Première mission pour nos héros et blague familiale.
Merci à ceux qui lisent et bonne lecture ^^
Sur le chemin menant à la sortie, Kureto suivait Nekomi. Le jeune homme lui adressait mentalement des excuses. Il venait lui aussi de passer trois affreuses journées, et pensait que c'était sa punition pour l'avoir faite interroger de la sorte. Même si visiblement Nekomi avait été plus que consciente de devoir en passer par cette case. Il n'empêche qu'il se jura bien qu'à l'avenir, il ne laisserait plus personne lui faire du mal.
Nekomi elle, méditait sur la situation. Elle n'avait eu d'autre choix que de devenir un pion pour les Hiiragi. La situation n'avait guère évolué, elle manquait toujours de puissance pour s'affranchir d'une quelconque contrainte. Contrairement à Kohaku. Lui il avait été capable d'abandonner ses amis, sa famille pour augmenter sa force. Nekomi savait qu'il était le traître. L'adolescent l'avait retrouvée lors de l'attaque en avril, aux côtés de Saitou. Le garçon tentait de développer un type d'arme démoniaque, et se faisait consumer par un démon. C'était lui qui avait vendu des données de recherches à l'église Hyakuya, et permit qu'ils attaquent l'institution. Il l'avait invitée à suivre le même que lui.
En sortant, la brune découvrit que le soleil se couchait. Kureto partit dans une direction. Nekomi fit quelques pas, avant qu'un cri ne retentisse.
« Ichinoseeee ! »
Mito Jujo. La rouquine paraissait fumasse, et Nekomi se demanda ce qu'elle avait encore bien pu faire pour l'énerver de la sorte. Elle la vit murmurer un sort des Hiiragi tout en lui fonçant dessus. Connaissant sa force, son attaque et ses paroles n'étaient pas à prendre à la légère. Interpellé par le cri, Kureto s'était retourné. Il n'était pas encore très éloigné, peut-être pouvait-il intervenir.
« J'arrive pas à croire que tu m'aies embobinée, je vais te tuer ! »
La concernée poussa un soupir. Mito bondit dans les airs, droit sur Nekomi ne bougea pas d'un iota. Mais au dernier moment, la brune saisit son bras, et lui fit une prise qui la fit passer par-dessus elle. Le tout à une vitesse qui ne laissait place à aucune réponse. Mito se retrouva au sol avant d'avoir eu le temps de comprendre.
« La vue vous a plu ? » lança Nekomi à Kureto.
Mito, réalisant que le troisième année aurait pu avoir une vue sur ses sous-vêtements, couina et devint écrevisse. Kureto pouffa de rire et s'en alla.
« Dis donc toi ! Pourquoi tu as caché ta force ? » reprit Mito.
« Mais t'es débile ou quoi ? » rétorqua la brune.
Mito se releva.
« Répète un peu ? »
« J'ai dit : t'es débile ou quoi ? » fit Nekomi en parlant plus fort.
Avant que Mito ne réplique, son interlocutrice lui rappela qu'elle était sa place ici, dans cette école. Ce qui lui coupa la chique.
« Mais … mais je t'ai dit tellement de choses affreuses ! T'as pris ça à la rigolade et t'en as ri en secret je suppose. » fit la rousse.
« Rassure-toi, je ne suis pas intéressée par toi au point de rigoler. J'ai fait ce que j'avais à faire point. » répondit Nekomi.
Un instant après, un autre cri retentit. Goshi arriva en courant lui aussi … et la serra dans ses bras.
« Nekomiiii ! T'es enfin de retour je commençais à m'inquiéter ! »
« Tu vas me lâcher dis ?! »
Il fallut qu'elle se débatte un peu pour se libérer de son étreinte. Tout comme Mito, Goshi lui annonça qu'il n'en revenait pas de sa force et qu'elle ait si bien résisté face à Kureto en combat.
« Mais que vous êtes chiants ! Je ne vois pas ce qu'il y a d'extraordinaire là-dedans ! Eh ben pour des élites z'êtes pas très futés !» clama la brune.
