La mort vous salue bien

IV – L'épreuve de force

Harlock, malgré les avertissements de son équipage et de Tochiro, s'est allié avec la Reine Rafflesia pour combattre la menace insectoïde. Le capitaine pirate ne comprend pas quelles motivations ont bien pu pousser la Reine à abandonner son peuple.


Un plan simple ?

L'Arcadia tournait depuis quelques heures autour de la planète du désespoir. Tous les vaisseaux insectoïdes s'étaient posés et se reposaient sur cette terre désertique. L'atmosphère avait quelque chose de malsain, d'oppressant.

Harlock finit de rentrer les paramètres connus dans l'ordinateur central afin de faire faire une analyse par Tochiro. Il voulait ne rien laisser au hasard, bien que l'attente et l'inaction lui soient insupportables.

- J'ai trouvé Harlock. Le "Grand Esprit" devrait se cacher au point de coordonnées 56-44 par 76-87. Les défenses de ce côté-là sont assez importantes.

La voix métallique de Tochiro Oyama parvenait aux oreilles du capitaine pirate, mais aussi d'une superbe mazone qui se tenait debout derrière, un peu à l'écart. Celle-ci ne semblait pas vraiment mesurer le privilège que lui avait accordé le pirate : accéder à la salle de l'ordinateur central.

- Quelle est la meilleure manière de procéder ? demanda Harlock à son vieux compagnon.
- Il faut infiltrer cette base avec un petit groupe d'hommes et tuer le "grand esprit".

Harlock eut un haussement d'épaules. Ainsi, il suffisait juste de venir, de tuer cette chose et de repartir? Non, c'était trop simple. Il devait y avoir quelque chose.

- Est-ce tout ? Cela me parait trop… facile.
- Cela ne le sera pas, intervint la mazone.

La Reine Rafflesia se rapprocha des écrans lumineux et décrypta les cartes et autres informations affichées par l'ordinateur de l'Arcadia. Toute son expérience militaire lui permit d'échafauder un plan pratique.

- Les insectoïdes vont se reposer le temps de se nourrir et de se guérir. Il n'y aura quasiment que des snugglers à ce niveau. Enfin, j'espère…
- Des… snugglers ? demanda Harlock.
- Oui, coupa Tochiro. Je t'affiche les données.

Le snuggler était le nom de la caste des ouvriers insectoïdes. Ces petits êtres, de la taille d'un enfant, passaient leur vie entière à s'occuper de la nourriture, des larves et de l'entretien courant. Mais, en cas de menace, ils savaient combattre.

Ils possédaient quatre jambes articulées, une carapace rappelant celle des tortues et deux membres. Comme tous les insectoïdes, leur sang, fait d'acide concentré, se révélait être une arme plus mortelle que leurs griffes ou leurs mandibules.

- Harlock, vue la situation, un petit groupe d'une dizaine de personnes aura le plus de chances de réussir en y allant maintenant. Attaquer avec trop de monde sera voyant, suggéra Rafflesia.
- Hum… Tochiro, qu'en penses-tu ?
- J'en suis arrivé à la même conclusion.

Le capitaine disposait de tous les éléments nécessaires à cette opération, mais il restait une petite chose, cruciale, à régler.

- Quelles sont nos chances de survies lors de cette opération? Demanda-t-il à son ordinateur.
- Heu…. Très faibles, répondit Tochiro d'une voix mal assurée.

De faibles chances de succès, une mort quasi-certaine, voilà une mission pour un pirate un peu tête brulée.

Harlock imaginait les détails de l'opération et la manière de procéder. Lors de son passage sur Terre pour retrouver son ancien équipage, quelques déserteurs de l'armée régulière s'étaient joints à lui. Ils semblaient tout indiqués pour ce genre de mission.


Le capitaine pirate patientait dans son bureau après avoir quitté Tochiro. Rafflesia se tenait debout, dans un coin, sous les yeux furieux de Mimee, qui ne buvait plus rien. Sa harpe n'emplissait plus la pièce de sa musique mélodieuse depuis que son ennemie jurée avait rejoint Harlock.

Rafflesia se sentait mal. Elle voulut dire quelque chose en voyant Mimee, mais rien ne sortit de sa bouche.

