Chapitre 4

Un instant, Rita resta sans voix, interloquée. Qu'avait dit Narcissa Malefoy ?! Ce ne pouvait pas être vrai, Celui-dont-on-doit-taire-le-nom était mort !

Sauf que Rita savait que tel n'était pas le cas. A cause des Horcruxes.

« Qu'est-ce que tu dis, ma chère ? demanda-t-elle d'une voix légèrement altérée.
- Je… il faut que je m'en aille, répondit Narcissa, visiblement mal à l'aise.
- Tu disais que le Lord Noir n'était pas mort comme nous le pensions tous, coupa Rita, la retenant par le poignet. L'as-tu vu ?! Véritablement ?
- Lucius n'aimerait pas… Il faut vraiment que je parte, ma tante, Drago a besoin de moi. »

Doucement mais fermement, la jeune femme se dégagea de l'étreinte de celle qu'elle prenait pour sa tante. Rita ne voyait vraiment pas comment la retenir sans trahir son personnage. Qu'aurait fait Walburga Black, à sa place ? Rien, probablement. La vieille femme était au-delà de ces considérations politiques, maintenant.

« Narcissa… reprit-elle cependant. Si tu as besoin de quoi que ce soit… Concernant Drago… »

La jeune femme hésita un instant, avant de hocher la tête.

« Merci, ma tante. Mais Lucius veille à ce que tout aille bien pour nous, nous n'avons rien à craindre. »

Elle ne semblait pas particulièrement convaincue par ce qu'elle avançait. Si Rita avait eu un cœur, elle aurait presque eu pitié pour elle. Mais elle était surtout frustrée. Frustrée de ne pas en avoir appris davantage.

Si elle pouvait fausser compagnie à tous ces messieurs terrés place Grimmaurd, peut-être arriverait-elle à s'introduire chez les Malefoy ? Quoique la perspective de se trouver face au maître des Mangemorts avait de quoi la refroidir quelque peu.

« Tiens-moi au courant de la santé de ce cher petit, Narcissa, ajouta-t-elle, alors que la jeune femme s'apprêtait à la quitter. Tu sais que l'enfant et toi serez toujours bien accueillis ici.
- Je sais, ma Tante. Merci pour votre accueil. »

Rita regarda la porte du salon se refermer, à la fois confuse et extrêmement excitée.

« Bon sang… ! » murmura une voix, près d'elle.

Elle sursauta, tandis que Regulus Black se débarrassait de la cape d'invisibilité. Elle avait complètement oublié sa présence ici.

« Vous avez entendu ce qu'elle a dit… ? fit-elle, sous le choc.
- Oui… C'est une catastrophe… »

Le visage de Regulus était d'un blanc crayeux.

« Et maintenant ? Que fait-on ? demanda-t-elle.
- Je ne sais pas… Je ne sais vraiment pas… »

Il paraissait profondément démuni. Rita se souvint subitement qu'il avait vingt ans à peine. Jamais il ne lui avait paru aussi jeune. Elle tendit la main et la posa sur son poignet.

« Ce n'est peut-être pas vrai ? proposa-t-elle. Peut-être que ce n'est qu'une tactique pour vous pousser à sortir de votre cachette, Sirius et vous ? »

C'était une possibilité, après tout ! Si les Malefoy soupçonnaient les frères Black de s'être réfugiés ici, l'intervention de Narcissa pouvait effectivement les pousser à se révéler.

« Peut-être, dit Regulus, hésitant. Mais elle semblait vraiment inquiète pour son fils. Et ce n'est pas le genre de Narcissa. Elle jouerait la comédie ? Je n'y crois pas. »

La porte du salon s'ouvrit, livrant le passage à Sirius.

« Narcissa est partie, dit-il. Déjà. Tout s'est bien passé ? »

Il s'immobilisa, soudainement conscient de la pâleur prononcée de son frère. Son visage se tendit aussitôt. « Regulus… ?
- Tu ferais mieux de t'asseoir, Sirius… » soupira Regulus.

XXXXXXX

Remus avait finalement renoncé à garder Sirius cloîtré dans sa chambre. Maintenant que Narcissa était manifestement partie, il était tout simplement impossible d'empêcher le jeune homme de descendre.

Il ne s'agissait pas que de son besoin maladif d'action – après tout, Sirius n'avait jamais été du genre contemplatif. Remus avait remarqué comme les traits de son ami se crispaient malgré lui, dès qu'il était contraint de s'enfermer quelque part. La perspective de se trouver enclos entre quatre murs dans une pièce trop petite à son goût ravivait des souvenirs bien trop douloureux.