Ce n'était peut-être pas sympathique, mais Nekomi avait trois nuits blanches à rattraper. Ce n'était pas fait pour arranger l'humeur.
« Tu plaisantes ? T'es un génie en fait ! Et t'es une gentille fille avec ça ! » reprit le blond.
« Eeeeh ? »
« Ben tu nous as quand même sauvé la vie. » rappela Mito d'une petite voix en baissant la tête.
« D'ailleurs, si t'étais si occupée à jouer l'incapable, pourquoi tu l'as fait ? » questionna Goshi.
Mito la regarda, intéressée.
« Parce que la situation l'exigeait. Maintenant si vous permettez j'aimerais rentrer. »
Nekomi les planta là et prit le chemin du retour. Pourquoi leur avait-elle sauvé la vie ? Parce que. Voir des personnes qu'elle connaissait mourir sans réagir, cela ne lui disait rien. Kohaku en serait sûrement capable lui. En repensant à lui, Nekomi soupira.
Nekomi fut absente pendant cinq jours, durant lesquels elle se remit de son interrogatoire. Chez elle, la TV parla d'un étrange cas d'empoisonnement dans un zoo. Curieux. Elle décida d'appeler son père pour en discuter avec lui. Ceci fait, la brune décida d'aller jeter un œil à ce zoo. Son téléphone interrompit son mouvement pour se lever.
« Qui est-ce ? » demanda-t-elle en décrochant.
« C'est moi. » fit une voix grave.
Kureto Hiiragi. Nekomi lui demanda ce qu'il voulait. Le jeune homme s'enquit de la raison de son absence. Lorsqu'elle lui en donna la raison, il sentit la culpabilité l'étreindre. Bien sûr, c'était de sa faute. Il lui demanda ensuite de venir ce jour, arguant d'un travail à lui confier. Il raccrocha ensuite. Aoi l'observa sourire devant son téléphone. Nul doute que la brune lui avait manqué. Pouvait-il seulement encore nier qu'il avait des sentiments pour elle ? Des coups frappés à la porte retentirent. Kureto fronça les sourcils.
« Elle n'est quand même pas déjà là ? » pensa-t-il bêtement.
La porte s'ouvrit, révélant une fillette de huit ans.
« Shinoa ? » s'étonna Kureto.
« Bonjour grand frère. Ça faisait longtemps. » salua l'enfant en entrant.
« Qu'est-ce que tu fais là ? »
« Je sors d'un entraînement et je me suis dit que j'allais venir te faire un petit coucou. »
Kureto afficha des yeux en billes. Il est vrai que l'école servait aussi de terrain d'entraînement pour la famille, mais que sa petite sœur vienne lui faire coucou comme elle disait, lui paraissait étrange. Ils n'étaient pas si proches.
« Je n'ai pas le temps pour ça. » répondit-il froidement.
« Grand frère est toujours aussi effrayant. Et t'as bien mauvaise mine, manque de sommeil ? » poursuivit Shinoa.
De fait, Kureto ne dormait pas très bien en raison de l'absence de sa belle. Malgré sa force, il avait craint d'être allé trop loin avec cet interrogatoire.
« De quoi je me mêle ? »
« Kureto-sama, je dois aller en cours. » informa Aoi.
Le brun hocha la tête, et se retrouva tout seul avec sa petite sœur. Shinoa le regardait en souriant. Cette petite était le portrait de Kohaku.
« Je resterais pas longtemps promis. »
« Hmmmm ! Fais comme tu veux je m'en fous. » céda Kureto.
Il se leva et alla s'installer sur un des divans de son bureau. Shinoa le regarda faire. Elle attrapa une feuille de papier et une boîte de crayons d'une poche. Dix minutes plus tard, l'enfant remarqua que son aîné dormait. Elle sourit, puis sortit une autre boîte de son autre poche.
« Faut vraiment y aller maintenant ? Je suis censée le voir dans une heure. » fit Nekomi.