- C'est inutile, finit par dire la fille aux cheveux bleus, à l'attention de Rafflesia.
- Pardon ?
- Vouloir vous excuser et demander pardon pour ce que vous avez fait est pathétique, asséna Mimee avec un ton sec.

Un petit souffle trahit la surprise de la Reine. Elle l'avait pensé, mais n'avait rien dit !

- Je peux lire dans vos pensées, mais votre regard est assez éloquent. Vous ne réalisez que maintenant, lorsque tout est retourné à la poussière et au néant, le mal que vous avez fait.
- C'est vrai. Je croyais fermement que je n'avais pas le choix, alors qu'il existait tant d'autres voix moins brutales.

Mimee s'adoucit un peu, son regard se fit plus vague et la lueur jaune traduisant sa colère périodique disparut. Elle décela quelque chose d'assez complexe dans le regard de Rafflesia. Mimee maintenant était sûre de ce que voulait la mazone.

Un homme se présenta après avoir frappé à la porte des quartiers du capitaine. Il entra sans dire un mot et inspecta du regard ses trois interlocuteurs.

Il n'était ni grand ni petit, mais portait ce qui fut autrefois un uniforme de l'infanterie coloniale. Avec son visage couvert de cicatrices, l'ex lieutenant primus Xanthus Ecker, du 65ème régiment d'infanterie coloniale, un de ces bataillons massacrés lors d'une bataille lointaine se présenta.

- Capitaine, je vous écoute, commença-t-il.
- Nous avons une mission d'infiltration et de destruction à accomplir, dit Harlock sans se retourner et en finissant son verre de vin.

Un petit rictus déforma la bouche de Xanthus Ecker. Il connaissait bien ce genre de refrain, et avait perdu l'une de ses jambes lors d'une de ces missions délicates et demandant une grande concentration, d'après les termes choisis de son général.

- Qui doit-on éliminer ?
- Le "Grand Esprit" insectoïde…
- Rien que çà ! Je suis partant, où se cache le cafard gluant ? fit le marine en faisant craquer ses doigts.


D-Day

La troupe n'était constituée que de volontaires de niveau inégal. Harlock avait choisi de la diriger, en tant que capitaine. Rafflesia l'accompagnait, en tant que conseillère (et aussi parce qu'elle l'avait bien cherché).

Une vingtaine d'individus, comprenant pirates, mécaniciens, anciens soldats se présentèrent à l'armurerie de l'Arcadia. Comme à son habitude, Harlock n'avait forcé personne à venir.

Le vaisseau parfait de Tochiro possédait de nombreux atouts, mais son créateur ne pensait pas qu'un jour son équipage se livrerait à une guerre terrestre. Aussi l'équipement en armes portatives était réduit.

- Seulement 8 fusils automatiques à impulsions ! Cria le lieutenant Ecker en maugréant. Autant leur lancer des pois chiches !
- Et nous avons 25 cosmoguns, ajouta le pirate armurier.
- As-tu au moins un lance plasma digne de ce nom ? reprit le marine.
- Oui, un…

Ecker fit un inventaire rapide de l'équipement à disposition. Le bataillon sera légèrement armé, incapable de faire face au moindre lictor (une sorte de blindé insectoïde, assez déplaisant à rencontrer).

- Capitaine, voyons, il faut trouver d'autres armes !
- Il s'agit d'une mission d'infiltration, remarqua Harlock. Nous n'allons pas partir à l'assaut d'une colonne de chars mécanoïdes.

L'ex marine se retourna en émettant un grognement de protestation digne d'un ours mal léché.

La Reine mazone rechargeait consciencieusement ses armes colorées et vérifiait le fonctionnement de son sabre. Harlock s'approcha d'elle.

- Vous n'êtes pas obligé de venir là bas.
- Je sais, mais je … crois que c'est la seule manière que j'ai trouvé de me racheter, répondit la mazone en engageant un chargeur plein dans son arme de poing.
- Et qu'arrivera-t-il aux autres mazones si vous ne revenez pas ?
- J'imagine que ma cousine, la princesse Azalia, se fera un plaisir de prendre ma place.
- Nous sommes prêts, capitaine, coupa Ecker.

