Chapitre 4 : Un pied dehors.
Je me sentais étonnement légère au réveil. Entièrement nue aussi... Je ne savais trop comment mes habits avaient pu voler si loin hier soir mais j'avais du m'écrouler peu après en avoir terminé...
– Ça... m'avait vraiment manqué, soupirai-je en me prenant la tête en les mains. Je suis vraiment un monstre.
Je me rhabillai promptement et me tournai vers mon Pokémon qui me lança un 'Bulbi' enjoué. Je lui répondis après un nouveau soupir :
– On doit vraiment arrêter ça... Si Marielle le découvre, elle va aussi nous mettre à la porte...
Et si je perdais à nouveau mon foyer, je ne savais pas ce que je deviendrais... Mon foyer... Non, ce n'était pas cet endroit, Marielle me gardait juste jusqu'à ce que je devienne dresseuse Pokémon. Mais je n'en avais aucune envie, je voulais bien rester ici pour toujours.
Je descendis finalement et Marielle m'annonça dès qu'elle me vit :
– Oh, bonjour Karen. Je n'aurais pas besoin de toi avec les Pokémon ce matin. J'aimerais que tu ailles faire quelques courses.
Ce serait la première fois... que je mettrais le pied à l'extérieur depuis que j'étais arrivée. Aux dernières courses, Marielle m'avait laissé m'occuper des Pokémon avec sa Nidoqueen. C'était des jours particulièrement éprouvants mais j'avais survécu. Je supposais que ça ne me ferait pas de mal de sortir, je ne devrais rencontrer personne qui ne me connaissait.
– Bien sûr, lui répondis-je. Qu'est-ce qu'il nous faut ?
Ce ne pouvait être que des choses pour nous, les sacs de nourriture pour Pokémon nous étaient livrés ici. Elle me tendit une belle somme et me dit :
– J'ai une question avant... Tu... ne veux pas aller à Safrania, non ?
Je sursautai à cette accusation, lui donnant la réponse qu'elle cherchait. Comment savait-elle ça ? J'étais recherchée ? Si elle allait faire ses courses à Safrania, elle avait peut-être entendu parler de moi... Ça ne faisait que deux semaines après tout.
– Tu semblais venir de là-bas, m'expliqua simplement Marielle. Tu n'as pas besoin de paniquer comme ça devant moi, je ne te veux aucun mal et je ne chercherais pas à savoir ce qui t'es arrivé si tu ne veux pas en parler. C'est juste que...
– Que... ? répétai-je.
– Et bien, si tu ne peux pas aller à Safrania, tu vas être obligée de monter à Azuria. Ce n'est pas un chemin très facile.
– Oh, si ce n'est que ça, je prendrai Bulbizarre avec moi, m'exclamai-je, soulagée.
– Les dresseurs risquent de t'attaquer s'ils voient que tu as un Pokémon.
– Je suis tenue de refuser un duel puisque je ne suis pas encore dresseuse,
– C'est vrai mais tu as peut-être envie de combattre... Tu veux un peu d'argent à parier ?
– Non, non. Ça ira. Je vais vite faire les courses et continuer le travail de d'habitude.
Je pris l'argent, me dirigeai vers la porte et lui dis avant de sortir :
– Merci Marielle.
Bulbizarre fonça à l'extérieur avant moi et alla se jeter dans un coin d'herbe à proximité. Je ris et demandai :
– Ça faisait si longtemps ?
– Bizarre ! répondit-il en roulant du mieux qu'il pouvait avec son gros bulbe.
– Je te sortirai ce soir si ça te plaît tant, mais en attendant, on a du travail.
– Zarre !
– Il faut qu'on achète... commençai-je avant de m'interrompre.
– Bibul ?
– J'ai oublié de demander... soupirai-je en faisant demi-tour.
Je retournai dans la maison où Marielle m'attendait avec un petit sourire amusé en montrant un bout de papier. Je ris, gênée, et elle déclara :
– J'ai eu peur que tu n'y penses qu'une fois sur place.
– Désolée, m'excusai-je en prenant la liste.
Elle me sourit et Bulbizarre m'appela depuis la porte encore ouverte.
– J'y vais, lançai-je avant de le rejoindre.
– Prends ton temps, tu peux prendre ta journée si tu veux te promener à Azuria.
– Merci, mais je compte bien revenir dès que j'ai fini les courses.
– Dans ce cas, n'oublie absolument rien, me demanda-t-elle avec un étrange sourire.
Je lui promis de faire de mon mieux et partis. La Route 5 montait dur mais ça m'arrangeait parce que le retour serait plus aisé quand je serais chargée. Bulbizarre était apparemment enchanté d'être à l'extérieur donc je ne le rentrais pas dans sa Pokéball.
