Note: Yatta j'ai réussi à finir le chapitre à temps! *0* par contre il n'a pas vraiment tourné comme je l'avais pensé... J'avais prévu d'y faire rentrer pas mal de choses et finalement je me suis beaucoup étendue, ce qui fait que j'ai du reporter certains éléments au prochain chapitre...U_U Alors au final je vous avais promis de l'action (et par action j'entends un avancement concret du Yuvi, pour la vraie action là je sais pas trop quand est-ce que j'en mettrais! XD), mais je sais pas trop si j'ai vraiment rempli le contrat... A vous de voir, j'espère que ce chapitre vous plaira quand même! ^^


Chapitre 4.

Le tintement clair des cloches résonna dans toute la tour de la Congrégation, s'élevant jusqu'au toit pour redescendre dans les profondeurs souterraines abritant la chambre d'Hevlaska. On était dimanche et il était huit heure du matin, l'heure de la messe.

Les couloirs du QG se mirent à grouiller de monde alors que tous ses habitants cessaient leurs activités pour se rendre à l'immense cathédrale où se déroulait la cérémonie hebdomadaire. Quelques retardataires engloutissaient en hâte la fin de leur petit déjeuner au réfectoire, les scientifiques échevelés faisaient un rapide crochet aux toilettes les plus proches pour se passer un peu d'eau sur le visage et se repeigner tandis que plusieurs finders sortaient en bavardant de la salle commune ou des salles d'entrainement et que les deux Bookman lâchaient livres et stylos pour sortir de la bibliothèque.

L'infernal vacarme vrilla les tympans de Kanda au beau milieu d'une séance de méditation. Il poussa un soupir agacé et décroisa ses jambes, puis enfila une paire de bottes et son pull blanc avant de sortir de sa chambre en claquant la porte. Happé par le mouvement général, il descendit les uns après les autres les escaliers vers les niveaux inférieurs de la citadelle et arrivé au rez-de-chaussé, il entendit une voix féminine l'apostropher :

-Kanda ! Attend-moi !

Se stoppant sur place, il se retourna pour apercevoir Lenalee qui accourait vers lui. Ses cheveux avait commencé à repousser depuis leur retour d'Edo et les mèches parées d'un ruban blanc frôlaient maintenant ses épaules. Elle avait l'air rayonnante dans sa jolie robe mauve. Yu était sincèrement soulagé de voir qu'elle semblait s'être remise de toutes les épreuves qu'elle avait du endurer. Bien sûr, avoir l'air d'aller bien et l'être réellement étaient deux choses différentes, mais le brun connaissait suffisamment la jeune fille pour faire la différence entre ses sourires forcés et ceux qui étaient sincères. Celui qu'elle lui adressait à l'instant faisait partie de la deuxième catégorie.

Une fois arrivée à sa hauteur, Lenalee lui adressa un petit salut joyeux auquel il répondit par une variante de ses grognements qu'on pouvaient alors qualifier de « grincheux mais bienveillants » et qu'il réservait à la Chinoise. Celle-ci sourit encore devant l'amabilité maladroite de celui qu'elle considérait presque comme un second grand frère, et ils reprirent côte-à-côte leur marche en direction de la cathédrale.

Une fois arrivés dans la salle immense et fastueusement décorée ( le Saint Siège ne lésinait visiblement pas sur la dépense lorsqu'il s'agissait d'élever la foi des combattants de Dieu), les deux exorcistes se dirigèrent vers le bénitier pour faire le signe de croix, puis ils s'avancèrent jusqu'à la place qui leur était réservée : dans les premiers rangs, juste devant le chœur où trônait un large autel drapé d'une étoffe pourpre et paré de couronnes de fleurs encerclant une Bible volumineuse aux beaux feuillets dorés.

Lenalee se glissa dans une rangée à sa droite où étaient déjà installés Krory, Allen, Miranda et Marie qui la saluèrent tous d'un mot gentil. Les lèvres de Kanda se relevèrent en un petit rictus mi-moqueur mi-méprisant quand il vit le Moyashi rougir fortement devant la jolie Chinoise (qui, il devait l'admettre, était vraiment ravissante dans sa robe du dimanche), et il s'installa un rang derrière eux, tout au bout du banc, le plus loin possible de l'autel.