« Reste avec Harry, lui avait dit Sirius, avant de fermer la porte derrière lui. On ne sait jamais, si les Mangemorts reviennent en force…
- Regulus aurait lancé l'alerte », avait répondu Remus, refusant de se laisser gagner par une inquiétude injustifiée.

Sirius était parti, le laissant seul avec Harry.

Le petit garçon dessinait, allongé sur le sol de la chambre. Il barbouillait sa feuille de couleurs vives, enchanté par la façon dont ses traits se coupaient et recoupaient à mesure que sa main avançait.

« Me voilà Baby-sitter attitré de Harry… » songea-t-il en souriant pour lui-même.

Cela ne le dérangeait pas. Il aimait s'occuper du petit garçon. Et pas seulement parce qu'il était le fils de James et Lily. Voir Harry sourire était simplement gratifiant.

« Encore une feuille ! demanda l'enfant, lui tendant son dessin.
- Ah… Je crois qu'il n'y en a plus. Il faudrait demander à Kreattur. »

Une seconde après, Harry se mettait à appeler l'Elfe, de sa petite voix aiguë. Celui-ci se matérialisa presque aussitôt, un regard presque dédaigneux posé sur l'enfant.

« Quoi ? demanda-t-il, hargneux.
- Harry voudrait une autre feuille, Kreattur… le renseigna Remus.
- Une feuille… grommela l'Elfe. Ma maîtresse attend son thé… Avec la visite de madame Narcissa, j'ai pris un peu de retard… Elle va être terriblement désappointée !
- Une feuille ! insista Harry, perdant son sourire.
- Quand je pourrai, oui ! Mais je vais d'abord… » coupa Kreattur.

Quelque chose de subtil balaya la pièce. Quelque chose qui fit se dresser les cheveux de Remus sur sa nuque. Le jeune homme écarquilla les yeux, perplexe, retenant son souffle malgré lui.

Kreattur aussi, s'était figé. Ses longues oreilles frémirent.

« Je vais chercher de quoi écrire », murmura l'Elfe, baissant la tête.

Il disparut aussitôt.

Le petit garçon tendit son dessin à Remus, un grand sourire sur les lèvres. « Pour toi », lui dit-il. Remus le prit machinalement, d'une main qu'il découvrit tremblante. Il se força à se calmer. Pourquoi était-il aussi déstabilisé ?

Je suis à cran… songea-t-il. Comme nous tous. Et je n'ai pas assez dormi, la nuit dernière…

Kreattur revint presque aussitôt, et déposa un tas de parchemins vierges devant le petit garçon. « Merci, Kreattur, lui dit Remus. Harry ? Remercie Kreattur, s'il te plaît…
- Merci… » fit l'enfant, distraitement.

L'Elfe posa un regard étrange sur Harry avant de disparaître de nouveau. Remus fronça les sourcils, inexplicablement inquiet.

XXXXXXX

Severus leva le nez de son livre, exaspéré. Faire en sorte que Sirius se taise était apparemment impossible. Malgré les lourdes portes qui l'enfermaient dans la bibliothèque, il pouvait l'entendre vitupérer et tempêter.

« Qu'est-ce qui se passe encore… ? » soupira-t-il en lui-même.

Sans doute était-ce encore de la faute de la journaliste. Elle avait dû lui pondre un autre paragraphe dégoulinant de bons sentiments…

Mais non, Skeeter était avec Narcissa Malefoy… non ?

Severus se frotta les yeux. Il passait tant de temps à étudier que son cerveau semblait incapable de se pencher sur quoi que ce soit qui ne traitât pas du sujet qui l'intéressait présentement. Les horcruxes.

Narcissa devait débarquer ici, et Rita Skeeter a passé la nuit à tenter de se grimer en Walburga Black… se souvint-il.

Contrairement aux frères Black, il n'avait pas été particulièrement soucieux, quant à cette visite impromptue. Connaissant Lucius Malefoy, il s'était plus ou moins attendu à une pareille éventualité. Et une fois rassuré sur les compétences de la journaliste en matière de métamorphose, son esprit avait cessé de s'intéresser à la question. Narcissa Malefoy goberait la mascarade, et elle irait dire à son époux qu'il n'y avait rien à signaler, Place Grimmaurd.

Sauf que Sirius était manifestement hors de lui.

Il valait mieux qu'il aille voir. Ne serait-ce que pour s'assurer que cet imbécile n'allait pas se lancer dans une nouvelle extravagance.