« Ah moi aussi. Un petit job apparemment. Mais vu qu'il doit me prendre pour une traîtresse j'aime autant ne pas rendre ce dossier urgent toute seule. » répondit Saya.
Nekomi soupira, mais décida de la suivre. Saya devait parfois apporter quelques bricoles à son aîné. En arrivant devant la porte du bureau de Kureto, elles croisèrent Aoi qui profitait d'une pause. Elles la reconnurent comme faisant partie de leur classe. Que faisait-elle là ? Aoi leur demanda si elles venaient voir le jeune homme. Saya lui expliqua la raison de sa présence. La blonde frappa alors à la porte. Kureto mit un moment avant de répondre.
« Quoi ? » demanda-t-il.
Il vit alors une expression de choc se peindre sur les trois visages. Les jeunes filles le fixaient les yeux grands ouverts. Kureto fronça les sourcils. Ce que personne ne remarqua, c'est une petite fille se faufilant par la porte ouverte.
« Ku … Kureto-sama … » souffla Aoi.
« Allez-vous me dire ce qu'il y a ? » s'impatienta le concerné.
« Votre visage … »
Kureto se toucha, et crut remarquer la présence de corps gras. En regardant ses doigts, il y vit de la couleur. Le brun rentra dans son bureau, puis alla se voir dans une armoire type vaisselier à son bureau. Il poussa un cri de surprise. De qu'il distinguait, il avait du maquillage autour des yeux, au-dessus et en dessous, sur les joues et même les lèvres. Mais en plus, des petits nœuds et barrettes avaient été disposés dans ses cheveux.
« SHIIIIIINOOOOOOAAAAAAAA ! » rugit-il.
« On reviendra plus tard ! » s'exclama précipitamment Saya, en coinçant le dossier sous le bras d'Aoi.
Elle et Nekomi se sauvèrent en courant, retenant un énorme fou-rire qui montait. Une fois qu'elles furent certaines d'être hors de portée, elles éclatèrent de rire à en avoir mal au ventre. De son côté, Aoi entra pendant que Kureto se débarbouillait avec un mouchoir. Ce qui avait pour effet d'étaler la couleur et de la mélanger.
« Je vous dépose un dossier apporté par Saya. » dit-elle en évitant de le regarder.
Kureto se figea. Saya l'avait vu, mais aussi Nekomi.
« Elle m'a vu … » dit-il à haute voix.
Aoi leva les yeux vers lui, rencontrant son visage plus informe qu'un tableau de Picasso. Elle détourna aussitôt la tête. Mais en apercevant ses épaules trembler sous le rire, Kureto la chassa de son bureau. Si jamais il recroisait sa soeur il lui arracherait les couettes. Il lui fallut bien une heure pour enlever les traces de maquillage. Il n'osait pas sortir avec la face peinturlurée donc obtenir de l'eau était hors de question. Kureto examina sa figure avec attention, cherchant des traces de couleur. Bon, il avait l'air présentable.
Une heure plus tard, Nekomi, Saya, Goshi et Mito arrivèrent devant la porte du bureau, où se trouvaient également Saionji et Yasushi. Aoi ouvrit la porte et leur demanda d'entrer. Nekomi et Saya évitaient fermement de se regarder et tâchèrent de ne pas fixer Kureto non plus. Ce dernier poussa un discret soupir, puis demanda à Aoi de préparer du thé.
« Bien. Asseyez-vous je vous prie. » commença-t-il
Tous prirent place sur un divan, à l'exception de Nekomi. Mito la tira par la manche pour la faire asseoir, mais la brune se dégagea.
« Quelque chose ne va pas ? » questionna Kureto.
« Je ne suis pas là pour perdre du temps. Si vous avez quelque chose à dire, dites-le. » lança-t-elle.
Ses camarades pâlirent, à l'exception de Saya qui afficha un petit sourire.
« Nekomi assis-toi. » fit Goshi entre ses dents.
Il tapota une place à côté de lui. Kureto posa les yeux sur lui, un instant.