Une ou deux minutes plus tard, Lavi et Bookman pénétrèrent à leur tour dans le lieu saint et s'installèrent comme à leur habitude dans une des rangées sur la gauche de la nef centrale, derrière le banc réservé aux Maréchaux .

A peine s'étaient-ils assis que le prêtre vêtu de son chasuble et de son étole richement brodée d'or s'avança derrière l'autel et un silence total remplaça le brouhaha des conversations.

Et les deux plus longues heures de la semaine débutèrent pour Kanda.

Si encore il comprenait ce que disait le prêtre, le temps lui aurait peut-être semblé moins long... Mais l'intégralité de la messe se faisant en latin, il était incapable d'en comprendre un traitre mot et se contentait de rester immobile en essayant d'avoir l'air attentif.

Au bout d'une demie-heure à fixer l'homme d'église qui n'en finissait pas de lire des passages de la Bible d'un air solennel en poussant de temps en temps une exclamation et en levant les bras et les yeux vers le plafond vouté, Kanda senti son attention vaciller, et son regard dériva en direction des participants qui l'entouraient.

Devant lui, ses coéquipiers avaient tous l'air absorbés par la cérémonie. Miranda avait les mains jointes sous son visage et ne quittait pas des yeux l'autel, Marie arborait un air fermé et concentré et Krory hochait machinalement la tête de temps à autre, comme transfiguré par ce qu'il entendait.

Toute la cathédrale était imprégnée d'une atmosphère de recueillement et de paix, et le silence révérencieux semblait faire résonner sur les murs de pierre un même élan d'adoration vers ce Dieu qu'ils servaient tous.

Une sorte de tension montait, presque palpable, et atteignait son point d'orgue trois mètres devant lui, là où Lenalee et le Moyashi étaient assis.

Les deux jeunes gens avaient les yeux tournés vers le ciel, leur visage baigné par la lumière dorée qui se diffusait depuis la grande rosace de verre tout en haut du chœur et ils dégageaient une telle paix, une telle sérénité, que Yu sentit son cœur se serrer l'espace d'un instant.

Depuis le jour de sa naissance, on n'avait jamais cessé de lui parler de ce Dieu tout puissant qui savait tout, pouvait tout et veillait sur l'univers. Tous les dimanches, presque sans exception, on l'avait conduit à la messe avec Alma et on les avait fait s'agenouiller devant l'autel. Il avaient récités des prières qu'ils ne comprenaient pas, avaient mangés des hosties sans goût et s'étaient confessés à un vieux prêtre sénile qui leur disait qu'ils seraient pardonnés si ils récitaient encore plus de prières et pensaient souvent à un homme barbu cloué sur une croix et qui s'appelait Jésus.

Et il n'avait jamais compris.

Alors que tous les autres avaient les yeux brillants d'émotion lors de la messe et pouvaient passer de longs moments à prier, lui n'avait jamais réussi à ressentir la moindre chose, la moindre présence qui aurait pu l'apaiser ou bien lui souffler des conseils alors qu'il récitait mécaniquement ses psaumes ou regardait le grand crucifix sous la rosace.

Pourtant quelque chose aurait bien du se produire non ? Si il était bien un apôtre, comme tout le monde le disait, alors il aurait été normal que Dieu lui fasse un signe, lui montre qu'il était là ou le fasse entrer en transe ou bien n'importe laquelle de ces choses bizarres qui semblaient arriver aux croyants !

Mais alors que l'esprit des autres semblait s'élever vers le ciel, le sien se cognait toujours obstinément contre le haut plafond pour finalement retomber comme une pierre et il ne se sentait jamais plus seul que lorsqu'il était à la messe, isolé au milieu de cette foule qui elle pouvait sentir Dieu.

