Un grand merci à la petite inconnue, Sanashiya et ajsky pour leurs reviews et leurs impressions =) En général je prends le temps de répondre par mail et si parfois je le fais pas je m'en excuse! J'introduis donc ce texte par ma reconnaissance pour vos messages! Sana je tiens à m'excuser D'AVANCE (vu ton aversion pour les cruches) si l'intervention qui suis t'horripile ^^ Celle ci, (contrairement à Himawari) est prévue depuis longtemps et m'est réellement utile! Gomen donc.

Voici donc le quatrième chapitre de cet UA, qui dévoile (enfin) les origines de Fye et de son passé commun avec gros toutou... Au départ de la conception de cette fic, il était censé être le premier chapitre... Puis je me suis dit que plusieurs parties de blabla avant permettrait de mieux introduire les persos, donc bon (tout le monde s'en fout muahaha envoie!) Comme il est très long je l'ai coupé en deux parties ! La suite donc la semaine prochaine :)

Ah et dernier détail, comme vous vous en apercevrez, quand Fye raconte, la narration passe à la première personne. Je l'ai réalisé en relisant mon parchemin, puis ce changement me paraissant pertinent, je l'ai laissé tel quel. J'espère donc que ça vous choquera pas, mais n'hésitez pas à me communiquer vos avis.

Titre: Clow Corporation.

Disclamer: Persos tout mangas confondus appartiennent aux Clamp!

Couple: KuroxFye (oui on va y arriver!)

Raiting: T (y'a pas que du joli dans les lignes qui suivent)

Univers Alternatif: 21ème siècle. Tokyo bout dans l'effervescence d'une course à l'héritage aussi vénale que dangereuse. Âmes perdues et esprits corrompus s'opposent, se défient, s'affrontent ...ou parfois se rencontrent.


Chapitre 4: L'orphelin

S'il y avait un endroit où Fye aimait flâner plus que tout, c'était bien au Marché du port de Tokyo. Les yeux dans les embruns, la tête au vent, les narines emplies des senteurs salées de la mer et fortes du poisson frais... S'il éprouvait une douce plénitude et un profond confort dans cet environnement, ce n'était pas seulement pour l'air marin vivifiant, mais plus la vue sur l'agitation du peuple et les activités manuelles qui s'y développaient.

Il quittait en cet instant le monde des « biens coiffés bien gavés » pour observer le travail à même le corps à la productivité impressionnante… et appétissante. Des gens sans masques à d'atypiques personnalités, du pêcheur facétieux à la poissonnière bourrue.

Une telle effervescence de gens de la même classe sociale, une telle simplicité de la hiérarchie, cela en était presque jouissif quand on venait d'un milieu comme le sien. Et aujourd'hui encore, il ne regretta pas d'avoir choisi son lieu favori comme aire de repos.

Il était tranquillement assis sur un ponton de bois, isolé de la place publique. Etendu sur le dos, le soleil réchauffant sa peau de ses rayons timides pour le début de l'été, il écoutait avec attention le vrombissement des bateaux et les cris des mouettes. Soudain, dans ce singulier concert il perçu nettement des bruits de pas s'approchant de lui, se faisant de plus en plus perceptibles à ses oreilles en éveil. D'abord lents puis plus rapides, ils furent bientôt couverts par une voix féminine:

« Fye? C'est toi? »

Son cœur bondi en croyant reconnaitre la propriétaire de ce son cristallin. Surpris, il sauta sur ses pieds et son regard fit face à une jeune fille aux yeux clairs comme le miel. Le vent emportait sous sa brise des cheveux d'un blond si clair qu'ils en ressortaient presque blancs sous la lumière vive du matin. Vêtue d'un simple chemisier et d'une jupe longue, elle tenait dans ses mains un panier garni de provisions fraîchement acquises.

Mais Fye n'eût pas besoin de s'attarder sur ce genre de détail pour identifier son interlocutrice:

« Tchii! » S'écria-t-il le visage rayonnant, en se jetant sur elle pour la serrer dans ses bras.

