Quelques mois ont encore passé, et nous voici à la bataille d'Endor.
Rendons à César ce qui est à César, j'ai emprunté la description du capitaine en fin de ce chapitre à l'excellent site Imperial Chicks, que je vous engage à visiter.
Quatrième pas : prisonnier
- Oh merde...
L'officier M'kae fut incapable de retenir un juron en voyant un geyser de flammes s'élever du pont supérieur de l'Executor. Il avait suffi d'un seul chasseur volant à travers la baie d'observation pour mettre le géant KO. Needa fixa le désastre, incrédule.
Piett était forcément sur la passerelle quand... Oh, mon pauvre vieux, c'est pas une façon de finir, ça.
Un choc violent contre les boucliers faiblissants du Vengeur le ramena à la réalité. Il se rua vers la console la plus proche et laissa échapper un juron sonore. Sous le pilonnage conjoint de deux croiseurs MonCal80, les boucliers au niveau des ponts inférieurs étaient entrain de lâcher. Et le fameux blindage endommagé par les astéroïdes n'avait jamais été réparé. Quand les déflecteurs tomberaient, rien ne protégerait plus les ponts inférieurs et les hommes stationnés là de tirs de missiles. Le reste du Vengeur n'était pas en bien meilleur état, quand on y regardait de plus près.
- Commandant ? demanda l'officier Nemet. Nous ne pourrons plus tenir longtemps à ce rythme.
- Je sais. Monsieur M'kae ? Tâchez de nous ouvrir un canal de communication avec un des croiseurs.
- Tout de suite, capitaine.
Personne n'objecta. Il aurait fallu être aveugle et sourd pour penser que leur bâtiment avait encore une chance d'échapper à la destruction. Et personne à bord n'était non plus très pressé de mourir.
Mais alors que le capitaine se tournait vers la console pour commencer à négocier (Et cette fois, le Créateur me pardonne, j'ai même pas dix minutes à ma disposition !), son second lui saisit le bras.
- Qu'est-ce que vous voulez, Roneri ? aboya Needa. On n'a pas le temps de tenir une conférence !
- Vous comptez vous rendre, capitaine ? demanda Roneri, méprisant. Dans de telles circonstances, il est nécessaire de détruire le vaisseau et de...
- Environ un quart de mon équipage est toujours coincé dans les ponts inférieurs et en danger de mort immédiate. Si nous activons l'auto-destruction, non seulement ceux-là seront perdus, mais nous n'aurons jamais le temps d'évacuer les autres. Dites-moi un peu ce que la mort de tout l'équipage du Vengeur apporterait à l'Empire, hein ? Fin de la discussion, retournez à votre poste.
Roneri tourna les talons et quitta la fosse où travaillaient les contrôleurs. Needa l'oublia momentanément pour prendre contact avec le croiseur MonCal situé sur le flanc droit du Vengeur. Après le crachotement de la statique, une voix plus ou moins distincte finit par se faire entendre.
- ... Vengeur... ici croiseur Défenseur... vous écoutons...
- Nous souhaitons négocier une reddition et...
- ?!
- Nous ne sommes plus en état de poursuivre le combat et nous en remettons à votre bonne volonté.
- Message bien reçu. Désactivez... canons et boucliers... Envoyons... page de sûreté...
Needa allait répondre quand il sentit quelqu'un le pousser violemment dans le dos. Il y eut une lumière blanche aveuglante... et puis plus rien.
# #
A bord de la frégate médicale Sauvegarde, le docteur Nashar Neferu passait l'une des pires journées de sa carrière. Non seulement le flot de blessés avait depuis longtemps dépassé les capacités de ses équipes, mais elle avait déjà dû distribuer des coups de poings et des claques pour obliger certains médics à traiter leurs patients selon la gravité de leurs blessures, et non en fonction de la couleur de leur uniforme. Par chance, quelques-uns des impériaux récupérés avaient une formation médicale, certains étaient eux aussi des médics et, comprenant la situation, s'étaient mis au travail pour soigner leurs collègues. Ça n'avait plus trop d'importance, à présent. Ils étaient tous également épuisés, prêts à s'écrouler. Néanmoins, quand une nouvelle vague de blessés en provenance du Vengeur arriva sur la frégate, Neferu rassembla son courage et le peu de forces qui lui restaient pour les prendre en charge.