Quand Azuria fut finalement en vue, je me retrouvais vite perdue. En fait, je connaissais juste le chemin vers la piscine dans laquelle j'allais parfois avec Célia et Mélodie et quelques cafés auxquels on s'arrêtait en route... Deux semaines... me répétai-je. Ça ne faisait pas si longtemps mais le temps où je vivais ma vie comme n'importe quelle autre fille de mon âge me paraissait si loin. Je secouai la tête, refusant de continuer à y penser et m'avançai vers un habitant de la ville pour demander mon chemin.
Le truc pratique, c'était que tout se trouvait dans le même bâtiment. Plus petit que les magasins de Safrania et infiniment moins grand que le centre commercial de Céladopole, la bâtisse au toit bleu était tout de même d'une taille conséquente. Mais du coup, les articles étaient rangés dans un ordre peu conventionnel et je dus faire plusieurs allers-retours dans la boutique pour trouver ce dont j'avais besoin. Bulbizarre me tenait la liste sous le nez et empilait les articles dans mes bras lorsque je ne pouvais plus le faire par moi-même. Je prendrai un sac la prochaine fois, me promis-je. Le point positif était que la nourriture et les produits pour soigner ou toiletter les Pokémon étaient livrés directement à la Pension donc je n'avais pas à me promener avec des sacs de croquettes si gros qu'un seul pouvait m'aplatir comme un Miaouss sous Ronflex. Après, je ne pouvais pas dire que ce que j'avais dans les bras était léger non plus. Je n'aurais d'ailleurs jamais pu porter tout ça deux semaines plus tôt, le travail à la Pension devait y être pour quelque chose.
Nous arrivions enfin à la fin de la liste, Bulbizarre réussit à caser la préparation de soupe d'Abo quelque part dans mes bras et mit la liste sous mes yeux. La dernière ligne stipulait 'et prends-toi quelque chose qui te fasse plaisir'.
– Quelque chose qui me plaise ? Dans l'immédiat, un sac de courses, plaisantai-je à l'attention de mon Pokémon.
– Zarre, approuva-t-il.
Il courut ensuite vers la caisse et utilisa ses lianes pour prendre des sacs situés non loin du vendeur avant de se faire engueuler par celui-ci.
– Il est avec moi, dis-je en me rapprochant. M'en faudrait un, voire deux selon leur taille.
J'entendis les sacs tomber à mes pieds et je me penchais pour étaler mes marchandises au sol en tentant de ne rien caser avant de les remplir.
– Je ne t'ai jamais vu avant, tu es nouvelle à Azuria ? Dresseuse ?
Je relevai la tête et remarquai enfin que le vendeur était très jeune pour ce poste. Bon, toujours plus vieux que moi mais c'était fou ce qu'il était mignon. Cheveux noirs, assez courts faisant ressortir des yeux d'un bleu clair, totalement mon type. Je sentis mes joues rougir lorsque nos yeux se croisèrent mais je pris sur moi et me relevai, les deux sacs en mains avant de répondre :
– Nouvelle oui, je travaille à la Pension depuis peu.
– Étrange, la Pension n'est-elle pas plus prête de Safrania pourtant ? Devoir faire tout ce chemin jusqu'à Azuria...
Pourquoi tout le monde se sentait obligé d'en revenir à ce sujet ?
– Oh, ne t'inquiète pas pour ça, une journée de travail à la Pension et la traversée de la Route 5 ressemble à une balade de vacances. Et puis, Azuria est une bien plus belle ville.
– Je suis d'accord là-dessus, me répondit-il fièrement. J'adore vraiment cette ville. Je m'appelle Drake, et toi ?
– Tu... veux savoir mon nom ? demandai-je pour confirmation.
– Si tu ne comptes pas faire tes emplettes à Safrania, ça veut bien dire que l'on va se revoir, non ? me lança-t-il dans un clin d'œil.
Je posai rapidement mes deux sacs sur la caisse pour cacher la couleur de mes joues derrière et répondit :
– Karen...
Je l'entendis soupirer amusé alors qu'il vidait les sacs pour en enregistrer le contenu, les faisant s'affaisser par ce biais jusqu'à ce que nos regards se croisent à nouveau. Je me penchai vers Bulbizarre pour le caresser afin d'éviter ce contact visuel. Ce n'est clairement pas le moment pour ça, m'engueulai-je. Je me relevai finalement, ne pouvant pas contempler mon Pokémon éternellement et il continua simplement son travail avec un petit sourire qui me plaisait bien. Je secouai la tête pour chasser cette pensée et lui tendit l'argent de Marielle lorsqu'il me le demanda. Il déclara m'offrir les sacs en précisant que la prochaine fois, je devrais lui demander avant d'envoyer Bulbizarre les chercher et je lui répondis positivement d'un air des plus stupides que je n'avais jamais pu utiliser, me forçant à prendre la fuite sans autre mot une fois la transaction terminée.
