui.

- Qui d'autre ici peut contrôler une si terrible bête ? Tout juste comme ces foutus Targaryen et leurs dragons. Heureusement tous les dragons sont morts, sauf une petite fille perdue dans les déserts d'Essos d'après ce que mes espions me disent.

- Mes frères et sœurs ont tous des loups géants, commença Jon, mais le roi ne l'écoutait pas.

- Je voulais charger contre Tywin Lannister avec mon marteau depuis longtemps. Il est toujours si suffisant, si froid que Stannis a l'air rigolard en comparaison. De toute façon, tu aurais dû voir sa tête quand j'ai fait irruption dans sa tente...

Le roi Robert continuait à parler, racontant la bataille d'une voix forte tandis que lui et Jon traversait le camp de Renly. Des cris enthousiastes de "Votre Grâce !" et "Longue vie au roi Robert !" les suivaient. Jon se sentait mal à l'aise, et pas à cause de la prise serrée du roi autour de ses épaules. Des centaines d'yeux le suivaient, se demandant probablement qui il était et pourquoi le roi se conduisait si familièrement avec lui. Robert s'arrêta finalement devant une vaste tente verte gardée par des chevaliers portant des roses dorées. Un homme impeccablement vêtu avec une bedaine similaire à celle du roi en émergea.

- Votre Grâce ! Vous fûtes vraiment le héros du jour !

- Lord Tyrell ! tonna le roi Robert en réponse. Ce royaume est remis sur une bonne voie, un traître de Lannister enchaîné après l'autre.

- Lord Tywin voulait que je m'allie à lui, le saviez-vous ? Il disait que je devrais marier ma fille à son petit-fils Joffrey, et qu'il donnerait Accalmie à l'un de mes fils une fois que vous et Lord Stannis seriez plus courts d'une tête.

- Il ne s'est pas gêné, n'est-ce pas ? gronda le roi.

- J'ai refusé, bien entendu ! J'ai dit à Lord Tywin que je servais fidèlement mon roi.

Lord Tyrell semblait tout à fait sincère, mais Jon aurait parié son épée que le Seigneur de Haut-Jardin aurait été tout aussi fidèle à Lord Tywin si le roi avait été défait durant la bataille. Avec la promesse d'Accalmie, et de voir sa fille faite reine, Jon se demanda si le résultat de la bataille n'avait pas été décevant pour lui.

Stannis sera intéressé d'entendre tout cela, bien qu'il ne pense sûrement rien de bon de l'homme qui a tenté de le faire mourir de faim pour commencer.

Si le roi Robert trouva quelque chose de suspect dans les paroles de Lord Tyrell, cependant, il ne le montra pas quand une jeune fille du même âge que Jon apparut aux côtés de Lord Tyrell.

- Votre Grâce, puis-je vous présenter ma fille, Dame Margaery ?

Margaery était enveloppée d'un manteau de velours vert et sa chevelure était une cascade de boucles brunes coulant le long de son dos. Jon admit qu'elle était mignonne, mais il ne pouvait s'ôter de la tête à quel point elle paraissait déplacée dans le camp. A peu près comme si Shireen ou une de ses sœurs s'était retrouvée parmi les soldats. Le roi prit poliment la main de Margaery et y posa les lèvres. Ses yeux s'attardèrent sur elle.

- Espérez-vous être bientôt appelée 'Votre Grâce' vous-même ?

- Si mon père me l'ordonne, dit-elle.

Le roi Robert se mit à rire.

- Bien sûr, bien sûr. Pendant que je parle avec votre seigneur père, vous devez faire connaissance avec Ser Jon. L'autre héros de cette bataille !

Il disparut dans la tente, laissant Jon seul avec Margaery. Bon, il y avait beaucoup de gardes à roses dorées tout autour, mais en réalité ils étaient seuls. Jon ne savait pas trop quoi lui dire, bien qu'il fût tenté de dire qu'il était tout sauf un héros.

- Je regrette que mon frère Loras ne soit pas ici pour vous saluer, Ser, car je sais que vous vous êtes rencontrés précédemment, dit d'abord Margaery, un doux sourire sur son visage en forme de cœur. Il est assez désemparé depuis la mort de Lord Renly. Ils étaient de très bons amis, tout comme vous et Lord Stannis.

