Note de l'auteur :

Je ne m'étais pas rendue compte que j'avais laissé autant de temps avant de publier ce chapitre, je vous donne donc un résumé des épisodes précédents :
Severus s'est réveillé dans le cloître de la cour d'entrée, devant la grande salle, donc, et venait de se rendre compte qu'il revivait encore et encore la nuit de la "mort" de Dumbledore.

Je rappelle que J. K. Rowling possède actuellement les droits de Harry Potter, et que je ne gagne rien en échange des quelques chapitres que je publie ici.


Chapitre 3 : La douzième nuit

Severus s'était étendu sur l'herbe. Cette nuit d'été se faisait chaude et il en avait profité pour retirer sa cape et la rouler sous sa tête. Il s'était endormi ainsi la nuit dernière et avait eu la joie de pouvoir se réveiller sans la moindre courbature. Bien sûr, il s'était encore réveillé allongé sur les pierres du cloître.

Mais Severus chassa rapidement ces basses pensées. Il en avait marre de ressasser encore et encore sa situation. Cela faisait plusieurs jours qu'il parcourait le parc de Poudlard et pour la première fois, la nuit dernière, il n'avait pas été dérangé une seule fois. Pas de combats, pas de Mangemorts, pas d'élèves turbulents. Pas même un écureuil. Il n'y avait que lui, l'herbe fraîche qui l'entourait et les délicieuses fragrances des quelques touffes de fleurs qui l'entouraient.

Il n'y avait que lui et les étoiles qu'il contemplait. Dumbledore était mort il y a une heure de cela environ, et Severus profitait avec joie que la marque n'éclaire plus la nuit pour se remémorer les cours d'Astronomie qu'il avait eut de nombreuses années plus tôt, et qu'il avait maintes fois eu l'opportunité d'oublier.

N'était-ce par Sirius qu'il voyait briller là-haut ? Il tâchait de réviser en ce moment ses cours d'Astronomie en recherchant parmi les limbes de sa mémoire une quelconque trace des devoirs qu'il avait écrits pendant son adolescence. Il se souvenait de ces soirées passées avec Lily… Depuis combien d'années n'avait-il plus pris le temps de se promener, tout simplement ? Depuis combien d'années n'avait-il plus ressenti de frissons en explorant Poudlard la nuit, en se glissant furtivement dans les dos des professeurs pour courir à la recherche des Maraudeurs ? Il n'avait jamais pensé qu'un jour, même eux, commencent à lui manquer. Sirius avait eut une mort trop triste à son goût… peut-être même trop rapide. James et Lily…

Severus sentit une larme couler… Depuis combien d'années n'avait-il plus pris le temps de pleurer non plus ? Depuis qu'il avait cru vider toutes les larmes de son corps à la mort de Lily…

Il prit tout son temps pour laisser ses yeux dériver sur les constellations, mais une petite voix au fin fond de son esprit remercia Dumbledore et Severus sentit un rictus méprisant se former sus ses lèvres. Ce vieux crouton l'avait fait prisonnier. Il était prisonnier du temps. Et Severus connaissait parfaitement les raisons de son emprisonnement, sans parvenir tout à fait à les condamner. Cela faisait des nuits et des nuits qu'il fuyait ses responsabilités. Mais, en même temps, il pouvait se le permettre, et ce, grâce à Dumbledore. Il était en vacances, en quelques sortes, et pouvait prendre tout le temps qu'il voulait. Des vacances sans fin… où le temps n'avait plus de sens. Chaque soir, il avait des pensées amères contre le Directeur de l'école.

Il repensait à cette rage qu'il avait senti l'envahir quand il s'était réveillé la troisième nuit. Il essayait de se souvenir et de compter les jours mais il avait du mal. Il pouvait difficilement écrire ou faire quoi que ce soit de plus. Ce n'était pas non plus comme si ça importait. Il préférait tout de même cette rage terrifiante à ce vide qui rongeait à présent son cœur et son âme.

Il s'était de nouveau précipité au sommet de la Tour d'Astronomie, mais il n'avait pas prêté attention aux combats, cette fois-ci. Il avait poussé la porte de la tour avec fracas et devait afficher un air de rage inattendu pour tous, car ses « camarades » Mangemorts avaient fui son chemin. Il avait fixé Dumbledore et ordonné d'une voix forte que tout le monde parte. Au vu des vagues de magie pure qui émanaient de sa personne, les Mangemorts obéirent. Il ne savait pas ce qu'ils pensaient, mais ne put ignorer le sourire malsain qu'affichait Greyback.

« Qu'est-ce que vous m'avez fait vieux fou !

-Severus… je ne comprends pas…

-N'essayez pas de faire l'innocent, je sais que c'est vous… »

Ce soir-là, il avait déchaîné sa haine envers toute cette situation contre Dumbledore. Ils avaient profité de quelques minutes de calmes pendant la bataille, avant qu'ils ne soient contraints de faire face à de nouveaux adversaires. Severus avait donc aussi pu se défouler, mais il avait gardé un goût amer dans la bouche, Dumbledore était resté muet. Sa rage aveuglante avait alimenté sa magie et Severus avait pu mettre à terre ses adversaires avec plus de facilité qu'auparavant.

La nuit suivante, il avait recommencé et avait découvert avec une joie immense que sa « nuit de sommeil » avait effacé toutes les courbatures qui auraient dû le faire souffrir, après cette déferlante d'énergie qu'il avait envoyée contre ses adversaires. Il s'était battu à nouveau, encore et encore, s'épuisant dans un combat qui, il l'avait compris, était bien inutile. De jour en jour, il avait perdu son enthousiasme.