Elle lâcha un hoquet de stupeur puis éclata de rire en lui rendant son étreinte:

« C'est bien toi! Fye ! Cela fait tellement longtemps… je n'y croyais pas! »

« Tu as grandi, » éluda-t-il en se reculant un peu pour observer le petit brin de femme dans toute sa splendeur.

« Toi aussi! Quel géant, ce n'est pas possible! »

Ses yeux brillèrent et son sourire s'élargit lorsque qu'elle agita nerveusement ses mains, comme si elle ne savait plus quoi en faire:

« Ouah je n'arrive pas à croire que je te retrouve après toutes ces années! »

« Trois ans oui, ça fait un sacré paquets de jours, confirma le jeune homme. Tu dois en avoir des choses à me raconter. Qu'est ce que tu deviens? »

« Je travaille toujours chez le disquaire, à deux rues d'ici. »

« Comment cela ce fait-il que je ne t'ai jamais croisée, je passe souvent mon temps libre au port... »

« Je ne viens pas souvent faire mon marché par ici, mais oh ! » Ces doigts décidèrent de se joindre comme pour formuler une supplique « Que dirais- tu d'aller nous asseoir un moment ? Tu me raconteras ce que tu as fait pendant ces dernières années et... si tu as trouvé la personne que tu cherchais. »

Autant sa rencontre avec Tchii avait éveillé chez Fye une vive allégresse, autant elle réanimait aussi une nostalgie amère. Il tenta de le cacher, jusqu'à leur entrée dans un café, et commanda avec un sourire angélique deux chocolats frappés. Pour répondre à la demande de son amie et lui compter ce qu'il était devenu depuis leur séparation, il devait néanmoins de souvenir de beaucoup de choses...

Un passé, dont il n'aimait guère se remémorer les détails sinistres, lui sauta au visage. Une myriade d'images et de sensations enfouies au plus profond de sa mémoire jaillirent devant ses yeux, et dans son cœur.

oOo

Je nous revois clairement tous les quatre dans notre petite maison de banlieue, menant une vie des plus ordinaires. J'avais une mère douce et souriante, vraiment parfaite. Mais ce cliché est peut être faussé par ma mémoire. Mes impressions quant à mon père se sont maintenant évanouies, surtout qu'à l'époque il était souvent absent à cause de son travail. Mes réminiscences s'orientent généralement vers mon frère jumeau, Yui. Notre vie commune n'en reste pas moins banale. Nous allions à l'école du quartier, nous avions des notes ni mauvaises ni excellentes, et des amis.

Les scènes du quotidien sont par contre moins nettes. Par exemple, quel était le jeu à la mode dans la cour du collège? Où étions nous allés pour nos dernières vacances en famille? Et de quoi parlions-nous quand nous nous retrouvions le soir?

Les souvenirs les plus forts concernent ma mère qui, à cause de sa santé récemment fragile, restait à la maison pour s'occuper du logis, et de mon frère et moi. Avec nos chamailleries et nos activités de gamins, nous la malmenions gaiement.

Mais je me rappelle surtout de la cuisine. C'est dans cette pièce que nous nous réunissions tous les quatre pour le dîner. Elle était le symbole du regroupement, de la réunion, des retrouvailles quotidiennes, de la bonne odeur du repas chaud et des placards regorgeant de biscuits.

Je me rappelle aussi très précisément du premier soir où mon père avait invité son patron à manger chez nous. Peut être parce que c'était la première fois que je voyais un homme aussi majestueux, droit et élégant. Peu être aussi parce que j'avais déjà pressenti le drame qui découla de cette rencontre...

Je sais que c'était en hiver, parce que Yui avait attrapé une sacrée grippe, et était cloué au lit. Le fait que nous ne soyons que quatre à table, et que l'invité n'ait pas vu mon frère ce soir là, me sauva la vie. Mais je l'ignorais encore.

Il parlait poliment, vantant le travail studieux de mon père tout en félicitant la délicieuse cuisine de ma mère.

