Chapitre 4

Sanctuaire, Maison du Bélier.

Yuzuriha secoua l'épaule d'un Bélier profondément endormi à ses côtés. Il grommela, grogna et finalement se retourna, obligeant sa Grue à lui donner un coup de coude pour susciter son réveil.

« Shion ! Shion !

_ Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? C'est déjà le matin ? », marmonna-t-il en posant sa tête sur les cuisses de sa compagne assise dans le lit. Il en profita pour passer une main au creux de ses reins en souriant.

« Je l'ai de nouveau sentie, Shion, la présence. Il y a quelqu'un avec nous !

_ Tu te fais des idées. Comme hier, avant-hier et les jours précédents. Il n'y a que nous ici. » Il remontait vers ses lèvres en embrassant son ventre, frotta sa joue contre un sein, caressa sa taille.

« Si tu veux que je m'occupe de toi, bel oiseau, tu n'as pas besoin d'inventer des fantômes. Demande-le», dit-il en mordillant le creux de son cou .

« Arrête ça ! Écoute ! Cela recommence ! »

La jeune femme repoussa le Bélier sans ménagement, le forçant ainsi à se réveiller entièrement. Il soupira en s'asseyant dans le lit, puis étendit son Cosmos, sourit en le mêlant un instant à celui de Yuzuriha et ne ressentit rien d'autre, comme d'ordinaire. Jusqu'à ce contact. Une conscience. Un être qui tentait de communiquer. Il prit la main de sa compagne.

« Je l'entends, Yuzuriha, je le sens. Il y a quelqu'un. »

Yuzuriha soupira de soulagement. Elle n'était donc pas folle! Elle avait vraiment eu peur que son son Bélier finisse par croire qu'elle commençait à perdre l'esprit et qu'il ne l'aime plus. Shion mit un peu de temps à localiser la source. Elle était si ténue, mais elle était bien là, palpitant à l'intérieur de Yuzuriha. Il tourna vers elle, ils se fixèrent un instant sans rien dire.

« Cela vient de toi », dit-il.

« De moi? Que ? Tu veux dire que...? »

Yuzuriha le fixa, encore sous le choc, plaçant machinalement sa main sur son ventre, se concentrant sur ce petit bout de Cosmos qui essayait de communiquer avec elle depuis des jours. C'était donc ça. Shion porta la main de son oiseau à ses lèvres, souris en l'embrassant avant de poser la sienne sur son ventre.

« Tu avais raison, nous sommes trois ». Yuzuriha se serra contre lui, remplie d'une joie incommensurable.

Shion et Yuzuriha leurs Cosmos et les tendirent doucement vers celui du petit foetus, lui faisant comprendre qu'ils l'avaient remarqué et seraient là pour lui désormais.


Maison du Cancer

Cela faisait quelque temps que Gioca était au Sanctuaire et elle n'avait toujours pas l'intention de repartir, ce qui réjouissait passablement le gardien de la quatrième Maison. Ses nuits étaient bien moins froides depuis son arrivée. Mais depuis quelques temps, Manigoldo était ... comment dire? Perplexe. Sa petite flamme était un peu étrange ces temps-ci, une sorte « d'aura » flottait autour d'elle. Elle semblait plus... plus belle, ce qui n'était pas pour lui déplaire loin de là, mais tout de même ! Et ce n'était pas le plus intrigant. Non, le plus bizarre c'était qu'elle mangeait plus que d'habitude, beaucoup plus. Pour deux. Pour deux. Alors qu'elle avait un appétit d'oiseau d'habitude ! Et elle était un poil plus irritable. Mani se demandait encore et encore s'il n'y avait pas là une étincelle en train de grandir dans le ventre de sa Gioca. Cette seule pensée lui donnait le vertige. Il s'en arracherait les cheveux tellement cela le tourmentait. Il fallait qu'il sache, mais il se voyait mal lui demander cela comme ça. Chaque fois qu'il avait voulu le faire, il avait renoncé devant le ridicule de la question.

Un soir, après que Gioca se soit endormie après leur câlin, profitant d'avoir la tête posée contre son ventre, il caressait distraitement sa peau du bout des doigts. Il avait du mal à se l'avouer, mais il guettait un signe qui lui confirmerait son pressentiment. Il se trouvait parfaitement idiot à faire ça, comme si le bébé – s'il y en avait un - allait lui faire « Coucou ! » parce qu'il en avait envie. Mais tout à coup... là il sentit quelque chose! Ou pas. Il devait avoir rêvé, c'était peut-être juste parce qu'il avait ... envie? Il se désespérait un peu plus. Ça devenait très grave là ! Mais il avait un moyen de s'en assurer. Il se concentra à la recherche de la petite âme nichée là-dedans si elle était bien là et il la sentit. Toute petite, faible comme une flamme de bougie. Il resta interdit un long moment, stupide, stupidement content et un peu stupéfait, concentré sur elle, serrant sa compagne plus fort dans ses bras, murmurant "Mia fiamma" sur sa peau. Il finit par s'endormir, un sourire niais sur les lèvres, sourire qu'il devrait expliquer à sa flamme le lendemain.


