Hello les gens ! Me revoilà ! J'espère que vous avez passé un très bon Noël, et que vous avez un bon truc de prévu pour le Nouvel An !
Sans aucun rapport : je commence à replonger dans l'univers Star Wars x) Je n'ai pas vraiment aimé le film Les derniers Jedi, alors je cherche du réconfort dans les fanfictions. Si vous en avez de bonnes à me proposer, je suis preneuse !
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Bref. Voici les réponses aux reviews, comme d'habitude !
Hello Lune Pourpre ! Mwahahaha, contente que le chapitre t'ai plu ! Le titre m'a donné du fil à retordre x) Et la suite arrive bientôt ! C'est un peu la course en ce moment avec les fêtes de fin d'année x)
Coucou Streema ! Oh, tu te trompes beaucoup si tu pense qu'Isabelle veut confronter les Maraudeurs. Isabelle leur en veut, c'est vrai, mais... Elle déteste la foule, la confrontation ou le conflit. Elle veut oublier, elle voudrait que les Maraudeurs disparaissent de sa vie. Elle n'a pas besoin de clôturer leur histoire, elle en a même peur. Cela ne lui apporterait que de mauvais souvenirs. Donc non, les Bishop seront seulement spectateurs x) Bref ! Pour ce qui est d'Harry sur la relation d'Elisa et Drago : lui-même n'est plus ennemi de Drago, donc il s'en fout. Il sa sauvé Malefoy dans la Chambre des Secrets, et Malefoy lui a sauvé la vie lors du match de Quidditch, et depuis ils s'ignorent et s'évitent parce que leur relation a perdu de son antagonisme et qu'ils ne savent pas quoi être d'autre. Bref, pas de souci à se faire de ce côté !
Yo Aomine ! Nope, un elfe d'Elisa ne peut pas voler le médaillon, puisque les elfes de la maison des Black protègent cette maison contr les intrusions d'autres elfes (c'ets pour ça que Dobby n'a pas pu aller au Cottage, ni à Poudlard). Pour Hestia... Non, elle n'était pas au courant pour le Tournoi, tu fais fausse route x) En revanche tu as vu juste pour Maugrey !
Yep Niakovic, le plan de Barty va être machiavélique, MWAHAHAHAHAHA. Et on n'a pas fini de voir les répercussions de la révélation de la parenté de Jedusor ! Y a beaucoup de gens qui sont dans le déni, mais tout de même, ça a cassé le mythe de Voldemort. Ce n'est plus autant un Croque-mitaine dont le suel nom terrifiait les gens, puisque certaines personnes se permettent de s'interroger sur lui. Attend la fin de la fic, tu verras, l'article sur sa parenté va avoir un autre effet dévastateur...
Hello Mademoiselle Mime ! Contente que ça t'ai plu, j'ai eu un peu de mal à écrire cette soirée chez Narcissa (bah oui, je n'ai aucune idée des codes et autres trucs xD). Si ça a paru fluide, c'est que c'est réussi !
Oui Elesdei, les explosions ça calme xD Et oui, ça aurait été trop simple qu'elle puisse voler le médaillon dès le début du tome ! Tu verras comment ça va se passer. Bref, sinon, oui, il s'agit bien d'Hestia Jones... Mais elle n'a pas tout à fait tenu le rôle de Bertha.
Tout à fait Lamesis, Elisa ne se donne pas la peine de faire semblant avec ses elfes. Elle leur fait totalement confiance alors elle n'a pas besoin de respecter son personnage, face à eux. Elle laisse tomber le masque, en quelques sortes.
Ah ah, merci victoria leanansidhe ! Oui Sirius est un peu flippant. Mais même dans le canon il est comme ça (il allait commettre un meurtre devant Harry tout de même, lorsqu'il a attrapé Peter : et je ne parle même pas de la violence physique qu'il a exercée contre Ron et contre Harry sous sa forme de chien, en mordant, en attaquant, etc.). Sirius est agressif, excessif, impulsif, et violent. Il n'était sans doute pas super-équilibré avant Azkaban, mais après son séjour en prison, c'est flagrant : il ne va pas bien, il est dangereux. Seulement, lui et Harry se voient tellement peu souvent (vacances courtes, courrier surveillé, nécessité de se cacher) qu'Harry n'a pas le temps de s'en rendre compte, d'autant plus qu'il est assez aveugle aux fautes de Sirius. Là, sans illusions ni faux semblant, le portrait n'est plus aussi attirant.
Coucou Mayoune ! Oups, désolée de t'avoir traumatisée xDD Mais en rétrospective, moi aussi jaurais fait un bond en voyant un serpent sortir du décolleté de quelqu'un ! Je ne peux pas blâmer Tonks d'avoir flippé...
Salut Allan Eddem ! Yep, Sirius a intérêt à se tenir. Et non, Elisa ne prévient pas Dudu des visions d'Harry, parce que ces visions sont ce qui a mis Dudu sur la piste de l'Horcruxe dans le canon. D'autant plus que la réaction canon de Dudu a été de ne rien faire et d'observer Hary comme un cobaye. Franchement, c'était pas d'une grande aide. Mais elle finira par le mettre au courant, tu verras. BREF ! Pour Square Grimmauld : oups, j'ai pas pensé aux tapisseries. Et demander à ce qu'un de ses elfes la raccompagne, alors qu'il y a une Cheminette, j'imagine que c'est malpoli. C'est un peu comme amener son propre repas à un buffet quoi xD
Yo Edl ! Oui, quand Voldy va revenir, Narcissa va être un de ses points d'intérêts... Mais franchement, elle ne sera pas sa priorité. Il se concentrera sur les gens qui l'ont reniés, les Puriste qui se sont détournés de lui, etc. Dans le canon, avant comme après sa résurrection, Voldemort n'a jamais marqué d'intérêt pour Narcissa. Elle n'a pas la Marque, elle ne le fréquente qu'à cause de Lucius. Sans Lucius dans l'équation, Narcissa retrouve une position de neutralité. Bref. Pour ce qui est des Maraudeurs... Harry va resté braqué. Il ne change pas facilement d'avis, sorry =) Et en ce qui concerne Elisa et de possible alliances à l'étranger : malheureusement, elle va être un peu trop occupée pour ça !
Salut Simpson31 ! Ah ah, Isabelle est BEAUCOUP MOINS extravertie que sa fille, elle est limite phobique des gens x) Bref, contente que ça t'ai plu ! J'avais très envie d'écrire un rapprochement entre Drago et Tonks, c'est désormais chose faite x) Et en ce qui concerne le médaillon... Encore un peu de suspense, ça ne fait pas de mal !
Yo Imthebest ! Oui, Tonks et Drago, c'est un duo à vivre x) Dans le canon, ils n'ont jamais interagit, je ne pense même pas qu'ils se soient rencontrés. Mais ils feraient un très bon duo, alors voilà x) Pour ce qui est du clash entre Harry et Sirius, enjoy !
Coucou lovelylove2016 ! Mwahahahaha. Oui, Elisa va bel et bien tenter de participer au Tournoi. Quand aux morts éventuelles... C'est un spoiler donc je ne dis rien x) Pour ce qui est de Barty, en revanche, tu vas être surprise. Son rôle a complètement changé par rapport au canon...
Nope, Alexazurion, Elisa est 100% un perso original ! L'ancienne camarade de Tom Jedusor dans les bouquins (celle qu'il a attiré dans la grotte, à l'orphelinat) s'appelait Amy Benson. C'est son ami (qui a été terrifié dans la grotte avec elle) qui s'appelait Dennis Bishop. Quant à Elizabeth Bishop la pète, j'avoue que je ne la connaissais pas du tout ! x)
Tu as fini par rattraper ton retard Elaia Gulriade x) Ouiiii, Tonks surnomme Elisa "demi-portion", Tonks est amie avec Drago, Tonks est cool, Tonks est géniale, Tonks est exactement ce que je voudrais être plus tard... Mis à part qu'elle est apparemment attirée par les hommes assez vieux pour être son père x) BREF ! Oui, Elisa va avoir besoin de toute la chance possible pour cette histoire de médaillon...
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Voilààààà.
Passons à présent au personnage du jour. Je sais que j'avais dit que je ferais un Serpentard, mais... J'ai eu de l'inspiration pour un Poufsouffle, alors voilà xDDD Bref, voici donc Zacharias Smith !
Zacharias Samuel Smith est un Sang-Pur, descendant de la célèbre Helga Poufsouffle. Blond, grand, les épaules larges, le regard dédaigneux et l'accent trainant, il n'est pas l'un des élèves les plus aimés de sa classe. Il est désagréable et irritant.
Son père est Samuel Smith, un aristocrate hautain spécialisé dans la généalogie. Il voyage assez fréquemment à la recherche de documents d'identités, d'anecdotes sur les enfants illégitimes, et autres broutilles afférentes à son job. Il est assez désintéressé de l'actualité, confiant en son or et sa positon. Sans être un Puriste, il a un certain dédain pour les Moldus et, dans une moindre mesure, les Nés-Moldus.
Les Smith n'ont jamais tendu à la consanguinité comme la plupart des autres Sang-Purs, et garder un arbre généalogique à jour est essentiel, car il y a beaucoup de Smith. Helga Poufsouffle a eu des dizaines d'enfants, et tous ont été très fertiles. Les Prewett (la famille de Molly Weasley) descendent par exemple d'eux. Il y a donc des descendants de Poufsouffle un peu partout dans la communauté sorcière, mais c'est Samuel Smith qui a l'honneur d'être le chef de famille de la branche aînée, et donc de pouvoir clamer qu'il est officiellement le plus proche descendant de la célèbre Fondatrice.
La mère de Zacharias s'appelle Théodosia Smith (née Cory). Issue d'une branche secondaire d'une famille de Sang-Purs modeste, elle a un Doctorat de Runes Anciennes. Elle et Samuel se sont rencontrés à Poudlard, où ils étaient dans la même classe à Poufsouffle, même s'ils n'ont commencé à sortir ensemble que bien plus tard (vers l'âge de trente ans : ils se sont mariés à trente-cinq ans et ont eu Zacharias à trente-sept). Théodosia a bien conscience de s'être mariée à quelqu'un appartenant à une classe sociale assez supérieure à la sienne, et elle fait donc bien attention à apparaitre comme quelqu'un qui mérite son rang. Elle est également hyper-protectrice envers son fils unique.
