Chapitre 4
Les bureaux du CBI commençaient à se vider. La journée de la plupart des agents prenait fin. Ceux qui avaient un rapport à rendre finissaient rapidement la paperasse avant de partir voler quelques minutes à leurs familles.
« Ceux du dehors » voyaient les agents comme des têtes brûlées qui passaient la plupart de leur temps, arme au poing, à courir derrière les bandits.
Il n'en était rien.
La majeure partie du boulot, et la plus pénible aussi, c'était la paperasse. L'Administration était prête à fermer les yeux sur certaines méthodes, pour peu qu'il y ait des résultats, mais certainement pas sur un rapport bâclé, rapport qui, bien entendu, n'était jamais lu… ou presque.
Lorsque les affaires se succédaient, les rapports prenaient du retard et s'amoncelaient dans la boite « à faire ». Les agents espéraient toujours un moment de répit pour compléter leur tâche, moment qui n'arrivait jamais.
Il fallait alors grappiller sur les heures de sommeil, les heures de loisir, voire les jours de congés pour se mettre à jour.
Forcément, la vie privée en prenait un coup et il n'était pas rare qu'à intervalles réguliers on apprenne le divorce de certains collègues. La nouvelle arrivait souvent – trop souvent peut-être – avec un arrière-goût de fatalité, « c'est la vie ». Ceux qui avaient le plus d'humour disaient qu'avec le boulot, « au moins, c'est une maîtresse qui te coûte pas cher ». Les rires qui concluaient ce genre de blague tournaient toujours court… On compense comme on peut…
Van Pelt et Rigsby prenait quelques minutes de pause dans la cuisine.
Après avoir procéder à l'enquête préliminaire sur place, ils étaient revenus au bureau pour commencer à rassembler les informations et composer le fonds de dossier. Les photos de la scène de crime étaient arrivées du labo très rapidement. Ils avaient mis en commun leurs différentes notes et avaient commencé les premières vérifications.
Van Pelt était assise à la table de la cuisine, un thé devant elle. Rigsby s'était servi un café. Il ouvrait et refermait compulsivement les portes des placards.
- Mais qu'est-ce que tu cherches ? demanda Van Pelt, un rien excédée
- Des Twinkies… J'en ai vu qui trainaient, l'autre jour…
- Des Twinkies ? repris Van Pelt. Mais tu n'as pas arrêté de grignoter des noix et du chocolat de toute l'après-midi…
- Oui, lui répondit Rigsby qui continuait sa recherche frénétique, mais j'ai encore faim… c'est pour ça qu'on les appelle « en-cas » et pas « repas »… « en-cas », ça veut dire, « en-cas de petite faim »…
- Mais on a déjeuné, je te rappelle…
Rigsby s'arrêta net … il vint s'asseoir près de Van Pelt et lui pris les mains. Le visage de la jeune femme devint aussi rouge que sa chevelure.
- Ecoute Grace… si tu appelles une salade de thon avec du tofu un déjeuner, je ne sais pas…
Rigsby n'eut pas le temps de finir sa phrase. La voix de Lisbon leur parvenait clairement depuis les bureaux.
Ils se levèrent pour la rejoindre.
La chef était en pétard.
Jane avait fait des siennes.
Quand Lisbon faisait trois pas, Jane n'en faisait qu'un. Cela donnait à l'agent du CBI l'allure d'un lutin farceur. Mais ses yeux étaient fumasses.
Cho suivait, le visage fermé et s'installa à son bureau.
- …Non, non et non… Jane, si ça continue, je ne pourrais plus vous autoriser à venir sur le terrain…
- Allons… Cet homme est un imbécile qui a des relations, nous sommes d'accord, mais il cache quelque chose !
Lisbon se retourna pour faire face à Jane. Elle pointait maintenant un doigt menaçant.
- Ecoutez Jane, j'ai dû faire mille excuses pour vos manières peu cavalières, j'ai subis les remontrances du Procureur général me donnant pour ainsi dire ordre de laisser tomber cette piste parce qu'il se porte garant de M. Tulsa – elle mitraillait ses paroles – et vous, vous concluait l'entretien par « on se voit au poste » ? Vous savez ? Je… Je…
Jane s'approcha et mis ses deux mains sur les épaules de Lisbon. Il la traversait de ses yeux bleu-verts. Van Pelt, Cho et Rigsby regardaient la scène entre amusement et étonnement.
- Teresa… Teresa… Jane parlait d'une voix douce et réconfortante… Je veux que vous vous calmiez… Je veux que vous écoutiez ma voix…
- Jane… si vous essayez vos trucs d'hypnotiseur, ça ne marchera pas sur moi…
- Chuuuuutt…Teresa… Cet homme… Tulsa… n'est peut-être pas celui que vous cherchez mais il nous cache quelque chose…
Jane lâcha Lisbon et mis ses mains derrière son dos en reprenant normalement.
- De plus, il porte le nom d'une ville… Tulsa… pffr… Son arrière grand-père cherchait probablement du pétrole en Oklahoma et possédait en tout et pour tout qu'un âne et une cafetière… on ne peut pas faire confiance à quelqu'un qui porte le nom d'une ville… et se tournant vers reste de l'équipe, il ajouta… vous feriez confiance, vous, à quelqu'un qui s'appellerait Paris, par exemple ?
Jane alla se coucher sur son divan fétiche…
Lisbon était désarmée, mieux, elle était désamorcée. Elle ne savait plus quoi dire…
Tout le monde revint à son bureau, le sourire au coin des lèvres.
Lisbon reprit sa consistance de chef et frappa dans ses mains…
- Bon… oui… enfin… la récré est finie… Jane ? Dernier avertissement…
Jane leva le bras pour acquiescer. Lisbon continua.
- Van Pelt ? Rigsby ? La journée a été longue pour tout le monde… votre affaire ? De quoi il retourne ?
Rigsby fit un signe à Van Pelt. A elle l'honneur.
- Jeremy Davis, 38 ans. Un randonneur l'a trouvé sur un petit chemin pas très loin d'une route – Van Pelt lança un nouveau regard à Rigsby qui lui sourit de toutes ses dents -, en libération conditionnelle depuis quelques mois. On a appelé son contrôleur. Il se tient à carreau.
- Pour quels faits était-il en prison ? Demanda Cho.
Rigsby ouvrit sa copie du dossier.
- C'est pas un casier qu'il a, c'est un véritable CV : cambriolages, vols, recels en tout genre… La dernière peine c'était pour vol avec violence… on dirait même qu'il a visité toutes les prisons du Sud du pays…
- De quoi est-il mort ? La question venait du divan.
- Cà, c'est la cerise… d'habitude, ce genre de criminel finit avec une balle dans le buffet… lui, il a fait un arrêt cardiaque dû à plusieurs piqûres de poison… mais il faut que la toxico confir… Rigsby s'interrompit.
Cho s'était levé, Lisbon avait reposé le dossier qu'elle venait de récupérer.
- Ben quoi ? Qu'est-ce que j'ai dit ? Vous en faites une tête…
- Les piqûres ? Dans le cou ? Demanda Lisbon.
- Oui, essentiellement dans le cou mais aussi à l'intérieur du bras…
- Patron ? Van Pelt s'était approchée de Lisbon. Ca va ?
Jane s'était assis sur son canapé. Il demanda.
- Cela ne veut quand même pas dire qu'on travaille sur la même enquête ?