Avant il se sentait moins mis à l'écart, parce qu'Alma non plus ne comprenait pas cet espèce d'engouement religieux. Ils en avaient beaucoup parlé le soir avant de s'endormir et en étaient arrivés à la conclusion qu'ils ne pouvaient peut-être pas voir ou parler à Dieu parce qu'ils n'avaient pas été créés par lui. Il avait créé les humains, alors c'était plutôt normal pour lui de vouloir voir ce qu'ils faisaient pour les réprimander au besoin ou bien leur offrir un petit miracle de temps en temps lorsqu'ils s'étaient bien conduits.

Par contre il ne les avait pas créé eux, et d'ailleurs il n'avait pas forcement apprécié qu'on l'imite en jouant les inventeurs, alors il n'avait pas vraiment de raison de leur parler et il y avait comme un niveau intermédiaire entre lui et eux.

Ce genre de chose limite la communication non ?

Après avoir rencontré Lenalee et s'être un peu rapproché d'elle, il avait essayé de lui en parler, mais elle n'avait pas eu l'air de comprendre. Parfois elle détestait Dieu pour tout ce qu'il lui faisait subir, mais elle ne doutait jamais de son existence et espérait qu'à la toute fin il sauverait tout le monde, d'une manière ou d'une autre.

Kanda lui n'avait jamais détesté Dieu. Comment aurait-il pu ? Il ne se sentait pas lié à lui, tout simplement pas concerné.

C'est pour toutes ces raisons que Yu avait toujours l'impression d'être un intrus lors des cérémonies religieuses; un peu comme quelqu'un qui se trompe et va à la mauvaise fête, celle donnée en l'honneur d'une personne qu'il ne connait pas et doit donc faire semblant d'être un autre pour passer inaperçu.

Ses yeux naviguaient machinalement d'un rang à un autre sans jamais se fixer sur aucune personne en particulier; ils parcoururent un instant les différents tableaux accrochés aux larges colonnes de la nef mais s'en lassèrent très vite car depuis le temps, Yu les connaissait par cœur et pouvait même se réciter leur ordre dans sa tête ( Jésus qui portait la croix, Jésus sur la croix, Jésus qu'on descendait de la croix, Jésus qu'on mettait dans un caveau... et ainsi de suite). Son regard redescendit donc une nouvelle fois en direction des bancs en bois verni, et cette fois-ci, une figure attira son attention.

Assit à la droite de Bookman (on voyait sa touffe de cheveux dépasser), Lavi avait lui aussi les yeux fixés attentivement vers l'autel. Mais contrairement aux autres, il n'avait l'air ni serein, ni recueilli. En fait, il avait plutôt l'air de s'emmerder.

Il semblait écouter très attentivement les paroles du prêtre ( tch, bien sûr le Baka Usagi n'était pas n'importe qui ! En plus d'être éminemment chiant, Monsieur comprenait le latin ça allait de soi!) et, au fur et à mesure que le discours avançait, un air de plus en plus ironique se peignait sur ses traits. Au bout d'un moment, le vieux prêtre poussa une autre des ses exclamations enflammées et le roux leva même les yeux au ciel alors qu'un sourire sardonique s'installait sur ses lèvres.

Yu continua à l'observer. Il ne se l'avouerait sans doute jamais, mais savoir qu'une autre personne ne prenait pas part au délire religieux durant cette fichue messe le faisait se sentir beaucoup mieux, un peu moins seul et à l'écart.

Soudain, sentant surement que quelqu'un le regardait, Lavi tourna la tête vers lui, et leur regard se croisèrent.

Kanda ne baissa pas les yeux, Lavi non plus. Ils se fixèrent très longtemps, sans bouger, et Yu eu l'impression de se perdre dans la pupille incroyablement verte, mais surtout incroyablement vide de son vis-à-vis.

Et pourtant il sentait qu'une sorte de courant passait entre eux, comme un fil fin mais solide qui aurait relié leur regard en les empêchant de tourner la tête ou même de ciller. Tout avait disparu autour de lui, le décor et les personnages étaient brouillés et seul l'œil fixe de l'apprenti Bookman et son visage inexpressif lui apparaissaient nettement en se détachant du reste, lui faisant sentir que quelque chose était en train de se passer. Il n'avait aucune idée de ce qu'était ce quelque chose, mais la réalisation de son existence fit courir un frisson le long de son échine.