- Je... se lança Jon.

Je n'appellerais pas Stannis un de mes bons amis, même pas un ami. Il n'en a pas, exactement, bien qu'il y ait des hommes auxquels il se fie plus qu'à d'autres.

- Comment saviez-vous que je sers Lord Stannis ? Et que j'ai rencontré votre frère ?

- Loras m'a raconté votre visite à Accalmie, et m'a parlé de votre énorme loup géant blanc. J'ai entendu que vous n'avez jamais jouté auparavant ! Mes trois frères sont tous entrés en lice lors d'un tournoi ou un autre, et je suis sûre que l'un d'eux serait heureux de vous en dire plus.

Jouter ? Est-elle complètement aveugle à l'endroit où nous sommes et ce qui vient juste d'arriver ? Ou parle-t-elle à dessein de quelque chose d'aussi frivole pour adoucir le sérieux de notre situation ?

Jon décida d'accorder à Margaery le bénéfice du doute.

- Je dois prendre congé, ma dame, dit Jon en s'inclinant.

Margaery opina simplement, son sourire toujours intact.

Durant le reste de la journée, pendant que le roi Robert, Lord Tyrell et de nombreux autres seigneurs et chevaliers de haut rang décidaient quoi faire de Lord Tywin, Jon aida à ramasser les blessés et les morts sur le champ de bataille. Les hommes qui gémissaient étaient amenés immédiatement à une infirmerie de fortune où les maistres les séparaient plus précisément, en fonction de la sévérité de leurs blessures. Quant aux hommes qui ne gémissaient plus, eh bien… ils avaient déjà rejoint leurs dieux, et rien de plus ne pouvait être fait que de les aligner avec les autres morts. A l'occasion, des hommes inertes gisant à des angles bizarres avaient encore un pouls, et ils rejoignaient leurs frères blessés à la merci des maistres. Fantôme était assez doué pour renifler la vie, bien qu'il fût difficile de savoir si aucun de ces pauvres gens vivrait seulement pour voir le jour suivant. Il était presque trop facile de distinguer les morts Lannister de ceux qui avait combattu pour Renly ou Robert. Pas toujours à cause des manteaux rouges et des armures rouge et or mais par le manque de la moindre protection. Les Lannister avaient été pris complètement par surprise, et Jon commençait tout juste à comprendre l'ampleur du carnage auquel il avait participé.

Comme le travail physique était suffisant pour que Jon restât concentré, ses pensées se permettaient de dériver un peu. Il avait à présent vu par lui-même le roi Robert que les chansons avaient célébré, le cerf qui avait massacré des dragons. Le roi était un homme complètement différent du monarque paresseux que Jon avait observé de loin à Winterfell, avant que Stannis ne prît Jon comme écuyer et ne mît tout Westeros sens dessus-dessous avec la vérité au sujet des enfants royaux… Père avait dit une fois que Stannis et Robert étaient complètement différents, à la fois en comportement et en caractère. Mais puisque les deux aînés Baratheon étaient renommés pour leurs prouesses au combat, Jon avait supposé que la guerre était la seule chose qu'ils avaient en commun.

J'avais tort à ce sujet.

Jon avait eu la chance d'observer comment les deux hommes travaillaient quand les enjeux étaient élevés. Robert devait toujours être le premier hors des murs, le premier à franchir les lignes, hurlant et abattant tout ce qui se trouvait en vue. Il était un vrai guerrier, se fiant à ses muscles et pariant que son ennemi ne s'attendrait jamais à le trouver si audacieux. Stannis, par contre, n'était pas un guerrier, sans considérer comment il se débrouillait avec une épée. Stannis était un commandant, plus intéressé par la planification et l'exécution d'une guerre que le combat lui-même. Et il était doué pour cela, doué pour la stratégie et pour prédire ce que son ennemi ferait et ce qui était faisable pour lui. Le combat pouvait être laissé aux jeunes gens au sang chaud avides de la moindre excuse pour croiser le fer et répandre le sang. Quand ils travaillaient ensemble, un commandant et un guerrier pouvaient faire de grandes choses. Stannis et le roi Robert ne l'avaient-ils pas prouvé ? Pendant la rébellion de Robert, le roi avait abattu Rhaegar Targaryen tandis que Stannis tenait Accalmie et réalisait la prise de Peyredragon. Durant la Rébellion Greyjoy, Stannis avait astucieusement piégé et détruit la Flotte de Ferre, laissant la mer libre afin que Robert attaque Pyke et tienne Lord Balon à sa merci.