« Maintenant que je suis en liste pour cette compétition, le travail va être beaucoup plus intense à l'agence. Je m'en veux de vous éloigner de votre mari pour tant d'heures supplémentaires. »

« Ne vous en faites pas, il m'a expliqué à quel point l'héritage de Clow est important. Quel dommage que cet homme nous quitte, il est sans conteste le politicien qui aura eu le plus d'éloge le long de son incroyable carrière. »

« Nous saurons nous montrer fier de sa succession, madame. Et lorsque nous serons choisis, je vous engage de force comme cuisinière attitrée de ma compagnie! Votre repas est d'un délice, je crois que je ne saurais plus m'en passer désormais !»

Tous avaient ri de bon cœur, sauf moi qui ne comprenais pas en quoi faire travailler davantage mon père et enlever ma mère de la maison avait de si réjouissant.

Cet homme m'avait adressé des mots tout aussi doux et suaves, mais n'attendant avec une impatience folle qu'à rejoindre mon frère alité, je n'en ai rien retenu.

J'ai toujours été très proche de mon frère. Etait-ce du fait que nous soyons jumeaux qu'existait entre nous ce lien puissant? Même lorsque nous étions éloignés physiquement nous restions proches mentalement. Nous devinions instantanément quand l'autre était triste, et un seul regard était plus équivoque que n'importe quelle parole. Notre complicité n'était plus à contester. Tout comme l'antipathie prégnante que je ressentais envers cet homme.

Cet étrange individu au regard glacial, aux cheveux ébène soyeux, dont j'ignorais le nom, combien de fois est-il revenu ? Je ne m'en souviens plus. Je crois que je ne l'ai jamais revu en un an. Je savais qu'il était passé quand nous trouvions sur la table de la cuisine un ravissant bouquet de fleur, qu'il portait à ma mère. Je crois aussi que cela irritait de plus en plus mon père, et ce fut là les premières disputes entre mes parents.

Ce ne sont là que des bribes de souvenirs, car ce que je garde ancré le plus profondément dans ma mémoire est le soir de notre ultime rencontre. Papa n'était pas rentré souper et nous nous étions tous couché tôt. Il devait être néanmoins très tard, lorsque je sortis discrètement de ma chambre pour fouiller dans les meubles de la cuisine un biscuit à grignoter. J'ai alors entendu frapper à la porte d'entrée, puis ma mère se lever. Pris de panique, je m'étais caché dans le placard laissant la porte suffisamment entrebâillée pour voir ma mère en robe de chambre, le pas chancelant ouvrir à cet invité importun.

« Mais... M. Ashura, que faîtes vous là à une heure pareille? »

« Pardonnez ma visite impromptue Freya mais je devais vous revoir au plus vite. »

Aucun doute possible, c'était bien la voix du patron de mon père, l'homme qui envoyait des bouquets.

Ashura. Ce nom eut une consonance qui fit frémir le bas de mon échine.

« A 2h et demie du matin, si c'est une plaisanterie, elle de très mauvais goût ! » Ma mère avait délaissé toute politesse pour un ton beaucoup plus amer. A moins que cela ne soit de l'angoisse.

« Ecoutez, ajouta-t-elle d'une voix faussement compréhensive, je suis ravie de l'intention que vous me portez, vos fleurs m'enchantent et je vous respecte énormément. Mais votre attitude me laisse à penser que vous chercher de moi des faveurs que je ne peux vous donner! J'ai une famille, et... »

J'ouvris un peu plus la porte de ma cachette pour voir l'origine de l'interruption soudaine de sa phrase, et je fus horrifié de voir la grande silhouette qui enlaçait ma mère en l'embrassant longuement. L'étreinte fut brève car elle le repoussa violemment.

« Je ne me répèterais pas : veuillez sortir d'ici! » Tonna-t-elle d'une voix grave mais retenue, sûrement pour éviter de nous réveiller.

« Pas sans vous. »

« Cessez donc d'être irrespectueux. Je ne vous appartiens pas! »

« Ne paniquez pas Freya… personne ne nous dérangera.»

