Et bien merci encore à tous! C'est vrai que l'action progresse lentement, j'aime bien prendre le temps de poser le décor et les personnages, mais je vous promets que ça va commencer à secouer un peu plus dans les prochains chapitres!
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Si Demain Vient
4
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Samedi soir
C'était terriblement frustrant n'avoir aucun indice et de patauger à ce point pour retrouver un vieux de 60 piges parfaitement humain. Certes c'était un chasseur entraîné, mais malgré tout, John se sentait minable de ne pas réussir à le localiser. Il avait parcouru tous les endroits, bars et cafés à Breaving et Naptown où il aurait pu aller, plusieurs personnes disaient l'avoir vu mais personne ne savait jamais où il était allé ensuite.
John avait mangé un bout chez 'Poppy's' à Breaving et s'apprêtait à repartir une fois de plus sur la fameuse route pour localiser l'Aston Martin.
Quand il atteint le parking pour récupérer sa voiture, un homme était accoudé à l'Impala. Il portait un long manteau et un chapeau et regardait le sol, si bien qu'on ne pouvait pas voir son visage. John s'approcha avec méfiance, il n'était pas armé.
« Je peux vous aider ? » demanda-t-il.
L'homme leva le nez du sol pour rencontrer les yeux de John. Son regard était bleu glacier.
« Vous me cherchez ? » demanda-t-il avec un terrible accent anglais.
Le cœur de John fit un bond dans sa poitrine. Alors c'était ça Myers… Elkins n'était pas tellement à côté de la plaque au final. En dépit de son long et épais manteau, l'homme paraissait maigre et son visage était creusé. Il faisait ses soixante ans et malgré l'obscurité John distinguait des cheveux blancs s'échapper de sous son chapeau. L'homme était à peu près aussi grand que lui mais moins épais. Son regard de glace vous transperçait de part en part. John ne pu s'empêcher de remarquer qu'il avait quasiment la même cicatrice que lui sur le visage.
« Myers ? » demanda-t-il, même s'il savait déjà que c'était lui.
L'homme sourit. « Belle voiture. Certains diront que c'est stupide d'avoir ce genre de bolide dans notre profession. Ils n'ont pas tort. Vous êtes facile à repérer, Winchester. »
« J'ai cru comprendre que vous en aviez une pas mal aussi. » se défendit John en essayant d'occulter sa surprise sur le fait que Myers connaisse son nom.
L'homme sourit à nouveau. Il avait l'air d'être un gentil papy, mais quelque chose dans son visage indiquait à John que ces yeux là avait vu beaucoup plus de sang que n'importe quel chirurgien.
« Que voulez vous, cette voiture me possède. C'est presque surnaturel. » dit-il avec humour.
John ne savait pas trop sur quel pied danser. La légende décrivait Myers comme un type extrêmement violent et dangereux. Le papy qu'il avait sous les yeux avait l'air parfaitement inoffensif... 'Mefiez vous de l'eau qui dort...' se répétait il
« Alors John, vous avez avalé votre langue ? On m'a dit que vous étiez du genre à cogner d'abord et à poser des questions ensuite… Vous n'allez pas me cogner, si ? » Demanda-t-il avec légèreté, comme si rien n'était sérieux.
« Ca dépends de vous. Qui vous a dit ça ? » Rétorqua John, soupçonneux.
Il n'aimait pas l'idée que quelqu'un qui le connaisse ait pu parler de lui à ce type, ni à qui que ce soit d'ailleurs. Il se complaisait dans le secret qu'il laissait planer autour de lui, c'était une sécurité. Moins les gens en savaient et moins c'était dangereux. Qu'est ce que Myers savait d'autre ? John détestait se poser cette question, il détestait ne pas être maître d'une situation.
« Des voix, par ci par là. Les chasseurs parlent vous savez, surtout quand ils ne savent pas qu'on les écoute. »
« Et qu'est ce que vous savez d'autre ? »
« Je sais tout ce qu'il y a à savoir. Je sais que vous ne devriez pas être ici. »
« Tiens donc. Et pourquoi ça ? »
« Parce que vous êtes Family Man. »
« Hein ? »
Myers sourit presque avec tendresse. En tout cas c'est l'impression que ça donna à John.