Ils ont si bien travaillé ensemble, ici.

Jon avait assisté directement à toute la planification que Stannis avait montée pour amener les Lannister devant la justice alors même qu'ils étaient sur Peyredragon – tous les corbeaux, toutes les disputes avec les seigneurs et les membres du conseil, et toutes les nuits blanches. L'échec de Renly avait inopinément balayé une partie de ces plans, mais le roi Robert y avait aisément remédié par une audacieuse chevauchée à l'aube.

Quel genre d'homme suis-je ? Le guerrier ou le commandant ? Le guerrier reçoit toute la gloire, bien qu'elle soit plus fondée sur la chance et la force brute. Le commandant a le métier le plus dur, et souvent il reste inaperçu à sa place derrière les lignes.

Jon soupira.

Ou peut-être ne suis-je qu'un gamin qui a eu sa chance de jouer à la guerre.

Il y eut un festin cette nuit-là. Le roi Robert insista pour que Jon s'assît à sa droite pour sa capture de Ser Kevan. Une fois de plus, beaucoup trop d'yeux furent braqués sur lui. Jon but trop de verres de doux vin d'été, car il était difficile de refuser quand le roi Robert pressait un gobelet incrusté de joyaux dans ses mains et annonçait un toast après l'autre. Tous les cris que Jon entendait étaient de joie et célébration, et le chant des épées entendu le matin avait fait place à celui des harpes et des luths. Jon se demanda d'où étaient arrivés de tels musiciens, car quel usage une armée pouvait-elle en avoir ? Fantôme avait reçu un cuissot de quelque chose, et personne ne dit rien que le loup traîna la viande par terre pour la manger juste derrière Jon.

- Quel est votre secret, Votre Grâce ? Comment un homme peut-il tuer Rhaegar Targaryen et piéger Tywin Lannister sans se fatiguer ? cria un chevalier avec un griffon rouge sur son surcot.

- Mon secret ?

Le roi Robert leva son gobelet.

- Être courageux ! Allez à chaque combat, chaque bataille sans se soucier de la mort. Sans aucune inhibition pour vous retenir, vous avez plus de liberté que vous ne pouvez l'imaginer !

Des vivats suivirent cette affirmation, bien que Jon ne s'y joignît pas.

Ce que disait Robert ressemble plus à de l'impulsivité que de la bravoure.

- Votre Grâce.

Deux hommes du Guet Municipal se matérialisèrent soudain derrière le roi, leurs manteaux d'or pendant derrière eux.

- Qu'est-ce ? demanda Robert, irrité.

- Votre Grâce, nous avons trouvé un membre de votre Garde Royale blessé sur le champ de bataille. Ser Mandon Moore.

- Ser Mandon ? Je l'avais laissé dans la Forteresse Rouge, gardant les bâtards incestueux de notre reine.

Les manteaux d'or échangèrent un regard, moitié peur et moitié appréhension. Les hommes festoyant autour du roi avaient fait silence.

- Nous suggérons que vous parliez tout de suite à Ser Mandon.

Ils refusaient d'en dire plus. Le roi Robert haussa les épaules, se leva et enjamba son banc.

- Ned, avec moi ! appela-t-il.

Il fallut à Jon un moment pour réaliser que le roi parlait de lui. Il ouvrit la bouche pour le reprendre, mais la referma aussi vite, se rappelant tout le vin d'été qui avait coulé librement durant la fête.

Il est trop ivre pour savoir que je ne suis pas mon père, mais s'en soucie-t-il seulement ?

Jon ne s'attarda pas à dessein sur ces pensées tandis qu'il se pressait de suivre le roi. Les manteaux d'or les menèrent à une tente discrète à côté de l'infirmerie de fortune. Ser Mandon était identifiable par son armure blanche, et son bras d'épée était en écharpe. Il se tenait à côté d'une table où un soldat Lannister défunt avait été déposé. Ce devait être un Lannister, car le corps était revêtu d'une armure rouge et or. Cependant, alors que Jon se rapprochait et découvrait le visage du soldat, le souffle lui manqua.