Zacharias Smith est un adolescent peu populaire. Il est riche, il est beau, il est doué en classe et il joue au Quidditch (il est Poursuiveur pour sa Maison), mais il est affreusement désagréable. Il appuie toujours là où ça fait mal, avec un sourire en coin et un air condescendant. Il a toujours été ainsi. C'était de cette façon que son père exprimait son mécontentement, et aussi ainsi qu'il parvenait à agacer suffisamment sa mère pour qu'elle cesse de lui faire la leçon sur le respect de l'étiquette en bonne société. Bref, c'est presque un réflexe pour lui.
Pour autant, il n'est pas méchant, ou volontairement cruel. Ses remarques désagréables et ses piques blessantes sont pour lui un moyen de s'imposer, d'exister, de masquer sa vexation ou ses insécurités, ou même de plaisanter. Il ne sait pas vraiment comment s'intégrer autrement. Il n'est pas quelqu'un de plaisant, certes, mais il ne fait pas sciemment du mal aux gens qui l'entourent.
En effet, pour quelqu'un qui est si irritant, Zacharias est pourtant plus subtil qu'il n'en a l'air. Il est observateur, calculateur, réfléchi. Il a beau faire grincer des dents presque toutes les personnes à qui il adresse la parole il ne s'est jamais pris un coup de poing dans la figure après avoir dépassé les limites ! Eh oui, Zacharias ne commet pas de bourdes stupides. Il joue sur le fil du rasoir, entre ce qui est acceptable et ce qui est offensant, mais il ne va jamais trop loin.
Il est très intelligent et parvient sans effort à avoir de bonnes notes. Il n'est pas très travailleur, cependant, et affiche ostensiblement son flegme et son désintérêt avec ses la plupart de ses devoirs. Ses profs pensent que c'est du gâchis. Zacharias y est assez indifférent : il n'a aucune ambition particulière et il sait que son confort est assuré par la fortune familiale. Franchement, quel intérêt de travailler ? Cela dit, il laisse copier les gens sur ses devoirs, et fait volontiers passer ses brouillons et ses recherches parmi ses camarades lorsqu'une dissertation se montre particulièrement épineuse. Il râle soupire, renifle avec dédain : mais c'est seulement pour la forme. Zacharias est un Poufsouffle. Aider ses camarades est une évidence pour lui. Il ne lui viendrait pas à l'esprit de faire autrement.
Zacharias n'est pas très courageux. Il provoque, il se moque, il se vante, mais dès qu'il y a une embrouille qui risque de dégénérer, pouf, il disparait. Il fait apparemment passer sa peau avant celle de tout le monde… Sauf lorsqu'un de ses (rares) amis se retrouve impliqué.
Car ce n'est pas pour rien que le Choixpeau a envoyé Zacharias à Poufsouffle. Il est loyal : férocement, brutalement, absolument loyal. Il est protecteur, attentif, dévoué, déterminé. Et au moindre signe de danger, il se tourne vers l'ennemi avec toute la fureur d'un Gryffondor berserk. Toute son agressivité latente explose lorsque ceux qu'il aime sont menacés. Alors qu'en temps normal, il est du genre à jouer l'autruche face à un problème… Il lui est impossible de rester les bras croisés quand ses proches sont menacés. Son sentiment d'impuissance se transforme en rage destructrice : il hurle, tempête, il se plonge frénétiquement dans des recherches ou dans des duels, il ne tient pas en place, il s'affole, il est furieux, il casse des trucs. Zacharias ne sait pas vraiment comment exprimer son affection. Il est abrasif est moqueur : ce ne sont pas des traits de caractères qui se prêtent bien aux moments de tendresse. Le seul moyen pour Zacharias d'exprimer son attachement à quelqu'un, c'est de détruire ceux qui le menacent.
Sa meilleure amie, Sally-Anne Perks, a quitté Poudlard au terme de leur deuxième année et il ne s'est jamais vraiment remis de cet abandon, qui l'a rendu plus méfiant et distant. Il a cependant encore plusieurs amis. Il a des relations à peu près cordiales avec Tracey Davies, Hermione Granger et Susan Bones, qui étaient des amis de Sally-Anne. Il est plus ou moins intégré à sa classe de Poufsouffle, même si son caractère mordant le place un peu à part. Il trouve Harry Potter stupide et naïf, mais comme c'est lui qui a tué le Basilic, Zacharias fait de gros efforts pour être aimable avec lui. Il a aussi une grande loyauté envers Elisabeth Bishop, qui était comme lui proche de Sally-Anne.
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J'espère que ça vous a plu =) Je ne vous fait pas attendre plus longtemps... Voici donc le chapitre ! Enjoy !
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Retrouvailles et révélations
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Elisa passa la majeure partie des jours suivants à préparer le Tournoi des Trois Sorciers… Même si un observateur extérieur ne l'aurait pas deviné, car sa façon de se préparer était pour le moins inhabituelle.
Elle regarda cinq fois Jurassic Park sur la petite télé que son père avait installée dans un recoin du salon, et qui tendait à grésiller si on utilisait de la magie à proximité. Elle s'entraînait à faire léviter une plume tout en changeant sa couleur. Elle pratiqua le Sortilège d'Engorgement sur une flaque d'eau pendant plusieurs jours, et manqua d'inonder tout son jardin. Elle s'entraîna à jeter le sortilège de Tremorem (qui faisait trembler le sol comme un mini-séisme) en rythme avec les ricochets d'un galet. Elle pratiqua durant des heures son Sortilèges de Modelage de l'Eau, donnant à une masse liquide en suspension des formes de volailles dont les tailles variaient, et dont elle étudiait les mouvements avec attention. Elle perfectionna les réglages de son dictaphone sorcier, sur lequel elle avait enregistré toute une myriade de sons (incluant deux chansons rock, des cris d'oiseaux, et quelques répliques cultes de film).
Elle fit une pause quand son père rentra de voyage pour passer les derniers jours de vacances en famille. Lui, Isabelle et elle-même tentèrent de se lancer dans une grande opération de nettoyage du Cottage, faisant le tri parmi les vieux souvenirs ramenés des quatre coins du monde. Cependant, leur ménage n'alla pas bien loin : ils étaient trop souvent distraits par une jolie babiole, un livre oublié, ou simplement l'envie d'évoquer leurs voyages.
– On devrait retourner en Grèce un jour, soupira Michael avec nostalgie.
– Oui, fit rêveusement sa femme. Ces superbes temples, l'océan, les couleurs… La cuisine !
Elisa retint un gloussement. Sa mère lisait l'avenir, et son père manipulait des machines volantes pesant plus de 500 tonnes. Mais c'était bon de savoir qu'ils étaient parfois des gens normaux, avec des souvenirs classiques de touristes.
Bref, Elisa passa du temps en famille. Elle passa de temps à autre à Tourmaline, mais avec moins d'insistance qu'au début du mois. Elle continua à s'entraîner.
Puis, quand le timing fut parfait, elle se mit à manipuler Cédric.
Bon, c'était pour lui sauver la vie. Alors même si c'était mal, même si elle se sentait honteuse, elle était inflexible. Elle ne laisserait pas Cédric participer au Tournoi, point final. Alors d'abord elle demanda à sa mère de lire l'avenir de ses amis, juste « pour le fun ». Puis, quand Isabelle tomba sur l'avenir de Cédric et annonça avec stupeur qu'une de ses décisions pouvait le mettre en grand danger, Elisa passa à l'action. Elle envoya innocemment plusieurs lettres à Cédric, lui demandant avec une inquiétude feinte s'il comptait participer à un nouveau club, s'il prévoyait de faire quelques choses de différents cette année. Elle l'enjoignait de ne surtout pas dévier de sa routine, car tous les tests de divination de sa mère révélaient une menace de mort sur sa route.
Cédric ne faisait pas de Divination, mais il savait qu'Isabelle Bishop ne racontait pas de salades. Il promit aussitôt à Elisa de ne prendre aucun risque cette année.
Mission accomplie.
Elle n'avait pas non plus oublié ses autres projets, comme sa chasse aux Horcruxes. Elle demanda donc à son elfe Olly de se renseigner discrètement sur les elfes qui servaient la maison des Black. Si elle réussissait à entrer en contact avec Kreattur, elle pourrait peut-être agir par ce biais. Elle se remit à travailler sur son projet de pseudo-baguette pour Cracmols, en essayant une combinaison de matériaux différents. Elle avait jusqu'ici utilisé du cristal et du bois, qui permettaient de stocker la magie et de la faire circuler de manière fluide. Mais bidouiller les réglages de son dictaphone lui avait donné une nouvelle idée. Désormais, elle pensait à construire une sorte d'interrupteur de métal. En appuyant dessus, la magie du cristal serait déchargée d'un coup, au lieu de s'écouler tout doucement dans le bois.
Et surtout, le dernier vendredi du mois, elle se rendit sur le Chemin de Traverse afin de fournir un soutien moral à Harry Potter, qui s'apprêtait à rencontrer Sirius Black de manière officielle.
Ses deux parents avaient décidés de l'accompagner : sa mère parce qu'elle était anxieuse, et son père parce qu'il soutenait être parfaitement capable d'assommer un sorcier s'il le voulait. Elisa renonça à les en dissuader. Elle prit son serpent Malta autour de son cou comme une écharpe (c'était devenu une habitude), et ses couteaux de jet pour rassurer ses parents : puis la famille Bishop au complet transplana dans une des allées perpendiculaire au Chemin de Traverse, non loin du lieu de rendez-vous.
– Ce n'est que dans un quart d'heure, pointa Elisa en zieutant la carte des sorbets proposés par la confiserie Buttermere. On pourrait se prendre un truc en attendant !
– Mauvaise idée, lâcha son père. Regarde, on n'est pas les seuls à être arrivés en avance.
Sirius Black était déjà assis à une table, fusillant du regard les gens qui tentaient de l'observer à la dérobée. Elisa poussa un profond soupir, et dit mentalement adieu à sa glace. Ses parents ne la laisseraient jamais approcher de la confiserie si Black était en terrasse. D'ailleurs, il y avait étonnamment peu de monde autour du magasin : les gens semblaient éviter Sirius comme la peste. Et ce n'était sans doute pas tant à cause de ses regards noirs qu'à cause de sa sale réputation…
Les Bishop entrèrent donc à la librairie d'en face. La clochette de la porte fit d'ailleurs sursauter le libraire, qui espionnait la rue. Les Bishop firent mine de s'intéresser à un rayonnage de livres qui leur permettait d'avoir une bonne vue sur la confiserie d'en face.