« Allez-vous contraindre un vieil homme à rester debout dans le froid où allez vous finir par m'inviter dans votre voiture ? »
« Oh. Montez, c'est ouvert. » dit-il, un peu gêné.
Myers s'installa à la place du mort tandis que John faisait le tour de la voiture pour rejoindre le côté conducteur. Il mit le contact et Mick Jagger commença à hurler dans les hauts-parleurs. Il coupa immédiatement le son et alluma le chauffage.
« Je vous conduis quelque part ? » demanda-t-il.
Myers regarda le ciel noir au travers de la fenêtre. « Je dois aller à Naptown, mais pas maintenant. Il va pleuvoir.»
« Je peux conduire sous la pluie. » se défendit John un peu vexé.
Myers éclata de rire. « Vous n'avez aucune idée de ce qu'il se passe sur cette route, n'est ce pas ? »
John regarda le vieux, sceptique. « Je l'ai déjà prise sous la pluie et - »
« - et vous avez de la chance d'être toujours là pour en parler. » coupa Myers.
« Qu'est ce qu'il se passe ici? » demanda John.
« Ca ne vous regarde pas. C'est mon affaire. Vous ne devriez pas être ici, Family Man. »
« Qu'est ce que c'est que ce truc : 'Family man' » demanda John.
« C'est vous. »
« Comment ça, c'est moi ? »
« J'avoue que j'avais hâte de vous rencontrer, John, mais d'un autre côté, j'étais quand même un peu vexé. » dit l'homme avec le sourire.
John ne comprenait rien et il commençait à voir arriver le bout de sa très courte patience.
« Votre légende commence à dépasser la mienne. J'ai travaillé dur pendant 45 ans pour devenir le Steven Myers qui fait frémir les démons de l'enfer et murmurer les chasseurs. Mais vous… c'est différent. Vous n'êtes dans le jeu que depuis 12 ans et voilà que votre réputation commence à empiéter sur la mienne. Comme tout anglais qui se respecte, je suis fair play, je prends cette concurrence avec tact et dignité mais mon orgueil est tout de même un peu blessé. »
« Je ne vois pas de quoi vous parlez. »
« Oh bien sur. Vous l'ignorez n'est ce pas ? Tout ce qu'il se dit sur vous ? C'est que vous ne savez pas écouter. »
« Ce qu'on dit sur moi ? Qui dit quoi ? »
John commençait à s'impatienter. Quelque soit l'abruti qui avait la langue trop bien pendue pour fermer sa gueule à propos de lui et de sa famille, il allait se prendre un plomb dans les miches.
« Tout le monde parle, John. Les humains, mais surtout les démons. De vraies pipelettes. »
La mâchoire de John faillit se décrocher. 'Pipelettes' était certainement le dernier mot au monde qu'il aurait employé pour parler d'un démon. Oh, ne vous y méprenez pas, ces saloperies adoraient parler. Ils parlaient à tort et à travers, surtout pour dire des conneries, mais 'pipelette'… non…
« Et qu'est ce que les démons disent ? » interrogea John dont la curiosité était piquée au vif.
« Il disent qu'un soldat s'est levé dans l'autre camps. Quelqu'un qui pourrait mettre en danger leurs projets. Certains ont peur. »
« Ils ont rraison d'avoir peur, je tuerais chacun de ceux qui croisera ma route. » cracha John avec hargne.
Le simple fait de parler des démons le mettait en colère. Myers planta ses yeux de glace dans les siens et prit un air grave avant de continuer de parler.
« Dans le monde des chasseurs, on commence à entendre une légende. C'est le mythe d'un homme brisé qui s'est élevé contre les armées de l'enfer pour assouvir sa soif de vengeance et qui entraîne dans son sillage deux enfants innocents. …Family Man. »
John déglutit difficilement. Après réflexion, il se souvenait d'avoir déjà entendu un truc dans le genre dans un bar. C'était une conversation alcoolisée entre deux chasseurs. Il avait déjà entendu 'Family man' et ce genre de blabla mystico-héroïque sans y accorder le moindre intérêt. Il ne s'était jamais douté qu'il pouvait s'agir de lui… Et il détestait au plus haut point que quelqu'un qu'il ne connaissait pas, parle de ses enfants. Rien que le fait qu'il sache qu'ils existent lui donnait des envies de meurtre.
