Mat regarda Kayla, pendant que celle-ci scrutait l'horizon, à la recherche d'un bateau. Il s'apprêtait à lui demander si elle comptait encore regarder débilement les bateaux passer plus longtemps, mais elle fut plus rapide.
-C'est bien beau cette aventure, mais on va où au juste?
-Bah on sait que les gars avec qui tes parents étaient sont Anglais...
-Grande découverte, vu les noms qu'ils ont.
-... donc on ira à Londres, continua le garçon, ignorant sa remarque.
-Et comment on trouve un bateau?
-T'étais pas censé réfléchir à ça avant? Bon, moi je dis qu'on ensorcèle un marin et on l'oblige à nous amener jusqu'en Angleterre.
-PARDON? Tu rigoles, j'espère?
-Euh...non. Et puis, on lui laissera un pourboire, c'est pas du vol.
-UN POURBOIRE? Non mais t'es complètement GIVRE!
-Et bien dis-moi, qui va laisser un adolescent et une enfant monter à bord?
-REPETE UN PEU CA POUR VOIR!
-Rooh, c'est bon. Mais faut admettre que mon idée est la meilleure.
-Vu que j'en ai pas proposé...
Mat haussa les épaules et s'éloigna. Ce n'était pas la peine de continuer, ça ne ferait que les rendre encore plus énervés. Il allait la laisser croire qu'elle menait le jeu, comme ça elle lui ficherait la paix. Il se retourna, et vit qu'elle n'avait pas bougé. S'en souciant comme de sa première paire de chaussettes, il s'avança à la recherche d'une proie. Après quelques moments d'hésitation, Kayla, vaincue, se décida à le rejoindre. Elle le trouva en discussion avec un étranger qui devait bien avoir 100 ans.
-Il faudrait un an pour atteindre Londres?
-Si, c'est pas moi qui décide, c'est la mère.
-On pourrait aller au Mexique et prendre un portauloin, intervint Kayla.
-Un pouertoque?
-Un avion! corrigea Mat. Et il faudrait combien de temps pour arriver au Mexique?
-Una semana, à pwé prè me demandez tout ça, hein?
-Mes parents m'ont demandé de venir cherchez des renseignements et mon cousin m'a accompagnée, improvisa Kayla.
Le vieil homme la regarda d'un oeil sceptique, puis hocha la tête. Il leur apprit ensuite qu'il se rendait au Mexique, sa contrée d'origine. Mat et Kayla se regardèrent. La chance était trop bonne pour la laisser passer. Il lui fit signe d'y aller. Kayla se concentra alors sur l'esprit de l'homme avant de murmurer "legilimens". Les souvenirs du marin s'offrirent alors à elle, mais elle ne s'en préoccupa pas. Elle se contenta d'installer une forte envie d'emmener les deux adolescents au Mexique avec lui, sans plus d'informations.
-Voulez aller à Mexico, niños?
-Oui, comment l'avez vu su? demanda Mat avec un sourire malicieux.
-Montez ! grogna le batelier. Et si on voué demande, je suis vuétre ouéncle, d'accuerd ?
Les adolescents promirent, ravis d'avoir une embarcation. Mat donna une tape sur l'épaule de son amie pour la féliciter de son exploit. Le vieil homme cria qu'ils partaient tout de suite et Mat et Kayla s'empressèrent de monter à bord. Le bateau sur lequel ils se trouvaient était assez petit, et servait, à en croire les caisses qui recouvraient les trois quarts du pont, à transporter la marchandise. Plusieurs marins sourirent aux deux adolescents, avant de continuer leur travail. Le batelier les guida vers une petite cabine, juste à côté de là où dormaient l'équipage, assez propre et comprenant des toilettes. Elle ne contenait que deux couchettes, l'une au dessus de l'autre, et un bureau accompagné d'une chaise dans un coin, mais Kayla la jugea confortable. Ils passèrent ainsi la majeure partie de la semaine sur le pont à discuter avec l'équipage et occasionnellement, aider, et bien que la nourriture laissait à désirer et que Mat regrettait d'avoir choisi ce vieux batelier, le voyage se passa agréablement. Arriva enfin le jour de leur arrivée à Acapulco, grande station balnéaire. Le vieil homme, qui répondait au nom d'António Baldares, les fit descendre. Suivit ensuite un moment de remerciements, puis les deux aventuriers se remirent en route, de nouveau seuls dans une ville énorme. La chaleur était pesante. Mat et Kayla dépassaient plusieurs immeubles à grandes allures, avant d'arriver dans les coins les plus reculés de la ville. Quelques taudis se faisaient voir, ce qui surprit Kayla, et des enfants pieds nus jouaient dehors. Il était presque quinze heures, et ils n'avaient toujours pas d'idées pour comment arriver jusqu'à Mexico City, la capitale. Ce fut Kayla qui décida de mettre fin aux réflexions et proposa de prendre un bus, idée qui ne plut guère à Mat, qui n'avait nullement confiance en ces chauffeurs trop heureux à son goût.
