Voici la suite, en espérant que ça vous plaira. :)


Tout pour une pomme


La frénésie du lendemain fut sans fin, du matin jusqu'au soir. Le festival de la pomme. Oui, avec tout le fracas de la veille, Ruby avait oublié qu'aujourd'hui se déroulait la plus grande fête du fruit défendu. Granny l'avait prévenu tout juste après le départ d'Henry et de sa mère biologique, laissant la serveuse dans un état de léthargie dépressive. Les deux femmes cuisineraient toute la nuit, dormiraient deux heures et ce serait le début de cette journée rocambolesque.

Un calvaire, une horreur.

Mais Ruby y vit une opportunité: tout Storybrooke se déplaçerait pour le festival, alors, elle aurait plus d'aisance à travailler sur cette nouvelle mission. Opération Cobra: ou la quête des personnages du Monde Enchanté.

Elle même se surprenait à croire Henry. Comment était-ce possible d'acquiescer à une telle théorie en si peu de temp? L'énergie du désespoir, mais aussi, les bribes de mémoire qui s'injectèrent dans sa tête pour ne plus en sortir. Depuis hier, il ne se passait pas un instant où le Chaperon Rouge ne lui venait pas en tête. Elle se mit même à remarquer que beaucoup de ses effets étaient de la même couleur... Une coincidence? Peut-être, mais une conviction muette lui intimait que c'était plus que ça.

Granny la tira de sa rêverie en criant que la compote était prête. Cet élément était le plus important, mis à part la tarte aux pommes, il fallait disposer dans les deux grands bols un coeur de pomme. Chaque bol était pour une partie de la ville: un pour les femmes, un pour les hommes. Les heureux élus trouvant le trognon avaient toutes les chances de tomber amoureux. Ruby avait toujours trouvé cette tradition stupide, surtout car les deux « chanceux » étaient bien plus forçés à s'aimer qu'amenés à se découvrir véritablement. La jeune femme rejoignit donc la doyenne et jeta le coeur bien au fond de la mixture masculine et laissa le loisir à sa « grand-mère » de s'occuper de celle des femmes. Peut-être que cette année, Gaston trouverait le trognon et la laisserait enfin tranquille.

Les deux cuisinières continuèrent les préparations, éreintées. L'aurore commençait à poindre au loin et un hurlement de loup tira la plus jeune de sa monotonie.

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9 heures sonnait. Il y avait déjà une file d'impatients, d'affamés et en tête de file, la Mairesse et toute son arrogance. Seule, ne discutant avec personne, elle semblait se déplaçer seulement dans le but de s'assurer de l'échec de la famille. Lorsqu'il fut l'heure, cette femme hautement désagréable fit les pas nécessaires pour se rendre à la porte et elle cogna.

Elle cogna, vous avez bien entendu.

Ruby darda un regard noir sur la Mairesse, mais lui ouvrit tout de même. Sans sourire, elle pointa une table où cette tête au pouvoir pourrait se gaver des 8 services, tous composés de pommes.

« Je vois que le service est toujours aussi médiocre, ne fit que commenter Regina en passant son doigt sur un minuscule amas de poussière. La sanité est à faire peur, aussi.

-Tout comme la vôtre, mais là, il est plus question d'insanité. »

Fière de son coup, la serveuse reprit sa plaçe à l'entrée, où elle accueillait d'une oeillade charmante les villegeois. À l'arrivée de Gaston, homme bâtit comme six et aussi niais qu'une autruche, elle cessa de sourire. Tout son corps tremblait de rage à sa vue. Le malautru, l'ingrat, la vipère! Comme inconscient du mal qu'il lui avait fait, le mâle alpha se pencha pour embrasser la joue de Ruby. La jeune femme le repoussa violemment contre le mur.

« Toi et moi c'est terminé, vieux cochon.

-Ce sera terminé quand je l'aurai décidé, Ruby. Il fallait y penser avant de me laisser demander ta main à Mère Grand, nous sommes fiancés que ça te plaise ou non.

-Nous ne sommes pas mariés, fit-elle en grinçant des dents. Je ne te dois rien, nous n'avons pas de papiers à signer pour annuler cette fausseté d'union.

-Et mon coeur, lui, qui l'annule?

-Tu ne m'aimes pas. Si tu m'aimais véritablement, tu n'aurais pas filmé nos ébats pour les vendre à Mr Gold. Seul un imbécile aurait posé un tel geste.

-J'avais besoin d'aide... »

Son murmure était caressant. Gaston avait toujours été un manipulateur redoutable, mais aujourd'hui, Ruby se levait debout et s'assumait enfin. Elle ne se laisserait plus piétiner par des gougats comme lui, c'était terminé. L'amour n'existerait pas pour elle et c'était bien ainsi; on pouvait très bien survivre sans amour, vivre, même. La serveuse se retourna donc une dernière fois vers cet ancien amant, puis, sans cesser de le fixer, murmura tout-bas:

« Peu importe l'aide dont tu avais besoin, si tu avais une seule once d'intelligence dans le cerveau, tu n'aurais pas posé ce geste. »

Gaston la regarda prendre place aux côtés de Granny, souriante et fière. Il la regarda lever les bras dans les airs, pour débuter officiellement le festival. Il la vit qui se tenait bien droite, forte dans sa solitude. Et il referma la porte derrière lui, décidant qu'il en avait assez vu. Lorsqu'elle entendit le bruit de la clochette, elle sut qu'elle avait gagné.