« Vous faites de l'ombre à ma légende, je vous imaginais plus grand. » conclu Myers.
« J'ai jamais rien demandé moi, je vous la laisse votre légende. Je veux juste qu'on me foute la paix. » Grogna John.
« Et c'est pour qu'on vous foute la paix que vous me cherchiez ? »
« J'ai besoin d'informations. »
« Hum… on en est tous plus ou moins là. »
« Selon la légende vous êtes le plus vieux chasseur en activité et vous savez tout ce qu'il y a à savoir sur la chasse. Je suis à la recherche d'une créature bien spécifique… »
Myers soupira « Je sais ce que vous voulez savoir et je ne vous dirais rien John. »
John devait se répéter mentalement que ce n'était pas fair play d'éclater la tête d'un vieux contre un tableau de bord. Cependant à l'instant précis, il aurait voulu le tuer. Il venait de perdre 20 minutes en blabla inutile pour s'entendre dire ça ?
« Pourquoi ça ?! » s'écria-t-il, imitant à la perfection le ton que pouvait prendre Sam parfois.
« Parce que vous êtes Family Man. »
« Arrêtez avec ces conneries ! Ca n'a aucun sens ! »
« John, vous n'êtes pas encore perdu. Vous n'êtes pas encore 'la machine à tuer' dont les démons parlent. Vous êtes encore un père. Vous avez ces deux garçons qui vous maintiennent la tête hors de l'eau. Si je vous dis ce que vous voulez savoir, j'alimenterais votre folie destructrice jusqu'à ce que vous vous perdiez dans la vengeance. Ces deux garçons ont encore un père, ne leur enlevez pas ça. »
« Vous avez l'air de savoir un paquet de trucs sur moi. On aurait aussi dû vous prévenir que je déteste qu'on parle de mes fils. » Cracha John entre ses dents.
Myers sourit. « Vous les défendez avec beaucoup de ferveur, John, c'est tout à votre honneur. Mais pendant que nous parlons, vous êtes ici et ils sont ailleurs. Si je vous dis ce que vous voulez entendre, c'est vous qui serez ailleurs. La chasse n'est pas un endroit où élever des enfants. »
« Je fais ça très bien depuis 12 ans, merci de vous en soucier. J'essaie juste de les garder en vie et pour ça, il faut que je tue la créature qui a assassiné Mary. Je ne reculerais devant rien. Si je dois vous torturer pour vous faire cracher le morceau, je le ferais. » Lâcha John en glissant discrètement la main sur son flingue dès fois que Myers tenterait quelque chose de stupide.
Au contraire, il resta parfaitement immobile à dévisager John.
« Vous n'allez pas renoncer, n'est ce pas ? »
Inutile qu'il se fatigue à formuler une phrase, tous les traits du visage de John hurlait une réponse négative.
Myers soupira « Vous savez John, nous avons cette conversation actuellement uniquement parce que je l'ai bien voulu. Si je sors de cette voiture, je disparaitrais et jamais vous ne me retrouverez. J'ai survécu seul pendant 45 ans dans cet univers, vous croyez que vos menaces peuvent m'atteindre ? »
John ne répondit rien, il continua de caresser la crosse de son Beretta.
« Très bien. » soupira le vieux. « Vous voulez savoir ce qui à tué votre femme ? »
John acquiesça.
« Racontez moi sa mort avec le plus de détails possible. »
Le père Winchester ferma les yeux une seconde et prit une grande inspiration. Les 3 minutes qui suivirent le replongèrent dans cette nuit tragique du 2 novembre 1983… Il raconta tout, absolument tout depuis le film qu'il regardait ce soir là jusqu'à la couleur des flammes autour de sa femme bien aimée.
C'était il y a douze ans, c'était hier, c'était aujourd'hui, c'était maintenant. La chaleur du feu lui brûlait encore le visage et les yeux terrifiés de Mary lui soulevaient le cœur.
« C'est un démon. » trancha Myers à la fin du récit.
« Vous en êtes sûr ? » demanda John d'une petite voix.
« Certain. Je pense même savoir duquel il s'agit. » Myers se mordit la lèvre. « Et je pense savoir pourquoi. »
« Parce qu'il y a un pourquoi ? » s'étouffa John en essayant de ne pas pleurer tout en encaissant les nouvelles infos.