Il referma son ouvrage et pointa le nez dans l'embrasure de la porte. Les cris de Sirius venaient du salon où Rita-Walburga devait recevoir Narcissa. Severus tira sa baguette, juste au cas où…

La porte du salon était grande ouverte, ce qui lui permit de voir immédiatement que Narcissa n'était plus là. Regulus, les traits tirés, comme toujours, était assis sur le canapé, près de Rita, qui avait repris sa véritable apparence. Et Sirius arpentait la pièce à grands pas, avec une rage absolument inexplicable.

« Si tu comptes élever ton filleul, tu devrais commencer par soigner ton vocabulaire, Black, remarqua-t-il, les poings sur les hanches.
- Oh, toi… ! lui lança Sirius.
- Qu'est-ce qui se passe ? Où est Narcissa ?
- Partie, lui répondit Regulus.
- Partie rassurée ? Ou partie menaçante ?
- Rassurée, je pense, fit Rita. Je pense qu'elle m'a effectivement prise pour sa tante.
- Alors pourquoi ce demeuré se croit-il obligé de hurler comme un damné ? » lâcha Severus, rangeant sa baguette dans sa poche.

Sirius se tourna vers lui, l'air furieux, ouvrit la bouche pour l'envoyer paître… Mais la referma sans un mot.

Il n'y avait pas que de la colère, chez lui, réalisa Severus. Il y avait aussi de la peur. C'était assez inhabituel. Et inquiétant.

« Qu'est-ce qui se passe, Regulus ? demanda-t-il, perdant subitement toute envie de se gausser de Sirius.
- Narcissa prétend… Elle prétend que Voldemort est de retour. Bien vivant. Au manoir Malefoy. »

Severus laissa échapper un ricanement. C'était tout simplement idiot.

« C'est très sérieux, Severus ! le coupa Regulus, vertement. J'ai entendu ce qu'a dit Narcissa… »

Severus fronça les sourcils. Autant Sirius était du genre à s'emporter pour un rien, autant Regulus était circonspect. Si Regulus était inquiet, alors…

« Explique-moi », l'invita-t-il, l'estomac subitement noué.

Regulus lui répéta tout ce qu'avait dit Narcissa. Lorsqu'il eut fini, un silence de plomb régnait dans le salon.

« Peut-être qu'elle ment, suggéra Severus.
- Elle avait l'air vraiment terrifiée, Severus, soupira Regulus. Non, je vois mal Narcissa jouer un rôle pareil.
- Je… Je ne comprends pas… »

Severus avait l'angoissante impression d'étouffer. Il ne se sentait tout simplement pas prêt à affronter son ancien maître. Car il ne devait pas se leurrer : celui-ci connaissait sa trahison. Il avait laisser Regulus vivre, alors qu'il lui avait ordonné de l'abattre. Il ne lui avait pas obéi. Pour cela, le seul châtiment possible était la mort. Ou pire.

Pourtant… Il y avait dans la nouvelle quelque chose qui ne collait pas.

Il se massa les tempes, cherchant à mettre un peu de logique dans les pensées débridées qui l'assaillaient.

« Il faut agir… disait Sirius, sans cesser de faire les cent pas. Avant que Voldemort ne rameute ses troupes. Prévenir l'Ordre du Phénix. Mettre Harry à l'abri.
- Il faudrait effectivement prévenir Dumbledore, convint Regulus. Mais il va être difficile à joindre.
- Je pourrais le faire, suggéra Rita. Je suis journaliste, je peux très bien l'approcher pour une interview, sans éveiller les soupçons ! »

Il y eut un silence. Le cerveau de Rogue fonctionnait à toute vitesse, repassant toutes les informations qu'il avait pu collecter sur les Horcruxes.

« Il y a une chose qui me gêne, Regulus, marmonna-t-il. Le Lord Noir, de retour… ? Mais ça ne colle pas. Je ne vois pas comment cela pourrait être possible…
- Il y a ces fichus Horcruxes… lâcha Sirius, se tournant vers lui.
- C'est vrai. Mais les Horcruxes ne sont qu'une sauvegarde de son entité entière… S'il est vrai qu'il est bel et bien vivant, il devrait être en piteux état…
- Narcissa n'a pas précisé, intervint Rita.
- Moui… grogna Sirius. Vous auriez pu la pousser un peu plus loin, non ?! Nous ne serions pas réduits à spéculer !
- Arrête, Sirius, coupa Regulus. Rita a été parfaite. Et sans son intuition, nous n'aurions même pas su que Voldemort était de retour. Narcissa n'a pas fait attention à ce qu'elle disait, et cela, grâce à l'habileté de Miss Skeeter.
- Elle aurait pu pousser l'avantage plus loin !
- Moi, oui, admit Rita. Mais votre mère ne se serait jamais montrée aussi curieuse. Si j'avais essayé d'en savoir plus, cela aurait été suspect. Croyez-moi, la laisser partir sans avoir répondu à toutes mes questions a été l'un des moments les plus affreux de ma carrière ! Mais il s'agit aussi de notre sécurité à tous ! »

Cette femme était parfois surprenante, songea Severus, distrait un cours instant de ses pensées. Apparemment, la seule chose capable de contrer sa curiosité maladive, c'était bien son instinct de survie.