Je m'éloignai de la boutique à pas rapides avant de me retourner vers elle. Drake. Peut-être que je me proposerai à Marielle pour les prochaines courses après tout. Je sentais ce sentiment monter en moi, de la satisfaction. Je me traitai de stupide d'être contente pour une si brève interaction avec quelqu'un que je venais de rencontrer mais je me sentais bien. J'avais vraiment le cœur léger tout à coup. Je souris à Bulbizarre et déclarai :
– On rentre directement à la Pension. Je suis sûre qu'il y aura encore du travail pour nous.
– Zarrezarre !
Une nouvelle vague de satisfaction monta en moi lorsque je quittai la ville pour faire face à la Route 5. Juste le fait de voir cette pente m'enlevait tout sentiment de fatigue quand à l'idée de devoir la traverser. Mais mon bonheur fut de courte durée car je remarquai peu après avoir commencé la descente qu'elle était jonchée de dresseurs Pokémon. Et s'ils me proposaient un match ? Non, je n'avais qu'à refuser, je n'étais pas encore dresseuse donc j'en avais parfaitement le droit.
Je zigzaguai malgré tout sur la route afin d'éviter le plus possible le contact et, ironiquement, me crevai à la tâche. Tout ça pour rien car à une centaine de mètres de la maison :
– Attends toi, tu es dresseuse ?
Je me tournai doucement vers l'adolescent à qui appartenait cette voix. Plutôt grand et enrobé avec des cheveux mi-longs de couleur rouge, trois ans de plus que moi à l'œil et un goût vestimentaire qui ne me convenait pas. Tout comme la proposition qui vint par la suite :
– On fait un match ? Un contre un ?
Il me montra son unique Pokéball avec une fierté non dissimulée. J'inspirai et articulai doucement :
– Je... Je ne suis pas dresseuse...
Il fixa mon Pokémon et je me sentis obligée de préciser :
– Je travaille à la Pension...
– Oh. Mais un match ne te tente pas ? insista-t-il. Ton Bulbizarre a l'air coriace.
Ne m'entendant pas répondre à sa requête, il libéra son Pokémon qui se trouva être un Sabelette. Un type Sol, je devrais pouvoir gagner ce combat facilement, pensai-je. Je resserrai mes mains sur les poignets des sacs et soufflai :
– Bulbi...
– Zarre, répondit-il en se mettant en position.
– On fuit ! criai-je alors en courant le long de la pente, mon premier Pokémon à mes trousses.
Je fonçai le plus vite possible, sans regarder derrière, et ne m'arrêtai qu'en bas de la pente, au niveau de l'entrée de la Pension. Ce que je n'avais pas prévu, c'était que mes sacs continuent la course sans mon accord et me tirent en avant me forçant à connaître le même sort qu'eux ; m'étaler par terre. Je me relevai douloureusement en me frottant les jambes et coudes qui avaient plus ou moins amorti ma chute et vérifiai que tout était en ordre au nouveau des commissions. Je dus ranger à nouveau ceux qui avaient tenté de s'enfuir et me dirigeai plus calmement vers la Pension, jetant un regard noir au Bulbizarre qui se moquait de moi.
J'avais encore fui au final... Je ne me sentais vraiment pas prête pour un match Pokémon. Si Bulbizarre venait à mourir... Non, il ne serait pas mort contre ce Sabelette, je savais ce que j'évitais en fait. Si je faisais des combats, je serais bien plus vite prête à être dresseuse et si je devenais dresseuse, je devais à nouveau dire adieu à la vie que je menais actuellement. Je le savais et je n'aimais pas vraiment ça... Mais quel autre choix avais-je ? Je ne voulais pas faire une carrière aussi dangereuse. Pourquoi ne pouvais-je pas simplement vivre une vie calme quelque part sans forcément avoir à faire se battre mon ami ? Cette réponse aussi je la connaissais. En quittant Safrania, j'avais quitté l'école et ainsi toute chance d'avoir une bonne carrière un jour. Et vu mon départ, je ne pouvais pas espérer y retourner un jour. Pour l'instant, je pouvais juste rester à la Pension et espérer que ces jours durent le plus longtemps possible...