Mont Olympe, Palais d'Aphrodite.

Les semaines s'égrainaient les unes après les autres et les premiers résultats se montraient. Il y avait des amourettes dans tous les coins des domaines sacrés et déjà quelques couples passaient à l'étape supérieure. La seconde étape du plan-punition allait bientôt pouvoir commencer. Aphrodite se frottait les mains, riant devant son grand Miroir qui lui permettait de tout voir sur la Terre.

Mais là, tout de suite, un cas particulier la tourmentait. Elle était en train d'observer une « victime » qui semblait résister à son sortilège. Albafica, Chevalier d'Or des Poissons à la beauté empoisonnée posait problème à la Déesse. Un gros problème. Quelle idée de s'empoisonner de la sorte! Ça lui compliquait la tache, vraiment. Elle devait d'abord s'assurer que sa promise (très mignonne d'ailleurs) ne risquerait rien. Elle ne voulait pas être responsable de la mort d'une humaine et en subir les conséquences. Elle avait déjà donné avec Hélène, merci bien!

Elle frappa les mains, appela un de ses chérubins et lui désigna à travers son Miroir les deux tourtereaux dont il devrait récupérer les cheveux et les amener à Asclépios, histoire de vérifier la compatibilité et au pire de faire fabriquer un contrepoison à celui des Poissons, ce qui ne gâcherait rien, bien au contraire. Elle rit en admirant le beau profil de ce chevalier qu'elle avait, décidément, bien gâté physiquement.

Foi d'Aphrodite, lui non plus n'y échapperait pas! D'une façon ou d'une autre.


Sanctuaire, Maison des Poissons.

Agasha, penaude, se tenait face à un Albafica tremblant de crainte pour celle qu'il aimait. La jeune fille serra un peu plus fort contre sa poitrine le flacon maintenant vide. Elle sentait sous ses doigts les coquillages incrustés dans le verre, la fraîcheur du fil d'or qui le décorait.

« Tu as fait quoi ?

_ J'ai bu le contenu du flacon que m'a remis la déesse Aphrodite. »

Les yeux du Poisson s'emplirent de tristesse, Agasha s'en voulut. Terriblement. Il esquissa un geste pour la prendre dans ses bras, s'arrêta. Elle continua :

« Elle est apparue dans le Temple quand tu es parti t'entraîner. Elle a dit que c'était le moyen pour que je puisse enfin te toucher. Qu'elle voulait nous aider. Alors… je l'ai bu», dit-elle baissant la tête un peu plus.

« Tu te rends compte que cela pourrait être une ruse d'Hadès ou d'un de ses Spectres. Que c'est peut-être du poison ?

_ Je sais. Mais je suis sûre que c'était elle. Elle… Elle savait des choses sur nous», dit-elle en rougissant, « que personne ne sait. Je n'en peux plus, Albafica. Je veux pouvoir poser la main sur la tienne quand tu vas mal, me serrer contre toi le soir. Ne plus sentir ce drap qui me sépare de toi. J'ai préféré essayer. Quitte à tout risquer ».

Elle laissa tomber le flacon, qui éclata en une myriade d'éclats scintillants sur le sol, et se précipita contre le Chevalier des Poissons. Il resta un instant sans oser bouger. Les bras d'Agasha étaient autour de sa taille, sa tête contre son torse. Il lui semblait même sentir son cœur, son si joli petit cœur, battre la chamade. Il soupira, referma ses bras autour d'elle timidement. Le Chevalier des Poissons déposa tendrement un baiser dans les cheveux de la jeune femme. « Il en sera fait comme tu voudras, Agasha ».

Sa main remonta le long de la tunique, glissa dans la nuque de son amour. Sentir sa peau, sa chaleur. Le frisson du contact. Ses doigts passèrent sur sa joue, lui relevèrent le menton. Leurs sourires se répondirent. Il effleura ses lèvres du pouce. « Amour».

Il murmura encore son prénom quand il se pencha vers elle, que leurs lèvres se frôlèrent. Il la retint lorsqu'il la sentit glisser entre ses bras.

« Agasha ! Le poison ? » L'inquiétude passa sur son visage. Elle lui sourit, murmura.

« Non. C'est bon. C'est si bon, Albafica. Encore. »

Cachée derrière une colonne du Temple des Poissons, Aphrodite jubilait. Magnifique ! Tout marchait à merveille ! Elle soupira en regardant le couple enlacé. Ah, ces deux-là étaient sa plus grande réussite, c'était sûr !

Elle serait bien restée là à les contempler durant des heures, mais elle savait que certaines choses ne se découvrent qu'à deux, que certains moments n'ont pas à avoir de spectateurs indiscrets. Et puis, elle avait encore du travail. Beaucoup de travail. Certaines unions allaient aussi avoir besoin d'un coup de pouce du destin.