Syndrome de dépressurisation aiguë, brûlures... c'était le lot de la plupart des hommes, qui provenaient presque tous des ponts inférieurs. A la surprise de la doctoresse, une dizaine de patients avait été trouvée sur la passerelle de commandement, qui n'avait pourtant pas été touchée par les tirs des croiseurs. Elle grimaça en voyant les éclats de métal plantés dans les corps, les hémorragies et les os brisés. Au nom de la Force, mais qu'était-il donc arrivé à ces hommes ?
Un officier en uniforme noir le lui expliqua, tout en essayant d'étancher le sang qui coulait d'une large entaille sur le côté de sa tête.
- Lieutenant Nemet, madame.
- Au rapport, aboya Neferu, trop fatiguée pour encore se soucier d'être polie.
- C'est arrivé quand le commandant a contacté un de vos croiseurs pour proposer la reddition du Vengeur. Le second a voulu imposer de lancer l'auto-destruction, le commandant l'a envoyé promener et ce salaud de Roneri est sorti en vitesse de la fosse et y a jeté... une sorte de grenade, je pense. Plusieurs consoles ont été détruites et ont projeté des débris sur le personnel. Ils n'ont même pas eu le temps de se lever de leurs sièges, bon sang ! On pensait avoir dégagé le commissaire politique du bord, et en fait, c'était notre second...
Neferu secoua la tête. Un explosif dans un espace aussi confiné... un vrai massacre.
- Je vois... Merci, monsieur Nemet. Je ne peux vraiment rien vous garantir.
L'homme alla s'asseoir avec ses subordonnés, la mine sombre. Parmi les quinze victimes de l'explosion, trois étaient déjà décédées. Neferu répartit les autres entre les différents chirurgiens, puis s'arrêta sur le capitaine du croiseur. Une de ses jambes était entièrement déchiquetée, et des shrapnels avaient traversé son épaisse veste d'uniforme. La doctoresse hoqueta quand elle reconnut son ancien collègue Lorth Needa.
- Oh merde de merde ! Je m'occupe de celui-là !
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Blanc, lumineux et assez froid.
Ce fut la première impression que Needa eut de son environnement. Il cligna plusieurs fois des yeux, mais sa vision restait désespérément floue, et il avait l'impression qu'un AT-AT était entrain de danser la samba à l'intérieur de sa tête. Le reste de son corps lui semblait étrangement peu réactif. Allons bon, avait-il déniché une bouteille dans son bureau et "célébré" à sa façon la défaite de l'Empire ? Non... c'était différent. Quelque chose lui piquait le bras, sa jambe gauche ne répondait plus et... il frémit de dégoût en sentant le tuyau d'un drain fermement fixé entre deux côtes. Il avait déjà tâté de ces saletés à l'hôpital, et espérait que le médic penserait à l'assommer avant de le lui retirer. Une vague de nausée lui souleva l'estomac quand il tenta de bouger et il se força à rester immobile. Impossible de prendre une inspiration profonde pour se calmer ; ses côtes brisées se rappelaient déjà bien assez à son bon souvenir chaque fois qu'il respirait. Needa fronça les sourcils. Qu'est-ce qui avait bien pu se passer ?
La porte de l'infirmerie s'ouvrit et un droïde médical entra dans la pièce pour inspecter ses malades. Il cliqueta tranquillement le long de la rangée de lits, notant une info ici, donnant un remède là. Enfin il parvint au niveau du capitaine.
- Réveillé ? Bien, bien... fit la voix mécanique.
Le robot procéda à un scan rapide et se déclara satisfait des progrès de son patient.
- Quand... peux sortir d'ici ? articula difficilement Needa.
- Capitaine, il vous est interdit de poser un pied à terre avant deux semaines. Après ça, si vous voulez éviter un handicap à vie, il faudra envisager des impl...
- Non ! coupa sèchement l'officier. Hors de question.
Le droïde prit note.