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C'était l'heure de la compote de pomme, dernier service de la journée. Il se faisait tard et le cerveau de Ruby était aussi mou que de la guimauve. Regina était la Méchante Reine, c'était tout ce qu'elle savait. Et le conte de Blanche-Neige était le seul qu'elle ait lu de sa vie; les livres ne l'intéressaient pas vraiment. Dans cette histoire se trouvaient donc, la Reine, Blanche-Neige, le Prince Charmant, les Nains et le Chasseur... Et le seul allié de celle-ci était le dernier, même s'il la trompait au final.

Toute la journée, elle scruta le comportement de chaque habitant de la ville. La moindre personne se tournant vers Regina pour lui parler gagnait un point, s'ils étaient un homme, deux points et s'ils tenaient la conversation pendant plus de 30 secondes, trois points. Au final, personne ne dépassait le grand total de 3 points. Personne ne voulait réellement lui parler.

En temps normal, la jeune femme se serait amusée de la situation, mais c'était elle qui perdait du temps. En ne trouvant pas de nouveau personnage, l'opération n'avançerait pas et elle n'en apprendrait pas plus sur sa propre vie. Découragée, la serveuse continua de servir les portions de compote. Pas de trace du trognon pour le moment. Chaque personne servie fouillait avidement avec leur cuillère, puis, poussait un soupir déçu.

Granny grommelait à l'arrière.

« Ces cochonneries de coeur de pommes... Nous en avons mis un dans chaque mixture pourtant... Connerie de pommier de cette conasse de... »

Le reste se perdit dans le néant, tant mieux pour Mère Grand car Regina avait tendu l'oreille.

La Mairesse termina son petit bol et héla la fille aux cheveux d'ébènes pour qu'elle ramasse. Dégoûtée de ce rôle de servante auquel elle devait s'adonner l'espace d'une seconde, Ruby n'esquissa pas un sourire et ne dit rien à cette femme au pouvoir. La mère d'Henry se leva, remerciant le casse-croûte pour sa générosité et le temps mis dans la préparation du festival; puis elle passa la pas de la porte. L'ambiance regagna un peu de chaleur, les habitants se détendant dès qu'elle eut mis le pied dehors.

Ruby décida qu'il était possible de prendre une pause et elle prit place à côté d'Archie, qui esquissa un sourire parfaitement chaleureux.

« C'est une belle fête, fit le psychiatre d'un ton doux. Vous avez toujours eu le talent pour recevoir.

-Si on ne le faisait pas, ça ferait longtemps que nous serions dans la rue. »

Alors, il lui prit la main. Curieusement, la jeune femme ne ressentit rien. Elle avait tant espéré un rapprochement comme celui-ci, mais maintenant que tout se déroulait selon ses désirs, aucune joie, aucun désir. Rien. Le vide. Un peu déroutée, elle fit ce qu'elle faisait le mieux: la fuite. Prétextant un petit creux, la serveuse rejoint sa seule famille pour se servir un bol de compote.

Damnation.

Le trognon y tomba. Un ploc dans une mer de pommes écrasées. Elle espéra que Mère Grand ne dirait rien, qu'elle se tairait pour ne pas ridiculiser davantage sa fille adoptée. C'était mal la connaître.

« La grande chanceuse cette année est Ruby! Félicitations petite chérie, ta quête pour trouver un homme qui n'est pas un salaud est presque terminée. »

Archie se leva, remerciant chaleureusement les deux organisatrices, puis sortit. La tête un peu basse, il détacha son chien, Pongo, pour se diriger vers son cabinet. Une tonne d'hystériques ne tarderaient pas à pleurer sur leur triste sort de célibataires; chaque année, c'était la même chose. Mais cette fois-ci, il se sentait perdu. L'amour qu'il portait pour cette « croqueuse d'homme aux longues jambes minces et aux cheveux parfaitement noirs comme la nuit » ne s'était jamais éteint, mais aujourd'hui, il la perdait. Ruby ne croyait pas ces idioties de traditions. Cependant, Storybrooke en entier, oui. L'homme qui aurait le coeur de pomme pourrait se pavaner à ses côtés, la séduire, jusqu'à ce qu'elle soit véritablement sous son charme.

La serveuse déposa son bol sur la table et dut endurer les chastes baisers sur ses joues, la plupart des hommes déçus et parfois des femmes jalouses. C'était le protocole de s'extasier devant la chance d'autrui, mais au fond, toutes ces filles espéraient que ce soit un crétin qui gagne le trognon. Si Gaston ne s'était pas enfui, elles auraient toutes pariées sur lui. Le casse-croûte se vida donc de plus en plus. Pourtant, il restait une poignée de personnes qui ne s'étaient pas présentées aujourd'hui. La preuve étant que le trésor de cette fête se trouvait encore dans la marmite de Granny.