« Ça ira, j'aime bien son attitude. Après tous, les apparences sont souvent vides de sens. Quand on détient le pouvoir, on est du genre direct. »
Aoi fit son entrée avec un plateau de sept tasses de thé. Elle servit Kureto en premier puis les suivants.
« Kureto nii-san boit en premier, ce n'est pas très poli. Normalement c'est les invités d'abord. » lança Saya.
Mito et Goshi devinrent verts de peur.
« Nekomi et Saya-sama, inutile d'en rajouter. » fit nerveusement Mito.
« Vous n'êtes pas des invités. » fit Kureto.
Disant cela, il évita de regarder Nekomi. Il ajouta ensuite que c'était une façon de montrer son respect. Saya lança un regard de connivence à Nekomi.
« Ô joie. Maintenant, allons-nous enfin savoir ce qui nous vaut d'être invités à la Table Ronde ? » commenta celle-ci.
Kureto eut un léger rire. Aoi distribua ensuite des dossiers, sur lesquels était relaté l'évènement du zoo. Kureto embraya sur le debriefing : les Hyakuya se servaient de l'endroit comme laboratoire et menait donc diverses expériences.
« Mais cette fois, ils sont allés trop loin et tente de maquiller le désastre. »
En entendant le mot, Nekomi et Saya fermèrent les yeux. Elles étaient presque parvenues à oublier le chef d'œuvre de Shinoa. Kureto se rendit compte de ce qu'il avait dit, mais n'en montra rien. Il continua son exposé, expliquant ce qu'il attendait des jeunes. Saya pour sa part avait baissé la tête. La jeune fille tentait tant bien que mal de contenir le rire qui menaçait d'exploser en repensant à la scène d'une heure plus tôt. À côté d'elle, Goshi nota que ses mains serraient convulsivement sa jupe.
« ? »
Nekomi roula tranquillement ses feuilles de papier, pendant que Kureto dégoisait. WHACK ! Saya se redressa d'un coup, la main derrière la tête. Nekomi lui lança un regard équivoque, et sa camarade comprit le message. Les autres échangèrent un regard. Kureto cligna des yeux pendant que Nekomi déroulait ses papelards. Il se décida ensuite à continuer, pendant que la brune prit une gorgée de thé rouge.
« Donc nous allons à Ueno pour savoir ce que leur petit maquillage cache en réalité. » résuma Goshi à la fin du speech.
Kureto lui lança un regard noir que le blond ne comprit pas. Nekomi elle, avala de travers. Saya se leva d'un bond et lui tapa plusieurs fois dans le dos.
« Là là là ! » dit-elle.
« Désolée. Nous devrions définir un leader. » dit-elle.
« Je vous laisse le soin de régler ce détail.» répondit Kureto.
Nekomi fut élue à l'unanimité. Le départ fut fixé dans cinq minutes. Avant qu'ils ne quittent la pièce, Kureto lança une épée dans son fourreau à la brune. Une arme démoniaque. Lorsque Nekomi la tira un peu dehors, une voix emplie de désespoir emplie la pièce, en même temps qu'une envie de tuer envahissait son esprit. Aoi se tint prête à défendre son maître. Mais Kureto lui fit savoir qu'elle ne ferait pas le poids. Il avait bien compris que la jeune fille connaissait la différence de pouvoir entre sa maison et la sienne. Donc, elle n'esquisserait pas un geste. Nekomi rentra l'arme dans son fourreau, la complainte cessa et le désir de meurtre disparut.
« C'est mieux que le thé. » dit-elle.
Kureto sourit, et la regarda s'éloigner avec tendresse. Cependant …
« Un de ces jours, je prendrais ma revanche sur Shinoa. » annonça-t-il.
Kureto retourna s'asseoir.
« Mais n'êtes-vous pas inquiet ? Ils sont inexpérimentés. » fit Aoi.
Bien sûr que si qu'il l'était. Une partir de lui aurait préféré ne pas l'envoyer sur le terrain, mais l'autre savait que seule l'expérience pourrait la préserver du danger. Il fallait donc qu'elle en acquière. Aoi alla ensuite retrouver les jeunes afin de connaître leurs besoins pour la mission. Elle les informa qu'un hélicoptère serait mis à leur disposition et que des uniformes spéciaux de l'armée leur serait alloués.