A quoi pensait donc Rafflesia se demanda Harlock ? Elle qui faisait passer son peuple avant tout quelques mois plus tôt…

La troupe hétéroclite se dirigea vers une navette de transport. Ecker et quelques déserteurs se croyaient revenus du temps des guerres dans la bordure, les pirates suivaient leur capitaine par loyauté et Rafflesia tentait de sauver son honneur ou autre chose.

Cette navette de transport n'était pas très grande et ne disposait que d'un système de navigation rudimentaire. Ses seules et uniques défenses étaient un générateur de bouclier ancien modèle et un canon laser léger. Il ne fallait pas débouler au milieu d'une horde en vadrouille.

Quelques souvenirs, ceux d'une guerre lointaine, sur Terre, revenaient à l'esprit du capitaine pirate. Ce n'était pas la première fois qu'il se livrait à des opérations de ce genre. Mais l'histoire ne se répète jamais parfaitement : Cette fois les chances de succès étaient un peu supérieures à zéro.

La navette décolla et fonça vers le désert jaune de la planète du désespoir. Dans le petit transport, certains piaffaient d'impatience, d'autres dormaient, Harlock était impassible, et Rafflesia jetait des coups d'œil furtifs au pirate.

- 60 secondes avant atterrissage, annonça le pilote. Point repéré, çà va secouer !

Un bruit assourdissant, les rétrofusées, pensa Harlock. Puis un choc sourd, une grande secousse. On y est, se dit le capitaine pirate.

Les ex-marines sortirent précipitamment de la navette comme s'ils jouaient à la guerre. Harlock réfréna un peu les ardeurs de ces jeunes recrues pirates :

- Calmez-vous, Ecker. On est en plein désert, il n'y a rien au détecteur biologique. On doit marcher vers le nord pendant 15 minutes avant d'entrer dans une grotte.
- Euh…

Ecker et quelques autres "soldats" eurent un regard surpris puis se ravisèrent. Effectivement, à part des kilomètres carrés de sable aux alentours, il n'y avait proprement rien. La définition parfaite d'un désert.

- Où ils sont ces insectoïdes ? demanda un pirate.
- Cachés, répondit Rafflesia. Ils doivent se terrer pour se reposer. Soyons discrets, il faudrait éviter de tous les déranger.

La troupe se mit en marche vers le nord, en suivant tant bien que mal les traces données par le détecteur biologique. Les tempêtes magnétiques sévissaient souvent, déréglant et détruisant l'électronique des appareils.

Quelques ruines extra terrestres jonchaient le sol, témoignant de l'inconscience d'une race qui avait osé s'installer ici. Plus aucune trace de végétation ou de vie, ou presque.

Une entrée souterraine, déserte, était le point que devait rallier les pirates en vadrouille. Ils la trouvèrent au bout de vingt minutes seulement.

L'air à cet endroit était plus humide et plus frais. Une légère brise glaciale rafraîchissait le capitaine pirate, toujours impassible. Rafflesia eut un mauvais pressentiment, surtout en voyant les traces gluantes encore fraîches des insectoïdes.

- On y va. N'oubliez pas, le "grand esprit" ne doit pas se méfier. Soyons discrets…

C'est peut être la dernière fois se dit la mazone. Maintenant, je ne peux plus reculer !


Vous n'êtes pas seuls…

Les parois du couloir suintaient. Les insectoïdes avaient tapissés ce lieu de leurs sécrétions indéfinissables, rendant tout l'horizon noir. Il en avait besoin pour y vivre. Parfois, les pirates trouvaient sur leur chemin quelques objets rappelant que des mazones ou des humains étaient prisonniers ici, ou pire.

- J'ai une détection biologique à plus de 500 mètres, annonça un soldat.
- On continue, pas d'imprudence, dit Harlock.

Une plaque métallique sur le sol ou un panneau avec des inscriptions dans une langue inconnue. Des restes de civilisation ?

- Ça ressemble à une ancienne base souterraine extra terrestre, fit le lieutenant Ecker.
- Les insectoïdes se comportent comme des parasites. Ils ont du atterrir ici par hasard et colonisé cet endroit, après avoir mangés les premiers occupantes, expliqua la Reine Mazone.
- Berk… répondit un autre pirate.