Comme moi… remarqua-t-il, décontenancé.

« Severus ? dit Regulus. Qu'est-ce qui se passe, chez les Malefoy… ?
- Je ne pense pas que ce soit le Seigneur Noir… En tous cas, pas tel que nous le connaissons… » répondit-il.

Et il en était convaincu. Les Horcruxes étaient une chose, mais la magie invoquée par Lily Potter avait bel et bien défait son maître. La courageuse Lily…

« Ce qu'il reste de Vous-Savez-Qui n'est sûrement rien de plus consistant qu'une ombre… Les Horcruxes ne rendent pas indestructibles ! Lorsque l'Avada Kedavra s'est retourné contre lui, son enveloppe charnelle a été détruite…
- Mais on n'a pas retrouvé son corps, souligna Sirius d'une voix lugubre. Juste ceux… Ceux de James et Lily… Peut-être qu'il n'a pas été aussi esquinté qu'on le pense, au contraire… »

Severus réfléchit un moment, les traits tendus par la concentration. Il avait souvent repensé à ce qui s'était passé, cette fameuse nuit d'Halloween. La magie invoquée par Lily avait été tellement puissante…

« Non, je pense qu'il a été bel et bien détruit. Ou au bord de la destruction, plus exactement. Ce qui est chez les Malefoy n'a sans doute rien à voir avec Vous-Savez-Qui, question puissance.
- D'accord, admit Sirius. Mais cette chose est suffisamment menaçante pour inquiéter Narcissa.
- Elle est inquiète pour son fils, leur rappela Rita. Elle a dit que son fils serait hors de danger si Lucius livrait Harry Potter à son maître. Pourquoi ?
- Il aurait besoin de Harry… ? »

Un nouveau silence, particulièrement pesant.

« Les rituels de régénération… murmura Severus. Ils font appel à des enfants en bas âge… »

Lui-même ne put s'empêcher de frissonner à cette pensée. Cette partie-là de la magie noire était particulièrement déplaisante, même pour lui.

« Un enfant contre un autre… ajouta-t-il. A défaut de Harry, il prendra l'enfant qu'il a sous la main : le fils Malefoy.
- Pour se régénérer ?
- Il a perdu sa force, je ne suis même pas persuadé qu'il ait toujours forme humaine. Il existe des rites pour restaurer la puissance d'un sorcier déchu. Et non, Black, désolé de te décevoir, mais mes connaissances en magie noire ne vont pas jusque là ! »

Il plongea ses yeux noirs droit dans les yeux de Sirius.

« Et pour une fois, tu m'en vois navré… murmura le jeune homme.
- Alors, qu'est-ce qu'on fait ? coupa Rita. Je veux bien aller voir Dumbledore… Mais si Vous-Savez-Qui est de retour… »

Elle frissonna très nettement.

« Il faudra l'arrêter, bien entendu, dit Sirius, posément. Avant qu'il ne retrouve sa pleine puissance. Avant qu'il ne passe à l'attaque.
- Bien entendu ! appuya Rogue, sarcastique. Même s'il est loin d'être aussi dangereux que le Sorcier qu'il était, ce ne sera certainement pas une partie de plaisir ! Et puis, il y a les Mangemorts… Lucius ne nous laissera pas approcher de son manoir !
- …ce qui veut dire qu'il faut avant tout l'empêcher de mettre la main sur Harry, poursuivit Sirius, l'ignorant. Mais de toute façon, personne ne touchera à Harry. J'y veillerai. Si Voldemort ne peut pas l'utiliser pour se régénérer, cela suffira peut-être pour permettre à l'Ordre du Phénix d'en venir à bout pour de bon.
- Pas pour de bon ! fit Severus, croisant les bras, exaspéré de voir Sirius ignorer aussi délibérément tous les obstacles potentiels. Tant que ses Horcruxes n'auront pas été détruits…
- Justement. Il nous les faut. Tous. »

Regulus fronça les sourcils, les yeux tournés vers son frère. Mais tous savaient déjà ce que Sirius allait dire.