« Ne m'obligez pas à prévenir les autorités… »

Cela n'avait visiblement pas effrayé l'homme qui se saisissait déjà des poignets de ma mère impuissante, et l'entraînait vers la cuisine. Le visage de cette femme habituellement si forte était à présent empreint de douleur et de crainte. Cela m'effraya au point que je fermais les yeux sur ce qui se déroula à quelques mètres de moi. Je bouchais comme je pouvais mes oreilles lorsque résonna le bruit sourd de la table qui raclait le sol. Mais les gémissements horrifiés de ma mère me parvenaient quand même, son souffle haché et ses cris étouffés résonnèrent dans mes tympans. Mon corps était paralysé, empêchant mes membres de bouger pour aller la secourir. Ce soir là, ce démon viola ma mère sous mes yeux sans que je ne puisse rien faire pour contrer cet acte abominable. Je me rappelle comme si c'était hier du flot de sentiments qui m'avait assailli: je vivais le pire des cauchemars et prenais conscience que je ne me réveillerais pas. L'impuissance, le désespoir crispaient mon cœur et me coupaient la respiration. Je mettais autant d'efforts à maîtriser mes tremblements qu'à empêcher mes pleurs de jaillir.

Au bout de quelques instants, qui me parurent durer des heures, le silence fit place à des sanglots et des mots doux murmurés par Ashura:

« Oh Freya, vous êtes si excitante lorsque vous criez... si belle quand vous pleurez… »

Un bruissement de vêtement et un râle guttural me réveillèrent de ma torpeur.

« Notre amour n'appartient qu'à nous, Freya, il ne faut le révéler à personne. Je vais vous empêcher de l'avouer à quiconque, vous emporterez ce secret avec vous... »

Une grande main blanche enserrait à présent la gorge de ma mère tandis que l'autre la forçait à avaler une pilule rosée malgré les débats de sa langue. Je compris vite qu'il ne s'agissait pas d'un médicament quand je vis ses yeux papilloter faiblement, et son visage s'empourprer dangereusement.

« NON MAMAN! »

Dans un élan d'extrême inconscience, j'avais bondi hors de ma cachette. Ashura en fut si surpris qu'il lâcha sa proie dont le corps inerte tomba sur le carrelage. Je me précipitai en larmes vers le cadavre de ma mère, hurlant, pleurant, lui suppliant d'ouvrir les yeux. Je ne sentis même pas ses mêmes mains qui lui avaient ôté la vie entourer mes épaules, me forçant à faire volte face.

« Mais que fais-tu là petit merdeux? ! » Tonna-t-il, transformant son visage aimant en une face colérique.

Il semblait terrifié de me voir ici et que je sois ainsi témoin de son méfait. Allait-il me tuer? Allais-je mourir ici, au côté de ma mère? Allais-je abandonner comme elle mon père, et mon frère? Mon frère... Je ne voulais pas qu'il fasse de mal à mon frère ! Je devais le sauver, au moins lui..

Mon cerveau réfléchit au quart de tour et mes dents finirent incrustées au plus profond de la chair du poignet qui m'étranglait. Ashura me lâcha dans un cri et avant qu'il n'ait pu m'agripper de nouveau je lui assaini une série de violents coups de pieds. Au visage dans l'estomac, partout où je pensais lui faire mal, l'immobiliser. Tandis qu'il chancelait en jurant, j'en profitai pour m'élancer hors de la cuisine. Je me précipitai dans notre chambre et me jetai sans ménagement sur mon frère que je fis tomber du lit :

« Yui... cet homme, il a... maman ... »

« Fye, balbutia-t-il à moitié endormi, mais que …»

J'entendis alors la voix forte de cet homme résonnant dans le couloir: « Cache toi donc mon mignon, je te trouverai ! »

Mon frère et moi nous regardâmes, l'effroi et la terreur nous paralysant, puis je soufflai complètement paniqué:

« Yui … il va nous tuer ! »

Puis le bruit sourd des pas précipité grimpant l'escalier me fit instantanément réagir. Mon frère me suivit sans un mot lorsque je bondis vers la fenêtre et l'ouvris violemment. Le vent glacial s'engouffrait dans la chambre dans un hululement strident, aussi j'entendis à peine la démarche rapide qui atteignait maintenant notre palier. Je plongeais mon regard désemparé dans son homologue et gémis :

« Une fois en bas, …»

« Je te suivrai.»