Mais son état de quasi transe fut soudainement réduit à néant lorsque toutes les personnes présentes dans la cathédrale se levèrent d'un seul coup pour commencer à chanter. Le brun sursauta violemment et suivi machinalement le mouvement tout en revenant à la réalité.

Quand il tourna à nouveau la tête pour regarder Lavi du coin de l'œil, celui-ci était lui aussi debout et regardait fixement devant lui, comme si rien ne s'était passé. Il se concentra alors à nouveau sur le déroulement de la cérémonie et attendit patiemment que les chants s'achèvent (comme si en plus il allait chanter!) en essayant de ne pas avoir l'air trop impatient.

La fin de la messe se déroula ensuite dans une sorte de brouillard pour le Japonais qui restait perdu dans ses pensées. Le regard que lui avait lancé Lavi lui rappelait un peu ceux qu'ils échangeaient parfois avec Alma dans les mêmes circonstances. Il pensait très souvent à lui ces derniers temps et des bribes entières de son passé qu'il avait pourtant essayé d'oublier lui revenaient. Des souvenirs de leur enfance, du temps où ils étaient amis, quand le sang n'avait pas encore tout recouvert.

Yu fut ramené à la réalité par le vacarme des banc qu'on repoussait pour pouvoir se diriger vers la sortie. Il secoua la tête pour se clarifier l'esprit et quitta lui aussi la cathédrale à grands pas, ignorant au passage Lenalee qui lui proposait de venir déjeuner avec elle et les autres exorcistes.

Il avait besoin de prendre l'air.

OoO

Dès que le prêtre eu annoncé la fin de la messe, Lavi se faufila hors de la cathédrale le plus rapidement et le plus discrètement possible, avant que Bookman ne lui ordonne de retourner travailler dans la bibliothèque. Le regard que lui avait lancé Kanda l'avait intrigué. Le jeune homme avait eu l'air tellement las, blasé et il avait même cru pouvoir déceler dans les pupilles grises une nuance plus sombre de tristesse qui lui avait donné un air presque fragile.

En résumé ce Kanda ne ressemblait pas au Kanda habituel, et il mourrait d'envie d'en savoir plus sur cette facette cachée du mystérieux exorciste. Or, quand l'héritier au titre de Bookman voulait découvrir quelque chose, il parvenait toujours à ses fins. Le mystère Kanda ne lui avait résisté que trop longtemps, et il était hors de question qu'il attende plus longtemps pour apprendre le fin mot de l'histoire.

C'est avec cette résolution en tête que Lavi entreprit de suivre le Japonais à la trace, un peu comme un chien de chasse traquant une proie. Mais une des particularités de Yu tenait à sa démarche : il avançait incroyablement vite. En fait son allure lorsqu'il marchait équivalait à celle d'une personne lambda qui ferait un footing, et le temps que le rouquin parvienne à s'extraire de la masse de personnes qui sortait de l'église, la silhouette du brun n'était déjà plus à portée de vue.

Lavi jura intérieurement. C'était vraiment trop bête de le perdre maintenant alors qu'il n'avait jamais été aussi motivé pour le suivre !

Mais alors qu'il commençait à s'en retourner vers le réfectoire en désespoir de cause ( la nourriture prodigue toujours une forme de consolation. Et puis Kanda restait un humain, même lui avait besoin de se nourrir de temps en temps alors il l'y trouverait peut-être...), une petite silhouette noire et blanche se découpant sur le champ d'herbes sèches en lisière de la forêt visible depuis une des fenêtres du couloir attira son attention.

« Trouvé ! » S'exclama mentalement le rouquin. Ignorant la voix cassante de Bookman derrière lui qui venait de le repérer et lui ordonnait de revenir (« Et plus vite que ça espèce de fainéant! Il nous reste la moitié de la bibliothèque à empaqueter ! »), il dévala l'escalier en direction de l'entrée principale de la tour.