A peine quelques minutes après leur arrivée, Trisha et son petit frère Isaac quittèrent la confiserie, ayant ôtés les tabliers qu'ils portaient quand ils aidaient leurs parents à faire le service, et traversèrent la rue pour entrer à leur tour dans la librairie.
– On vous a vu entrer par la vitrine, lança Trisha en guise de salutation. Et Maman nous a mis tous les deux dehors pour qu'on n'ait pas à servir Black s'il commande quelque chose. Bonjour, Mr Bishop, Mrs Bishop.
– Qu'est-ce que vous faites là ? demanda son frère Isaac avec curiosité. Enfin, sans vouloir être impoli.
Isabelle et Michael se regardèrent, puis regardèrent leur fille, et ce fut Elisa qui répondit en haussant les épaules avec nonchalance :
– Je viens surveiller le rendez-vous de Black avec Harry, et mes parents sont là pour me surveiller moi.
Trisha hocha la tête avec gravité. Vu le nombre de situations bizarres et dangereuses où Elisa se retrouvait, la supervision de deux adultes ne semblaient pas être de trop. Soudain, Isaac donna un coup de coude à sa sœur, pointant par la fenêtre avec excitation :
– C'est lui, c'est Harry !
Flanqué par deux grands rouquins qu'Elisa reconnut comme étant Charlie et Bill Weasley, Harry s'approchait de la terrasse de la confiserie d'un pas raide. Les Weasley s'installèrent deux tables plus loin, pour laisser à Harry un peu d'espace, mais gardèrent discrètement un œil sur le Survivant tandis qu'il s'asseyait avec prudence face à son parrain.
Ledit parrain, quant à lui, s'était illuminé. Tout son visage s'était éclairé, et il se tenait très droit, un immense sourire aux lèvres, l'air un peu nerveux mais surtout enchanté. Il s'était même à moitié levé, comme pour serrer Harry dans ses bras : mais le jeune Gryffondor garda la table entre eux deux et se glissa aussitôt sur son siège. L'enthousiasme de Sirius se calma un peu, mais il continua à regarder son filleul d'un air ravi. A l'inverse, Harry était impassible, le dos très droit, aussi raide et nerveux que lors d'une interrogation surprise en cours de Potions.
Elisa se sentie envahie d'une bouffée culpabilité, comme à chaque fois qu'elle voyait à quel point le Survivant se méfiait de Sirius Black. C'était une divergence du canon dont elle était en très grande partie responsable, parce qu'elle n'avait jamais aimé les personnages des Maraudeurs et n'avait donc pas hésité à fouiner pour découvrir leurs plus noirs secrets. Elle n'avait simplement pas pensé que les témoignages hargneux qu'elle avait recueillis finiraient par tomber entre les mains d'autres personnes…
Ce fut Sirius qui parla le premier, l'air joyeux. Harry lui répondit sans se départir de sa réserve, et le sourire de son parrain faiblit un peu. Elisa aurait donné cher pour entendre leur conversation. Discrètement, elle agita sa baguette et murmura :
– Percepsio.
Ce sortilège du Prince de Sang-Mêlé permettait d'espionner une conversation malgré le bruit ambiant. Aussitôt, Elisa entendit tout ce qui se passait à leur table. Cela dit, certaines bribes de conversation étaient masquées par des bruits particulièrement forts, comme les cris d'enfants qui traversaient la rue, ou le tintamarre métallique d'un chaudron transporté par un passant.
– … Appelle-moi Sirius, disait l'ex-détendu avec excitation. Tu sais que je suis ton parrain, n'est-ce pas ? Bon sang, c'est fou ce que tu ressembles à James.
Harry prit une grande inspiration :
– Je n'ai pas envie de parler de mon père.
Sirius sembla choqué, puis plissa les yeux d'un air soudain mécontent :
– C'est à cause de ce qu'on raconté les journaux ? Un tas de conneries, tout ça. Si je mets la main sur Skeeter… ! James était l'homme le plus brave que…
– Je ne veux pas parler de mon père, répéta Harry un ton plus haut. Je te l'ai dit dans ma lettre. Et si tu insistes, je m'en vais.
Il s'était crispé, la mâchoire serrée et les épaules tendues comme s'il se préparait à un combat. Sirius sembla se gonfler d'indignation, puis il vit que Bill et Charlie les observaient, et sembla faire un effort sur lui-même pour se calmer. Un large groupe de sorciers choisit ce moment-là pour passer dans la rue, coupant momentanément la connexion du sort d'Elisa, et elle pesta. Quand elle réussit à retrouver le son, Sirius avait changé de sujet :
– … Joue au Quidditch. Je t'ai vu, tu es très doué. Dommage que les Détraqueurs aient ruinés le match, hein ? Sinon, tu aurais gagné à coup sûr !
– J'aimerai bien ne pas parler des Détraqueurs non plus, marmonna Harry.
– D'accord, bien sûr. Moi non plus je ne veux pas en parler de toute façon ! De quoi tu veux discuter, alors ?
Son enthousiasme commençait à être un peu forcé. Harry réfléchit une seconde, cherchant sans doute un sujet de conversation sûr. Puis il finit par demander, un peu hésitant :
– Est-ce que tu as trouvé un endroit où vivre ?
Elisa lui avait dit que Narcissa et Drago vivaient dans la maison ancestrale des Black (raison pour laquelle elle voulait absolument aller à leur soirée, pour voir l'endroit). Le Survivant avait sans doute fait le lien avec la famille de Sirius.
– Oh, je loue une chambre au Chaudron Baveur. Je n'ai pas encore décidé si j'allais acheter une maison, et je ne veux pas être un fardeau pour Remus. Pourquoi ?
– Pour rien, fit évasivement Harry en haussant les épaules. Je sais que Narcissa Black a récupéré le manoir familial, alors je me demandais… Avec les démêlées juridiques, tout ça…
Sirius esquissa un geste désinvolte :
– Nan, c'est réglé. Je ne veux rien à voir à faire avec ce qui reste des Black. Mes cousines et moi nous sommes partagés le trésor dès que j'ai été innocenté. Enfin, Andromeda a insisté, parce que sinon j'aurais tout donné à la charité. Mais bon, Andy a toujours été ma cousine préférée, je pouvais bien lui faire une fleur. Et puis Narcissa a divorcé de l'autre abruti congénital, alors tout espoir n'est peut-être pas perdu pour elle… Enfin bref ! J'ai laissé la maison des Black à Narcissa, oui. Pas question d'y remettre les pieds. J'ai récupéré un paquet en Gallions, et je leur ai laissé tout le reste. Moi, moins je vois de souvenirs de ma chère et tendre famille, mieux je me porte.
Son visage s'était assombri à la fin de sa tirade. Un silence assez lourd tomba entre eux. Sirius sembla hésiter une seconde, puis, finalement, il lâcha d'une traite :
– Ecoute, c'est complètement ridicule. Je sais qu'on n'est pas partis d'un bon pied, et que les journaux ont crachés des horreurs durant tout l'été sur mon compte, mais… Il faut que tu me laisses une chance. Tu sais que je suis ton parrain, pas vrai ? Tes parents voulaient que je m'occupe de toi s'il leur arrivait quelque chose, et… J'aimerai vraiment pouvoir faire ça. Tu n'es pas obligé de venir habiter avec moi, je sais que tu dois être attaché aux gens avec qui tu vis, mais tu es le bienvenu dans ma maison quand tu veux, et aussi longtemps que tu veux. Enfin, quand j'aurais une maison.
Harry n'avait jamais su résister à la gentillesse, à la sincérité. Il était en train de céder, Elisa pouvait le voir d'ici. Le passage d'une famille de sorciers qui discutait bruyamment coupa momentanément le son de son sortilège, mais elle le retrouva assez vite :
–… Ne te connais pas, hésitait Harry.
– Justement, on devrait apprendre à se connaître, non ? Laisse-moi juste une chance. Je ferai n'importe quoi.
Le visage de Sirius était franc et honnête, et son regard presque suppliant. Harry hésita. Elisa ne pouvait pas le blâmer. Elle aussi, elle se sentait mal pour Sirius, qui était si désespéré de connaître son filleul.
Et puis bien sûr, il fallut que Black fasse une gaffe.
– Je t'en prie, Harry. Tu es tout ce qui me reste de James.
C'était comme si on avait versé un seau d'eau froide sur le jeune garçon. Il se raidit d'un coup, et son visage se durcit.
– Je ne veux pas parler de lui.
Sirius faillit obéir. Mais il devait vraiment être désespéré, car finalement, il secoua la tête, l'air frustré :
– Tu ne peux pas le rejeter éternellement. C'est ton père, et il était quelqu'un de bien. Tu devrais écouter ce que ses amis ont à dire de lui, au lieu de lire les horreurs que les journaux racontent !
Harry se hérissa comme un chat en colère :
– Et c'est sûr que ses amis étaient des gens tellement recommandables. Voyons, il y a un Mangemort, un loup-garou menteur pathologique, et toi. Brillant tableau !
C'était comme de voir un train dérailler, et Elisa se frappa le front avec consternation. Par Circée, Morgane et Jupiter, il avait suffi d'un seul dérapage et maintenant tout se cassait la figure. Sirius s'était redressé sur sa chaise avec un rictus de colère, Harry avait carré les épaules comme s'il s'apprêtait à donner un coup de boule à son parrain, et les passants commençaient à observer tout ce cirque avec un certain intérêt.
– Comment est-ce que tu peux traiter ton père et ses amis comme ça ?! gronda Sirius dont les yeux jetaient presque des éclairs. James était quelqu'un d'extraordinaire. Et Remus ! Ne t'avise pas de dire un mot contre Remus ! Il t'a protégé de son mieux, toute l'année, et dès que les journaux crachent sur lui à cause de son petit problème, tu te ranges de leur côté ?!
– Lupin n'a protégé que sa peau, rétorqua Harry avec fureur. C'est un menteur, et un lâche ! Il m'a ignoré pendant toute ma vie, même à Poudlard ! Tout ce qui comptait pour lui, c'était de cacher ses conneries d'adolescent !