« Hum, il y a toujours un pourquoi. Contrairement à la croyance populaire, les démons tuent rarement pour le plaisir du meurtre. Votre pourquoi à vous est très compliqué, vous n'êtes pas prêt à l'entendre. »
« Je suis prêt à tout. » dit John sur une voix neutre. Il avait enfin réussit à contrôler le flot d'émotion qui bouillait au creux de son ventre.
« Oui. C'est ce que vous dites. Croyez-moi, je chasse depuis que j'ai 15 ans et des types prêts à tout comme vous j'en ai connu plus que je ne voudrais. Cependant, je vous propose un deal John. »
« Quel genre de deal » demanda-t-il méfiant.
« Je ne vous direz pas pourquoi votre femme est morte, vous le découvrirez bien assez tôt. Mais je sais comment tuer celui qui l'a assassiné. Je vous dirais comment faire. »
« En échange de quoi ? »
« J'ai juste besoin de savoir si vous pouvez affronter ça. J'ai besoin de savoir quel genre de chasseur vous êtes et j'ai besoin de savoir si je peux vous donner cette information en toute confiance sans que vous ne vous en servirez comme prétexte pour abandonner vos fils. »
« Je ne les abandonnerai jamais ! » s'écria John piqué au vif.
« Comme je l'ai dit tout à l'heure, vous êtes ici et ils sont ailleurs. » dit simplement Myers.
John réalisa tout à coup qu'il avait peut-être raison. Pour une information sur le meurtrier de Mary, il avait laissé ses garçons seuls à Normal sans même regarder dans le rétroviseur. Jusqu'où irait-il pour tuer ce démon ? Il n'aurait pas su répondre. La seule chose certaine, immuable, claire comme le verre, était qu'il aimait ses garçons plus que tout au monde. Il les aimait avec toute son âme et toute sa force. Il faisait tout ça pour eux, pour qu'ils puissent avoir une chance de trouver la paix un jour. La paix qu'il n'aurait jamais tant que justice ne serait pas faite pour Mary.
« Qu'est ce que vous proposez ? » demanda John.
« Je suis sur une affaire en ce moment. Je vous offre une collaboration. Je veux voir de quel bois vous êtes fait, John. Après tout, je commence à me faire vieux pour chasser ce genre de chose seul.»
« Quel genre de chose ? » demanda-t-il
Myers sourit. « Pas si vite partenaire. Pas si vite. »
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Les garçons se retrouvèrent dans une pièce qui ressemblait à un salon des années 70 mais avec une couche de poussière tellement impressionnante que tout semblait gris.
« C'est glauque… » Murmura Sammy en regardant autour de lui.
C'était sans doute l'euphémisme de l'année. La maison était entourée de lampadaires dont la lumière parvenait en longs lambeaux au travers des planches clouées aux fenêtres. L'ensemble donnait effectivement une atmosphère angoissante, pas étonnant que les gosses de la ville y voient une maison hantée. Chaque pas sur le parquet émettait un grincement sordide et l'odeur de renfermé saisissait à la gorge. Par terre gisaient des cadavres de rats et de cannettes. Les murs étaient tagués et la tapisserie arrachée et brulée par endroit. Charmant.
Il y avait des bruits de pas et des rires à l'étage. Jasper et sa bande.
Dean n'était pas stupide, même si il était persuadé qu'il n'y avait rien dans cette maison, il était armé. Et il avait armé son petit frère.
« Reste près de moi. » dit-il avant de marcher d'un pas décidé vers l'escalier.
Il n'avait pas peur. Même pas un petit peu. Pour être honnête, cette maison était magnifique par rapport à certains endroits où il avait chassé, des caves, des grottes… des lieux vraiment flippants. Le 666 Palermo était une promenade de santé.
Les deux frères grimpèrent des escaliers qui grincèrent tout le long et menaçaient de s'effondrer à tout instant. Le premier étage ressemblait au rez-de-chaussée, gris, poussiéreux, sordide. La maison devait servir de squat ou de repère pour drogués et alcooliques en plus des petits malins comme Jasper qui voulaient se faire peur.
Les cris et les rires provenaient d'une pièce au fond du couloir. A mesure que les garçons s'en approchaient, ils entendaient les rires faiblir, jusqu'à ce qu'ils s'arrêtent carrément.