Et je me jetai dans le vide pour atterrir lourdement sur la pelouse. Je couru le plus vite possible dans la pénombre qui nous protégeait des regards. Je traversais ainsi notre terrain, mes pieds s'enfonçant dans la terre, des bourrasques givrées mordant mon visage. Une fois hors de portée, je me cachai enfin hors d'haleine dans une haie le temps de reprendre mon souffle. Mon cœur ne cessait de s'affoler, ma gorge me brûlait toujours et mon corps en sueur tremblait de froid. J'attendis quelques secondes que mon frère me rejoigne, mais plus le temps s'écoulait, plus mon angoisse grandissait.

Je me figeai soudain, réalisant après quelques minutes que j'étais encore seul dans ma cachette.

« Yui? »

Un regard dans le jardin. Personne. Pas un bruit. Juste le vent qui me giflait le visage et hurlait dans les branches.

« YUI! »

Je sortis du feuillage et revint sur mes pas, vers notre maison. Je jetai un coup d'œil prudent en direction de la fenêtre de notre chambre lorsque le vrombissement d'un moteur retentit dans la nuit. Une voiture quitta alors l'allée et disparu dans la rue. L'atroce vérité me frappa alors telle une masse : Yui n'avait pas eu le temps de sauter. Je chancelai, les genoux s'entrechoquant tandis que je titubais vers la route. Seule la colère me maintenait conscient. Quand j'aperçu au loin les phares disparaitre avalés par la pénombre, je me senti soudain submergé par une haine vivifiante, et je me lançai à la poursuite du véhicule de mes maigres forces.

« REVENEZ! Hurlais-je en courant les pieds nus sur le bitume. RENDEZ-MOI MA MERE! RENDEZ-MOI MON FRERE ! »

Mais ils avaient déjà disparu, me laissant seul avec la culpabilité de mon crime. Car je venais de réaliser l'horreur qui me rendait coupable de la disparition de ce dernier: Ashura, le violeur, le meurtrier, n'avait jamais connu Yui. Ni son visage, ni son existence. Lorsqu'il l'avait vu dans notre chambre, prêt à fuir, il l'avait donc pris pour moi, témoin de son crime. Et il l'avait emporté.

Cette nuit fut de loin la plus cauchemardesque de ma vie. Mon cœur fut brisé, disloqué, et remplacé par une énergie infiniment plus destructrice. Il n'y avait pas de place pour le deuil ou le chagrin. Juste la haine. Car un homme riche et puissant avait tué ma mère, et enlevé mon frère, sans que je ne puisse rien y faire. Et il n'y avait rien en mon pouvoir qui me permettrait d'obtenir justice. Le retour de mon père, alerté par la police et les voisins, ne fut que bref. Je ne me souviens même pas de sa réaction face au corps sans vie de ma mère. Je crois qu'on est allé au commissariat le plus proche, et qu'ils ont conclu trop rapidement à un suicide.

Dans la voiture qui m'éloignait de la maison, mon père n'a cessé de fulminer des mots comme « corrompus, menteurs... ». Nous avons roulé toute la nuit.

Le lendemain, il m'abandonna sans un regard ni un adieu devant les portes d'un Orphelinat de Tokyo, et ne revint jamais. Cet instant me transforma jusque dans la moindre parcelle de mon être, pour faire de moi un pantin animé par la vengeance. Un nom, et un visage dont je me souviendrais toute ma vie. Ashura.

oOo

« Commissaire Toya, quelqu'un demande à vous voir. »

« Bah qu'il entre! »

Sans se faire prier, un grand homme brun aux yeux rouges défonça à moitié la porte du bureau du commissaire sous le regard effaré de l'adjugent qui venait de l'annoncer, et alla s'asseoir avec la même grâce et majesté dans le siège en face du brun qui vociféra :

« Ces politiciens, ils se croient tout permis ! Evite de défoncer mon office je te prie! »

« Que s'est-il passé? »

« Ah je vois que tu entres dans le vif du sujet. Yukito, laisse-nous s'il te plaît. »

Une fois seuls, le commissaire arbora un air grave et sérieux en sortant de son tiroir un dossier visiblement récent.

