A noter que pour ce chapitre, la logique voudrait que je place la peur avant la culpabilité, mais j'ai inversé les deux en écrivant. La raison : à la base ils remplaçaient le marchandage et la dépression.
Quatrième étape : la dépression
Peur et Culpabilité
Les larmes les plus amères que l'on verse sur les tombes viennent des mots que l'on n'a pas dits et des choses que l'on n'a pas faites.
Harriet Beecher Stowe
La culpabilité
La culpabilité et le péché ne sont que peurs du passé.
Charles P. Curtis
.
Tim reste figé sur le seuil de la morgue. Les autres lui jettent un regard entendu avant de pénétrer dans la salle.
Il baisse la tête. C'est de sa faute si ils sont là, si il est là. Il lui en a voulu alors qu'il aurait dû s'en prendre seulement à lui-même. Il l'a sauvé, mais pour ça il s'est condamné.
Ce n'est pas Tony qui a choisi le poison, ce n'est pas Stone qui lui a injecté. C'est lui et lui seul le responsable. S'il avait été conscient, ce ne serait pas arrivé. S'il avait fait attention, il…
Tim serre les poings. Il est responsable de la mort de Tony, peut importe ce que les autres peuvent dire.
Le médecin légiste tire un corps d'un des caissons. Le bruit qui en résulte lui fait lever la tête.
Le corps est maintenant visible. Son corps.
Le cadavre de Tony est là par sa faute. Ses traits pales, les yeux clos. Le drap laisse apparaître la couture sur le haut de sa poitrine.
Il tressaille.
Il jette un coup d'œil circulaire. Ils sont tous anéantis.
Il esquisse un mouvement de recul. Personne ne réagit. Il tourne les talons et quitte les lieux.
Aujourd'hui, cela fait trois jours qu'il est parti.
La peur
Il restera toujours la peur. Un homme peut détruire toute chose en lui-même : l'amour, la foi, la haine et même le doute. Mais aussi longtemps qu'il tient à la vie, il ne peut pas détruire la peur.
Joseph Conrad
.
Abby fixe le miroir de sa salle de bain d'un air absent. Elle revient du bureau, après avoir été reconnaître le corps de Tony.
Elle a perdu beaucoup de personnes, mais sa disparition est sans nul doute la pire.
Ce n'est pas son ami qu'elle a perdu, ni son collègue. C'est son frère.
Un frère qui a toujours été là pour elle, que se soit pour la distraire, la consoler, la protéger ou même la surveiller. Et elle vient de prendre conscience qu'elle ne le reverra plus.
C'est son grand frère qui vient de mourir et elle ne sait pas comment réagir. Elle l'a perdu et maintenant elle est perdue.
Que va-t-il se passer ? Comment fera-t-elle sans lui ? Sans ses taquineries et ses références ciné ? Sans ses blagues et son humour ? Sans son calme et son sérieux qu'il prenait quand c'était nécessaire ? Sans sa présence, tout simplement ?
Elle l'ignore et cela la terrorise.
Elle a peur du lendemain.
Elle observe encore un instant son reflet, puis attrape une couverture et se blottit sur son canapé. Cette fois elle est incapable de dormir dans sa chambre, dans son cercueil.
Bientôt… oui, bientôt elle le pourra et alors la peur partira.
Bientôt, mais pas tout de suite. Elle n'est pas encore prête à le laisser partir.