Sam et Dean entendirent Amanda au travers de la porte close :
« Arrêtez les mecs, je vous jure que j'ai entendu du bruit dans le couloir ! » s'écria-t-elle.
Dean étouffa un petit rire à l'idée de la trouille qu'il pourrait leur faire s'il en avait envie. Il décida de s'offrir un petit moment de plaisir et ouvrit brutalement la porte. A l'intérieur Marcus, Shawn, Sonny et Jasper étaient assis autour d'un pack de bière. Amanda était debout en train d'allumer des bougies. Tous sursautèrent et crièrent leur surprise quand la porte s'ouvrit. Le sourire de Dean fit trois fois le tour de sa tête.
« Quoi ? Je vous ai fait peur ? » Demanda-t-il innocemment.
« Connard ! » S'écria Shawn.
« Weirdo, t'as décidé de venir finalement ? T'as plus peur des fantômes ? » Demanda Jasper en souriant.
« Jasper, mon frère de 12 ans à moins peur que vous tous réunis. Je vous l'ai dit, je veux juste m'assurer que personne ne se blesse bêtement. »
Sam était très heureux d'avoir été amené ainsi dans la conversation et bomba le torse. C'était vrai, il n'avait pas peur. Bon…Peut-être que si… mais alors un tout petit peu.
« Venez asseyez vous. C'est dans cette pièce que le mec à tué sa femme. On allait commencer une séance de spiritisme. »
Dean leva les yeux au ciel… ils étaient encore plus débiles que ce qu'il pensait.
« Vous voulez appeler les esprits ? » s'étonna Sammy.
« Ouep. Pourquoi, tu flippes ?» répondit Marcus.
« Non, c'est juste que je trouve ça très con. » lança le petit frère en haussant les épaules.
Dean ne pu s'empêcher de sourire face au visage déconfit de Marcus.
Les deux frères s'assirent côte à côte dans le cercle et Sam se pencha pour parler à l'oreille de son frère.
« Dean, une séance c'est dangereux, non ? Même si il n'y a pas d'esprit pour l'instant, ça pourrait en appeler ! » Chuchota Sammy
« Qu'est ce que je t'ai appris à propos de l'invocation d'esprit ? »
Sam regarda en l'air, visiblement concentré avant de répondre « Il faut un tapis d'autel, des bougies consacrées, en général on brûle de la sauge mais l'encens d'église peu marcher aussi et puis… »
« Regarde autour de toi. » interrompit Dean.
Circonspect Sam s'exécuta. Pas de tapis d'autel, des vieilles bougies de supermarché, pas de catalyseur comme la sauge ou l'encens, pas de symboles tracés à la craie et certainement pas de rituel en latin…
Il sourit et Dean lui tapa affectueusement l'arrière de la tête.
Les garçons écoutèrent Jasper se débattre avec une invocation ridicule, en anglais de surcroit. C'était vraiment comique. Si un esprit trainait dans le coin cette parodie de séance l'aurait fait mourir de rire. Ce genre de vieille maison avait tendance à craquer de partout et la bande de débiles sursautait à chaque bruit bizarre. Dean pouffait discrètement et Sammy commençait à succomber également au démon du rire.
« Ô esprit, je t'appelle, si tu es là… manifeste toi! »
La maison grinça à nouveau et Amanda poussa un cri.
Les deux frères échangèrent un regard et s'en était trop, ils éclatèrent littéralement de rire.
« Je ne vois pas ce qu'il y a de si drôle ! » s'écria Amanda.
Jasper, Marcus, Shawn et Sonny dévisageait les frères Winchester. Dean se délectait de l'air déçu qui traversait leurs visages de crétins. Ils n'étaient même pas foutus de faire peur à un gosse de 12 ans… c'était pathétique. Bon certes le gosse de 12 ans en question avait déjà affronté sept ou huit poltergeist, mais tout de même.
« Désolé, désolé » s'excusa ironiquement Dean. « C'est juste que j'ai du mal à comprendre. C'est ça votre soirée flippante ? On s'assoit autour d'un pack de bière dans une vieille baraque qui craque de partout en récitant des conneries ? Croyez-moi, on serait tous mieux au cinéma devant un bon film d'horreur. » Il essayait toujours de leur faire quitter la maison. Si un esprit était là il n'aurait pas apprécié qu'on se moque de lui avec une séance aussi minable.