« Une minute. Un hélico ? Vous êtes idiots ou quoi, c'est censé être une mission d'infiltration ce qui veut dire discrétion maximum. Donnez-nous plutôt deux voitures. » lança Nekomi.
Aoi acquiesça, prit d'autres renseignements et alla préparer le tout. Le groupe fut enfin prêt à partir et quitta l'établissement. Kureto les regarda passer, les yeux braqués sur celle qui comptait le plus à ses yeux.
« Votre dulcinée a du caractère. » lança Aoi.
« Hm ? »
« Lorsque j'ai annoncé que nous leur prêtions un hélicoptère elle m'a littéralement traitée d'idiote. »
« Et elle a raison. Ils doivent être le plus discrets possible. »
Kureto la regarda s'éloigner jusqu'à ce qu'elle ne soit plus visible. Il se demanda comment l'uniforme lui irait. Elle serait sûrement très mignonne. Ce serait bien qu'il la voie à son retour. Kureto revint s'asseoir. Pourvu que tout se passe bien … il ne serait pas là pour la protéger cette fois. Mais c'étaient les plus talentueux, ils s'en sortiraient sûrement très bien. En un mot comme en cent, Kureto passa des heures à se rassurer de toutes les manières possibles. Cela le fit réfléchir une nouvelle fois à la place qu'avait pris la jeune fille dans sa vie. La première fois qu'il avait posé les yeux sur elle était gravée dans sa mémoire.
Ensuite, il avait été heureux de la retrouver ici à Shibuya. Dès lors, il avait voulu la connaître. Ce ne fut pas facile, mais il réussit à en savoir un peu. On était en juin, trois mois qu'il l'espionnait, observant ses attitudes, façon de marcher ou de jouer avec ses cheveux. Kureto éprouvait une irrésistible envie de la protéger, chose qui lui était totalement inconnue jusqu'à présent. Il s'y était mis discrètement, se sentant chaque fois content d'avoir pu lui porter secours. À présent qu'il la savait en mesure de se défendre, il constata que cela ne changeait rien. Il ressentait toujours le besoin de la mettre à l'abri. Si un jour quelqu'un lui avait dit qu'il s'attacherait à un membre des Ichinose, il y aurait eu fort à parier que la personne en question aurait fini en tagliatelles. Et pourtant …
« Est-ce que je … est-ce que je l'aime alors ? »
La question se fit jour dans son esprit. Jusqu'ici il n'avait pas osé seulement y penser. Kureto rougit. Son rythme cardiaque accéléra. Oui, c'était bien possible. Tiens par exemple, les fameux trois jours maudits comme il les appelait. Pourquoi cela lui avait-il tant tenu à cœur s'il n'avait pas de sentiments pour Nekomi ?
« Si les gens savaient … moi, le grand et terrifiant Kureto amoureux d'une Ichinose. Père en ferait une attaque. » pensa-t-il avec un sourire désabusé.
Et Kohaku … tiens comment réagirait-il celui-là ? Le provoquerait-il en duel ? Déjà qu'ils se battaient pour la première place de la famille. Et lui Kureto, que ferait-il face à lui ? Il savait déjà que Kohaku était le plus fort. Il l'avait à peu près accepté. Seulement maintenant qu'une demoiselle était en jeu il sentait son désir de se battre monter d'un cran. Et si elle choisissait son jeune frère, comment le prendrait-il ? Pas bien c'était sûr. Aussi mal que son ancêtre ?
« Ah non ! Je refuse de lui faire du mal ! C'est absolument hors de question. »
Voilà donc la différence fondamentale entre maintenant et cinq siècles plus tôt. Kureto songea également qu'il ne voyait pas pourquoi elle le préférerait à Kohaku. Celui-ci était plus séduisant d'une part, brillant, plus gentil aussi, moins effrayant d'autre part. Bref il avait tout. Le sale gosse.