Une fois parvenu dehors, il traversa à grand pas l'étendue de hautes herbes qui le séparait de la forêt en s'efforçant de coller le plus possible à l'itinéraire suivit par Kanda lorsqu'il l'avait aperçut depuis la fenêtre. Jusque là c'était facile, mais lorsqu'il pénétra sous le couvert des arbres, Lavi réalisa que retrouver le Japonais ne serait pas une mince affaire. Un effet repérer les traces d'une personne normale était somme toute plutôt aisée (Bookman l'avait entrainé à déceler les traces de pas, les brindilles cassées et tous ces petits signes qui permettaient de réussir une bonne filature), mais Kanda n'était pas n'importe qui, et ses moindres déplacements ressemblaient plus à ceux d'un félin que d'un être humain. Adieu donc providentielles traces de pas et cheveux coincés dans les branches ! Lavi allait devoir se fier à son instinct infaillible de futur Bookman, celui qui ne marchait encore qu'une fois sur deux...

Il se mis donc en marche lentement, en essayant de repérer les traces d'un quelconque sentier sur le sol tapissé d'aiguilles de pin en décomposition et s'arrêtant de temps à autre pour tenter de percevoir tous les bruits qui pourraient lui indiquer la présence et la localisation de sa proie. Mais soit que ses talents de fin limier l'ai quitté faute de pratique régulière, soit que le Japonais soit vraiment adroit quand il s'agissait de disparaître, toujours est-il qu'au bout d'une demie-heure il ne l'avait encore pas retrouvé.

Seulement il était hors de question d'abandonner, pas alors que sa fierté de Bookman était en jeu ! Lavi continua donc à s'enfoncer de plus en plus profondément dans la forêt, en se demandant ce que Kanda pouvait bien fabriquer de si secret pour qu'il ressente le besoin d'aller se cacher aussi loin de la citadelle alors qu'il se contentait d'habitude de ses alentours proches pour s'entrainer.

Au fur et à mesure qu'il avançait, un nouveau son, d'abord assez indistinct, vint s'ajouter au pépiement des oiseaux et au froissement des branches secouées par le vent. Lavi tendit l'oreille et finit par reconnaître le clapotement distinctif d'un ruisseau. Se frayant un chemin dans les taillis, il tenta de se rapprocher de l'origine du bruit et finit par déboucher sur une petite clairière au fond de laquelle un renfoncement indiquait la présence d'un cours d'eau.

Quelqu'un était assis au milieu de l'espace dégagé, et Lavi retint sa respiration quand il se rendit compte qu'il venait de retrouver celui qu'il cherchait. Il s'arrêta complètement de bouger, effrayé que le brun puisse s'apercevoir de sa présence et le découper en tranche pour l'avoir suivi; mais se détendit vite quand il se rendit compte que Kanda avait l'air étrangement calme et relaxé. Le jeune homme avait la tête légèrement penchée en arrière et fixait d'un air plutôt vague un point indéterminé à l'horizon.

Il resta parfaitement immobile pendant de longues minutes, sa longue queue de cheval flottant au vent et les mains posées dans l'herbe jaunie par l'automne. Puis il décroisa ses jambes lentement, les étendit et bascula gracieusement en arrière pour s'allonger sur le dos. Sentant que sa coiffure le gênait pour poser sa tête, il se redressa un peu, libéra le lien rouge qui retenait ses cheveux d'un geste fluide, puis s'allongea de nouveau sur le sol et disposa tranquillement ses deux bras le long de son corps.

Lavi n'en croyait pas ses yeux. Il n'avait jamais vu Kanda ainsi. Il arrivait que le jeune homme soit de moins mauvaise humeur que d'habitude (et cela restait vraiment rare), ou bien qu'il ai l'air un peu fatigué et donc moins enclin à vous sauter dessus Mugen à la main; mais de mémoire de Bookman on avait jamais vu Kanda dans une attitude aussi paisible, et surtout avec un visage aussi serein. Lui qui était constamment sur le qui-vive (on le sentait rien qu'en voyant la tension constante dans ses épaules), était maintenant étendu sur le sol comme un chat à l'heure de la sieste !