Ruby tournait dans sa tête les possibilités de gagnant. Elles étaient toutes plus horribles les unes que les autres. À cet instant précis, la porte s'ouvrit et Mr Gold entra de tout son panache. Un frisson de dégoût parcourut l'échine de la jolie femme, qui recula un peu pour ne pas avoir à le regarder de trop près. Un sourire hypocrite, empreint de cruauté et de sadisme, se dessina sur les lèvres du propriétaire de la ville.

« Je suis un peu pressé aujourd'hui, je ne prendrai qu'un peu de compote, pour honorer le festival. »

À ces mots, il croisa le regard effrayé de la serveuse, le soutenant avidement. Tant de perversion en un être aussi excécrable. Ce fut Granny qui attrapa la louche traditionnelle. Ce fut elle qui la trempa dans le dessert et qui versa le contenu fruité dans le bol de verre.

Ruby retint un hurlement de joie quand elle n'entendit pas le « ploc » tant redouté.

Mr Gold, s'il était un personnage, ne pouvait être qu'un meurtier effroyable. C'est ce qu'elle se répéta en attendant l'arrivée des derniers habitants. Les retardataires la stressaient au plus haut point.

En premier, il y eut Benjamin, un adolescent aux cheveux roux en brousaille, effroyablement immature et toujours encleint à se trouver des aventures là où il n'y en avait pas. Pas de ploc.

Ensuite, ce fut Gaston qui revint à la charge, prétextant qu'il ne pouvait pas décemment manquer cette fête. Il n'avait sans doute qu'entendu qu'elle était la « chanceuse » et il vint tenter sa chance. Pas de ploc.

En troisième, l'arrivée de l'un de ses amants, Antoine, longs cheveux blonds et carrure de molosse avec ses 6 pieds et son caractère de chien, fit bien des remous. Ruby se dit que ce ne serait pas l'horreur qu'il gagne, mais l'endurer lors des prochains mois serait un calvaire. Parfois, coucher avec un beau garçon ne signifiait pas que l'on désirait apprendre à le connaître sous toutes ses coutures. Pas de ploc.

Les deux femmes s'apprêtaient à fermer le casse-croûte, seules depuis deux heures, lorsque la porte s'ouvrit sur la Mairesse et son petit chien de poche, Graham. La serveuse les regarda tous les deux, dardant tout son mépris. Regina fut la première à parler, de toute manière, son petit jouet n'avait jamais grand mot à dire dans les décisions de la femme au pouvoir.

« Il est impossible de ne pas avoir de gagnant masculin. Vous avez truqué le jeu. Vous avez voulu détruire la plus vieille tradition de Storybrooke seulement pour m'enrager, c'est cela? J'ordonne que vous passiez de maison en maison pour que chaque homme ait sa deuxième chance de trouver le trognon. Tout cela avant minuit ce soir.

-Nous sommes debout depuis 22 heures Madame Mills, il me semble qu'un peu de repos ne ferait pas de...

-J'ai dit avant minuit, hurla Regina en coupant Granny.

-J'irai, Mère Grand, va dormir. »

Trop heureuse de pouvoir enfin reposer ses vieux os, la doyenne enfila son manteau et se dirigea vers la porte arrière qui menait assez rapidement à l'auberge. Ruby, quant à elle, se leva debout pour mieux faire face à ces deux pions ridicules.

« Il faut vraiment une idiote pour forcer une dame de l'âge de Granny à rester debout pendant plus de 24 heures. Cela m'étonne que personne n'ait encore essayé un coup d'état... Tuer la mairesse, par-exemple. »

Regina s'approcha dangereuseument de la serveuse, un air meurtrier prenant toute la place sur ses traits.

« Avant minuit. »

Elle tourna les talons, prête à sortir avec son petit joujou, lorsque la jeune femme pensa à quelque chose.

« Attendez.

-Quoi? s'enquit la Mairesse, outrée qu'on l'arrête.

-Votre chien de poche n'est pas passé manger au festival, aujourd'hui. »

Graham soupira, jetant un regard vide à la serveuse. Il devait en avoir parfaitement confiance, mais s'il n'en avait pas fait part à Regina, alors il brisait une règle tacite: le Shérif dit tout à la Mairesse. Peut-être n'aurait-il pas droit à une petite partie de jambe en l'air, le pauvre...

« C'est vrai?

-Regina, je... Je faisais ma tournée, je n'ai pas eu le temps de...

-Tu aurais pu me le dire! Prends un bol qu'on en finisse. »

Le ridicule de la situation était immense. Ruby se pencha avec la louche, puis versa la compote. Et là, dans les deux secondes qui suivirent, un amas immense d'action se déroula sans qu'elle puisse bien tout assimiler.

Il y eut un ploc.


Cette fic entre en hiatus. Comme j'ai recommencé l'école à temps plein, je n'aurai pas le temps d'écrire deux fictions et je veux poursuivre celle sur Harry Potter que j'ai commencé à écrire de mon côté (et que je vais commencer à publier demain). Pour ceux qui lisent cette histoire, soyez patients, il y aura une suite éventuellement. :)