Le visage de Sirius se tordit de colère et il esquissa un geste, Harry referma la main sur sa baguette, Elisa serra la sienne dans sa main sans savoir quel sort jeter…
– Ok, ok, ça suffit comme ça ! lâcha Bill Weasley en entraînant le Survivant avec lui. Le spectacle est fini. Viens, Harry.
– On n'en a pas terminé ! protesta Sirius en essayant de contourner Charlie qui lui barrait le chemin.
Trop tard. Bill était costaud, et il n'eut pas de mal à se frayer un chemin à travers la foule en entraînant à sa suite le jeune Gryffondor qui n'avait aucune envie de rester plus longtemps. Quand Sirius parvint enfin à contourner Charlie, qui était particulièrement agile, son filleul avait disparu au milieu des passants. L'ex-détenu se retourna, cherchant Charlie d'un regard furieux : mais le dragonnier avait profité de son instant d'inattention pour disparaître.
Sirius poussa un grondement de rage et donna un violent coup de pied à une chaise, la faisant tomber par terre dans un grand fracas. Puis il se dirigea à grand pas dans la direction par laquelle Bill et Harry avaient disparu, les cherchant du regard. Elisa ne se faisait pas trop d'illusions sur ses chances de retrouver le Survivant : Bill avait sans doute fait transplaner Harry dans la première ruelle qu'ils avaient croisés.
– Finite, murmura-t-elle pour désactiver son sort d'espionnage. Eh bien, ça aurait quand même pu se passer nettement mieux.
Trisha murmura également un Finite, et Elisa comprit que son amie avait elle aussi utilisé le Percepsio pour écouter la conversation. C'était plus ou moins son but, quand elle avait prononcé le sort à voix haute. Habituellement, elle utilisait plutôt des informulés, mais elle savait que son amie copiait tous les sorts qu'elle entendait prononcés à voix haute.
– Mais ça aurait pu être vachement pire ! lâcha Trisha en lançant un dernier regard inquiet en direction de la rue. Black était prêt à lui sauter à la gorge !
C'était complètement exagéré. Elisa roula des yeux : Sirius était furieux et blessé, son attitude était compréhensible face à l'agressivité d'Harry. Mais elle n'avait franchement pas envie de se lancer dans un débat là-dessus. Elle-même se sentait mal pour le pauvre ex-détenu.
– C'est une bonne chose qu'Harry soit venu accompagné, lâcha Michael d'un ton réprobateur. Ce Sirius Black n'a pas l'air commode. Est-ce que c'est vraiment une bonne idée de les encourager à se rencontrer ?
Elisa poussa un profond soupir :
– Oui.
– Pourquoi ? fit Isabelle avec réticence.
Elisa hésita. Elle n'avait pas aimé le personnage de Sirius Black, certes, mais elle savait qu'il était du côté des gentils. Elle savait qu'il était dévoué et loyal et un très bon combattant, et que tôt ou tard Harry et lui seraient tous deux dans l'Ordre du Phénix. Elle savait aussi que Sirius était profondément traumatisé, perdu, et en colère contre le monde entier, mais qu'il mourrait pour Harry sans hésiter. Seulement, elle ne pouvait pas expliquer ça.
Elle haussa les épaules, et se contenta de dire :
– Harry a besoin de tous les adultes possibles de son côté.
– Il nous a, nous ! lâcha Michael un peu sèchement.
Harry était pratiquement le fils adoptif des Bishop. Isabelle se sentait particulièrement protectrice envers lui, mais c'était Michael qui était le plus démonstratif. Quand le jeune Gryffondor venait chez eux, le pilote de ligne le gâtait comme le fils qu'il n'avait jamais eu. Elisa grimaça. Comment dire à son père qu'une guerre approchait, et qu'elle voulait avoir des guerriers de leur côté ?
– Black ne lâchera jamais le morceau, finit-elle par dire. Alors je préfère qu'il soit occupé à prouver sa loyauté à Harry, plutôt qu'occupé à lui mettre des bâtons dans les roues parce qu'il est furieux de s'être fait envoyé promener.
Cette explication sembla rassurer sa mère, mais Michael fronça les sourcils. Isaac aussi. Ah, ces Gryffondor : ils n'acceptaient jamais de juste milieu. Pour eux, il fallait une victoire totale ou rien du tout. L'idée de faire des compromis leur échappait !
Heureusement Trisha, elle, avait compris. Elle passa un bras amical autour des épaules d'Elisa, et lança à la cantonade :
– La pacifisme, quelle invention brillante. Il y aurait beaucoup moins de problèmes dans le monde si tout le monde suivait ses instincts de Poufsouffle comme toi, Magister. Avec un peu de chance, on pourrait même avoir une année complète à Poudlard sans que personne ne risque la mort !
Elisa ne put s'empêcher de rire nerveusement, pensant au Tournoi des Trois Sorciers qui approchait. Oh, Trisha n'avait pas idée d'à quel point cette phrase était ironique…
oOoOoOo
Août touchait à sa fin. Elisa se rendit encore plusieurs fois à Tourmaline, à chaque fois un peu plus nerveuse. Elle ne croisa plus Romaric, qui passait son temps terré dans son bureau à réviser anxieusement son plan de cours, ni Christopher Wise, qui avait été nommé sous-directeur par Madeline et qui était donc enseveli sous la paperasse.
En revanche, elle revit Cécile Engelhorn, toujours aussi réjouie, et débordante d'idées pour ses leçons d'Histoire Sorcière. Elle put saluer Bastien Fitzgerald, leur prof de sciences, et Eugène Edgecombe, le prof de maths. Breeda Connolly, prof d'Etudes des Moldus et de physique-chimie, lui demanda également un coup de main pour jeter des sorts de protections sur les paillasses du laboratoire : elle comptait commencer sa première leçon avec tout un tas de réactions chimiques provoquant des explosions, par exemple en jetant du sodium pur dans l'eau.
Elle revit aussi Myriam Collins, la Cracmole qui était la petite-amie de Lester Hopkrik et qui venait de rater son concours d'entrée dans une école de commerce. Quand elle discuta avec Elisa, Myriam semblait s'être remise de son échec, et l'informa qu'elle avait décroché un petit travail dans une bibliothèque. Elle tenterait de se remettre aux études supérieures d'ici un an ou deux.
Heremon Odran, prof de Potions et de Botanique, avait été informé du statut de lycanthrope de Matt Rosier. Il avait eu du mal à digérer la nouvelle, mais l'acceptation de ses collègues (et de sa petite-fille) l'avaient finalement convaincu. De plus, en tant qu'ex-Guérisseur, Odran savait que la contagion n'était possible qu'à la pleine lune : et dans ces moments-là, Matt était banni de l'école.
– Est-ce que tu as finalement trouvé un arrangement pour justifier aux élèves le fait que tu disparaisses pendant la pleine lune ? demanda Elisa à Matt durant l'une de ses visites.
L'ex-Serpentard hocha la tête. Contrairement à Lupin, Matt n'avait pas l'air d'un clochard, même s'il vivait très pauvrement. Le jeune professeur de Défense et de Théorie Magique avait toujours pris soin de son apparence. Il était bien coiffé, habillé de vêtements stricts mais propres et bien repassés, et son visage ne portait aucune cicatrice. La seule chose qui trahissait sa lycanthropie était son boitement prononcé, qui l'obligeait à marcher avec une canne : le loup-garou qui l'avait mordu lui avait presque arraché la hanche, et la blessure n'avait pas bien guéri.
– Je prétexterai des consultations avec un Médicomage pour guérir ma hanche. Ou bien je dirais que mon chien est malade.
– Tu as un chien ? s'étonna la jeune fille.
Matt prit le temps de soupeser sa réponse :
– Oui. Son nom est Odin. Il me permet de ne pas devenir fou durant les pleines lunes. C'est en grande partie grâce à lui que je cohabite aussi bien avec le loup en moi.
C'était une bribe d'information assez incompréhensible, mais Elisa réalisa que c'était surtout une grande marque de confiance. Matt ne parlait guère de sa lycanthropie. Elle hocha la tête, muette. Le Serpentard esquissa un mince sourire, puis changea de sujet :
– Est-ce tu as lu l'article sur la Conjuration des êtres vivants, dans le dernier numéro du Mensuel de la Métamorphose ?
Matt était aussi l'un des profs de Tourmaline qu'Elisa appréciait le plus, tout simplement parce qu'il était l'une des très rares personnes avec qui elle pouvait parler de choses vraiment compliquées. Comme elle, Matt avait voulu faire un Doctorat dans la magie. Sa lycanthropie l'avaient fait virer du programme, mais le jeune homme avait toujours l'intelligence pour discuter de théories très avancées. Lui et Elisa se lançaient parfois dans des débats sur l'origine de la magie que personne n'arrivaient à suivre.
Généralement, les adultes ne prenaient pas Elisa très au sérieux : et certaines de ses théories (surtout celles fondées sur les connaissances moldues) étaient considérées comme de la pure affabulation. Du coup, trouver un partenaire de débat était assez difficile. En fait, la seule personne dont elle s'était sentie aussi proches intellectuellement, c'était le journal de Tom Jedusor. Elle essayait de ne pas trop y penser.
– Je l'ai survolé, répondit la jeune fille en fronçant les sourcils. Celui qui dit que la Conjuration appelle davantage aux Sortilèges qu'à la Métamorphose, parce que ça nécessite plus de visualisation que de puissance ?
– Celui-là, confirma Matt. Le débat sur le domaine de la Conjuration est vieux comme le monde, mais ce n'est pas le sujet. Non, j'y ai pensé parce qu'il est question de faire apparaitre un objet enchanté, et donc de jeter deux sorts en même temps, ce qui serait supposément impossible…
– Quoi ! s'indigna Elisa. Mais pas du tout !
– Tout dépend de la définition de « en même temps », pointa doctement Matt. Je suis de l'opinion que c'est impossible, car deux sorts ne peuvent pas être lancés de manière simultanée d'une même baguette.
– Mais on peut maintenir un sort sur un objet, comme un Charme de Lévitation, et lui en jeter un autre, comme le Sortilège de changement de couleur…
– J'ai dit simultanés, ouvre un dictionnaire. Par essence, si tu jette un sort après un autre, ils ne sont pas simultanés.
– Mais le premier sort est toujours en cours, il existe, au moment où l'existence du deuxième sort apparait…
– Ah, mais est-ce qu'il est considéré comme en cours, ou comme achevé, ce sort ?