« Tu attendais cela depuis un moment je crois. Ashura a fait un faux pas. Et de quelle envergure je ne te dis pas! Le moment est enfin venu de prouver au monde que ce mec est un psychopathe. »

« Explique-moi. » ordonna l'intrus d'un ton des plus sauvages.

Nullement offensé par son agressivité, l'interpellé commença son discours :

« Hier, ce rapport nous est arrivé tout droit du comté de Yokohama, un peu plus au Sud de Tokyo. Une plainte a été déposée la semaine dernière pour homicide. L'inspecteur qui a relevé l'accusation était sans nul doute dans les petits papiers d'Ashura sinon cela ferait sept jours que cet arriéré croupirait en tôle. Voici ce qu'il y décrit comme un fait divers pour classer grossièrement le dossier: « Une femme aurait noyé son propre fils dans la rivière avant de rentrer chez elle et de se suicider, en ingurgitant une dose fatale d'ecstasy. » Heureusement, dans ce commissariat il n'y a pas que des véreux. Un de mes subordonnés ayant eu vent de l'affaire, a rouvert le dossier, intrigué par deux évènements. »

« Lesquels? De quoi prouver la responsabilité d'Ashura dans ce drame? Pour le moment je ne vois aucun lien... »

« Le mari de la victime travaillait depuis 7 ans pour la compagnie d'Ashura. Quant à la personne qui a posé plainte pour homicide... il s'agit de l'enfant qui a été soit disant noyé. »

Les yeux rubis s'écarquillèrent, démontrant une perplexité sans égal:

« C'est à ce moment que j'attends la version officieuse de l'affaire, Toya. »

« Imagine, Ashura courtisant la femme d'un de ses employés... »

« Pas besoin de beaucoup d'inspiration. »

« Le mari a des soupçons mais ne dit rien… »

« Normal, quand on sait que la moindre remarque lui coûterait sa place. »

« Un soir, Ashura le retient à son travail pour se rendre chez lui. La femme est là, réticente. Il la prend donc par la force. Ce dont il ne se doute pas c'est que pendant qu'il… commet son méfait, son fils assiste à la scè tente ensuite de s'enfuir, Ashura le rattrape, l'enlève et va le noyer dans la rivière la plus proche. Il contacte alors son informateur au commissariat le plus proche, le prévenant de l'arrivé probable du mari. Ils élaborent alors une version tragique « fait divers » pour clore l'affaire.

Sauf qu'il y a un détail qu'Ashura, par miracle, ignorait. C'est que le témoin de la scène avait un frère jumeau. Et c'est LUI que notre déséquilibré a enlevé. C'est le frère qu'il a noyé, pensant réduire au silence le véritable témoin. Ledit observateur a pu en réchapper et dénoncer ce détraqué. Et bien que l'affaire ait été close, mon contact a pu retracer l'historique de ce drame. »

Le fameux politicien resta interdit un instant devant cette situation abracadabrantesque. Il marmonna longuement des mots qu'il ne prononça qu'une fois qu'il fut en état d'aligner une phrase:

« Où est le témoin? »

« On ne sait pas. Son père a quitté le pays il y a quelques jours mais sans son fils. »

« Ashura l'aurait-il retrouvé? »

« Non puisqu'il ignore l'existence de son jumeau: il croit s'être définitivement débarrassé de lui, il n'y a aucun risque pour qu'il le recherche. On espère juste le retrouver à temps pour qu'il témoigne au procès. »

« Non, il n'y aura pas de procès. »

Ce fut au tour du commissaire de perdre la parole.