Un bruit sourd, isolé. Le soldat avec le détecteur biologique scrute son appareil tandis que les soldats de tête arment leurs fusils et se mettent en position de tir.

- Un nouveau truc bouge à 25 mètres devant !
- Un snuggler !

Une petite créature verte, d'un mètre de haut, sortit d'une paroi et regarda la troupe, comme si il ne savait pas à qui il avait à faire.

Dans ses mandibules, quelques bras et cuisses humaines ou mazones. Il les laisse tomber et sort de sa carapace une sorte de pistolet.

- Qu'est-ce qu'on fait ? murmura un soldat.
- On l'atomise ! cria Ecker.
- Attendez ! cria Harlock.

Les soldats firent feu avec leurs fusils à impulsions, déchiquetant la faible carapace du petit insectoïde. Il laissa tomber son arme, et son sang acide gicla un peu partout.

Une petite voix, hurlant de douleur, résonna dans la têtes de tout les hommes.

- Bravo, dit Harlock avec un ton de reproche au lieutenant Ecker. Maintenant, ils savent tous que nous sommes ici.
- Pourquoi j'ai entendu une voix dans ma tête ? demanda un pirate, inquiet.
- Les insectoïdes émettent des ondes cérébrales que nos cerveaux captent, dit Rafflesia avec sérieux. Certains insectoïdes savent faire plus que cela.

Un soldat s'approcha du pistolet insectoïde, avec la ferme intention de retourner cette arme bizarre contre ses anciens propriétaires.

Le pistolet devait faire une dizaine de centimètres de long et était violet vif. Composé uniquement de matières organiques, il semblait respirer lentement.

- Ahhh ! fit le soldat en jetant cette arme exotique par terre.

Le pistolet explosa alors, projetant des projectiles acides contre le pauvre homme qui tomba mort, criblé d'impacts.

- Mais comment ? commença Harlock.
- Toutes leurs armes sont vivantes, expliqua Rafflesia. Et elles savent reconnaître leurs ennemis.
- A tout le monde, on ne touche pas aux armes insectoïdes, ni à quoique ce soit d'autre, cria Ecker à l'attention des survivants.

L'ex officier regarda un instant d'un air médusée les restes carbonisés du malheureux pirate. Harlock et le reste de la troupe continuèrent et arrivèrent dans une première grande salle, qui devait servir de stockage.

Des dizaines de corps de mazones étaient embaumés, d'une fine toile organique un peu gluante.

- Elles sont… mortes ? demanda un pirate.
- Non, elles ont juste été anesthésiées et enveloppées d'un fil, pour les conserver. Certaines araignées de votre Terre ont le même comportement, expliqua Rafflesia, la larme à l'oeil.
- C'est un peu un frigo, en somme ? Plaisanta Ecker. Comme çà elles seront bien conservées et…

Ecker fut interrompu dans sa blague douteuse par une grande gifle de la Reine Mazone. Il marmonna quelque chose en se relevant et avait un regard mauvais.

- Toi je vais te… fit Ecker en dégaina son cosmogun.
- Ça suffit, Ecker, fit Harlock en le regardant d'un air menaçant. Votre humour douteux est un peu déplacé.
- N'oubliez jamais, ajouta Rafflesia à l'attention de la troupe, que si nous échouons, ce seront des milliards d'humains qui subiront le même sort.


Le grand esprit se réveilla de la léthargie bienfaitrice et analysa les phéromones émises par ses gardes.

Un snuggler avait été tué, ainsi que son arme. Pourtant, aucun éclaireur lichee n'avait détecté d'intrus. Il pouvait envoyer un lictor reconnaître le terrain.

Et après tout, et si il allait voir de lui-même ? Quelle forme de vie est assez folle pour venir ici ? Il éprouvait un sentiment humain, la curiosité. Pourquoi refaisait-il surface dans des moments pareils ?

Envoyons quelques unes de ces plantes parlantes pour se faire une idée...


Le réveil

Le détecteur n'avait pas menti, lorsqu'il s'était affolé.