« Tu voudrais me faire croire que tu n'as pas peur, Dean ? » demanda Jasper.
L'aîné des Winchester remarqua qu'il l'avait appelé par son vrai prénom pour la première fois depuis plus d'un mois.
« De quoi ? D'une maison qui craque ? Je vous en prie. Il n'y a pas plus de fantôme là dedans que de monstre sous votre lit. »
« C'est la tradition, on doit passer la nuit de l'anniversaire ici. » s'écria Shawn.
« Il a raison. Mon grand frère l'à fait et mon père avant lui. Je reste. » dit Marcus.
« On reste tous. » approuva Jasper.
Dean soupira lourdement. »J'espère que quelqu'un à des cartes à jouer… ».
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La pluie avait cessé et Myers avait demandé à John de le conduire un peu au sud de Naptown. L'impala s'arrêta devant une vieille ferme mal entretenue.
« Vous habitez là ? » demanda John.
« Pour le moment. En réalité je squatte, comme dise les jeunes. »
John ne pu s'empêcher de sourire. De son point de vue, le fameux Myers, tueur redoutable, véritable légende violente et meurtrière était un papy anglais avec un balais dans le cul.
« Vous n'allez pas laissez votre voiture ici tout de même ? » demanda Myers sur un ton presque horrifié alors que John venait de couper le contact.
« Quoi ? Vous n'aimez pas qu'on se gare sur vos plates-bandes ? Oh, pardon, les plates-bandes de la maison que vous squattez ? »
« Ha ha. Vous les américains, vous avez plein de muscles, mais dès qu'il s'agit de connecter des neurones il n'y a plus personne, hein ? »
John écarquilla les yeux, il venait de se faire traiter de Sylvester Stallone.
« Pourquoi est-ce que vous croyez que vous n'avez pas réussi à me localiser ? Dès que j'ai su que quelqu'un était sur mes traces, j'ai caché la voiture. C'est exactement ce que nous allons faire avec votre chère impala. Entrez dans le hangar à grain. » Dit Myers en indiquant l'un des bâtiments autour de la ferme.
Préférant ne pas argumenter John s'exécuta.
L'impala se gara donc à l'abri des regards à l'intérieur du hangar. En sortant de la voiture, le regard de John fut attiré par quelque chose d'absolument magnifique au fond du bâtiment. Quelque chose qu'il avait cherché pendant trois jours : une Aston Martin rutilante. Elle était sublime, comme dans les films, la voiture de James Bond. Maintenant qu'il les voyait côte à côte John ne pouvait s'empêcher de penser que Myers était parfaitement assorti à ce petit bijou britannique. Il se demandait si il donnait le même effet au gens avec son Impala...
Quelques minutes plus tard les deux hommes étaient assis dans le salon de la ferme. John avait rarement vu ça. La bâtisse entière menaçait de s'écrouler à tout instant mais l'intérieur était propre et bien rangé. Qui l'aurait cru, le chasseur de monstre le plus redouté du pays était une fée du logis. Une fois encore il faillit exploser de rire. Il fut tout de même étonné de ne pas voir de papier concernant la chasse trainer un peu partout. C'était sa méthode. John avait tendance à s'éparpiller un peu. Il aimait avoir une vision globale des faits alors il accrochait tout ce qu'il trouvait aux murs. Il n'y avait rien de ce genre dans le squat 4 étoiles de Myers. Juste des petits dossiers bien pliés et bien rangés sur un coin de table.
Evidemment pour entrer il fallait enjamber plusieurs lignes de sel et les murs étaient ornés de symboles de protection en tout genre. John reconnu même un cartouche destiné à repousser les Nuu-Chah-Nulth ! Myers avait-il peur qu'une hyène qui pue ne vienne mettre le bordel dans son organisation rigoureuse ?
« Je vous offre un thé ? » demanda Myers.
« Euh… plutôt un café. Noir. »
« Hum… je dois pouvoir trouver ça. » Myers s'agita dans la cuisine tandis que John s'installa dans un fauteuil qui avait l'air confortable.
« Est ce que vous auriez le téléphone ? » demanda-t-il au bout d'un moment.
