« Luck be a lady … tala tala tala tala … Luck be a ladyyyyyy ! » étais-je en train de chanter à tue-tête dans ma salle de bain. Une serviette autour de mon corps et un autre enroulant ma longue tignasse blonde sur ma tête. La brosse à dent dans les mains en guise de micro, je prenais mon propre reflet dans le miroir pour mon proche public.
Et je m'aimais beaucoup, ça c'était une évidence… Hum… La carrière de chanteuse m'aurait bien plue, tout un coup. Mon nom de scène ? Eternal Rose. Parce que j'étais immortelle, je chanterais pour eux jusqu'à la fin des temps, qu'ils aiment… ou qu'ils aiment pas, merde.
Alors que je reprenais à nouveau le refrain en poussant le volume encore plus fort, j'étais vraiment trop bien lancée dans mon interprétation très réussie de Frank Sinatra pour arrêter sec ma choré, lorsque trois coups frappés à la porte me parvinrent aux oreilles ainsi que l'odeur de mon frère en prime, je ne fis rien pour l'en empêcher de rentrer et terminer mon solo de trompette.
- Rose ! ROSE ! bougonna Edward en hurlant par-dessus ma voix. Emmett est réveillé !!!

J'arrêtai là de faire, littéralement, la conne. Ces quatre derniers jours avaient été un vrai supplice pour moi. J'étais nerveuse à tout casser sur mon passage, à en perdre l'équilibre, à perdre mes mots en pleines conversations ! Je faisais alors tout, mais absolument tout pour me distraire. Je faisais l'idiote en gros. Genre imiter Frank Sinatra devant mon miroir.
Mais Edward m'avait ramené à la réalité en un coup sec.

Emmett était réveillé.

Mon Emmett était réveillé.

En quatrième vitesse, j'épongeai mes cheveux, me séchai le corps et enfilai mon pyjama en satin rose. C'était pas ultra sexy… mais bon. Je crois que ma tenue sera le dernier de ses soucis, franchement. Il se rappellera probablement même pas de moi, en fait. Et moi, j'en faisais tout un fromage de ce garçon. J'en étais littéralement dingue !
Alors qu'Edward marmonnait des bribes furieuses incompréhensibles en me priant de me « grouiller les fesses », je sortis de la salle de bain et m'envolai dans le sous-sol.
J'atterris avec grâce au côté d'Esmé qui me faisait dos et observai attentivement la scène devant moi.
Si j'avais été humaine, mon cœur aurait battu la chamade.
Si j'avais été humaine, j'aurais tremblé de tous mes membres.
Si j'avais été humaine, j'aurais probablement dû ravaler des larmes.
Parce qu'il était beau, encore plus beau que ce que je n'avais imaginé. Et c'est peu dire !
Mon Emmett et un grand gaillard bien bâti, la peau aussi pâle et lisse que la nôtre. Ses cheveux courts d'un noir de jais étaient ébouriffés dans tous les sens, lui donnant un air très bestial. Très sexy.
Edward me fit un coup de coude.
Je repris mon analyse. Il était assis dans un lit au fond de la pièce, Carlisle à son chevet, lui expliquant avec regret les changements de sa nouvelle vie. Emmett ne semblait pas vraiment effrayé. Plutôt… excité. Etrange. Mais cette excitation avait fait naître un petit sourire aux commissures. Je craquais littéralement, mon Dieu !
Et puis vint ses yeux, qui fixaient avidement Carlisle. Ses pupilles étaient diablement rouges comme le sang, signe de famine grave. Mais il était parfait. Voilà, parfait. Pas d'une perfection sans défaut comme Edward, mais d'une perfection plus naturelle. Et il était mien, quoiqu'il en dise ou pense.
- Pourquoi avez-vous été si long ? gronda Esmé en haussant à peine la voix.
- C'est Rose, m'accusa Edward, elle s'est enfermée dans la salle de bain pendant vingt minutes à faire je ne sais quoi.
- Vingt minutes ? m'offusquai-je, indignée. N'exagère pas, Edward, c'était deux minutes à peine…
- C'est vrai qu'Emmett s'est réveillé il y a une vingtaine de minutes, marmonna alors Esmé en regardant sa montre. Désolée, Rose.
- Incroyable…
Je leur tournai le dos, toujours offusquée, et braquai mon vampire des yeux. Je le voulais, c'était indiscutable.
Le monde, bizarrement, ne tournait plus qu'autour d'Emmett. Cet ex humain et vampire nouveau-né dont j'étais déjà littéralement et indéniablement amoureuse. J'avais été plus forte que Zeus en le ramenant en vie, et ce n'était pas pour rien ! Quelque chose… une impression, m'avait dit que ce garçon devait me rencontrer. Comme Carlisle devait rencontrer Esmé. Comme Edward devra rencontrer quelqu'un de la même manière que la mienne.