Et il avait l'air tellement différent lorsqu'il était ainsi ! Lavi en était presque littéralement bouche bée. Si il l'avait admiré avant pour sa beauté, qu'était-il sensé en penser maintenant ? Ses longues mèches noires agitées par le vent et celles plus courtes de sa frange venaient caresser doucement son visage où les coins de sa bouche étaient encore un peu affaissés pour former sa moue grincheuse distinctive, mais ses yeux d'un gris profond avaient perdu presque toute trace de dureté et ôtaient toute sa qualité rébarbative à l'expression.

Un sentiment très doux envahit l'apprenti Bookman. Il avait presque envie d'aller s'assoir à côté de Yu pour lui caresser la tête ou le grattouiller derrière les oreilles. Enfin, ce n'était surement pas conseillé si il tenait à rester encore quelques années de plus en vie. Surtout qu'il pouvait distinguer la nouvelle garde rouge de Mugen qui était posée dans l'herbe à la droite du brun. Il resta donc prudemment dissimulé dans l'ombre des mélèzes qui entouraient la clairière, tout étonné et étrangement heureux de sa découverte, à savoir que Yu Kanda avait visiblement un petit coin secret bien à lui, où il cessait d'être l'exorciste froid, maussade et arrogant que tout le monde connaissait et se laissait aller à rêvasser en regardant le ciel ou à s'endormir sur l'herbe.

Et aussi étrange que cela puisse paraître, la simple réalisation du fait que le Japonais puisse avoir un comportement aussi foncièrement banal, plutôt que d'apaiser la curiosité du futur Bookman, eu pour effet de la décupler par mille.

La silhouette d'un nouveau Kanda sembla se découper dans l'esprit du roux et, en se superposant à la première, vint lui apporter une profondeur qu'elle n'avait pas avant. Et Lavi voulait voir jusqu'où il pourrait aller, jusqu'à quel degrés de finesse et de précision il pouvait aboutir dans sa connaissance du brun.

Alors il s'assit près d'un épais buisson épineux à proximité d'un bouquet d'épicéas d'où il avait une assez bonne vue sur Kanda tout en restant invisible si jamais il venait à se retourner, croisa les jambes et posa sa tête dans la paume de sa main, puis se mit à observer.

OoO

Après être sorti de la tour, Yu se dirigea rapidement en direction de l'épaisse forêt boréale qui occupait la majeure partie de la haute falaise où le QG était perché. Il se fraya un passage entre les pins et les mélèzes, se dirigeant de manière quasi automatique alors qu'il se laissait étourdir par la senteur des conifères. Marcher en plein air lui avait toujours fait du bien, mais il fut encore plus rasséréné lorsqu'il arriva en bordure de sa petite clairière.

Il n'était pas du genre à s'approprier les choses, mais cela faisait maintenant tellement longtemps depuis qu'il avait découvert cet endroit et avait décidé d'en faire son « repère » qu'il en était venu à le considérer comme sien. Cette impression de possession était d'ailleurs renforcée par le fait qu'il n'avait jamais vu personne d'autre que lui y venir.

Il traversa l'étendue d'herbe et s'approcha du petit ruisseau qui courrait au fond d'un fossé entouré de quelques saules et de petits bouleaux et regarda d'un air pensif la chute de leurs feuilles jaunies dans l'eau claire.

C'était surement la dernière fois qu'il venait ici.

Le brun se détourna brusquement et redirigea ses pas en direction du centre de la clairière où il s'assit. Il n'avait pas envie de penser à ça. Il était venu pour se changer les idées, pas pour se trouver une nouvelle source de préoccupation. Il fixa donc la cime des arbres pendant un moment en essayant de se vider l'esprit, d'atteindre cet état de relaxation extrême qui accompagnait la méditation. Petit à petit, tous ses muscles se détendirent et il commença à se sentir plus léger alors que le poids écrasant de frustration et de colère qu'il accumulait durant chaque journée passée dans l'enceinte de la citadelle glissait lentement de ses épaules, comme emporté par le vent.