Matt Rosier allait lui manquer à Poudlard, songea Elisa en quittant Tourmaline ce soir-là. Son cerveau, son intellect, son savoir. Son sarcasme, aussi. La répartie acérée de Matt était rafraichissante.
Heureusement, elle acheva les miroirs communiants pour les profs de Tourmaline juste à temps. Elle appelait déjà sa mère et Gwendolyn assez régulièrement, alors prendre quelques minutes de plus sur son emploi du temps surchargé ne serait pas si terrible. Elle distribua les miroirs aux profs la veille du départ à Poudlard, acheva de faire ses bagages, et avant même qu'elle ait pu se dire que les vacances étaient passées à toute allure, c'était le jour de la rentrée.
Les deux parents d'Elisa étant présents, ils l'accompagnèrent tous deux à King's Cross. C'était assez rare pour être souligné, puisque Michael était souvent déjà reparti, et qu'Isabelle avait horreur de la foule. Ils se dirent au revoir sur le quai, et comme ils étaient non loin des Weasley, Michael en profita pour ébouriffer les cheveux d'Harry et lui faire promettre d'être prudent. Percy était également venu avec le reste de sa famille, et Elisa en profita pour s'enquérir discrètement de ce qu'il devenait.
– Oui, j'ai été embauché comme sous-secrétaire par Mrs Bones elle-même ! se vanta aussitôt Percy. Ce n'est pas une position très haute, bien sûr, j'aurais espéré être son assistant personnel, mais Mrs Bones a rendu très clair le fait qu'elle préférait connaître ses employés avant toute promotion. Elle est déjà très impressionnée par mon éthique de travail. Vraiment, je suis ravi de cette opportunité.
Les jumeaux et Ginny roulaient des yeux. Apparemment, Percy n'avait pas tout à fait réussi à combler le fossé entre lui et le reste de sa fratrie (mis à part Ron, qui l'avait vu combattre Pettigrew de ses yeux). Mais au moins, avec un poste auprès d'Amélia Bones, Percy était entre de bonnes mains. Rassurée, Elisa lui souhaita beaucoup de succès. Puis ce fut l'heure des adieux. Harry monta à bord du train avec Ron pour retrouver Hermione, et Elisa embarqua avec les jumeaux et Ginny.
Ginny, d'ailleurs, ne tarda pas à disparaître pour rejoindre ses amis : Sun-Min Jeong et Edgar Whistler de Poufsouffle, Luna Lovegood de Serdaigle, et les jumelles Hestia et Flora de Serpentard. Leur petit groupe disparate s'appropria un compartiment et se mit aussitôt à discuter joyeusement pour rattraper le temps perdu.
Les jumeaux s'installèrent dans un compartiment avec Lee Jordan juste au moment où le train démarrait. Elisa, quant à elle, fit le tour du Poudlard Express comme tous les ans, pour saluer tous les gens qu'elle connaissait. Elle n'adressa cependant pas la parole à Helen Dawlish, et celle-ci l'ignora en retour. Depuis qu'Helen avait rendu public une lettre d'Elisa qui révélait l'amitié des Maraudeurs mais aussi leurs pires actions à Poudlard, leur relation était devenue glaciale.
Mais même sans compter Helen, Elisa avait plein de gens à saluer.
– Mes deux petites sœurs font leur rentrée cette année, lui confia Heather quand elle passa par le compartiment de ses amis Serpentard. S'il y en a une qui va à Poufsouffle, je compte sur toi.
– Promis, l'assura Elisa. Au fait, je n'ai pas croisé Flint, alors qu'il rôde toujours dans le couloir… Il s'est fait écraser par le train ?
– Non, idiote ! se moqua Terence. Il a enfin été diplômé. Lui, et toute sa bande de Puristes !
– Peut-être que je vais re-tenter ma chance dans l'équipe de Quidditch, maintenant que ce gros porc n'en est plus capitaine ! fit rêveusement Heather.
Tiens, oui, Flint avait passé ses ASPICS l'année dernière. Eh bien, bon débarras. Voilà quelqu'un qui n'allait pas du tout manquer à Elisa.
Plusieurs deuxièmes années faisaient une partie de Bataille Explosive dans un couloir. Parmi eux se trouvaient deux gamines de Poufsouffle qu'Elisa connaissaient bien : Ambre Kwebena, la Née-Moldue métisse au fort caractère, et Astoria Greengrass, jolie Sang-Pure qui défiait toutes les conventions de la noble famille des Greengrass. Leur petit groupe d'amis comprenaient aussi une Serdaigle (Amélia Selwyn) qu'Elisa connaissait essentiellement pour lui avoir vendu un MagicoGlisseur, et deux Serpentard nommés Sarah Carter et Matthew Debbs, qui lui empruntaient régulièrement des livres de fiction.
– Mon père dit qu'un évènement majeur aura lieu à Poudlard ! clamait Amélia Selwyn avec excitation.
– Tu sais ce que c'est, Magister ? tenta Matthew Debbs d'un air innocent juste avant que ses cartes lui explosent au visage.
La jeune fille se contenta d'un sourire éclatant :
– Oui. Et vous le découvrirez bien assez tôt.
– Oh, alleeez ! protesta Ambre en roulant des yeux. Donne-nous au moins un indice !
Elisa rigola en s'éloignant, amusée mais surtout flattée. Les mouflets la pensaient vraiment bien informée. C'est dingue ce qu'un petit Patronus lancé au bon moment pouvait faire pour votre réputation. Il n'y avait qu'Ambre qui ne la mettait pas sur un piédestal. Pour une gamine de douze ans, la gamine avait un côté sarcastique très mordant…
Elle aida deux petits nouveaux à ranger leurs valises dans le porte-bagage, et aida un troisième année à retrouver son chat. Elle tomba également sur le Trio d'Or, qui partageait un compartiment avec Tracey Davies de Serpentard, et Sue Li et Mandy Brocklehurst de Serdaigle, tout le monde racontant ses vacances avec excitation. Elle discuta quelques minutes avec eux avant de reprendre sa route, l'esprit léger.
Cela dit, le trajet du Poudlard Express ne se déroulait jamais sans anicroche, et Elisa tomba sur la bande de Warrington à mi-chemin. Chacun gronda et quelques insultes furent échangées, la tension devant rapidement électrique. Warrington avait trois personnes avec lui, et Elisa était toute seule. Même si elle savait que plusieurs élèves n'hésiteraient pas à sortir de leur compartiment pour l'aider, ça laisserait à Warrington assez de temps pour lui lancer quelques maléfices.
Heureusement, elle reçut une aide inattendue.
– Vous n'avez rien de mieux à faire que d'encombrer les couloirs ? lâcha Drago Malefoy avec arrogance.
Il était suivi par Crabbe et Goyle. Miles Bletchley fut le premier à s'en aller, adressant un regard d'excuse à Elisa. Warrington le suivit avec réticence, non sans avoir craché par terre. La Poufsouffle esquissa une grimace dégoûtée.
– Très classe. Récurvite.
– Certains n'ont pas reçu l'éducation qui convient à leur rang, lâcha Malefoy en traversant le couloir. Passe une bonne rentrée, Elisabeth.
– … Toi de même, Drago.
Oui, c'était vraiment immensément bizarre.
Ce fut cependant le seul incident. Elisa croisa ensuite plusieurs Serdaigle, y compris Takashi Noda, le co-fondateur du Club d'Education Moldue de Poudlard. Comme tous les ans, Takashi avait préparé des tracts pour promouvoir le CEM et encourager les premières années à s'y inscrire. Elisa, quant à elle, avait préparé un discours, et elle pensait qu'elle n'avait pas la tâche la plus facile. Même au bout de six ans, l'idée de parler en public lui nouait toujours l'estomac !
Cédric Diggory était dans un compartiment avec plusieurs autres élèves : trois Poufsouffle (Tamsin Applebee, Heidi Macavoy, Zacharias Smith) et trois Serdaigle (Eddie Carmichael, Cho Chang et Marietta Edgecombe). Ils discutaient Quidditch avec passion, et Elisa ne fit que dire bonjour. Le sport, ce n'était pas son truc.
– Tes frères ne sont pas avec toi ? s'étonna-t-elle en voyant que Cho n'était pas accompagnée par les fameux triplés dont elle leur avait parlé.
– Ils n'aiment pas le Quidditch, lâcha Cho en roulant des yeux pour témoigner à quel point elle trouvait cette attitude stupide
Elisa s'abstint sagement de dire qu'elle comprenait parfaitement. Au lieu de ça, elle se mit à la recherche des triplés en question. Faire une bonne impression avant la Répartition, ça pouvait faire des miracles.
Les triplés partageaient un compartiment avec deux filles : une dénommée Laura Madley, et Eleanor Branstone (la petite-fille d'Heremon Odran, prof de Tourmaline). Cela donna un prétexte à Elisa pour entrer et les saluer. Elle apprit ainsi que les trois garçons étaient nés d'une mère chinoise et d'un père irlandais, et qu'ils s'étaient mis d'accord pour aller n'importe où sauf à Serdaigle afin de ne pas être comparés à leur sœur.
Elisa croisa ensuite le Trio Coloré : Liam le Serdaigle, Aglaé la Serpentard, et Jojo la Poufsouffle. Ils étaient dans la classe en-dessous de la sienne, membre du CEM, et inséparables. Puis elle salua les Poufsouffle de la promotion d'Harry, qui s'étaient regroupés : Susan Bones était en train de faire la démonstration de son Patronus, éblouissant plusieurs petits nouveaux qui observaient cet exploit avec de grands yeux.
Finalement, après avoir salué tout un tas d'autres élèves, Elisa parvint au premier wagon du train. C'était là que s'était installée Trisha, avec un énorme paquet de bonbons, et un grimoire sur l'art des Visionomeurs.
– J'en déduis que tu as décidé de garder la Divination pour les ASPICS ? s'amusa Elisa.
Les Visionomeurs se faisaient plus rares, ces temps-ci, mais le métier existait toujours. Ce travail consistait à prédire le futur et la personnalité d'un enfant, en échange d'une grosse quantité d'or, afin de suggérer un prénom adapté, qui permettait au bambin d'être davantage en harmonie avec son destin.