« Pardon ? »

« Ne joue pas au con Toya, toi comme moi savons bien que ce dossier seul ne réussira pas à faire tomber Ashura et son réseau pullulant. »

« C'est bien pour cela qu'on recherche ce gamin ! »

« Et bien en attendant je vais garder ce dossier si tu le veux bien. Et tant qu'on n'a pas le témoin, ne parlons de cela à personne. »

« Mais enfin, protesta son interlocuteur, tu ne veux pas faire cela !Ashura est un criminel fou-furieux qui mérite de finir sa vie en prison ! »

« Certes, mais pas avant que nous n'ayons toutes les cartes en main. Je ne voudrais pas que la possession d'un tel atout parvienne à ses oreilles et qu'il en profite pour élaborer un quelconque stratagème pour le contrer. »

Toya voulu protester sur la qualité de la sécurité de telles preuves, mais il fut coupé dans son élan :

« Tu sais que nous sommes tous les deux en compétition pour la Clow Corporation, alors raison de plus pour attendre encore un peu... La moindre étincelle, et les médias crient au feu. Tandis qu'une attaque par surprise, lorsqu'il sera au sommet de sa gloire… il n'en tombera que de plus haut. »

« Ce n'est pas seulement égoïste ce que tu fais là, c'est immoral. »

« Je sais. Mais c'est ainsi. »

Il se saisit de la paperasse et se leva la mine encore plus sombre que lorsqu'il était arrivé.

« Au fait, comment s'appelle-t-il ce gosse? »

« Tu vas tenter de le retrouver? »

« Bof. »

« Fye. Fye Flowright. Il a 13 ans si je me souviens bien. Y'a sa photo dans le dossier aussi. »

« Ok, bah salut, et merci de m'avoir contacté. »

« Attends deux minutes, tu es sûr de ce que tu fais? En étouffant une affaire aussi grave, tu finiras par le regretter... »

« Au revoir Toya. »

Et il claqua la porte qui sous le regard inquiet de l'adjudant Yukito, vibra sans voler en éclat.

« Au revoir... Kurogané. »

oOo

Je doute qu'il n'existe un endroit pire que l'Orphelinat de Tokyo. Des conditions de vie proche de la sous-insalubrité nous changeaient petit à petit en animaux qui se battaient pour avoir une pitance convenable ou un bout de couverture contre le froid mordant. On ne voyait que très rarement des surveillants, ou plutôt, nous les évitions, car si jamais on croisait ne serait-ce que leur regard, leurs matraques s'arrangeaient aussitôt pour que l'envie de recommencer ne nous prenne plus. Pas d'enseignement, ni de nouvelles du monde extérieur. C'est ce que je disais, ce centre avait pour but de nous transformer en bêtes ignorantes et soumises.

Il y avait peu de personnes à qui je parlais, à vrai dire peu de personnes dotées de vivacité d'esprit suffisante pour tenir une conversation. Dès mon arrivée dans cet institut, un garçon assez extraverti et bienveillant m'avait pris sous son aile, admirant sûrement la force de ma volonté, ou tout simplement trop heureux de voir un être encore civilisé débarquer entre ces murs. Il s'appelait Kamui.

Trois mois après mon arrivé, nous avons fait la connaissance de Tchii, nouvelle venue. D'un an de moins que moi à peine, j'ai été séduit par sa sensibilité et sa gentillesse qui faisait d'elle la seule fleur dans ce jardin d'épines. Chacune de ses paroles ou chacun de ses gestes me rappelait ma mère.

A nous trois nous restions isolés des autres, parlions de nos motivations. Je leur ais ainsi raconté brièvement pourquoi je devais sortir d'ici et retrouver cet homme, aux cheveux de soie, au regard doux et au sourire tendre, qui cachait un monstre sans égal.

Nous avons donc monté un plan d'évasion. C'était une entreprise d'autant plus folle et inconcevable par nos supérieurs du fait qu'en temps qu'orphelins, nous étions plus en danger dehors que dedans. Ce ne fut pas évident, et maintes fois nous avons failli nous faire prendre en train d'élaborer ce stratagème. Mais les surveillants et le directeur de l'établissement avaient trop sous estimé l'intelligence persistant chez quelques un de leurs pensionnaires: on s'est fait la malle en plein après midi lors d'une inspection sanitaire.