Emmett but les paroles de mon père pendant encore quelques minutes avant que Carlisle ne se tourne vers nous, un bras tendu vers Esmé.
- Voilà ma femme, Esmé. Et voilà Edward et Rosalie… nos… enfants, en quelque sorte.
Mon frère fit un simple geste de la main tandis que je restai complètement figée. Emmett avait posé ses yeux sur moi et ne me lâchait pas du regard. J'aurais tant voulu avoir le don d'Edward ne fus-ce qu'une seconde, rien que pour savoir ce qui lui passait par la tête.
- Il se dit qu'il t'a déjà vue quelque part, me dit Edward d'une voix à peine audible.
- L'ange ! s'exclama alors Emmett d'une voix grave et mélodique. C'est elle, l'ange dont j'ai rêvé !
Je me serais probablement empourprée si je n'étais pas vampire. Carlisle m'invita à m'approcher et je m'exécutai, toujours l'air stoïque.
- C'est Rosalie qui t'a sauvé, expliqua mon père avec fierté. Elle t'a trouvé en mauvaise posture avec un ours et…
- Oui, l'ours ! s'exclama encore Emmett en se redressant d'un coup, les yeux ronds. Je me rappelle… je suis arrivé en plein sur son territoire alors qu'il chassait… Mais je ne me souviens plus trop du reste.
Il me lança un regard perdu et baissa la tête.
- Tout a l'air si… bizarre, quand j'essaye de me rappeler. Noir… flou…
- C'est normal, expliqua Carlisle avec regret cette fois, nos souvenirs d'humain s'estompent avec le temps… Personnellement, je n'en ai plus aucun. Edward et Esmé non plus, d'ailleurs.
Emmett se tourna alors vers moi.
- Et toi, tu te rappelles ?
Je me raidis brusquement. Je n'en voulais pas à Emmett de remettre cette histoire horrible sur le tapis. Il ne savait pas. Mais les derniers instants de ma vie étaient gravés dans ma mémoire aussi clairement que si je l'avais vécu la veille.
Carlisle dut voir mon malaise car il répondit précipitamment à ma place :
- Rose est plus jeune que nous. Elle a encore certains souvenirs… mais très peu.
Edward s'approcha alors de nous, tout comme Esmé. Ils brisèrent la barrière de distance qu'ils avaient établi.
- Rose t'expliquera ça après si elle le veut bien, dit-il à l'adresse d'Emmett dont le visage s'éclaira soudainement.
- Hé ! Comment tu fais ça ? T'as des pouvoirs, c'est ça ? Moi aussi, je peux le faire ?
Tout le monde pouffa de rire, sauf moi. J'étais comme tétanisée.
- C'est ce qu'on appelle un don, dit Edward. Certains vampires en ont, d'autres pas… je ne sais pas si tu en as un.
- En tout cas, fit remarquer Carlisle, pensif, tu peux être sûr que tu seras probablement très très fort. Ta carrure m'a l'air vachement solide. Ca pourrait compter comme un don, cette force.
Emmett semblait éperdument ravi de sa situation, et cela me soulagea intérieurement. J'avais tellement eu peur d'avoir accepté une horreur. Qu'il m'en voudrait pour le reste de mon existence… mais non, mon vampire semblait presque heureux d'être un vampire recueilli dans une famille d'inconnus.
Carlisle lui promit qu'Edward l'accompagnerait chasser après, pour faire cesser la brûlure incessante de sa gorge, mais qu'avant, il devait encore subir quelques blabla supplémentaires. Mon père se releva de son chevet et me prit par les épaules en m'envoyant une onde de calme. Son regard apaisé me rassura, me donna du courage.