Des yeux rouges, brillants dans la nuit. Une paire, puis deux, trois puis des dizaines. Des mazones, au regard livide et au teint pâle se dressèrent. La première s'avança en hurlant, coordonnant assez mal ses mouvements mais faisant preuve d'une rapidité surprenante.

- Fuyez devant la Ruche ! Craignez le grand esprit.

Les pirates restèrent quelques secondes immobiles, pétrifiés par cette nouveauté.

- Des mazones infestées, hurla Rafflesia !
- Il faut les tuer avant qu'elles n'arrivent au contact, reprit Harlock à l'intention des soldats. Faites feu.
- On les sulfate ! cria Ecker en tirant avec son fusil à impulsions.

Les rayons lasers, grenades à photons et autres projectiles divers et variés fauchaient les rangs insectoïdes. L'explosion des mazones infestées s'accompagnait de grandes giclées d'acides, qui tuait par dizaines les ex-sujets de la Reine Rafflesia.

Les cris des mazones résonnaient dans les esprits humains, et Rafflesia luttait de toutes ses forces pour surmonter sa douleur.

En quelques instants, les mazones furent réduites à un tas de chair gluante et fumante. Le détecteur biologique indiquait la présence du "grand esprit" à 300 mètres seulement.

- On repart, ordonna Harlock. Faites attention où vous marchez…

Quelques mètres plus loin, un passage sur la gauche d'où sortait un bruit sourd attira le regard d'un pirate. Il observa le spectacle derrière, et fut pétrifié. Tout tremblant, il appela d'une voix faible :

- Capitaine, capitaine !

Harlock se retourna et prit la place du pirate au teint livide. Le spectacle qu'offrait les insectoïdes au repos n'était pas vraiment réjouissant.

Le passage aboutissait à une petite plate forme en hauteur de ce qui fut peut être un hangar à vaisseau. En contrebas, des dizaines d'espèces insectoïdes dévoraient lentement les corps des mazones capturées. Les créatures mangeaient soigneusement leurs proies dans un coin, et l'immense tas de "provisions" stockées donnait la nausée.

A côté, certaines mazones qui n'avaient pas été endormies comme celles qu'il venait de voir était consciencieusement infestées, une par une, par quelques lichees. Les "nouveaux" soldats insectoïdes allaient ensuite se cacher dans les murs, comme s'ils fusionnaient avec lui.

Harlock fixa Rafflesia, avec un regard triste, comme s'il pensait que même des mazones ne méritaient pas cela.

- Qu'est-ce que c'est ? finit par dire Rafflesia, voyant Harlock. Qu'y a t il là bas ? Je vais…
- Non, ne regarde pas.

Rafflesia poussa sans ménagement Harlock et contempla le lent déclin de son peuple. Elle ne hurla pas, elle ne s'enfuit pas, elle ne dit rien. Elle pleurait simplement, des larmes bleues coulaient en abondance sur ses joues royales.

- Je détecte plusieurs nouveaux échos, dit le pirate en montrant son détecteur biologique au capitaine.
- Les points lumineux devenaient plus nombreux, et certains commençaient à se rapprocher, dangereusement.

Cette fois, on peut dire adieu à la discrétion, se dit Harlock. Mourir, pourquoi pas, il s'y était préparé depuis longtemps, mais pas avant d'avoir accompli sa tâche.

- Des guerriers insectoïdes ? demanda Ecker à l'intention du pirate au détecteur.
- Oui, mais pas seulement répondit ce dernier, un peu affolé.
- Les voilà…
- On les explose ! Cria Ecker en ouvrant le feu.

Le flot de balles et rayons énergétiques fusèrent et taillèrent en pièces les insectoïdes qui arrivaient, toujours plus nombreux. L'étroitesse du couloir annulait leur (considérable) avantage numérique.

Mais à 20 pirates contre quelques centaines ou milliers de guerriers fous furieux assoiffés de sang, le résultat paraissait évident.

Les insectoïdes répliquèrent avec leurs armes vivantes et acculèrent les pirates. Un par un, les pirates tombaient, touchés par les minuscules projectiles vivants. Ces "balles", en plus de causer d'importants dégâts physiques, avaient la mauvaise habitude d'expulser des toxines pour tuer ceux qui auraient survécu à l'impact.