« Pour quoi faire ? »
Le père Winchester leva les yeux au ciel « Pour faire un tennis. »
Il sourit en pensant au nombre de fois où Dean lui avait répondu ça… il était content d'avoir réussi à la replacer ! De toute évidence Myers n'avait pas reçu le mémo et il regardait John avec de grands yeux interrogateurs.
« Family man veut appeler à la maison. » expliqua-t-il.
« Oh. Je m'arrange toujours pour me brancher sur le réseau, on ne sait jamais. Il y a un téléphone dans la pièce d'à côté. »
« Merci. »
John revint dans le salon quelques secondes plus tard pour trouver Myers assis dans le fauteuil qu'il s'était choisit. Il décida de ne pas contrarier le vieux et s'installa sur le canapé. Son café l'attendait sur la table basse.
« Vous avez fait vite. » remarqua le vieux.
Le père Winchester grimaça « Ils n'étaient pas là. »
« A cette heure ci ? » s'étonna Myers.
« Fête foraine. » grogna John qui détestait que le téléphone sonne dans le vide.
Heureusement qu'il se souvenait que Sammy avait fait tout un cirque pour que son frère l'emmène ce samedi à la fête. John avait dit non, tout en sachant que son fils aîné serait incapable de le refuser à Sammy dès qu'il aurait le dos tourné. Ses foutus yeux de chiens battu… Il sourit en y pensant mais il était quand même énervé. Il n'y avait aucune raison de s'inquiéter mais il aurait vraiment voulu entendre leurs voix…
« Quel âge ont ils ? »
« Tiens donc. Un truc que vous ne savez pas. » Remarqua John
« Et bien en réalité, c'était pour être poli. Vous m'avez dit que votre femme était morte il y a 12 ans quand Sam n'avait que 6 mois et Dean 4 ans. Ce qui donne 12 et 16 ans aujourd'hui, n'est ce pas ? » Confia Myers en souriant.
John resta de marbre. « Vous voulez vraiment être poli ? Changez de sujet. »
Myers sourit de plus belle. « Bien, bien. »
Le café noir du vieil anglais était le pire jus de chaussette de toute l'histoire de l'humanité mais le père Winchester se força à le finir, lui aussi savait être poli de temps en temps.
L'anglais se leva pour attraper un dossier qu'il posa sur les genoux de John. Sur la couverture était écrit en belle écriture : 'affaire Naptown-Breaving'. C'était presque un cahier d'écolier. La différence avec sa propre méthodologie surprenait John. Myers était carré, précis, organisé, presque clinique.
« La balle est dans votre camp John. Je vous laisse étudier ça et demain matin vous me direz à quoi nous avons à faire. »
Là dessus, et sous le regard médusé du père Winchester, l'anglais se leva et se dirigea vers une autre pièce. « Malheureusement cette maison n'a qu'une seule chambre. J'espère que le canapé fera l'affaire. »
« Ce sera toujours mieux que la voiture. »
« Bien. » Myers s'apprêtait à fermer la porte derrière lui mais se ravisa. « Oh, John, une dernière chose. La nuit, dans ma chambre, j'ai tendance à être américain. »
« C'est à dire ? »
« Je tire d'abord. Peu importe les circonstances. Si vous franchissez cette porte, je vous tue. »
John sourit « Ne vous en faites pas. Vous n'êtes pas mon genre. »
« Bonne nuit alors. » et il ferma la porte.
John se retrouva seul avec du jus de chaussette et un dossier lourd comme une brique.
« Bonne nuit mon cul » soupira-t-il.
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La nuit avançait lentement après la séance de spiritisme, entre histoires d'horreur et histoires de fesses… Quand les conversations déviaient un peu trop, Dean se tournait vers Sammy et lui parlait de tout et de rien, surtout de rien d'ailleurs, en essayant de couvrir les discussions alcoolisées des cinq autres.
Il venait de lui raconter la fois où il s'était fais virer du collège parce qu'il avait fait exploser, par 'accident', la sacoche du prof de physique qui contenait, comme par hasard, les copies du devoir à rendre qu'il avait oublié de faire. Sammy avait rit à en pleurer. Fallait avouer que Dean avait le don de raconter ce genre de trucs et d'en rajouter juste assez pour que ça reste crédible.
Sam s'arrêta soudainement de rire, essuya ses yeux et regarda son frère avec un air grave.
