Chapitre 4 : Propre et vacciné

Harry s'était finalement fait à la vie à Privet Drive. Oh bien sûr, il y avait toujours quelques petits dérapages, quelques cauchemars par ci, quelques douches froides par là… mais après presque huit mois à passer sa vie entre le placard sous l'escalier et la salle de bain, Harry s'y était habitué. Depuis ce fameux jour où Vernon l'avait ramassé sous le porche, le petit garçon n'avait plus revu la lumière du jour qu'à travers la fine ligne sous la porte de sa chambre. Il arrivait aussi à l'apercevoir par le velux quand sa tante daignait lui accorder un bain en pleine journée… enfin, Harry devait bien sûr se laver seul avec une goutte de gel douche et de l'eau pas vraiment tiède pendant que Pétunia le fixait durement, les bras croisés sur la poitrine et son pied tapant régulièrement le sol, en signe d'impatience. Néanmoins le spectacle était fabuleux, tous les rayons tentaient d'entrer en même temps par cette si petite fente et allaient ensuite se refléter sur le carrelage qui, déjà étincelant de propreté, brillaient de mille feux. Et même s'il aurait préféré pouvoir admirer le ciel plus longtemps, même de l'intérieur, Harry savait qu'il ne devait pas faire perdre plus de temps que nécessaire à sa tante, comme elle le lui répétait assez souvent. Après ces rares instants, le bambin était tout simplement remis au placard, comme un vulgaire objet inutile.

Alors, pour passer ses journées, celui-ci collait son oreille contre la porte et écoutait tout ce qui se passait dans la maison, des larmes de crocodile de son cousin aux conversations plus articulées de son oncle et sa tante. Après tout, à deux ans, Harry essayait de retenir un maximum de vocabulaire tandis que Dudley se cantonnait à l'habituel veux pas. Bien entendu, il ne comprenait pas tout, mais répéter, même des mots inconnus, lui permettait d'améliorer sa prononciation. Il était bien obligé d'apprendre seul, personne ne lui faisait la conversation.

A vrai dire, pour le quartier de Little Whinging, rien n'avait changé au numéro 4. Aucun siège auto supplémentaire n'avait été installé dans la voiture, aucun aménagement particulier à l'intérieur de la maison, aucun changement de comportement de la part des Dursley, rien ne pouvait témoigner de l'existence de l'enfant aux cheveux noirs vivant sous les escaliers. Et quand on passait la porte de ce pavillon aussi normal que les autres l'avoisinant, on découvrait en fait un deuxième enfant à la charge de cette famille. Enfant qui malgré une certaine intelligence ne comprenait pas tout mais qui ne se plaignait que rarement. Effectivement, depuis sa naissance, Harry n'avait pas eu l'habitude des longues promenades au bord de la mer ou dans la forêt, le mouvement de la poussette l'endormant doucement, le vent jouant dans ses cheveux et le soleil réchauffant ses joues légèrement rosées. En effet, même s'il l'ignorait actuellement, il avait été sous la menace continuelle d'un mage noir et ses parents avaient interdiction de sortir de leur propriété pour sa sécurité et sa survie. Ainsi, Harry n'avait pas eu l'habitude de jouer dehors, cela ne lui manquait donc pas spécialement, après tout, n'avoir jamais connu quelque chose permettait de ne pas en souffrir par manque. Par contre, rester coincé dans un placard à longueur de journée sans avoir le droit de gambader dans la maison à sa guise comme chaque enfant en bas âge, être continuellement sur ses deux jambes sans avoir droit à un câlin ou réconfort de temps en temps dans les bras d'un parent, passer la majorité de son temps en compagnie de soi-même et des quelques araignées ayant envahi l'espace du placard alors qu'il avait l'habitude de ne jamais être seul… tous ces petits gestes qui paraissaient insignifiants tant qu'ils étaient acquis mais qui maintenant manquaient cruellement au petit bonhomme. Passer du jour au lendemain d'une famille aimante et soudée à une 'famille' distante et pleine de haine à son égard sans aucune explication avait été dur à avaler pour Harry. Suivant son instinct malgré son jeune âge et essayant de faire le moins de faux pas possibles, celui-ci s'éduquait pratiquement tout seul…