Les hordes de guerriers tombaient, les uns après les autres, mais cela n'entamait pas leur détermination. De temps à autre, un pirate était touché et mourrait. D'une vingtaine de soldats, les pirates se retrouvèrent une demi douzaine en quelques minutes.

- Utilisez vos grenades à photons ! Mettez ce canon à plasma à droite ! Tenez bon !

Ecker hurlait ses ordres instinctivement. Harlock restait impassible, il avait dégainé son sabre, mais il cherchait sa cible. Rafflesia utilisait ses armes extra terrestres, tout aussi redoutables d'un bon fusil à protons customisé.

- Capitaine, on ne va pas pouvoir tenir longtemps à ce rythme, qu'est-ce qu'on fait ?

Ainsi donc, tu as peur, se dit Harlock. Tu te caches derrière tes guerriers, que tu n'hésites pas à sacrifier.

Mais je suis là lui répondit une voix lugubre, dans sa tête.


Sacrifice

Les guerriers insectoides cessèrent le combat et se cachèrent à une vitesse étonnante, évitant autant que possible les tirs des pirates.

Le grand esprit se tenait à distance respectable, scrutant avec curiosité ces êtres intelligents assez fous pour le rechercher.

Harlock cru y reconnaître un homme, car il avait deux bras, deux jambes, et une tête avec deux yeux. Mais la comparaison avec le genre humain s'arrêtait là.

Des tentacules remplaçaient les doigts, une sorte de carapace recouvrait les parties exposées de son corps. Il ne portait qu'une sorte de bâton respirant, émettant quantité de phéromones.

- Le voilà hurla Ecker en mettant en joue son fusil. Je vais te… arghh…

Ecker hurla de douleur en laissant tomber son fusil. A genoux, il porta ses mains aux tempes puis son esprit explosa, dominé par ce grand esprit. Les autres soldats subirent le même sort peu de temps après.

- Voilà, nous sommes entre nous, dit l'insectoide à l'intention d'Harlock et de Rafflesia.
- Tu veux te battre en duel ? demanda Harlock avec une pointe d'incrédulité. Cela me convient, mais je trouve ce comportement trop humain.
- Non, je ne veux pas me battre en duel. Je veux juste vous tuer, mais avant je voudrais savoir pourquoi vous êtes ici. Toi, l'humain, que fais-tu là ?

Harlock, son arme à la main, répondit d'un ton ferme :

- J'ai juré de protéger la Terre contre quiconque. Je suis ici pour respecter ce serment, que j'ai fait à un ami très cher.

A ce moment précis, l'Arcadia fut prit d'un soubresaut puis tout redevint normal. Une sorte d'hommage inconscient du vaisseau vers son capitaine humain.

- Et toi, mazone ? Tu es différente de celles que j'ai mangées ou infestées. Qui es-tu ?

Rafflesia se redressa et avec tout le reste de fierté royale qui lui restait, annonça d'une voix tonitruante :

- Je suis Rafflesia, fille d'Ortidia, 26ème souveraine du peuple mazone, et mon cœur crie vengeance pour toutes celles que tu as massacré !

Le grand esprit tourna légèrement la tête et ria avec une voix rauque et grave :

- Tu mens bien, mazone. Je sais précisément pourquoi tu es ici, avec cet homme.
- Comment ? cria le Reine, en laissant tomber son pistolet.
- Tu n'es pas ici par vengeance. Mais quelle importance, vous allez mourir !

Le grand esprit usa de ses forces mentales pour pénétrer les esprits d'Harlock et de Rafflesia. N'ayant pas à faire à de simples esprits ordinaires et influençables, il n'arriva pas à ses fins.

Rafflesia avait un cœur endurci et une volonté à toute épreuve. Son âme résistait à tous les assauts mentaux du grand esprit. Un sentiment était plus fort que tout, et balayait le reste dans l'esprit de la Reine mazone : Ne pas mourir ici sans avoir pu dire tout ce qu'elle voulait à Harlock.

Le capitaine pirate possédait un esprit plus tortueux, plus complexe que n'importe quel humain. Le grand esprit ne trouva ni trace de peur, ni de frayeur, et encore moins de la lâcheté. Son attaque mentale n'aboutirait à rien. Ses motivations étaient simples : protéger la terre à n'importe quel prix et ne pas trahir sa parole.

