Harry se réveilla avec une légère appréhension. C'était enfin le grand jour. Il tourna la tête vers le lit de son frère, et remarqua que celui-ci était déjà réveillé. Drago le regardait, laissant paraître légèrement sa crainte mais surtout son excitation. Il caressait Falcon qui ronronnait sur ses genoux.

-Tout va bien se passer Harry. Je serai là pour toi, ne t'inquiète pas.

Harry reprit contenance et enferma ses expressions au fond de lui.

-Je ne vois pas de quoi tu parles Drago. Un Malfoy n'a pas besoin de la condescendance de quelqu'un d'autre.

-Sauf quand ce quelqu'un d'autre est son frère, sourit le blond, nullement dupé par la fausse assurance de l'autre.

Harry sourit à son tour puis lui tira la langue avant de se lever d'un bond de son lit pour courir s'étaler sur Drago.

-Drake, tu vas souffrir le martyr si tu oses raconter que j'ai eu un peu peur avant la rentrée ! Je te jure que tu regretteras le jour où Père et Mère ont décidé de m'adopter !

Drago éclata de rire et se rendit, mains levées.

-Oui, oui Ô sérénissime grandeur ! Mais n'oublie pas que ça sera pareille de mon côté… Parce que moi aussi je ne suis pas tout à fait rassuré, forcément !

Passé cela, ils descendirent et se préparèrent.

La famille au grand complet se rendit sur le quai de la gare, y retrouvant celles de Crabbe et Goyle. Pansy aussi se trouvait là et courut vers Drago et Harry.

-Hey les garçons, coucou !

Elle aussi était amie avec les deux frères adoptifs. Ils saluèrent tous leurs parents et montèrent dans le train pour s'asseoir dans un wagon encore vide.

-Celui-là.

Harry indiqua un wagon tout à l'arrière du train, où ils pourraient être tranquilles et faire des bêtises sans se faire trop remarquer. Ils s'assirent tous ensemble, chahutant sans prendre garde aux préfets qui passaient pour leur dire de se calmer. Monsieur et madame Malfoy avaient suffisamment parlé de Poudlard à leur fils pour qu'ils ne s'inquiètent pas de leurs actes et qu'ils aient hâte de découvrir les couloirs mythiques de l'école.

Quand une fillette en tenue débarqua dans le wagon et leur demanda s'ils n'avaient pas vu un crapaud, qu'un garçon aurait perdu, le petit groupe éclata de rire. Harry pouffa et regarda avec dédain la brunette échevelée. Celle-ci laissa glisser son regard sur lui et s'arrêta, l'air choqué, sur son front. Il fronça les sourcils et elle ne rajouta rien mais se mordit la lèvre, comme si elle se retenait de justesse de commenter quelque chose.

Ils lui demandèrent de sortir sans ménagement et finirent de mettre leur uniforme. C'est-à-dire, mettre leur cape car ils portaient déjà tout auparavant, ne craignant pas le regard des moldus dans la gare. Ils descendirent du train lorsque celui-ci s'arrêta dans la gare de Pré-Au-Lard, et se rassemblèrent avec toutes les premières années, devant un homme immense avec une barbe.

-Papa nous en a parlé… C'est Hagrid, le garde-chasse !

Harry dévisagea l'homme que Drago pointait du doigt. L'adulte était souriant et attentif, contrairement à ce que lui avait dit son père adoptif. Cependant il fit la moue, vite désintéressé de cet être hideux.

-J'espère que tous les professeurs ne seront pas comme lui, siffla-t-il.

Ils embarquèrent dans les barques, puis s'entassèrent dans l'escalier, attendant qu'une vielle sorcière revienne. Elle leur avait parlé des différentes maisons et leur avait dit d'attendre en attendant que tout soit prêt pour les recevoir dans la grande salle. Harry sourit à Drago, se mettant ainsi de profil. Il entendit alors, à quelques pas de lui, un hoquet de surprise puis son prénom soufflé comme si c'était un mot sacré.

-Merlin ! C'est Harry Potter !

Harry se tourna vers le garçon qui avait dit cela. C'était un rouquin tout en longueur, trop grand pour ses vêtements trop vieux. Il le regarda de haut, la bouche plissée, déjà agacé à l'avance de cette renommée qu'il n'avait pas cherché à avoir.

-Et tu es…

-C'est certainement un Weasley, Harry, se moqua Drago à ses côtés. Tu as vu comment il est habillé et ses cheveux ?

Harry dévisagea le garçon qui était devenu rouge tomate. Il pencha la tête sur le côté et soupira.

-Il ne manquait plus que ça. Tomber sur un rouquin qui a certainement entendu parler de moi par ses parents comme si j'étais leur sauveur… Drago, j'espère qu'il ne cherchera pas à se coller à nous.