– Yep, fit joyeusement Trisha. Je ne suis pas forcément douée avec l'interprétation des rêves et la fumisterie du tarot, mais en sixième année, Trelawney n'aura que des élèves motivés, alors on verra enfin de trucs utiles. On va parler des auras, de la numérologie, et ça se rapproche beaucoup des principes utiles pour la création d'amulettes. Tu vas garder cette matière aussi ?
Elisa compta sur ses doigts :
– Oui. Il me faut au moins six matières pour avoir un bon CV pour mon Doctorat, alors je garde Sortilèges, Métamorphose, Runes Anciennes, Défense Contre les Forces du Mal, Divination et Astronomie.
– Tu m'abandonnes en Potions et en Botanique ? gémit son amie avec un désespoir feint.
– Tu t'en sortiras, tu es super-douée en Potions. Tu as eu un Optimal ! Et puis, tu m'abandonnes bien en Métamorphose et en Astronomie.
Trisha fit la moue, parce que c'était vrai, puis haussa les épaules :
– Bon, au moins, on sera ensemble pour les autres matières. Au fait, tu t'y connais un peu en auras et en Visionomie ?
– Euh, hésita Elisa. Plus ou moins ? La famille de ma mère a pour tradition de nommer ses enfants avec l'aide d'un Visionomeur. Ma mère a étudié la question plusieurs mois avant que je sois née, pour pouvoir perpétuer la coutume avec moi, et elle m'a appris la théorie. Mais je te le dis tout de suite : je n'y ai rien compris !
La lecture d'une aura nécessitait « d'ouvrir tous ses sens au monde et d'oublier le temps », selon le bouquin le plus clair sur le sujet. Autant dire que c'était perdu d'avance. Elisa voulait bien décrire ses rêves, ou énumérer les concepts liés au mouvement des planètes, mais plonger dans une transe abstraite pour sniffer l'aura des gens, c'était au-dessus de ses moyens !
– Ta mère t'a appelée Elisabeth en lisant ton avenir ? fit Trisha d'un air hilare.
– Non ! Et Merlin en soit loué, d'ailleurs. Chez les Bletchley, le premier prénom est plus ou moins normal, et le deuxième est choisi par un Visionomeur. Le deuxième prénom de ma mère, c'est Pérégrine, par exemple. Et le mien, c'est Perséphone.
– Hum. Pérégrine signifiant voyageuse, c'est plutôt adapté. Et Perséphone… La déesse des morts ? Woah, sinistre.
Elisa haussa les épaules avec un sourire en coin :
– Ça a une certaine classe. Dans les légendes, c'est Perséphone qui donne sa chance au héros descendu aux Enfers pour accomplir une quête. Elle est féroce, rebelle, mais clémente.
Et surtout, Perséphone était le second nom de la déesse. Selon la légende, elle s'appelait Kore avant d'épouser Hadès, mettant un bazar monstre dans l'Olympe avec son refus de retourner chez sa mère. C'était Zeus qui avait renommé la déesse Perséphone, parce qu'étymologiquement, ce nom signifiait ni plus ni moins que "la destructrice de l'ordre établi".
Yep. Ce nom avait une certaine classe. Et la Visionomie, ça n'était pas du flan.
– Tu sais si Miles Bletchley de Serpentard a un deuxième prénom comme ça ? fit pensivement Trisha. Je sais qu'un de ses cousins fait sa rentrée cette année. Sa famille a pris une glace à la confiserie cet été.
Elisa sourcilla, parce qu'elle l'ignorait. Mais ce n'était pas surprenant. Les deux parents de sa mère étaient décédés, mais Isabelle avait encore un grand-père et trois cousins adultes en vie, chacun ayant sa propre famille. Tôt ou tard, d'autres Bletchley auraient débarqué à Poudlard. Elle espérait juste qu'aucun d'entre eux n'oserai prendre de haut la fille Sang-Mêlée de la paria des Bletchley. Si un seul d'entre eux s'avisait de dire quoi que ce soit sur sa mère…
– Au fait, j'ai entendu parler d'un évènement majeur qui aurait lieu à Poudlard ! fit innocemment Trisha. Tu n'en saurais pas plus, Magister ?
Elisa sourit jusqu'aux oreilles, et feignit d'examiner ses ongles avec désinvolture. Elle ne mentait jamais à Trisha. Bon, elle essayait en général de ne pas mentir tout court, mais elle disait rarement l'entière vérité aux gens. Mais avec Trisha, elle savait qu'elle pouvait se montrer plus honnête.
– Oh, tu veux parler du Tournoi des Trois Sorciers ?
– … Le QUOI ?!
– Le Tournoi des Trois Sorciers, répéta Elisa avec satisfaction. D'ailleurs, j'ai l'intention d'y entrer. Et de le gagner, bien sûr.
En fait, elle avait la ferme intention de jouer les gardes du corps pour Harry durant toute la compétition, puis de le saboter dans le labyrinthe pour que ce soit quelqu'un d'autre qui attrape la Coupe (au besoin, elle attraperait la Coupe elle-même puis transplanerait aussitôt hors du cimetière)… Mais ça, c'était le type d'information superflue que Trisha n'avait pas besoin de savoir.
Trisha poussa un couinement d'excitation et sauta quasiment au cou d'Elisa, avant de joindre les mains d'un geste ravi :
– C'est génial ! Le Tournoi ! A Poudlard ! D'abord la finale de Quidditch et maintenant une compétition internationale… C'est incroyable !
Le sourire d'Elisa s'affaissa un peu. Oui, justement. C'était incroyable, c'était un symbole d'espoir et de fierté pour tous les sorciers. Et c'était pour ça que Voldemort utilisait cet évènement pour mettre la main sur Harry Potter : parce que personne, pas même Dumbledore ou le Ministre de la Magie, n'aurait eu le pouvoir d'annuler le Tournoi. Pas avec ce qu'il représentait.
C'était plus qu'une compétition : c'était une chance pour les sorciers britanniques de briller de nouveau, et ils feraient n'importe quoi pour ça. Depuis plus de vingt ans, leur pays avait été décimé et appauvri de façon dramatique. Entre les massacres et l'exode massif des familles de sang impur durant la guerre, la population sorcière actuelle ne représentait que 6% de ce qu'elle aurait dû être. Et ce n'était pas le pire ! Le nombre de chercheurs et d'inventeurs du pays se comptait sur les doigts d'une main. Il n'y avait pratiquement eu aucune innovation en plus de vingt ans. La Grande-Bretagne était un pays du tiers-monde pour la communauté magique.
Alors oui, la finale de Quidditch avait été importante. Et le Tournoi des Trois Sorciers, c'était sans doute encore plus important. Les sorciers étaient moins patriotiques que les Moldus, mais après dix ans de guerre suivis par treize ans de stagnation, ils étaient désespérés d'apporter un peu de gloire à leur nation mourante.
Le Tournoi des Trois Sorciers aurait lieu, et les gens seraient tellement occupés à être émerveillés par cette gloire nouvelle qu'ils ne verraient pas les signes du retour de Voldemort. Brillant, non ?
– Tu l'as dit à Cédric ? s'enquit Trisha.
Elisa secoua la tête :
– Pas encore. En fait… Je vais essayer de faire en sorte qu'il ne participe pas. Ma mère a prédit qu'il risquait la mort s'il s'engageait dans une activité exceptionnelle. Bon, ça pourrait être un match de hockey ou même un concours de mots croisés, mais vu qu'il y un Tournoi potentiellement mortel dans l'école, je préfère ne pas prendre de risques, tu vois ?
– Ta mère a prédit la mort de Cédric ?! souffla Trisha.
– Euh, hésita son amie. Pas vraiment. Mais elle a prédit un risque de mort suffisamment élevé pour que je flippe. Alors, laisse-moi être paranoïaque, d'accord ?
Trisha hocha vigoureusement la tête :
– Bien sûr ! Ta mère a Vu autre chose ?
– Rien d'aussi inquiétant, la rassura Elisa. C'est pour ça que je veux entrer dans le Tournoi. Tu penses bien que si j'avais eu droit à un présage aussi alarmant que celui qu'elle a prédit pour Cédric, je serai en Tanzanie à l'heure qu'il est.
Mais son amie l'évalua d'un regard critique, avant de secouer la tête avec amusement.
– Non. Tu serais exactement au même endroit, en train de faire les mêmes projets. Je me trompe ?
Et Elisa referma la bouche, parce que qu'est-ce qu'elle pouvait répondre à ça ? C'était la pure vérité.
oOoOoOo
Lors de la cérémonie de Répartition, Elisa frémissait d'impatience sur son siège en écoutant d'abord la chanson du Choixpeau, puis la Répartition en elle-même. Elle avait le trac comme si c'était elle qui était sur le point d'annoncer le Tournoi à ses pairs. Dans un coin de son esprit, elle savait qu'elle aurait dû se sentir affolée par l'imminence de la catastrophe, par le fait que des gens étaient morts, par le fait que chaque seconde la rapprochait du point du canon où les meurtres commençaient. Mais c'était comme si la réalité de tout ça ne l'avait pas encore rattrapée. Elle se sentait anxieuse, mais aussi excitée, déterminée. Elle était certaine que si elle s'y prenait bien, le Tournoi ne serait pas une affaire de vie et de mort.
Les années précédentes, elle avait eu quelques dérapages, certes. Mais ce Tournoi, elle le préparait depuis seize ans, depuis pratiquement le jour de sa naissance. Elle était prête.
– Branstone, Eleanor !
– POUFSOUFFLE !
Elisa fit de la place à la petite Eleanor pour qu'elle puisse venir s'asseoir près d'elle. Très vite, d'autres Poufsouffle les rejoignirent, les noms défilants les uns après les autres. La file des petits premières années diminuait doucement. Comme dans le canon, Dennis Crivey rejoignit la Maison des lions. L'appel se poursuivit, jusqu'à…
– Cory-Bletchley, Jensen !
– C'est lui, c'est ton cousin ! souffla inutilement Trisha à Elisa.
– POUFSOUFFLE !
Elisa s'étrangla, mais Jensen rejoignit la table des jaunes et noirs sans protester. La jeune fille se rappela avec un temps de retard que c'était seulement vis-à-vis d'Isabelle que les Bletchley étaient des enflures : autrement, ils ne se préoccupaient pas trop de la Maison dans laquelle leurs rejetons terminaient.
La liste continua. La fillette nommée Laura Madley, qui avait partagé le compartiment d'Eleanor, fut aussi envoyée à Poufsouffle. Puis ce fut le tour des petits frères de Cho Chang, dont le nom de famille (celui de leur père) commençait en M.