Et être propre faisait partie de cette nouvelle éducation. Si au départ, Harry avait eu droit à des couches propres même s'il n'était pas changé aussi souvent qu'il l'aurait du, la différence de poids et de taille entre son cousin et lui ne faisait qu'augmenter de jour en jour et il était hors de question d'acheter quoi que ce soit au garçon, ils étaient déjà bien trop gentils de lui donner les mêmes couches qu'à Dudley. Ainsi, il avait été jugé assez grand pour ne plus en porter, le problème était résolu. Enfin ça, c'était du point de vue de ses tuteurs, parce que pour Harry, ce n'était pas aussitôt dit, aussitôt fait. Il fallait déjà comprendre ce qu'on attendait de lui, parce que comme d'habitude, personne ne prenait la peine de le lui expliquer clairement, et ensuite, il fallait pouvoir l'appliquer. Et cette deuxième partie était encore plus difficile à accomplir que la première. Qui dit muscle appelle à une maîtrise plus ou moins totale mais il fallait déjà savoir que c'était le boulot de certains muscles de l'aider à se retenir jusqu'à arriver aux toilettes ou plutôt au seau placé dans le fond du placard mais aussi réussir à les contracter correctement… allez comprendre tout ça à deux ans… Alors, inutile de dire que les fuites avaient été nombreuses avant de finalement saisir l'ampleur de son anatomie et malheureusement, avec elles venaient inévitablement les punitions glaciales.

Si bien qu'un Harry propre était désormais très fier de lui. Les rares accidents ne survenaient plus que la nuit, et seulement après un terrible cauchemar qui lui faisait tellement peur que sa vessie se vidait inconsciemment dans son sommeil, et qui donc ne relevaient pas vraiment de lui, ce qui enlevait un certain poids à sa culpabilité. Comme tout est question de point de vue, Pétunia ne l'entendait pas de cette manière. Son corps, sa faute… il n'avait qu'à se retenir. S'il avait été plus grand, Harry aurait pu lui répondre qu'au moins lui essayait, ce qui lui donnait un certain mérite, contrairement à son cousin qui était toujours le même bébé capricieux et pourri gâté en couche-culotte. Mais Harry n'avait pas la taille à se mesurer à sa tante et avait de ce fait pris pour habitude d'accepter les nombreux reproches sans rien dire, la tête baissée en signe de soumission… c'était toujours mieux que d'être arrosé, non ?


Ignorer Harry au possible était un moyen de déni, une façon de rejeter la fatale malchance d'avoir eu à s'occuper de l'enfant bizarre de sa sœur… d'ailleurs, l'appeler Harry était déjà trop lui accorder d'importance, garçon faisait amplement l'affaire. Néanmoins, la loi n'était pas du côté de Pétunia. Etant sa tutrice légale, elle se devait de veiller à sa santé, le loger et le nourrir. Et si les autorités ne vérifiaient pas que ces deux derniers verbes aient la même signification pour eux que pour les Dursley, la santé était un autre problème. En effet, à cet âge, les enfants avaient de nombreux vaccins à faire, et Harry n'y faisait pas exception, au grand damne de sa tante.

Ecouter sa tante, ne pas parler, ne pas pleurer, rester calme et à l'écart, disparaître si possible. Ecouter sa tante, ne pas parler, ne pas pleurer, rester calme et à l'écart, disparaître si possible… c'était les mots qu'Harry se répétait en tête pendant le trajet en voiture. D'une part, il ne voulait pas les oublier, sinon cela rendrait l'oncle Vernon encore plus furieux que d'habitude, et d'autre part, cela lui permettait d'oublier le fait qu'il prenait pour la première fois la voiture, ce qui n'était pas fait pour le rassurer. Pour une fois, il aurait pu admirer les alentours, profiter de la lumière du soleil sur son visage à travers la vitre, admirer le ciel dépourvu de nuages à cette heure, mais le paysage défilait trop vite pour ses yeux, et vomir était la dernière chose à faire, surtout dans la voiture immaculée de son oncle. Il ne voulait même pas imaginer les conséquences d'une telle erreur, son estomac se tordait déjà suffisamment dans tous les sens sans qu'il n'en rajoute davantage avec ses pensées.