Il soupira d'aise, étira paresseusement ses jambes et décida de s'allonger un peu. Le sol était relativement sec, alors il ne risquait pas trop de se tâcher (Yu n'aimait pas se salir, surtout lorsqu'il portait son pull blanc le plus confortable).

Il bascula donc en arrière, bien décidé à s'accorder une longue pause, mais dut bien vite se relever quand il sentit que ses maudits cheveux l'empêchaient de caler sa tête correctement. Kanda les détacha d'un geste impatient et s'allongea à nouveau.

Il se mit à regarder le ciel. L'automne touchait à sa fin et les jours de beaux temps devenaient de plus en plus rares. On ne pouvait d'ailleurs pas vraiment dire de ce ce jour qu'il fut particulièrement ensoleillé : d'épais nuages encombraient le ciel d'un gris pâle et le vent soufflait plutôt fort. Mais l'air était sec et frais et quelques minces rayons de soleil venaient parfois éclairer une branche d'arbre, une parcelle d'herbe ou encore le visage de Yu. C'était précisément le genre de temps qu'il appréciait : ni trop chaud ni trop froid.

Un groupe d'oies sauvages traversa le ciel en direction du Sud, traçant un grand V marron et noir sur le fond de nuages gris. « C'est ça, allez mourir de chaud dans je ne sais quel pays tropical ! », persifla mentalement le Japonais. « Quoique, je suppose que c'est toujours mieux que de rester là pour se les geler sur place... ». Enfin, les hivers en Angleterre étaient surement moins rudes que ceux de la Scandinavie, c'était au moins un avantage possible pour le futur QG...

L'esprit du jeune homme se mit ainsi à divaguer librement, laissant peut à peut place à cette sorte de rêverie dans laquelle chacune de ses sorties dans la petite clairière finissait par le plonger. Il aimait par dessus tout ces moments, quand il était enfin seul, sans personne pour venir troubler son calme et qu'il pouvait savourer des choses aussi simples que le bruit du vent dans les arbres, la senteur de l'herbe et tous les sons divers et variés de la forêt. Et ici au moins, assez paradoxalement, il ne se sentait jamais seul, parce qu'il n'y avait personne pour le juger et surtout pas de barrière entre lui et les vrais humains juste lui avec des arbres, de l'eau, des oiseaux, des insectes et surtout de l'air. De l'air frais et pur qui le régénérait de l'intérieur et lui faisait oublier l'odeur envoutante du sang et des lotus.

Ses yeux finirent pas se fermer lentement et il glissa dans un sommeil pour une fois paisible. Un peu plus loin, camouflé par la végétation, Lavi ne le quittait pas des yeux.

Et quand une heure plus tard le Japonais se réveilla et entreprit de rentrer à la citadelle, l'apprenti Bookman le suivant à une distance respectable, les deux jeunes hommes se sentaient plus en paix qu'ils ne l'avaient été depuis des semaines.


GGL: Bon je sais, je suis un peu partie en délire religieux et limite écolo...=_=' Mais c'est vrai que je trouve ça un peu étrange que la dimension religieuse de DGM soit toujours mise de côté, l'Ordre Noir est quand même au service du Vatican donc bon... Enfin, ça ne veux pas dire que je considère les personnages comme des gros fanatiques chrétiens, ne vous méprenez pas! ^^ La fin est est peut-être aussi un peu cliché, mais j'ai l'impression que mon côté guimauve aime les clichés! XD Et puis si les clichés sont des clichés, c'est bien qu'ils ont un fond de vérité!

Voilà voilà, j'attends votre avis, dîtes moi si vous avez aimé ou pas, comme ça je me corrigerais! *0*

Le prochain chapitre n'arrivera surement qu'au mois d'août vu que je suis sans connexion internet pendant tout juillet (T_T), du coup je vais doublement m'appliquer pour qu'il soit bien! ^^

En attendant bonnes vacances tout le monde!