-Mais allez, ils vont pas te manger Ma… Raymond !
-Je monterais pas dans ce car Kay, j'te préviens tout de suite.
-LOISSIA ! reprit la jeune fille en criant.
-N'empêche, il est hors de question que je t'accompagne là-dedans ! dit-il, en pointant du doigt le bus le plus proche, qui avait l'air de vouloir tomber en miettes à la moindre brise. Kayla observa le bus d'un œil inquiet, mais haussa les épaules.
-Les apparences sont trompeuses… Maintenant tu montes où je te montre ce que je peux faire avec une perle, Ray…
Voyant que son amie le menaçait avec la magie, Mat râla silencieusement et prit sa place sous le regard noir de Kayla. Elle entra ensuite et s'assit à côté du garçon. Un contrôleur s'assura qu'ils avaient bien leurs billets, et le bus démarra.
-On va à Mexico City pour quoi encore ?
-Je te l'ai déjà dit 100 fois ! soupira Kayla.
-Mais tu sais bien que j'ai la mémoire courte…
-C'EST POURTANT SIMPLE !
-Sans crier, s'teu plaît.
-On cherche le Ministère de la Magie, on demande des renseignements et on prend un portauloin pour Londres, récita la jeune fille.
-Ok….Et…
-Y'a rien d'autre à ajouter !
-Bon d'accord, t'énerves pas !
-Mais je ne m'énerve pas ! C'est juste que…enfin… c'est toi aussi, avec tes questions débiles !
-Ouais je vois… Je t'ennuie, quoi. T'as raison, ça doit être mieux sans moi.
-J'ai jamais dit ça !
-Laisse tomber. J'ai vraiment pas envie d'entendre les raisons pour lesquelles je suis le gars le plus chiant au monde, j'ai déjà eu ma dose aujourd'hui, merci, rétorqua Mat avant de se tourner vers la fenêtre.
Kayla le fixa, sans savoir quoi répondre. Elle abandonna, et frustrée, se mit à pianoter sur les touches de son portable, sans composer de numéro quelconque. Non mais il croyait quoi l'autre ? Si elle le détestait elle ne lui aurait pas demandé de venir. Remarque, elle ne lui avait jamais demandé. De son côté, Mat fulminait. Il aurait mieux fait de rester chez lui. Kayla n'avait surement pas besoin de lui, ça se voyait. Il avait pensé qu'en venant avec elle, elle allait peut être changer de sentiments à son égard. Il avait vraiment était bête s'il avait cru qu'il pouvait changer Kayla Maltier. Celle-ci n'avait besoin de personne, et certainement pas de lui. Il fut animé par une certaine envie d'arrêter le bus et descendre là. Il se débrouillerait ensuite. Il trouva cette idée géniale et allait annoncer à Kayla qu'il partait quand il vit celle-ci reposer son portable doucement, l'air pensif.
-Tu vas bien ?
Sa phrase sembla tirer Kayla de sa torpeur. Elle observa Mat comme si elle le voyait pour la première fois et tout à coup, sans prévenir, des larmes tombèrent sur sa joue .
-Je…. je suis désolée.
-T'inquiètes pas pour ça. Qu'est ce qui se passe ?
Elle secoua la tête et des larmes retombèrent sur sa joue. Mat comprit. Ses parents. Ils n'avaient toujours pas répondu. Et lui comme un idiot, il la critiquait, alors qu'elle n'en avait surement pas besoin. Il voulait agir, réparer sa faute. Doucement, il prit le portable de la main de Kayla et composa le numéro de Sheïla Maltier. Ce fut sans surprise qu'il atteint sa boîte vocale et il décida de laisser un message.
« Bonjour, c'est Mat, l'ami de Kayla. Je suis avec votre fille, qui dort en ce moment, et on aimerait avoir des nouvelles. Nous allons rendre visite à Trinity, l'amie anglaise de Kayla, et peut être allons nous même dormir chez elle quelques jours. Vous savez, votre fille et moi on se ressemble beaucoup, on est tous les deux…. différents. Bon je vous laisse, j'espère que vous appellerez bientôt. »
Il raccrocha et sourit, fier de lui. En un seul message, il avait dit aux parents de Kayla qu'ils se rendaient chez Trinity, qui avait déménagé le mois dernier et qui habitait maintenant à Londres et qu'il était également un sorcier. Il rendit son portable à Kayla, qui le dévisageait avec fascination
-Quoi ?
-Non, je… merci, dit-elle en essuyant ses larmes. Je suis bête, j'aurais vraiment pas du…
-Pleurer ? Ou insinuer que je suis terrible ?
-Les deux, répondit Kayla en souriant.
-C'est fini, n'en parlons plus.
-Si tu veux partir je ne te retiendrais pas. C'est ton choix, dit Kayla doucement.
-Quoi, et rater une opportunité de te taquiner ? Non, je reste !
Kayla sourit, et il lui répondit. Elle s'installa alors plus confortablement sur son siège et s'endormit peu de temps après.