Nous sommes restés encore ensemble quelques jours à Tokyo, dormant dans des poubelles, échappant à la police de patrouille, et volant de la nourriture.

On s'établissait dans des recoins isolés, prenant soin de changer régulièrement de planque afin de ne jamais se faire repérer. Parfois une dent creuse entre deux immeubles, un cagibi laissé à l'abandon, l'arrière d'une palissade peu accueillante… Des lieux où personne ne venait fouiller, personne ne venait nous chercher, personne donc pour nous déranger.

Puis Tchii a fini par trouver un emploi près du port, chez un vendeur de disque. Bien qu'elle ait insisté pour qu'on bénéficie nous aussi de cette aubaine, nous ne voulions importuner le brave propriétaire de la boutique avec deux clandestins supplémentaires. J'ai alors continué ma quête, et Kamui m'a aidé à suivre la piste de l'assassin. Plus d'un an s'était presque écoulé depuis mon admission à l'Orphelinat mais la hargne et la détermination n'étaient en rien altérées.

ooo

« Eh Fye, m'apostropha ce dernier en me réveillant au milieu de la nuit. Ce soir, au pied de la Tour de Tokyo, il va y avoir un discours. »

M'ayant rejoint dans notre cachette temporaire, à l'abri du regard des passants, Kamui jubilait de cette nouvelle.

« Un grand politicien? » Questionnais-je intrigué.

« Et comment! L'un des dix concurrents en liste pour l'héritage de la Clow trucmuche là... un dénommé Ashura »

« A...shu... »

« Il va y avoir du beau monde, crois moi tu ne seras pas déçu d'y aller, qui sais, tu croiseras peut être... Fye? »

Il avait suffi d'un mot, d'un nom pour que ressurgisse en moi des souvenirs dont je ne soupçonnais même pas la violence de l'émersion. L'impuissance et la peur, seul dans ce placard. L'indescriptible soupir de l'agonie d'une femme qui vous est chère, la panique, la fuite. Les images se jetaient sur mon visage comme des sangsues, alors que je revivais avec la même intensité les insupportables émotions qui m'avaient assailli et paralysé.

Mais autre chose, de plus sombre encore mais apaisant, comme une pommade enflammée, pansa mon cœur. Dans les tréfonds de mon âme désormais souillée germaient les prémices de la vengeance.

Ashura, enfin, je l'avais retrouvé.

Kamui dût immédiatement comprendre ce qui me mit dans cet état car il sembla tout excité quand il reprit la parole:

« Echafaudons un plan! Il va falloir agir discrètement mais intelligemment! »

«Merci Kamui, mais cette fois j'irai seul, le dissuadais-je. »

« Pas question, tu vas avoir besoin de moi si tu veux l'approcher ton gars. »

« Mais cette histoire ne concerne que moi! »

« Ecoute Fye, tonna-t-il plus sévèrement en rapprochant son visage du mien, ça sert à rien de se précipiter! Ce soir il sera impossible à approcher! Tu piges? »

Bien sûr que je comprenais. Mais j'avais du mal à stopper cette adrénaline qui ne demandait qu'à prendre contrôle de mon corps, et imploser dans mon cœur.

« Que me conseilles- tu? » Soupirais-je las de ce conflit intérieur.

« Sois sûr que c'est lui déjà. Faufile-toi dans la foule, mêle-toi à eux. Une fois que tu l'auras repéré, suis-le simplement. Repère les lieux, les endroits qu'il fréquente, son bureau ou son domicile. Comme ça, au moment où il s'y attendra le moins, tu seras là pour l'attendre... »

oOo

Même si ces évènements dataient, Fye s'en souvenait comme s'il les avait revus en boucle au cours des trois dernières années.

La serveuse apporta enfin leur commande, puis sous l'œil pétillant et avide de Tchii, Fye commença à lui raconter ce qui suivit.

Sa rencontre avec lui.


Voilà les gens, merci pour votre lecture avisée, n'hésitez pas à laisser des commentaires pas utiles, et vous aurez la suite bientôt :)