Ma mère me caressa brièvement les cheveux avant de prendre la main de son mari et de s'en aller en compagnie d'Edward, me laissant seule avec Emmett.
Ce dernier regardait les autres Cullen partir avec curiosité.
J'inspirai une longue bouffée d'air et son odeur vanillée me fit légèrement sourire. Je me débloquai les membres et m'approchai encore de lui. Je pris la place de Carlisle à son chevet et plantai mes yeux aux pupilles mordorés dans les siennes, rouges comme le sang.
- Emmett, commençai-je, je crois que nous devons parler.
Il me gratifia d'un sourire franc, m'incitant à continuer.
- Heu… Disons que c'est compliqué. Si je t'ai sauvé, ce n'est pas parce que je suis un super héros au service du peuple.
- Je sais, acquiesça-t-il, toujours sourire.
- Tu sais ?
- Continue, mais je crois que je sais.
- Ah.
Un peu déstabilisée, je haussai néanmoins les épaules.
- Quand je t'ai senti… une chose étrange s'est produite. Une envie de sang anormale, trop forte pour être banale. Et quand je t'ai vu, j'ai aussitôt réalisé que tu ne pouvais pas mourir, ou sinon… je ne sais pas, j'allais en pâtir énormément.
Je baissai la tête, un peu gênée de faire une telle déclaration à un inconnu. Il allait me prendre pour une cinglée, c'était sûr. Mais Emmett continuait de me sourire, il n'avait ni l'air surpris, ni terrorisé.
- C'est ce qu'il s'est passé entre Carlisle et Esmé, me dit-il doucement.
Je relevai la tête, étonnée qu'il le sache.
- Carlisle me l'a dit la tantôt, quand tu te… préparais dans la salle de bain. Il m'a mit la puce à l'oreille en me racontant son histoire d'amour avec Esmé avant de me dire que tu seras quelqu'un d'important pour moi. Je m'en suis douté.
- Oh.
Carlisle savait être si prévoyant, parfois. Il avait pris soin de me faciliter la tâche du mieux qu'il le put. Ne sachant pas vraiment ce que je devais dire, je le laissai prendre la parole.
- Pourquoi tu as l'air triste ? On dirait que tu viens de m'annoncer que Diana Ross et The Supremes se sont séparées !
Je ne pus réprimer mon éclat de rire.
- Bon, d'accord. Tu veux que je te dise, Rosalie ? J'ai faillit être le casse-croûte d'un ours, la plus magnifique des femmes au monde est venue me sauver pour me rendre immortel et pour passer l'Eternité à mes côtés, et tu crois que je vais en chialer ? Enfin, bon, apparemment je ne sais même plus le faire. Tant mieux, ça renforce ma virilité.
Il me regarda droit dans les yeux et me sourit à nouveau.
- Tu as l'air de prendre ça si bien, dis-je en un souffle.- Ma vie d'humain n'était pas terrible, dit-il en haussant les épaules. Pas terrible du tout, même. Et puis, ça a l'air tellement cool d'être un vampire ! A part la partie de la soif, c'est tellement génial ! Tu manges pas, tu dors pas, tu vas plus aux toilettes, t'es fort et rapide, t'as tous tes sens en éveil, c'est ter-ri-ble !
Je souris mais ne posai pas de question sur sa vie d'avant. Il pourra me la raconter quand il se sentira prêt, tout comme moi.