« Kureto-sama ! »
L'intéressé fronça les sourcils. C'était Aoi qui l'avait interpellé ainsi, mais c'était la panique qui pointait dans sa voix qui l'intrigua. Elle ouvrit la porte du bureau à la volée, jetant un œil aux alentours.
« Je suis seul, tu peux parler. »
« Ils sont revenus. » lâcha-t-elle en tentant de reprendre son souffle.
Seul le fait qu'elle ne soit pas venue le lui annoncer avec son calme coutumier l'empêcha d'exulter comme il aurait dû.
« Il y a eu un problème. Nekomi-sama … »
« Quoi ? » demanda Kureto d'une voix tremblante.
« Elle a été gravement blessée, et elle est inconsciente. »
Kureto mit dix secondes à réagir. Puis il se leva si vite que sa chaise en tomba. Aoi s'écarta de la porte de justesse. Il fonça vers l'infirmerie. Il s'arrêta juste avant le couloir, et prit le temps de recomposer une attitude posée. Kureto marcha ensuite de son pas autoritaire habituel. Le reste de l'équipe attendait dans le couloir. Mito semblait sur le point de pleurer, Goshi faisait les cents pas, les deux serviteurs étaient pâles comme la mort et Saya se tenait penchée en avant, ses coudes reposant sur ses genoux et son front appuyé contre ses mains jointes. Leur attitude confirma ses pires craintes, et il dut faire appel à tout son savoir pour se maîtriser. Goshi stoppa en le voyant arriver.
« On vient de m'informer de votre retour. » dit-il.
Toutes les têtes se tournèrent vers lui.
« Ouais on est revenus. » répondit Saya d'un ton las.
« Où est votre leader ? » s'enquit Kureto.
« Là-dedans, entre la vie et la mort. Depuis quand ça t'intéresse ? »
C'en fut trop. Une intense aura meurtrière s'éleva dans le couloir. Kureto n'était absolument pas d'humeur pour une joute verbale. Plus personne n'osa bouger un cil, craignant d'être la cible commise d'office.
« La ferme Saya. » dit-il entre ses dents.
Mais la blonde lui retourna un regard suspicieux. Toutefois, elle baissa rapidement les yeux face à celui mortuaire de son aîné. La porte de l'infirmerie s'ouvrit, faisant baisser la tension. Plusieurs paires d'yeux interrogatrices fixèrent le médecin qui sortait.
« Je ne vous cache pas que ce n'est pas brillant. C'est même très inquiétant. Je ne sais pas ce qu'elle a affronté là-bas, mais c'est un véritable miracle qu'elle soit encore en vie. » débuta-t-il.
Mito émit un gémissement.
« Nous avons fait tout ce qui est en notre pouvoir mais … j'ai des doutes sur son réveil. »
Kureto sentit son cœur tomber comme une pierre, et le sol se dérober sous lui. Non … oh non mais qu'avait-il fait ?
« S'il vous plait ! » intervint Saionji.
Le médecin le regarda.
« Pouvons-nous la ramener chez nous ? » demanda-t-il.
« Ma foi je n'y vois pas d'inconvénient. Ici ou ailleurs le résultat sera le même.»
« Nous vous remercions. » fit Yukimi.
Mito éclata en sanglots. Goshi la prit par les épaules et elle pleura contre lui. Kureto de son côté, avait quitté le lieu en titubant. Il s'appuya contre un mur une fois de vue. Une nausée le prit à la gorge. De l'air … cet endroit l'étouffait. De l'air vite.
Il regagna son bureau complètement hagard. Il l'avait envoyée à la mort. Mais quel crétin, quel idiot, quel con quel … ! Kureto s'effondra sur un divan. Non il ne pouvait y croire. C'était juste un cauchemar, il avait dû s'endormir dans son bureau et rêvait tout cela. Soudain, saisi par une intense colère il se leva et flanqua un coup de pied dans la table basse entre les canapés. Il les renversa aussi, envoya tout valser sur son bureau, renversa l'armoire à côté le tout avec des rugissements de rage. Vaincu par le chagrin il glissa sur le sol, dos au mur. Une larme roula le long de sa joue.