– Murray, Finn !
– POUFSOUFFLE !
– Murray, Gabriel !
– GRYFFONDOR !
– Murray, Joey !
– SERPENTARD !
– On dirait que vous avez eu ce que vous vouliez ! rigola Elisa quand le petit Finn alla s'asseoir à leur table sur des jambes tremblantes. Pas un seul d'entre vous n'est à Serdaigle. Félicitation, votre famille a le set complet des quatre Maisons !
L'appel se poursuivit. Le groupe de premières années non-répartis s'était bien amenuisé lorsqu'on parvint enfin à la partie de la liste qu'Elisa attendait depuis sa conversation avec Heather : les noms commençant par la lettre T. Car si une des petites sœurs d'Heather Thatcham finissait chez les blaireaux, foi de Magister, Elisa allait veiller sur la gamine comme sur la prunelle de ses yeux !
– Thatcham, Primrose !
– … GRYFFONDOR !
– Thatcham, Violette !
– SERPENTARD !
– Double-zut, soupira Elisa en s'affaissant sur son siège.
Elle zieuta tout de même les deux gamines à la peau noire qui rejoignaient leurs tables respectives. Violette s'assit à côté de sa sœur Heather, mais Primrose dut rejoindre les lions. Heureusement, Hermione avait reconnu son nom de famille (elle connaissait Heather grâce au CEM) et elle lui fit une place à côté d'elle. La Répartition continua.
– Turpin, Nicholas !
– SERDAIGLE !
Nicholas alla rejoindre sa sœur Lisa Turpin, et Elisa commença à ne plus écouter la Répartition que d'une oreille. On atteignait la fin de l'alphabet. Le dernier à répartir, Kevin Whitby, fut envoyé à Poufsouffle et s'assit à côté de Cédric, puis McGonagall reprit le Choixpeau, et Dumbledore leur souhaita un bon appétit. Les plats se remplirent de nourriture, et les élèves affamés se jetèrent dessus. Très vite, la Grande Salle fut emplie d'un brouhaha chaleureux, mêlant bruit de couverts et de mastication avec le bruit de dizaines de conversations et d'exclamations joyeuses.
A la table des Poufsouffle, tout le monde se présenta aux premières années. Les Préfets, Elisa et ses amis, mais aussi tous les élèves de quatrième année. En effet, cette année était le début de la mise en place d'un plan de parrainage qui affecterait toutes les Maisons : chaque élève de quatrième année était chargé de prendre un première année sous son aile. Elisa avait mis en place ce système avec tous les autres Préfets, et l'avait défendu devant le directeur en personne.
Non seulement ça permettait d'aider les petits nouveaux à prendre leurs marques, mais ça permettait aussi à Elisa d'alléger sa charge de travail. En temps normal, c'était elle qui jouait ce rôle de marraine : et pas seulement pour les Poufsouffle, mais pour tout un tas d'autres gamins ! Cette idée de parrainage allait déléguer une partie de cette charge sur les épaules des plus jeunes, à la fois pour libérer Elisa, pour responsabiliser les nouveaux parrains, et pour permettre aux élèves d'avoir un système d'assistance qui perdurerait même quand Elisa aurait quitté l'école.
Elle était assez fière de son projet, elle devait l'admettre.
Du coup, elle présenta Eleanor Branstone à Susan Bones, consciente qu'il fallait quelqu'un d'assez sensible pour parrainer Eleanor (qui avait perdu ses parents moins d'un an plus tôt). Zacharias Smith parlait haut et fort, espérant sans doute sonder les petits nouveaux pour se trouver un filleul pas trop irritant, mais Elisa n'avait pas beaucoup d'espoir. Depuis que sa meilleure amie Sally-Anne Perks avait été retirée de l'école, Zacharias trouvait tout le monde irritant.
Avec beaucoup d'amusement, elle attira son attention sur Jensen Cory-Bletchley. Si quelqu'un devait garder un œil sur son lointain cousin pour s'assurer qu'il ne devienne pas un mini-raciste comme le reste de sa famille, autant que ce soit quelqu'un d'intraitable comme Zacharias !
Finalement, après le dessert, Dumbledore se leva à nouveau. Les conversations se turent presque aussitôt.
– Et voilà ! dit Dumbledore avec un sourire éclatant. Maintenant que nous avons été nourris et abreuvés, je dois une fois de plus vous demander votre attention afin de vous donner quelques informations. Mr Rusard, notre concierge, a pris sa retraite cet été…
Elisa ouvrit de grands yeux. Ce n'était pas dans le canon !
– … Et sera désormais remplacé par Apollon Gamp, indiqua le directeur en désignant d'un signe de main la table des professeurs.
Elisa n'avait pas prêté la moindre attention à la table des profs jusque-là, comme tout le monde. Du coup, elle l'examina en détail et retint un sursaut. Apollon Gamp était un homme d'une quarantaine d'année, blond et souriant, à la mâchoire volontaire et aux cheveux bien coiffés. Il saluait l'école d'un geste élégant de la main, souriant de toutes ses dents très blanches, et Elisa dut réprimer un frisson. Il lui rappelait Lockhart.
Il y eut un tonnerre d'applaudissement, sans doute plus pour célébrer le départ de Rusard que pour souhaiter la bienvenue à Mr Gamp. Les jumeaux Weasley poussaient des acclamations triomphales et plusieurs personnes sifflèrent. Elisa ressentit une pincée de culpabilité : Rusard avait été anéanti par la mort de Miss Teigne, et ça lui semblait mal de voir tant de gens se réjouir de son malheur.
Pour penser à autre chose, Elisa scruta le reste de la table des professeurs, notant distraitement que McGonagall et Charity Burbage avaient échangé leurs place (normal, puisque Charity Burbage était la nouvelle directrice de Gryffondor, et devait donc siéger avec les autres directeurs de Maison). Puis elle tomba sur la place du professeur de Défense Contre les Forces du Mal, et sursauta violemment.
Alastor Maugrey en personne y était assis, enveloppé dans une cape dont le col relevé dissimulait en partie ses cicatrices, mais qui laissait clairement visible son œil magique. Avec son long manteau qui lui donnait l'air sinistre, son visage balafré, son nez partiellement arraché, et son œil prosthétique qui tournait dans tous les sens, il était assez terrifiant. Elisa resta figée sur sa chaise, se demandant comment diable elle avait pu ne pas le voir avant… Et surtout, qu'est-ce qu'il faisait là ?!
Dans le canon, Maugrey arrivait en retard, parce qu'il était en réalité Baty Croupton. Est-ce que ça c'était passé différemment ? Etait-ce le vrai Maugrey ? Et dans ce cas, où était Croupton ?!
– Je vous présente également votre nouveau professeur de Défense Contre les Forces du Mal, continua Dumbledore d'un ton jovial lorsque les applaudissements se furent tus. Le professeur Maugrey.
Il y eut une hésitation, puis quelques applaudissements plutôt tièdes. Apparemment les gens venaient de remarquer que leur nouvel enseignant était affreusement défiguré. Plusieurs personnes chuchotaient en jetant des regards à la dérobée vers l'ex-Auror. Elisa se promit de consulter la Carte du Maraudeur à la première occasion.
Dumbledore reprit la parole :
– Je voudrais également vous rappeler que la Forêt Interdite est, comme toujours interdite à tous les élèves, et que le village de Pré-au-Lard est également hors-limites pour tout élève n'ayant pas atteint la troisième année d'étude. Je suis également au regret de vous annoncer que la Coupe de Quidditch des Quatre Maisons n'aura pas lieu cette année…
Cédric émit un bruit assez comparable au couinement d'un écureuil sur lequel on aurait marché, et Zacharias Smith bondit si violemment qu'il se cogna le genou contre la table. Dans toute la Grande Salle, la réaction fut à peu près la même : mais Dumbledore continua sans laisser le temps aux protestations d'émerger.
– Cela est dû à un évènement particulier qui commencera en octobre et se poursuivre tout au long de l'année scolaire, en exigeant de la part des professeurs beaucoup de temps et d'énergie. J'ai en effet le grand plaisir de vous annoncer que le Tournoi des Trois Sorciers se déroulera cette année à Poudlard !
Un rugissement d'allégresse explosa dans la salle, tout le monde parlant en même temps. Même Trisha et Elisa, qui étaient déjà au courant, ne purent s'empêcher de rire et de partager la liesse générale. Il fallut plusieurs secondes pour que le calme revienne et que le directeur, un sourire amusé aux lèvres et ses yeux pétillant joyeusement, reprenne la parole :
– Certains d'entre vous ne savent pas en quoi consiste ce tournoi, je demande donc à ceux qui savent de me pardonner d'avoir à donner quelques explications. Pendant ce temps-là, ils sont autorisés à penser à autre chose. Le Tournoi des Trois Sorciers a eu lieu pour la première fois il y a presque sept cents ans. Il s'agissait d'une compétition amicale entre les trois plus grandes écoles de sorcellerie d'Europe : Poudlard, Beauxbâtons et Durmstrang. Un champion était sélectionné pour représenter chacune des écoles et les trois champions devaient accomplir trois tâches à caractère magique. Chaque école accueillait à tour de rôle tous les cinq ans et tout le monde y voyait un excellent moyen d'établir des relations entre jeunes sorcières et sorciers de différentes nationalités… Jusqu'à ce que le nombre de morts devienne si élevé que la décision fut prise d'interrompre le tournoi.
Peu d'élèves semblèrent alarmés par cette dernière phrase, et beaucoup chuchotaient entre eux avec enthousiasme. Elisa, en revanche, avait attendu ce moment précis, et elle se tourna vers Cédric pour le regarder fixement. L'Attrapeur ne mit qu'une poignée de secondes à réaliser ce que son amie pensait, et il leva les mains dans un geste de reddition :
– Je ne vais pas mourir, Elisa.
La gorge de la jeune fille se serra brusquement et elle dut refouler un rire hystérique, parce que si, c'était exactement ce qui l'attendait. Elle ne savait pas ce que son visage devait exprimer, mais Cédric écarquilla les yeux d'un air affolé :
– Je ne vais pas participer, d'accord ? Je… Je compte réviser pour mes ASPICS de toute façon ! Tout va bien se passer.
– Y a intérêt, gronda Elisa d'une voix qui se brisa.