-Hey ! Je suis là je vous signale, s'offusqua le rouquin. Et j'ai un nom ! Je suis Ron Weasley.

-Oui, peut m'importe à vrai dire, balança Harry en se détournant car le professeur arrivait.

Elle fixa son regard un instant sur celui qui semblait être le centre de l'attention de tous les jeunes dans les escaliers. Un garçon bien habillé, aux cheveux assez courts mais pas assez pour cacher leur tendance à être indomptable malgré l'attention qui leur était clairement apporté. Elle eut un temps d'arrêt lorsqu'elle nota la cicatrice sur son front, mais se reprit bien bite en notant l'air hautain sur son visage.

-Le Choipeau vous attend.

Harry s'engagea alors dans l'immense salle aux côtés de son frère, l'air fier. Un chapeau était posé à l'autre extrémité. Ils s'avancèrent et furent appelés les uns après les autres. Drago passa avant lui et fut directement envoyer à Serpentard. Il sourit et fit un clin d'œil au brun, puis, passant à côté de lui, lui chuchota :

-A tout de suite !

Le rouquin alla chez Gryffondor. Quand vint enfin son tour, Harry perçut des murmures agaçants passant entre les tables, à la vue de sa cicatrice et du nom par lequel l'avait appelé le professeur « Harry Potter Malfoy ». Il soupira, s'avança et s'assit.

« Mmm… Intéressant, siffla la voix magique dans son oreille. Tu as beaucoup de potentiel jeune homme !

-Vous ne pourriez pas plutôt m'envoyer directement à Serpentard plutôt que de discuter ?

-Pourquoi es-tu si sûr que c'est à Serpentard que je vais t'envoyer ? »

Harry ricana et grinça :

« Je ne suis certainement pas un Poufsouffle ni un Serdaigle, et encore moins un Gryffondor !

-En es-tu si sûr ? Tu es courageux, semble fidèle à ce que tu considères comme important, curieux et aimant le pouvoir… Tu as multiple qualités et des défauts…

-Aller, décide-toi une fois pour toute, pour que je rejoigne mon frère !

-Je n'ai pas dit que tu le retrouverais… Gryffondor ! »

Le cri du chapeau fit sursauter Harry, pas tant pour son niveau sonore, que pour le coup de couteau qu'il eut l'impression de recevoir en pleine poitrine.

-Non… Non, tu n'as pas le droit de me faire ça !

Il se tourna vers madame McGonagall et écarquilla les yeux, choqué. Comme s'il était dans le brouillard, il se leva en tremblant, et chercha du regard Drago. Il découvrit les yeux de celui-ci fixés sur lui, l'air blessé, et presque dégouté. Il retint un cri de rage –sa fierté lui interdisait de se rentre encore plus misérable– et se dirigea donc vers la table opposée au blond. Il dut s'asseoir à côté du jeune Weasley, mais passa tout le temps que dura le repas le regard rivé sur son frère adoptif, la tête haute mais l'assiette vide, ne désirant pas engager la discussion avec d'autres gens.

-Non, monsieur Potter, vous ne pouvez pas changer de maison, s'offusqua la directrice de Gryffondor, le soir même, dans un coin de la salle commune.

-Mais madame, il y a du avoir une erreur ! Je ne peux pas être ici !

-Et bien apparemment si, nota-t-elle sarcastiquement avant de se détourner et de quitter la pièce sans plus discuter.

Harry se retint de donner un coup de poing dans le mur à côté de lui, un homme sur la peinture avoisinante le regardant avec suspicion. De plus ce n'était pas digne d'un Malfoy de perdre son sang-froid. Harry ignora l'homme, et s'enfuit dans la direction qu'avaient prise les Serpentard après le dîner. Heureusement pour lui, il trouva Drago adossé à un mur, près de l'entrée des cachots de Severus.

-Drake !

Drago redressa vivement la tête et fronça les sourcils.

-Qu'est-ce que tu fais là Harry ? Et ne m'appelle pas comme ça ici ! On est plus des gamins !

Le regard d'Harry devint alors froid et Drago se sentit mal d'avoir été aussi méchant avec son frère adoptif. Il fit une moue désolée puis enchaîna :

-Pourquoi Harry ? Pourquoi tu es allé à Gryffondor ? Ça va être tellement compliqué maintenant…

-Je n'en sais rien… Je lui ai pourtant demandé de me mettre à Serpentard ! Il n'a pas voulu m'écouter !

-Tu ne comprends pas Harry ! Père va être furieux lorsqu'il va l'apprendre ! Et nous ne pourrons plus nous voir, ni nous parler souvent…

-Pourquoi ? Je suis toujours ton frère ! Pourquoi on ne se parlerait plus, ou ne se verrait plus ?