Aux visages fermés de ses tuteurs, Harry avait bien compris qu'ils l'emmenaient avec eux contre leur gré et le sermon de son oncle avait confirmé son intuition. Ce-dernier avait pris sa journée pour pouvoir les accompagner chez le pédiatre. Il allait les y déposer, puis passer à son bureau voir si tout se passait sans problème en l'absence du patron qu'il était et enfin les reprendre pour rentrer directement chez eux. Ils n'allaient tout de même pas passer plus de temps que nécessaire en compagnie du garçon, il polluait son air rien qu'en étant présent, déjà qu'il avait dû se retenir de lui mettre une bonne claque de peur qu'une marque reste et ne soit remarquée par quiconque examinerait le garçon. Aussitôt rentrés, ce-dernier serait enfermé dans son placard.

Assis seul en face du bureau du médecin, Harry prit peur. Ça devait vraiment faire très mal pour que Dudley hurle si fort. Son oncle avait essayé de l'effrayer en lui parlant d'une énorme piqûre et d'une produit brûlant traversant son corps mais il n'avait pas voulu y croire, Oncle Vernon prenait toujours un plaisir malsain à l'intimider. Mais peut-être qu'il avait pour une fois raison. La peur d'Harry redoubla d'intensité.

Terrorisé, Harry agrippa le cou de la femme quand celle-ci le prit dans ses bras dans le but de l'allonger sur la table d'examen. Avec un petit sourire, cette dernière lui passa un main dans le dos pour le réconforter et lui murmura à l'oreille qu'il n'avait pas à avoir peur, que c'était juste un court mauvais moment à passer, ça irait très vite. La voix était douce, cela faisait tellement longtemps aux yeux d'Harry qu'il n'en avait pas entendu de telle. Ses tremblements cessèrent malgré lui, ce qui permit au docteur de le déshabiller pour l'examiner.

Déjà pesé et mesuré, Harry regardait avec curiosité les instruments qui entrainaient différents réflexes, oubliant par la même occasion la piqûre qui l'attendait.

Arrivée au moment inévitable, le pédiatre appela Pétunia pour qu'elle vienne tenir son neveu pendant l'injection mais cette dernière était déjà occupée à consoler son Dudlynouchet tout en le rhabillant et ne serait même tout simplement pas venue en d'autres cas. Alors la douce femme prit l'enfant dans ses bras et lui mit délicatement la seringue dans les fesses, laissant le produit introduire l'organisme. La piqûre était le dernier des soucis d'Harry, il était bien trop occupé à profiter de l'étreinte qu'on lui offrait. Il ne pleura pas, comme promis. Et pour le récompenser de son courage, la jeune femme lui donna une sucette après l'avoir rhabillé et vanta même sa patience à sa tante, accentuant l'air pincé de celle-ci.

Il ne goûta jamais la sucrerie, puisque dès le cabinet médical hors de vue, celle qui aurait du être sa deuxième maman la lui vola pour la donner à son fils. Son bonheur ne fut pas gâché pour autant, il ne dit rien, l'étreinte chaleureuse encore présente dans son esprit et la main sur le cœur, dans une vague façon de la prolonger.

Un jour, quand je serai grand, je ne dirai jamais non à un câlin, qu'est-ce que ça peut faire du bien ici quand même…


Je suis désolée pour le retard mais ce n'est pas de ma faute, au moment où j'ai voulu mettre le chapitre en ligne, le site lui ne le voyait pas de cette manière, bref, gros bug depuis dimanche, j'ai vraiment vérifié tous les jours et finalement aujourd'hui, ça a marché ^^

J'espère que ça plaît toujours, dites-moi tout !