Emmett partageait mon point de vue. Il m'était totalement reconnaissant de l'avoir sauvé des griffes de l'ours et était tout simplement enchanté du pourquoi je l'avais sauvé. Si il m'était destiné, c'est que j'étais aussi la compagne dont il avait besoin pour le restant de nos jours.
Je lui expliquai mes débuts en tant que vampire, mon repli sur moi-même, notre haine inavouée avec Edward, notre réconciliation, la forte complicité qui nous liait étroitement aujourd'hui. Je lui racontai avec passion et dévouement la manière dont les Cullen s'étaient si bien occupés de moi, et qu'on ferait pareil pour lui.

Quand je vis que sa gorge commençait à lui arracher des grimaces de douleur, je l'accompagnai dehors, l'observant gaiement alors qu'il découvrait ses nouvelles capacités.
- Alors comme ça, ici, les vampires y bouffent du sang animal au lieu de sang humain ? s'exclama-t-il en regardant autour de lui, sur le perron de la porte. Ca me convient.
J'appelai Edward pour qu'il nous accompagne chasser pour sa première fois.
- Oui, dis-je ensuite. Avec le temps, tes yeux deviendront dorés, comme les nôtres.
- Tu auras quand même toujours le plus beau regard de la Terre, souffla-t-il avec innocence en sifflotant.
Je souris, consciente de son petit jeu. Il me… draguait ! Et comme je trouvais cela parfaitement plaisant et pas du tout déplacé, je le laissai continuer.
- Merci.
Une odeur familière me parvint et Edward se matérialisa devant nous. Il prit Emmett par les épaules et lui fit quelques tapes amicales.
- Tu vas voir, c'est très simple. Ca se fait à l'instinct, tu n'auras qu'à te laisser aller. Tu sens la bête, tu vois la bête, tu attaques et tu bois. Et ainsi de suite jusqu'à ce que tu n'aies plus soif.
Emmett acquiesça et les garçons commencèrent à courir vers la forêt. En quelques secondes, je revêtis un pantalon noir et une chemise blanche avant de me lancer à la poursuite de mon frère et son apprenti.
Je retraçai rapidement leurs odeurs et les surpris au beau milieu d'une petite clairière, s'abreuvant tous les deux d'un cerf.
Emmett avait le visage et la chemise baignés d'un sang rouge flamboyant. Cela me fit sourire en me rappelant ma propre première châsse avec Carlisle et Esmé.
J'en avais partout. Dans les cheveux, sur mon visage, sur ma robe… et j'étais terrifiée de l'apparence grotesque que j'avais. Esmé m'avait rassuré, me disant que j'apprendrais à me nourrir proprement avec l'habitude. Et c'est ce qu'Edward fit à son tour.

Avec un petit sourire, je me délectai de les regarder chasser ensemble. Les deux hommes de ma vie. Mon frère et… Emmett. Edward ferait à nouveau un grand frère parfait, celui qu'Emmett aura besoin dans le futur.
La perspective de ne plus être seule dans cet univers parallèle m'avait noué les entrailles depuis que je l'avais rencontré à moitié mort dans la forêt. Non, mon existence ne sera peut-être plus aussi monotone qu'elle l'avait été cette dernière vingtaine d'années.

Et voilàààà ^^ assez court, je sais, mais ces derniers temps je travaille alors entre mes siestes et mes heures de boulot, je fais de mon mieux =/ Vous avez aimé la suite et fin de l'OS ? (ou plutôt… du Two-Shots ?) Si vous avez des idées ou des passages de la vie de Rose que vous aimeriez, n'hésitez pas à me le dire, mon imagination n'est pas hyper débordante ces derniers temps x)