« Je vais me rendre à Azkaban. Je vais interroger Rodolphus Lestrange, et nous mettrons la main sur la coupe de Poufsouffle. »

XXXXXXX

Regulus se doutait que Sirius finirait par prendre une telle décision. Et il savait d'avance que tous les arguments qu'il pourrait avancer ne pèserait pas bien lourd dans la balance. La vie de Harry était une nouvelle fois menacée…

« Comment t'y prendras-tu ? demanda-t-il simplement.
- Il va se jeter tête baissée, comme d'habitude… marmonna Severus. Et nous serons encore obligés de voler à son secours…
- J'ai beaucoup réfléchi à la question, dit Sirius, l'air déterminé.
- Et ? demanda Rita, pendue à ses lèvres.
- J'ai un plan.
- Qui est ? »

Sirius survola la pièce du regard, avant de se poser sur Regulus, insistant.

« D'accord… murmura Regulus. Severus, Miss Skeeter… Vous voulez bien nous laisser ?
- Certainement pas ! contra Severus, farouchement. Je veux entendre quelle idée tordue lui est encore passée par la tête !
- Dehors, Servilus !
- Je vais écouter le plan de Sirius. Et sois sûr que je ne le laisserai pas se mettre sottement en danger…, tempéra Regulus.
- Il ne s'agit pas que de lui, grommela Severus.
- Je sais. Laisse-nous, tu veux bien ? »

Rogue soupira. « Si tu me cherches, je suis dans la bibliothèque. Trouver les Horcruxes ne servira à rien si nous ne sommes pas capable de les détruire !
- Tu as raison. »

Rogue quitta la pièce, suivi d'une Rita maussade.

Lorsqu'ils furent seuls, Sirius lança un sort sur la porte du salon, afin de garantir leur tranquillité.

« Alors ? demanda Regulus. Tu as intérêt à avoir eu une idée brillante, parce que je ne te laisserai pas retourner là-bas sans être persuadé que tu auras toutes les chances de ton côté pour quitter cette fichue île ! » Sirius lui adressa l'un de ses sourires enjôleurs d'autrefois. Sirius souriait bien trop rarement, ces derniers temps…

« C'est tout simple. Si simple que ça marchera. Je vais trouver une embarcation et m'approcher le plus possible de l'île.
- Et ? Pas question de transplaner, tu le sais.
- J'irai à la nage. »

Un instant, Regulus pensa que son frère se moquait de lui. Mais le sourire de Sirius avait disparu. Il était d'un sérieux mortel, maintenant.

« A la nage… répéta Regulus. Tu es sérieux ?
- J'arriverai sur l'appontement prévu pour le transport des passagers.
- Tu te feras attraper à peine arrivé sur l'île ! » contra Regulus.

L'idée de Sirius nageant jusqu'à l'île était tout bonnement ridicule ! Il était heureux que Rogue les ait laissés seul, il n'aurait pas laissé passer une absurdité pareille sans exploser – de rire ou de colère !

« Non, déclara Sirius calmement. La nuit, il n'y a que des Détraqueurs, sur l'île.
- Et ?
- Si je suis sous ma forme animagus, ils ne me remarqueront même pas ! »

Sirius affichait une certitude que Regulus jugea surfaite. Il connaissait suffisamment bien son frère pour sentir à quel point la simple mention des Détraqueurs l'ébranlait, malgré tout son courage.

« Et ? demanda-t-il.
- J'irai jusqu'au quartier de Haute Sécurité. J'en suis bien sorti ! Cela ne devrait pas être plus difficile d'y entrer ! Et puis, je prendrai la cape d'invisibilité de James. Au cas où.
- Cela n'arrêtera pas les Détraqueurs.
- Il pourrait y avoir des gardiens humains, dans la prison… Ma forme animagus contre les Détraqueurs, la cape contre les hommes.
- L'île doit être saturée de sortilèges anti-intrusion…
- Qui ne s'activent qu'en présence de Sorciers ! Ils ignoreront un simple chien ! Et une fois dans le quartier de Haute Sécurité, je serai à l'abri.
- A l'abri… » répéta Regulus sourdement.

Personne ne pouvait se sentir à l'abri dans un endroit pareil ! Le désespoir et la folie qui régnaient là avaient de quoi faire vaciller le sorcier le plus endurci.

Mais Sirius avait survécu dans cet enfer pendant près d'un an.

« C'est un bon plan, Regulus, insista Sirius. Tellement simple qu'il en est parfait !
- Et une fois dans le quartier de Haute Sécurité ? Comment feras-tu, pour convaincre Rodolphus de répondre à tes questions ? »

Sirius s'assombrit légèrement.

« Cela, je ne le sais pas encore. Mais je trouverai bien un moyen. »