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La visite suivante fut celle du médecin en chef. Son visage au teint bistre encadré d'une épaisse crinière noire et frisée parut familier au capitaine, puis il identifia enfin la doctoresse.
- Nash ?
- Bonjour capitaine, répondit Nashar Neferu avec un large sourire. Ça fait plaisir de vous revoir après tout ce temps. Vous permettez ?
Elle l'examina aussi rapidement que possible. Cela devait paraître assez bizarre de pratiquement demander un strip-tease à l'un de vos anciens supérieurs, même à fin d'examen médical...
- C'est mieux. Votre respiration est plus régulière et votre rythme cardiaque est correct. Vous êtes sur la bonne voie.
- Et mes hommes ?
- Je sais que trois membres du personnel de passerelle ont été tués, une dizaine d'autres blessés, ainsi que les servants des ponts inférieurs. Il nous faudra quelques jours de plus pour établir le décompte.
- Oh. Sinon ?
- Une partie de la Flotte est partie pour Bakura. Le système a envoyé un appel de détresse, ils sont attaqués par des navires inconnus. Et à part ça... Oh, un truc qui va vous faire plaisir, je pense. Vador et l'empereur ont été tués pendant la bataille.
A cet instant, il regretta vraiment d'être cloué sur un lit d'hôpital. Il en aurait dansé de joie.
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Trois jours plus tard, quand le droïde médical lui transmit les données du Vengeur, il expédia la tablette en pleine "figure" du robot. 15% de son équipage tué. Inacceptable ! M'kae mort... Piett avait été tué à bord de l'Executor, et il avait entendu dire que Stefia Koronev s'était trouvée sur l'une des frégates médicales détruites par l'Étoile Noire.
De tous ses vieux amis, il ne restait plus que Maximilian Veers, et Needa n'était pas sûr que le terme "amitié" pût encore qualifier leur relation.
Il envoya aussi promener Nash. Il refusait qu'elle le voie pleurer.
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Conformément aux instructions de Nashar, le capitaine ne fut "relâché" que deux semaines après la bataille. La flotte de l'Alliance avait quitté les parages d'Endor depuis quelques jours déjà, emmenant avec elles les quatre croiseurs impériaux qu'elle avait réussi à arraisonner. Les autres étaient détruits, ou en fuite, ou trop endommagés pour valoir la peine d'être réparés. Le Vengeur faisait partie des prises, et un équipage de sûreté se trouvait à bord. Rien à signaler pour le moment, impériaux et rebelles étant plus occupés à remettre le vaisseau en état de marche qu'à se tirer dans les pattes.
Needa avait demandé à être ramené à bord du Vengeur, ne serait-ce que pour tenir la bride à son équipage. Le général Madine, dont les équipes s'étaient chargées d'un premier debriefing, aurait bien refusé, mais à sa grande surprise, la patronne de l'Alliance donna son feu vert. Needa fut moins surpris de la trouver dans le hangar des navettes pour une discussion impromptue.
- Bonjour capitaine.
- Mon Mothma...
Une expression un peu triste apparut sur le visage de la dirigeante.
- Excepté que nous avons tous les deux pris vingt-cinq ans de plus, je ne vois pas beaucoup de différences, constata-t-elle.
Le capitaine haussa les épaules sans mauvaise humeur. Elle n'avait pas tort. Leurs uniformes étaient pratiquement les mêmes, ils occupaient à peu près les mêmes postes... et les dieux de la galaxie en soient remerciés, ils n'avaient pas la moindre envie de s'entre-tuer. Ils se sentaient tous les deux bien trop épuisés pour ça. Quiconque les croiserait leur donnerait bien plus que leur âge réel.
- Effectivement, rien de neuf. Quoique... J'ai fait la bêtise de me marier.
- Nous sommes deux dans ce cas.
- Et je suis à nouveau seul.
- Bienvenue au club.
D'après les informations grappillées par le Bureau de Renseignement, elle avait eu deux enfants, que la police impériale aurait payé cher pour arrêter. Needa avait lu dans un rapport qu'un des officiers rebelles tués sur Hoth était justement le fils de la dirigeante, et il n'osa pas lui demander ce qu'il était advenu de l'autre enfant.