Dieux...

C'était le prince Joffrey. Jon se souvenait de lui insultant Robb sur le terrain d'entraînement de Winterfell, portant une tunique décorée de lions et de cerfs. La cause de la mort de Joffrey n'était pas évidente, mais les manteaux rouges étaient pratiques pour cacher le sang, après tout. Jon tourna le regard vers le roi, qui avait serré les poings. Son visage était curieusement neutre quand, en tout logique il aurait dû être pourpre de rage devant une telle scène.

- Que signifie ceci, Ser Mandon ? Vous avez abandonné votre poste.

La voix du roi était tout aussi dénuée d'expression que son visage. Ser Mandon lui jeta un regard noir.

- La reine Cersei m'a demandé d'amener discrètement l'héritier du Trône de Fer à son grand-père. Votre bataille était le moment idéal pour le faire, mais nous avons rencontré des... complications inattendues.

- Vous lui avez obéi ? Vous êtes membre de la Garde Royale, Ser Mandon. Vous servez le roi.

A présent Robert était en colère, et le dégoût était gravé sur son visage.

- La Garde Royale protège aussi la famille du roi, insista Ser Mandon. J'ai échoué dans mon devoir, car le prince est mort alors que je suis ici sans rien de plus qu'un poignet foulé ! De plus, la reine est plus digne de ma protection que vous.

- Gardes ! cria le roi.

Les hommes requis apparurent.

- Enchaînez Ser Mandon et jetez-le avec le reste des prisonniers bien nés. Son confort ne doit pas vous inquiéter.

- Oui, Votre Grâce, fut répété plusieurs fois tandis que le errant chevalier était emmené.

Les deux manteaux d'or qui avaient amené Jon dans la tente étaient toujours là. L'un d'eux s'adressa au roi avec hésitation.

- On dira que...

- Que quoi ? Que j'ai assassiné mon propre fils ?

Personne ne dit rien.

- Les hommes meurent à la guerre. Avec une armure et un manteau aux couleurs Lannister, comment aurait-on pu soupçonner que Joffrey n'était pas l'écuyer de quelque chevalier des Terres de l'Ouest ? Tellement d'entre eux ont les cheveux jaunes, c'est difficile de les différencier !

Jon pensa immédiatement au chevalier aux cheveux couleur sable et sa faveur aux dauphins.

Dites-lui...

La voix mourante résonna de nouveau à ses oreilles. -

Joffrey n'est pas mon fils. Joffrey n'a jamais été mon fils. Même quand je le pensais... il était toujours à elle.

La voix de Robert était froide, aussi froide que l'hiver et ses yeux d'un bleu profond ressemblaient à des ecchymoses.

- Que devrions-nous faire de son corps ?

- Mettez-le de côté pour Lord Tywin. Comme acte de bonne volonté, puisqu'il voudra sûrement enterrer les siens. Je n'en ai pour sûr aucune utilité.

Quand Jon put enfin s'éloigner du roi Robert, il se dirigea vers l'orée du camp. Cela lui prit un moment, puisqu'il y avait des milliers d'hommes s'affairant avec toutes leurs tentes, leurs chevaux, leurs catins... mais ils devaient bien finir quelque part. Port-Réal avec ses trois hautes collines se trouvait à l'est, et des étoiles scintillaient dans le ciel nocturne au-dessus de lui. La tête de Jon sonnait et il lui semblait qu'une éternité s'était écoulée depuis qu'il avait dormi, une éternité depuis qu'il avait ignoré la vue de tant de sang… Jon vomit promptement, vidant le contenu de son estomac sur l'herbe. Il tomba à genoux et continua ses hauts-le-cœur alors même qu'il savait ne plus rien avoir à recracher, sa bouche remplie d'un abominable goût aigre.

C'est tout le vin que j'ai bu, certainement. Pas étonnant que Stannis ne boive jamais.