Il s'était donc levé un soir pour ignorer tous les évènements qui pouvaient se dérouler dans la nuit. Il avait mûrement pris la décision de rejoindre le confort de ses cachots et de s'y installer dans la paix, la lecture et l'alcool. Seulement, se terrer ainsi n'avait pas suffi et il n'avait pas manqué d'être dérangé.

Severus poussa un soupir. Il ne comprenait pas la situation dans laquelle il se trouvait. Il n'avait encore jamais entendu parler de ce genre d'expériences magiques. Il n'avait jamais imaginé qu'un pouvoir supérieur à celui du Retourneur de Temps existait quelque part dans l'étendue des connaissances magiques… Seul Dumbledore avait pu avoir cette idée. Il en était convaincu même si le vieux avait nié en bloc.

Il abandonna la contemplation des astres pour méditer sur sa condition précaire de prisonnier temporel. Il était certes vrai que ne pas avoir à se soucier du lendemain était d'un grand confort mais, à l'heure actuelle, il donnerait cher pour en avoir un. Dumbledore n'ayant rien révélé, Severus était contraint à s'abaisser d'étudier les hypothèses auxquelles il devrait faire face. Heureusement pour lui, il n'avait plus à penser ni aux conséquences de ses actes ni à ses désirs.

Sans doute devait-il exister une porte quelque part, une condition de sortie. Il fallait juste qu'il trouve quoi et qu'il agisse pour sortir de cette nuit infernale. Peut-être que s'il agissait comme un véritable Griffon le temps d'une nuit, il était persuadé que le Maître des Griffons lui-même l'avait piégé après tout, s'il combattait avec acharnement et essayait de sauver un maximum de personnes, alors le sort se lèverait… Oui, il allait faire ça.

.oOo.

Severus était à nouveau allongé sur l'herbe. Des semaines des mois… Il n'arrivait plus à compter les nuits. Ses yeux restent fixés sur cette lune, ce fin croissant qui se promène dans cette nuit de juin. Severus se prend à espérer, encore une fois, qu'il reverra le soleil… qu'il sentira à nouveau ses rayons brûlants sur sa peau.

Il avait passé tant de nuits à se battre, tant de nuit à donner son sang et sa sueur pour cette… malédiction. Il avait écouté les rapports après la bataille, mémorisé précieusement chaque détail, compté les morts et les blessés, et à chaque fois il avait redoublé d'efforts le jour suivant, encore et encore. Rien ne lui avait échappé. Il en était persuadé après avoir joué les sauveurs pendant autant de nuits.

Il venait tout juste de passer une de ces nuits… Courir en haut de la tour, aider Minerva dans son combat, vaincre, aller à la Tour d'Astronomie, monter, combattre, poursuivre, combattre, rechercher, combattre…

Lui qui croyait avoir vu trop de sang et trop d'horreur avait maintenant un rire amer. Cette bataille sans fin ressemblait juste à un enfer personnel, crée spécialement pour lui. Il sortit une potion de sa robe et attendit que le sommeil le prenne.

Sans grande surprise, il ouvrit les yeux sur les arcs en ogive du cloître. Il avait trouvé l'une des meilleures « versions » de cette nuit pour sauver un minimum de personne, dont le Directeur, ne pas être trop amoché et ne pas perdre de temps à courir après les Mangemorts en déroute. Il fallait qu'il lui parle…

.oOo.

Severus se massa les tempes après cette réunion de l'Ordre du Phénix qui lui avait semblée interminable. Tous se levèrent, il était temps de prendre du repos… Severus soupira à cette pensée. Quand en aura-t-il, lui, du repos ? Il observa Dumbledore se lever et fit le choix d'étouffer les sentiments de colère qui agitaient encore son cœur pour le suivre.

« Monsieur le Directeur, puis-je m'entretenir avec vous ?

-N'est-ce pas déjà ce que vous faites ? »

Severus ravala son regard assassin. Ce n'est pas comme ça qu'il réussira à lui faire avouer sa part de responsabilité dans cette fausse vie qu'il vivait à présent.

Ils se retrouvèrent bientôt tous les deux assis dans les confortables fauteuils du bureau.

« Alors, Severus, qu'est-ce qui vous amènent dans mon bureau ce soir ?

-Vous n'avez pas besoin de jouer cette comédie, Albus, vous savez parfaitement ce qui m'amène ici. Vous êtes suffisamment intelligent pour comprendre la position dans laquelle je me trouve à présent.

-Si vous parlez de votre statut de traitre aux yeux de V…

-Ne prononcez pas son nom ! »

Severus avait sans doute mis plus de hargne dans ces quelques mots qu'il ne l'aurait voulu.

« Vous savez que je me réveille encore et encore pour revivre cette nuit ! Je sais que c'est vous qui m'avez piégé ! »

Il ne reçut qu'un regard pétillant en guise de réponse et décida d'agir… Il leva ses barrières d'Occlumancie au plus haut niveau et se concentra pour la suite.

« Vous me l'avez avoué hier, vieux gâteux ! »

Il y eut un faible silence… Severus pouvait entendre son cœur battre à ses oreilles. C'était une bonne vieille ruse bien Serpentarde mais pas encore trop éculée.

« Severus, depuis combien de temps ? »

La voix du Directeur n'avait été qu'un murmure. Il venait d'admettre à demi-mot ? Severus exultait.

« Un peu plus de deux mois, maintenant… »