- Vous n'êtes pas des êtres pensants ordinaires, dit l'insectoide en se mettant en position d'attaque. Mais cela ne changera rien à votre devenir.

Le grand esprit se mit à courir à toute vitesse, sautant dans tous les sens. Harlock le visa avec son gravity sabre mais le monstre évitait tous les tirs avec une facilité désarmante. A quelques mètres de distance du pirate, il jeta une de ses tentacules en avant.

- Pas çà ! Cria Rafflesia en se mettant devant Harlock.

Le corps de la mazone reçu le choc, mais elle eut assez de forces pour planter son épée royale dans le flanc de l'insectoide, projetant du sang acide par terre. Le grand esprit recula, frappé à mort.

Les autres insectoides, restés à l'écart du combat, se levèrent et partirent dans toutes les directions. Certains commençaient à s'entretuer et à se dévorer. Les mazones et humains infestés explosèrent les uns après les autres.

- Rafflesia, cria Harlock et rattrapant la souveraine mazone. Pourquoi ?
- Je ne sais pas… murmura la Reine. C'est ma façon peut être de te dire que…

Une douleur arracha un cri de douleur à la féroce mazone. Une tâche noire, au niveau de sa blessure, grandissait peu à peu.

Ils savaient tous les deux quelle serait alors l'issue.

- Harlock, je vais… mourir. Si tu m'aimes un peu et si tu me respectes, tu sais ce que tu dois faire…

Harlock ne dit pas un mot et reposa doucement la Reine agonisante sur le sol. Son cosmodragon fut aussitôt pointé sut la poitrine de la mazone. Il hésita quelques secondes, mais sa main ne tremblait pas.

- Harlock, je vous ai…

Le tir déchira la chair délicate de la Reine. Cette mazone avait la particularité de saigner, mais elle se décomposa peu après en une grande flamme verte, comme celles de sa race.

Le capitaine pirate salua les restes de la Reine Rafflesia avant de partir pour éviter les hordes d'insectoides devenus fous après la disparition de leur grand esprit.

Tu étais mon adversaire autrefois Rafflesia, mais ta conduite lavera tes péchés. Quel dommage que les circonstances nous aient opposées. Qui sait ce qui aurait pu arriver ? Mais qu'as-tu voulu me dire ?


Épilogue

L'Arcadia s'éloigna rapidement de l'endroit maudit. Harlock était le seul survivant de l'expédition et il méditait seul, un verre à la main, dans ses quartiers.

A l'autre bout de la galaxie, la Princesse Azalia devenait la 27ème souveraine du peuple mazone, un peuple en extinction, sans planète mais avec l'espoir de ne plus croiser d'insectoides.

Mimee se remit à jouer de la harpe. Elle ne lui avait posé aucune question, elle n'osait pas. Personne sur le vaisseau n'osait, d'ailleurs.

- Elle est morte pour me sauver, finit-il par dire en regardant le vide de l'espace.
- Pardon ? Rafflesia s'est sacrifiée ? fit Mimee en arrêtant de jouer.

Le verre d'Harlock était vide. Il prit la bouteille sur son bureau et se resservit un nouveau verre. Les étoiles brillaient et la planète du désespoir n'était plus qu'un pâle disque de lumière dorénavant.

- Oui, elle est morte pour moi.
- Tu te souviens que je t'avais dit que tu ferais souffrir une personne en allant là bas ?
- Je m'en souviens, en effet.
- Tu devras… vivre avec une question dont tu n'auras plus jamais la réponse. Murmura Mimee.

Harlock se retourna et interrogea Mimee du regard.

- Rafflesia a voulu te dire quelque chose avant de mourir non ? Elle n'a pas eu le temps et tu te demanderas pour le reste de tes jours ce que c'était.
- Comment peux-tu être aussi catégorique ?
- Je te connais, je t'ai consacré ma vie. Je crois savoir aussi ce que pensait Rafflesia.

Le ton de Mimee était sans équivoques. Jamais elle ne parlerait, c'était inutile d'insister. La harpe résonna à nouveau, et la musique adoucit le capitaine qui entama une troisième bouteille d'alcool.