Mais tandis que Jon s'essuyait la bouche sur sa manche, il se demanda s'il ne se mentait pas à lui-même. Il avait vu beaucoup de choses aujourd'hui qu'il aurait aimé ne plus se rappeler, jusqu'au roi Robert fixant sans émotion le corps de Joffrey. Fantôme frotta son museau contre sa hanche. Jon caressa la fourrure de son loup, remarquant les nombreuses taches sombres sur la robe normalement blanche. Elles auraient pu être de la boue, mais du sang était tout aussi probable. Fantôme avait arraché son compte de gorges ce jour-là.

Je le sais parce que je l'ai goûté moi-même.

Jon passa ses doigts dans ses cheveux, se forçant à prendre une profonde inspiration.

Si quelqu'un demande si je suis malade, je dirai que j'ai juste bu trop de vin. Ce n'est pas un mensonge.


Notes:

"Le silence se répand. Je parle et dois parler. Alors je lui parle et je lui dis : 'Camarade, je ne voulais pas te tuer. Si tu sautais encore dans ce trou, je ne le ferais pas, si tu voulais bien être raisonnable aussi. Mais tu n'était qu'une idée pour moi, avant, une abstraction qui vivait dans mon esprit et appelait une réponse approprié. C'est une abstraction que j'ai poignardée. Mais à présent, pour la première fois, je te vois comme un homme semblable à moi. J'ai pensé à tes grenades, ta baïonnette, ton fusil : maintenant je vois ta femme et ton visage et notre camaraderie. Pardonne-moi camarade. Nous le voyons toujours trop tard. Pourquoi ne nous disent-ils jamais que vous êtes de pauvres diables comme nous, que vos mères sont tout aussi angoissées que les nôtres, et que nous avons la même peur de la mort, et la même agonie et la même souffrance. Pardonne-moi camarade comment aurais-tu pu être mon ennemi ? Si nous jetions ces fusils et cet uniforme, tu pourrais être mon frère…

Paul dans A l'Ouest Rien de Nouveau, d'Erich Remarque.

L'inspiration for le duel de Jon avec le chevalier Lannister et sa trouvaille de la faveur portée par le mort vient du fameux A l'Ouest Rien de Nouveau d'Erich Remarque, un roman anti-guerre raconté du point de vue d'un jeune soldat allemand durant la Première Guerre Mondiale. Bien que Paul ait tué beaucoup d'hommes avec son pistolet et ses grenades, la première fois qu'il tue personnellement quelqu'un est quand il tombe dans un trou d'obus avec un soldat français. Le Français attaque Paul, aussi Paul sort son couteau pour se défendre, et finit par poignarder son ennemi. Cependant, Paul remarque le portefeuille du Français et regarde la photo de sa famille et toutes les lettres qu'ils lui ont écrites. Paul est submergé par le remord exprimé dans le passage ci-dessus et en vient à l'horrible réalisation qu'au lieu de tuer un démon, il a tué un homme comme lui. Là je n'essaye pas de changer Jon en pacifiste ou de l'amener à exprimer une philosophie anti-guerre, mais je veux vraiment le montrer réalisant que la bataille n'est pas la chose glorieuse que toutes les chansons prétendent.

Si on y réfléchit, Jon a très peu combattu dans le canon. Bien sûr, il a tué Orell (dont le souvenir le blesse littéralement) durant une Bataille de Rois et dans Une Tempête d'Épées il tire des flèches depuis les hauteurs durant la bataille pour le Mur (puisqu'il pouvait à peine marcher après s'être enlevé une autre flèche de la cuisse !), mais c'est tout. De même, la décapitation de Slynt est plus une question de se débarrasser d'un ennemi politique à qui cela pendait au nez que Jon désirant vraiment couper une tête. Il arrive à la conclusion éclairée que les sauvages ne sont pas le véritable ennemi dans Une Danse avec les Dragons, aussi je ne pense pas qu'il soit aberrant pour lui de ressentir du remord dans cette histoire. De plus, j'ai toujours vu Jon plus comme un commandant qu'un guerrier. HBO a certainement une opinion différente, car laisser leur bon petit héros boitiller durant la bataille pour le Mur et ne pas pouvoir faire des choses comme un saut périlleux hors de la cage du treuil (l'épée à la main, bien sûr !) serait mauvais pour l'audience…