Disclaimer : voir premier chapitre

Relecture efficace effectuée par Dacian Goddess.

4. Le décret de Scrimgeour.

Le plus jeune des garçons Weasley est venu traîner ses misérables guêtres au magasin en fin d'après-midi. Il a déambulé dans les rayons, regardant et manipulant les produits d'un air absent. Enfin, c'est ce que j'ai entendu dire par mes employeurs, car depuis mon laboratoire, on ne voit que le ciel à travers le velux. Voilà à quoi ils sont payés au Ministère, pendant que je finalise la potion palmipède, qui devrait donner à ceux qui l'avalent des mains palmées pendant une demi-heure. Weasley et Weasley envisagent de la glisser dans des cookies.


Il semble que la mère Weasley ait réussi à tirer les vers du nez à son fils hier. Il aurait passé les tests de la Yenta avec Granger, et il n'aurait que vingt pour cent de compatibilité avec elle. Honnêtement, il n'y avait pas besoin de la Yenta pour savoir cela. Même McGonagall (paix à son âme) le clamait déjà dans la salle des professeurs, lorsqu'elle était encore en vie et moi enseignant. Si j'avais su cela hier, je serais descendu de mon laboratoire pour le narguer un peu, le rouge colère lui va si bien. Bon, revenons à ma nouvelle commande : créer un vernis à ongles qui change de couleur à la demande.
Je suffoque de rage devant la Gazette du Sorcier étalée sur ma table de cuisine et le parchemin portant le sceau ministériel posé à côté du canard. Je n'ose pas croire que ce saligaud de Scrimgeour ait fait cela. Il veut me priver de mon gagne-pain, je suis sûr. Le gros titre du journal est « Le dernier décret anti-Mangemort. » Le parchemin m'apprend ce qui m'attend.

« Monsieur Snape,

En vertu du décret 00/25 du 19 février 2000, il vous sera interdit, ainsi qu'à toute personne ayant été associée à Lord Voldemort, d'avoir accès aux substances et ingrédients de potion suivants à partir du 1er avril 2000 :

- Peau de serpent d'arbre du Cap,

- Venin d'Acromentula,

- Poudre de corne de Bicorne,

- Aconite,

- Achillée sternatutatoire,

- Armoise.

Les exceptions acceptées par le Ministère sont :

- Raison de santé. Fournir un certificat médical de Ste-Mangouste précisant les substances nécessaires à vos soins au bureau des Aurors.

- Souffrir d'une condition particulière, notamment celle de loup-garou. Fournir tout justificatif (certificat d'enregistrement au Département de contrôle et de régulation des créatures magiques par exemple) précisant quelles substances sont nécessaires pour prendre soin de cette condition au bureau des Aurors.

- Avoir charge de famille. Présenter une attestation de votre employeur certifiant que vous devez travailler avec ces substances et ingrédients de potion, et tout élément indiquant que votre revenu est indispensable pour soutenir votre famille (relevés de compte bancaire, fiches de paie des membres de la famille, etc.) au bureau des Aurors.

Salutations respectueuses,

Dolorès Ombrage, sous-secrétaire au Département de la justice magique. »

Jamais Ste-Mangouste ne me délivrera un certificat médical de complaisance ; je ne souffre d'aucune condition particulière, et surtout pas celle de loup-garou, et je n'ai aucune charge de famille. La plus simple des trois solutions serait de trouver une femme qui ne travaille pas, mais en quarante jours seulement ? Et est-ce que mon emploi vaut la peine de perdre ma liberté ?


Il a bien fallu que je soulève la question auprès de mes employeurs. Contrairement à ce que j'attendais, ils n'ont pas du tout ri.

—Flûte ! s'est écrié George Weasley. Nous ne pouvons laisser faire cela. Notre plan de développement de notre activité ne peut se passer de votre présence dans notre entreprise.

Voilà une information que je pourrais utiliser contre eux à l'avenir, si j'ai un avenir. Ils m'indiquent de reprendre le travail pendant qu'ils réfléchissent à une solution. J'aurais dû me méfier d'une solution Weasley.


George Weasley m'a tendu un parchemin en fin d'après-midi : un rendez-vous pour passer les tests de la Yenta Livery Company après-demain, sur mon temps de travail, autrement dit sur ordre de mes patrons, mais aussi à leurs frais.

—Vous êtes tombés sur la tête ? Qu'est-ce qui vous fait penser que je tiens à ce travail au point de me marier pour le garder ?

—Allons, Snape, vous ne trompez personne.