Drago ne répondit pas mais secoua la tête avec un soupire. Il se détourna, s'arrêta un instant, chuchota un « désolé » à peine audible, et disparut au détour du couloir.

Harry se laissa glisser le long du mur à côté de lui, laissant ses sentiments prendre enfin légèrement le dessus.

-Monsieur Potter Malfoy, veuillez vous lever et venir me rejoindre dans mon office s'il-vous-plait.

Harry se releva en reconnaissant la voix de Severus, et courut se réfugier dans ses capes noires. L'homme se raidit un instant, mais la seconde suivante, il enroulait ses bras autour des frêles épaules de l'enfant et le réconfortait. Rogue fit entrer Harry dans sa salle de classe et ferma la porte derrière lui.

-Calme-toi Harry, cela ne sert à rien de se mettre dans un tel état. Crois moi, j'ai connu la même situation et…

Harry redressa soudain son visage étonné et dévisagea Rogue, à la recherche d'une réponse sur ce visage cireux.

-Vous avez connu la même situation ? Comment ça ?

-J'avais… Une très bonne amie avant d'arriver à Poudlard. Mais elle est allée à Gryffondor et moi à Serpentard…

-Oh…

Harry regardait Severus avec un regard nouveau. Le parrain de son frère adoptif avait donc vécu la même chose que lui…

-Et comment ça s'est arrangé ?

Le professeur détourna le regard, s'approcha de son bureau et soupira.

-Au début, on a dû apprendre à faire fi de ces différences… Et ça s'est à peu près arranger. Mais il est vrai que ça nous a quand même énormément éloignés…

-Qui est-ce ? Je ne vous ai jamais entendu la mentionner, et je ne crois pas l'avoir jamais rencontré.

Severus secoua la tête, comme pour chasser un mauvais souvenir.

-Ça n'a plus d'importance. Elle n'est plus là…

-Oh, Harry baissa la tête, pardon.

Severus reprit un regard froid et commenta :

-Un Malfoy ne s'excuse pas il me semble. Arrêtez donc de vous affliger pour des choses sans importance et montrez-vous comme le Serpentard que vous êtes au fond de vous, malgré cette… Erreur mal venue.

Harry se redressa donc et reprit une expression digne.

-Bien. Maintenant rentrez dans votre maison et faîtes honneur à votre nom. N'écoutez pas ces idiots et méprisez-les s'il le faut.

-Bien professeur. Bonne soirée professeur.

Severus regarda l'enfant repartir dignement, se sentant gêné d'être aussi froid avec un enfant qui ne demandait que du soutien. Mais ce contact n'aurait pas été bon pour lui et il ne l'aurait pas compris. D'ailleurs son éducation chez les Malfoy avait vite repris le dessus et Rogue était prêt à parier que s'il avait été plus attentionné envers le garçon, celui-ci en aurait été tout autant offusqué que par son rejet.

Harry repartit donc, plus rassuré qu'auparavant. Il rentra dans la salle commune des Gryffondors et s'installa dans un coin après avoir récupéré dans sa malle un livre qu'il avait emporté. Quelques instants plus tard quelqu'un vint interrompre sa lecture, mettant ainsi sa patience à rude épreuve.

-T'es Harry Potter, non ?

Harry ne releva même pas la tête et ricana.

-Si tu oses encore une fois me parler comme si nous étions des semblables il t'en coûtera très cher.

-Mais…

Le brun releva la tête et vit un garçon rondouillet, l'air terriblement gêné.

-Je suis désolé, je…

-Je m'appelle Harry Malfoy… Né Potter, à la rigueur. Mais ce nom ne m'est relié que génétiquement. Je ne suis pas un Potter en mon fort intérieur.

-Malfoy, couina le garçon face à lui. Je pensais avoir mal entendu tout à l'heure. Comment…

Harry soupira mais prit la peine d'expliquer, assez fort pour que tous les gens dans la salle, qui s'étaient tournés vers eux, l'entendent :

-J'ai été élevé par la noble famille des Malfoy, que je considère depuis toujours comme mon unique famille, et je ne tolèrerai pas qu'on me parle d'un passé qui n'est pas le mien.

-C'est le tien, quoi que tu en dises, grommela une voix devant la cheminée.

Harry remarqua le rouquin de tout à l'heure et arqua un sourcil :

-Tu es le Weasley c'est ça ?

-Ron. Et tu ferais bien de te faire plus discret. Je te ferai remarquer que quoi que tu en dises, le Choipeau t'a mis avec nous chez les Gryffondors pour une certaine raison… Et ce n'est certainement pas parce que tu as grandi chez les Malfoy !