Une demi-heure plus tard, Aoi hésitait à se présenter chez Kureto. Elle voulait l'informer que Nekomi partait se faire soigner dans son domaine. Finalement, elle toqua à la porte. Pas de réponse. Elle frappa encore. Toujours rien. La blonde se décida à entrer. Elle marqua un temps d'arrêt devant le spectacle qui s'offrait à elle. On aurait dit qu'une tempête était passée par là. L'adolescente referma la porte derrière elle, choquée.
« Kureto-sama ? » appela-t-elle d'une petite voix.
Aoi le chercha du regard dans ce capharnaüm. Elle le trouva finalement derrière son bureau assis par terre, le coude sur un genou, une main soutenant son front, les joues humides. La blonde hésita à lui parler.
« Je … je voulais vous signaler … les deux serviteurs de Nekomi-sama la ramènent chez elle. Ils partent à l'instant. »
Kureto ne bougea pas. Aoi regarda autour d'elle. Des dizaines de feuilles parsemaient la pièce. Elle entreprit de les ramasser et de les classer. Son supérieur resta pétrifié, si bien elle eut le temps de ramasser toutes les feuilles et remettre les dossiers en place. Elle releva ce qu'elle put du mobilier. Lorsque le soir vint, elle le signala. Kureto se leva comme piqué par une punaise et sortit du bureau en claquant avec force la porte. Il rentra chez lui complètement déconnecté. Ce fut un miracle que son appartement ne subisse pas le même sort que son bureau. Kureto tomba sur son lit et se prit la tête.
Il ne cessait de se maudire pour l'avoir envoyée là-bas. Le jeune homme ne mangea rien de la soirée, et dormi très mal. Hélas pour lui, personne ne pouvait le consoler et il ne pouvait pas non plus afficher sa peine. Afin d'oublier la douleur, Kureto s'adonna à l'exercice physique de manière intense. Un mois passa ainsi, pourtant il ne parvenait pas à chasser complètement sa peine. Et un matin, alors qu'il arpentait les couloirs de l'école, il fut interpellé par Aoi.
« Kureto-sama ! Venez voir. »
« Qu'y a-t-il ? » répondit-il ennuyé en se tournant à demi.
« Je vois une jeune fille brune aux yeux violets dans la cour. »
Kureto arrondit les yeux, puis approcha d'une fenêtre. La joie explosa dans son cœur en l'apercevant, et une larme roula sur sa joue. C'était bien elle ! Nekomi était de retour.
Encadrée par ses serviteurs, Nekomi marchait dans la cour, pas franchement heureuse d'être revenue quand tout à coup un son incongru l'arrêta :
« Boooouuaaaaah ! »
Elle fronça les sourcils. Bouah ? Qui dans cette école pouvait bien produire un son pareil ? Cherchant l'origine de ce bruit, elle vit alors Mito Jujo lui foncer dessus et l'étreindre fortement.
« Nekomiiiii t'es revenuuuuue ! »
« Argh ! » articula la brunette.
« J'arrive pas à le croire on a cru que tu te réveillerais pas on était tous si inquiets ça fait un mois quand même ! » lâcha d'un trait la rousse en secouant Nekomi par les épaules.
« Hey Nekomi ! Content de te revoir ma grande ! » clama Goshi.
Il lui asséna une grande claque dans le dos. Saya les rejoignit à son tour et se contenta de la saluer normalement.
« Erci. Mais je me demande si je vais pas repartir. » souffla Nekomi.
Elle se pencha pour ramasser son sac qu'elle avait lâché lorsque Mito l'avait secouée comme un drap. Ceci fait, la brunette reprit son chemin accompagnée de tout ce beau monde. Depuis sa fenêtre, Kureto l'observait les yeux brûlants d'amour. Un poids s'était envolé de son cœur. Il ne se détourna que lorsque Nekomi ne fut plus en vue.