- Je n'ose pas espérer que nous puissions de nouveau travailler ensemble, commença Mon Mothma, mais sachez que de mon côté, cette option reste ouverte.
Cette offre d'emploi diplomatiquement formulée le rassura, d'une certaine façon. Il n'était pas certain que l'Empire aurait envie de récupérer un commandant du groupe Vador qui avait eu le malheur de survivre à son maître. Pire encore, un capitaine qui avait offert sa reddition à l'Alliance... et handicapé à vie, de surcroît.
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Les couloirs du Vengeur bourdonnaient d'activité. Sans distinction d'uniforme, tout le monde était occupé à souder ici, réinitialiser là, porter du matériel, dégager des composants détruits... Needa trouva son nouveau second, l'officier Nemet, entrain de coordonner les réparations d'un des réacteurs depuis la passerelle.
- Tout se passe bien ?
- Commandant ! Ça fait plaisir de vous revoir ! Tout se passe correctement, oui. En tout cas, mieux que je ne l'espérais. Nous avons eu quelques bagarres durant les premiers jours, mais personne n'est mort, heureusement. Après, la charge de travail qu'on a imposée aux équipes les a obligées à se calmer.
- Bien, bien, bien... Quand pensez-vous que le Vengeur sera de nouveau opérationnel ?
- J'ai entendu dire que les reb... que l'Alliance avait mis la main sur les chantiers de Sluis Van. Une fois qu'on aura amené le croiseur là-bas, il sera sur pied dans deux ou trois mois. Ce qui amène une autre question...
- Qu'allons-nous faire ensuite ? suggéra Needa.
Nemet hocha la tête.
- Il y a des gars parmi les techniciens et les infirmiers qui pensent rejoindre l'Alliance. Les troupes, je ne sais pas.
- Je ne leur dirai pas quoi faire. Qu'ils choisissent ce qui leur permettra de continuer à se regarder dans un miroir chaque matin.
- Et vous commandant ? Vous rejoindrez l'Empire ?
- Non, c'est... tous les moffs et les amiraux vont s'entre-déchirer pour tenter de récupérer le pouvoir. Il va falloir inventer autre chose. Et des "autres choses", Mon Mothma en a plein ses cartons, je crois.
Nemet émit un petit rire.
- On dirait qu'elle fait spécialement attention à nous. Quelque chose que je devrais savoir ? plaisanta l'officier.
- Non, répliqua fermement son capitaine. Désolé de vous décevoir, mais ce n'était rien de plus que de travailler sur les défenses de Chandrila pendant le siège par les Séparatistes. Vous voyez, rien de bien folichon, quand on y repense.
Évidemment, quand ils s'étaient retrouvés en plein milieu d'un siège planétaire de trois mois, à dormir deux heures sur vingt-quatre et à faire durer le plus longtemps possible des munitions insuffisantes, ils n'avaient pas trop eu le temps d'y réfléchir.
- Enfin, reprit Nemet avec un sourire entendu, je pense que les républicains que nous avons ici ne seraient pas trop défrisés par l'idée de travailler sous vos ordres.
- Que leur avez-vous dit ? grommela Needa en levant les yeux au ciel.
- Rien que la vérité, monsieur, répondit l'autre en souriant de toutes ses dents. « Comment est-il ? » qu'ils me demandent. Et je leur ai dit : « C'est le meilleur commandant que j'aie jamais eu. Il attend le meilleur de chacun de nous, bien sûr, et si vous vous plantez, il ne vous laissera jamais vous en tirer comme une fleur. Il a peaufiné le sarcasme jusqu'à en faire un art. Tout le monde avait la trouille qu'il sorte un commentaire à leur sujet, parce que ça deviendrait un proverbe sur tout le navire avant qu'on ait le temps de dire ouf. Mais c'est quelqu'un d'équitable, il ne fait de mal à personne qui ne l'ait mérité. Contrairement à pas mal d'officiers que je pourrais mentionner. C'est le premier homme qui a tenu tête à Vador et qui est toujours en vie. On était prêt à le suivre jusqu'en Enfer s'il le fallait. »