« Hey Dean ? »
« Quoi ? »
« Tu sais, je suis bon en maths. »
« Hum... ça me fait une belle jambe, Sammy, je suis content que tu pratique l'auto-compliment. » rétorqua aussitôt un Dean sarcastique.
« Non, je veux dire, euh… si tu veux que je t'aide, je peux le faire. »
Dean leva les yeux au ciel et Sammy continua aussitôt « C'est pas pour me moquer de toi. T'es bien meilleur que moi pour beaucoup de trucs et tu m'apprends plein de choses, je voudrais pouvoir t'aider moi aussi sur un domaine où je suis meilleur que toi. Il n'y en a pas tant que ça. »
Le visage de Dean s'adoucit aussitôt. Il ne parvint pas à dissimuler le sourire attendri qui se dessinait sur ses lèvres. Il ébouriffa les cheveux de son frère mais ne répondit rien.
« Je suis sérieux, Dean. »
« T'es toujours sérieux, Sam. » Dean soupira « Mais merci. Ca va aller. C'est ma dernière année de lycée, c'est pas comme si c'était encore important. »
« Ca avait l'air important hier. » répondit le plus jeune en faisant référence au face à face entre Dean et la feuille blanche.
« C'était pas des maths. » dit rapidement Dean, comme s'il voulait se débarrasser rapidement de ce sujet.
« C'était quoi alors ? »
Le grand frère prit une longue inspiration et regarda dans le vague avant de répondre. « Un essai. J'aimerai vraiment l'écrire mais… j'y arrive pas. Je ne sais pas pourquoi. »
« Tu manques d'inspiration ? »
Dean sourit sans conviction.
« Voilà, c'est ça. Pas d'inspiration. » la fin de la phrase n'était plus qu'un murmure.
« Je suis bon pour les essais aussi, tu sais. C'est sur quoi ? »
Dean resta de longues secondes à regarder dans le vague, et à se mordiller la lèvre. Sam reconnaissait la posture, son frère avait envie de parler mais il ne savait pas comment. Il fallait juste attendre qu'il finisse par s'ouvrir de lui même.
Finalement le grand frère décrocha un sourire lumineux en contradiction avec le voile noir qui passait sur ses yeux.
« Dis donc, monsieur-je-suis-bon-en-tout-à-l'école, j'ai entendu dire que t'avais eu un C en chimie. »
« Deeeean… c'était il y a deux ans ! Je vais en entendre parler jusqu'à la fin de ma vie ? »
« Non, en fait je connais quelques trucs pour dialoguer avec les morts donc c'est possible que je t'en reparle après aussi. »
« Pfff, toute façon tu mourras avant moi. »
Et c'est là que Sammy réalisa la violence inouïe des mots qui venaient de sortir de sa bouche. Il n'avait jamais voulu dire ça. Enfin, il n'avait pas voulu que ça veuille dire ça. Pour son esprit mathématique de 12 ans, un frère plus vieux meurs logiquement avant un frère plus jeune. C'était tout ce que ça voulait dire. Rien de plus. Mais dans la vie des Winchester ça avait milles autres sens.
Sam devint blanc comme un linge.
« Je voulais pas dire… que… enfin… tu vois…. Je veux pas… »
« C'est bon, je sais ! T'affole pas. » rassura Dean qui avait prit la phrase pour ce qu'elle était uniquement, une chamaillerie de plus entre deux frères qui s'adorent.
« De toute façon la chimie c'est de la merde. » finit pas dire Sammy pour changer de sujet.
« Hey ! Langage jeune homme. Bon alors la chimie, c'est… du caca. Pourtant je t'aurais bien vu en blouse blanche avec les cheveux en vrac, comme si t'avais mis les doigts dans la prise. »
« C'est justement pour ça que c'est de la merde. Non, Je crois que je serais juge. Ou avocat. » répondit Sam pensif.
Tellement pensif d'ailleurs qu'il ne remarqua pas l'expression étrange sur le visage de son frère quand il soupira :
« Ca m'étonne pas. »
« Pourquoi ? »
Dean sourit à nouveau avec son sourire en contre-plaqué « Ils sont tous en robe, princesse. Tu seras dans ton élément. »
« Jerk ! »
« Bitch ! »
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TBC