Heureusement, tout le monde écoutait Dumbledore qui continuait ses explications. Elisa s'essuya furtivement les yeux avec un bout de sa manche. A cause de cette stupide montée d'adrénaline, ses mains tremblaient. Le délicieux repas qu'elle avait avalé lui semblait soudain indigeste, et elle se força à respirer profondément pour faire passer sa bouffée d'angoisse.
– … ont estimé que le moment était venu d'essayer de le faire revivre, disait le directeur. Nous avons tous beaucoup travaillé au cours de l'été pour nous assurer que, cette fois, aucun champion ne se trouvera en danger de mort. Les responsables de Beauxbâtons et de Durmstrang arriveront en octobre avec une liste de candidats et la sélection des trois champions aura lieu le jour de Halloween. Un juge impartial décidera qui seront les élèves qui sont les plus dignes de concourir pour le Trophée des Trois Sorciers, la gloire de leur école, et une récompense personnelle de mille Gallions.
Tout le monde chuchotait avec excitation, et Elisa n'avait aucun doute que bien des élèves s'imaginaient déjà champions de Poudlard. Trisha lui donna un coup de coude, lançant à voix haute :
– On compte sur toi, Magister !
Plusieurs élèves l'entendirent et des murmures d'agrément ou de prestation s'élevèrent. A la table des Serdaigle, Helen se redressa fièrement. Chez les Serpentard, Warrington fit craquer ses jointures, et plusieurs Puristes esquissèrent des grimaces dégoûtées. Les Weasley, eux, lancèrent quelque chose qui ressemblait à « défi accepté ! ». Mais Dumbledore continuait :
– Je sais que vous êtes tous impatients de rapporter à Poudlard le Trophée des Trois Sorciers, mais les responsables des trois écoles en compétition, en accord avec le ministère de la Magie, ont jugé qu'il valait mieux, cette année, imposer de nouvelles règles concernant l'âge des candidats. Seuls les élèves majeurs, c'est à dire qui ont dix-sept ans ou plus, seront autorisés à soumettre leur nom à la sélection.
Un grand nombre d'élèves éclatèrent en protestation. Cela mettait hors-jeu tout le monde, sauf les élèves de septième année… Et ceux qui seraient majeurs avant Halloween de cette année : c'est-à-dire un très petit nombre d'élèves de sixième année. Un petit nombre dont étaient exclus Helen, mais aussi Warrington et les jumeaux Weasley. Tous semblaient furieux. Dumbledore dut hausser la voix pour se faire entendre :
– Il s'agit là d'une mesure que nous estimons nécessaire, compte tenu de la difficulté des tâches imposées, qui resteront dangereuses en dépit des précautions prises. Il est en effet improbable que des élèves n'ayant pas atteint la sixième ou la septième année d'études puisse les accomplir sans risques. Je m'assurerai personnellement qu'aucun élève d'âge inférieur à la limite imposée ne puisse tricher sur son âge pour essayer de se faire passer comme champion de Poudlard par notre juge impartial.
Il y eut une vague de murmures mécontents, mais ils ne durèrent pas longtemps. En effet, Dumbledore n'en avait pas tout à fait fini :
– Je vous demande donc de ne pas perdre votre temps à essayer de vous porter candidat si vous avez moins de dix-sept ans. Comme je vous l'ai déjà dit, les délégations de Beauxbâtons et Durmstrang arriveront en octobre et resteront parmi nous pendant la plus grande partie de l'année scolaire. Je ne doute pas que vous manifesterez la plus grande courtoisie envers nos hôtes étrangers tout au long de leur séjour et que vous apporterez votre entier soutien au champion de Poudlard lorsqu'il, ou elle, aura été désigné. Mais il se fait tard à présent, et je sais combien il est important que vous soyez frais et dispos pour vos premiers cours, demain matin. Alors tout le monde au lit ! Et vite !
Dans un brouhaha de conversations animées et de chaises qui raclaient le sol, les élèves se levèrent et se dirigèrent vers la sortie. Elisa estima la distance entre elle et Harry, mais vu la densité de la foule et l'excitation de ses camarades qui l'entouraient, elle renonça à aller dire un mot au Survivant. Elle l'appellerait avec son miroir pour lui dire de veiller sur Primrose Thatcham. Pas question d'utiliser un Patronus ou tout autre truc flashy qui attirerait l'attention de Maugrey.
– C'est génial ! s'enthousiasmait Raashid. Mille Gallions, woah, c'est une fortune ! Vous allez vous présenter ?
Sa question s'adressait évidemment à Cédric et Elisa. Tout le monde savait que leur anniversaire tombait le même jour, le vingt octobre. Ils seraient donc majeurs à Halloween.
Les deux adolescents échangèrent un regard furtif. Puis Cédric se racla la gorge, et annonça d'un air dégagé :
– Non, je ne crois pas. Je veux vraiment me concentrer sur mes notes cette année, et je vais organiser des matchs de Quidditch amicaux pour qu'on ne perde pas la main… Si je participe au Tournoi, je n'y serai pas complètement investi, du coup.
– C'est dommage ! regretta Hope Riley (une fille d'un an plus jeune) avec un profond soupir. Tu es tellement doué !
Cédric croisa le regard d'Elisa. Il avait réellement l'air désolé, et résigné, et la jeune fille se sentit coupable de le priver de sa gloire. Son ami avait l'esprit de compétition, et il aurait adoré être champion.
– C'est dommage oui, lâcha le Préfet. Mais ma décision est prise.
Et du coup, tout le monde se tourna vers Elisa. Elle n'était pas une sportive comme Cédric, mais elle était connue. Tout le monde la considérait comme une As du duel, et ses inventions l'avaient rendue très populaire chez les Poufsouffle.
– Et toi, Magister ? la taquina Gabriel Tate, un garçon de leur classe.
Elisa esquissa un sourire un peu crispé :
– Je ne sais pas. Je vais en parler à mes parents.
– Allez ! Imagine, ce qui t'attend ! La gloire ! Les Gallions !
La mort par Avada Kedavra dans un cimetière miteux, songea cyniquement Elisa. Mais elle se contenta de garder son sourire figé, et de répéter patiemment :
– Je vais en parler à mes parents.
Heureusement pour elle, ils étaient arrivés à l'entrée de la salle commune. Il fallut apprendre aux premières années le mot de passe (un rythme de musique tapé sur un certain tonneau parmi tous ceux qui étaient alignés contre le mur), les laisser s'extasier sur l'air chaleureux de la salle commune, leur faire un discours de bienvenue, puis expliquer le système de parrainage qui allait être mis en œuvre.
– Si vous avez une demande spécifique pour le choix de votre parrain, donnez-la nous ce soir ! conclut Cédric. Les élèves de quatrième année ou de troisième année qui ont une demande spécifique de filleul peuvent également nous la soumettre. Les parrains seront attribués demain matin, alors les nouveaux, soyez prêts à être rassemblés demain à sept heures ici même pour rencontrer votre parrain ou votre marraine. Des questions ? Aucune ? Alors au lit !
Les élèves se dispersèrent comme une volée de moineaux, mais Elisa resta quelques minutes à sa place, juste le temps de vérifier que Susan Bones demandait la charge d'Eleanor Branstone. Puis, satisfaite, elle rejoignit Trisha dans son dortoir.
Le terrarium de son serpent Malta était déjà installé à sa place, et Elisa caressa doucement les écailles lisses du reptile, qui siffla de plaisir. Apprendre le Fourchelang avait permis à Elisa de prononcer quelques mots, mais comprendre le langage était un don inné qui ne pouvait s'apprendre. Cela dit, certains sifflements de Malta étaient assez caractéristiques, et Elisa se plaisait à penser qu'elle comprenait son serpent de mieux en mieux. Elle savait identifier la moquerie, la faim, la lassitude, le plaisir, la curiosité. C'était pas mal, pour un langage dont elle ne pouvait pas comprendre les mots.
– Tu comptes emmener Malta avec toi en cours ? s'enquit Tamsin en haussant un sourcil.
Elisa retira sa main du vivarium, et haussa les épaules. Elle avait pris l'habitude d'emmener son serpent un peu partout, sur ses épaules ou dans une poche spéciale cousue dans le devant de ses robes.
– Ça pourrait faire flipper les élèves de Durmstrang et Beauxbâtons ! s'enthousiasma Trudy Glasgow, une des filles du dortoir.
– Bonne idée, approuva Heidi. Tu sais, tu devrais vraiment te présenter au Tournoi, Elisa. Tu auras le soutien de toute l'école. Et puis, t'aimes bien avoir de la pub, non ?
– Cédric nous a déjà laissé tomber, ne nous fais pas ça toi aussi ! plaida Rhonda Flatbury.
– Je vais y réfléchir, d'accord ? céda Elisa.
Mais il ne fallait pas se leurrer. Sa décision était déjà prise depuis des années. Elle n'hésitait que parce qu'elle prétendait encore avoir un choix, parce qu'elle avait longtemps cru pouvoir être assez détachée de l'action pour se contenter d'influencer le cours du destin depuis l'extérieur du Tournoi.
Mais ce n'était qu'une illusion. Elle était impliquée. Elle était impliquée depuis le jour où elle avait décidé de changer le monde. Depuis le jour où elle avait commencé à tisser un réseau de relations qui, encore aujourd'hui, permettait à Poudlard d'avoir une entente cordiale entre ses quatre Maisons. Elle était impliquée depuis qu'elle avait écrit dans le journal de Jedusor et l'avait laissé tordre son esprit. Elle était impliquée depuis qu'elle avait commencé à chasser les Horcruxes.
Elle était impliquée depuis le tout début de sa vie : depuis qu'elle s'était mise à aimer ses parents, puis ses amis. Elle était impliquée depuis des années, depuis le jour où elle avait réalisé que c'était des gens bien réels qui allaient être mis en danger par les évènements qui allaient se dérouler dans ce tournoi. Et surtout, elle était impliquée depuis le moment où elle avait rencontré un garçon aux yeux verts et à l'air terrifié dans la gare King's Cross, et où elle avait décidé de le défendre contre l'univers entier.
Elle était impliquée parce qu'Harry serait dans cette compétition. Et s'il était en danger, aucune force au monde ne pourrait empêcher Elisabeth Bishop d'aller le protéger.
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Mwahahahaha. Suspense, suspense !
A la semaine prochaine... Ou plutôt, à l'année prochaine ! x)