L'éclair malicieux qui traverse ses yeux me fait frissonner tant il est malfoyen.

—Vous savez bien que personne d'autre que nous n'acceptera d'employer un ancien Mangemort, aussi absous soit-il. Et que ferez-vous au chômage ? De plus, nous vous proposons une augmentation de salaire de dix pour cent pour faire face à la charge supplémentaire que constituera une épouse.

Je fais semblant de réfléchir, mais en fait, j'étais déjà parvenu aux mêmes conclusions par moi-même. Et l'augmentation de salaire est une belle surprise. Voyons un peu jusqu'où cela peut aller.

—Trente pour cent .

—Quinze pour cent .

—Vingt pour cent .

—Accepté !

Il me sourit largement.

—Vous nous inviterez aux noces, dites ?

Je lui jette un regard mauvais—non mais, de quoi se moque-t-il ?—et je rentre chez moi.


—Bonjour, monsieur, me dit l'hôtesse de la Yenta Livery Company d'un ton sirupeux, celui que les gens emploient lorsqu'ils m'ont reconnu et essaient de m'amadouer de peur que je ne les torture ou les menace.

Je lui remets le parchemin portant mention du rendez-vous sans répondre.

—Suivez-moi, si vous voulez bien, monsieur Snape.

Je me retrouve dans une petite pièce où trône dans un coin la fameuse machine généamourologique, celle qui fait la réputation de la Yenta et qui ressemble tant à un orgue de barbarie. Elle me remet les tests, m'explique brièvement comment procéder, et me laisse seul.

J'ai l'impression de me mettre à nu. Certaines questions sont très personnelles, et même en mon for intérieur, je n'en ai jamais formulé la réponse. Je n'ai jamais voulu savoir si j'aimais mes parents. Heureusement, il y a la case « je ne sais pas. » Et de quel droit me demandent-ils si je souffre de maladies sexuellement transmissibles, si j'aime les ménages à trois ou plus, ou si j'attire les compliments en société ? Le pire est qu'ils font signer un contrat magique à leurs clients afin de les forcer à répondre aux questions avec sincérité. C'est cela ou retourner à Azkaban, je n'ai jamais eu à faire face à un tel dilemme. Je finis par choisir la sincérité ; je me dis que de toute façon, la seule personne qui lira jamais mes réponses est la machine.

Après une heure de cet enfer commence l'attente du résultat. Et si personne n'était suffisamment compatible avec moi ? Cela ne m'étonnerait pas, tiens. Que pourrais-je faire pour contrer ce dernier décret à la noix ? J'ai prouvé mon innocence, non ?

—Le résultat est là, monsieur Snape.

La voix de l'hôtesse me ramène dans le présent. Je n'avais même pas remarqué que j'étais debout et que, selon toute apparence, j'ai passé le quart d'heure d'attente à faire les cent pas. L'hôtesse a le bon sens de ne pas sourire. Je vois le carton vert qu'elle tient à la main. Elle devine ma question silencieuse.

—Nous avons trouvé trente-huit sorcières à plus de quarante pour cent de compatibilité, monsieur Snape, dont trois à plus de soixante-dix pour cent . Voulez-les vous rencontrer certaines d'entre elles ?

—Que pouvez-vous me dire des trois à plus de soixante-dix ?

Si je dois me passer la corde au cou, autant qu'elle soit en soie.

—Celle qui a le plus grand score a quatre-vingt-dix pour cent de compatibilité avec vous, et est immédiatement disponible pour le mariage…

Je ne la laisse pas aller plus loin. Quatre-vingt-dix pour cent de compatibilité est un taux quasiment inégalé pour autant que je sache, et une sorcière disponible de suite est exactement ce dont j'ai besoin.

—Je veux rencontrer celle-là.

Ses yeux s'arrondissent.

—Certainement, monsieur. Nous avons à votre disposition des salons privés pour ce genre de chose. Cela permet à nos clients de faire connaissance sur un terrain neutre.

—Envoyez-lui un hibou, je veux la rencontrer demain soir.

—Peut-être serait-il préférable de lui laisser une journée de plus. Vous savez, une sorcière a toujours besoin de se préparer avec soin avant de rencontrer un prétendant.

Et un sorcier aussi. Si je dois convaincre une femme de m'épouser avant le premier avril, je ferais bien de me documenter sur comment on courtise une femme. Ce ne devrait pas être très différent du Seigneur des Ténèbres, mais cela ne fait pas de mal de s'en assurer.

—Très bien, après-demain soir, dans un de vos salons, à dix-sept heures.