Playlist du chapitre :

With Or Without You, U2, U218 Singles.

Highway To Hell, AC/DC, Highway To Hell.

Des Hauts Des Bas, Superbus, Pop'n'Gum.

La Confession, Manau, Panique Celtique.

Woman In Chains, Tears For Fears, Gold.


IV.

L'absence de Sacha dura un long moment. Trop long. Quand il ouvrit la porte, Ondine, sur les marches, ne réagit même pas. Elle était totalement happée dans ses pensées.

Les cinq ans du décès de ses parents approchaient bien plus vite qu'elle ne l'aurait cru. Elle avait pensé ne pas arriver à survivre à ça, qu'elle ne pourrait jamais plus supporter de rire et petit à petit, elle avait fait son deuil. Elle avait continué à vivre avec ce vide en elle, sans eux. Elle avait d'abord évité de penser à ce 23 décembre 2005. Elle avait enfermé dans une petite boîte l'image de la voiture de ses parents, percutée à pleine vitesse par un chauffard ivre mort, les tonneaux et les hurlements d'horreur qu'elle avait poussés, la voiture aplatie et son père qu'elle aimait tant dedans, son père qui lui avait fait tant de promesses qu'il ne pourrait pas tenir dedans, et elle avait jeté la petite boîte quelque part au fond d'elle, pour ne pas se laisser submerger par tout ça.

Les choses avaient tellement changé depuis que Violette était devenue la matriarche de la famille. Lily, à elle seule, montrait à quel point la famille s'était transformée. Elle avait cessé de rire. Ça faisait cinq ans qu'Ondine n'avait pas entendu sa petite sœur rire aux éclats, qu'elle ne l'avait pas vue courir dans les couloirs, poursuivie par son père tout aussi hilare qu'elle. Ça faisait cinq ans qu'être une Waters n'était plus drôle, en somme.

C'était peu de temps après la mort de ses parents qu'Ondine avait orienté sa passion pour les voitures vers les sportives de luxe. Elle se doutait bien que ce n'était pas sans rapport, que c'était une façon de compenser, de déjouer le sort, d'exorciser la mort cruelle de ses parents.

Elle essuya une larme qui roulait sur sa joue et renifla profondément. Un raclement de gorge la sortit de ses pensées.

—Quoi ? lança-t-elle, agressive.

—Si tu pouvais éviter de pleurer sur les marches de chez moi, ça m'arrangerait. J'aurais pas à faire semblant de te consoler. Sinon, je vais devoir poser amicalement ma main sur ton dos et je ne suis pas sûr que tu aies envie qu'on ait un contact aussi intime.

Ondine sourit entre ses larmes en voyant la grimace comique du visage de Sacha qui sourit vaguement avant de lui faire signe de se lever.

—Allez, viens. Plus vite on sera partis, plus vite on sera revenus.

Ils montèrent dans la voiture et se bagarrèrent quelques minutes sur la station radio à écouter. Sacha trancha en laissant le lecteur avaler un CD piraté qui diffusa un vieil album d'AC/DC. Ils restèrent silencieux, Ondine se désespérant de la platitude des riffs entraînants de ce groupe. L'album, Highway To Hell, était le dernier qu'avait chanté Bon Scott. Elle grimaça presque de honte en voyant Sacha se garer devant l'hôtel particulier, alors que le portier haussait un sourcil inquisiteur, cherchant qui sortirait de l'épave ne roulant que grâce à une intervention divine. Elle ouvrit la portière et Sacha sourit.

—Bon, ben, tu te souviens du chemin pour revenir chez moi ?

—Tu me lâches comme ça ?

—T'as plein de jolies voitures dans ton garage, sourit Sacha en plissant son nez, tu n'as pas besoin de moi. Et de toute façon, j'ai une conversation à finir avec Flora. Bien plus importante qu'attendre dans la voiture que tu daignes te bouger les fesses – que tu as grosses, d'ailleurs – pour revenir.

Ondine claqua la portière en ignorant la réflexion moqueuse.

—Tu as raison, ça risque de prendre du temps, je dois changer de fringues, aussi. Pour les tiennes, tu as une préférence ? Je les brûle à sec ou je rajoute de l'essence ?

—Kérosène. C'est plus volatile. Tu pourrais te brûler sévèrement avec, c'est un extra que j'adorerais.

Ondine lui tendit son majeur avant de se détourner, mettant son sac en bandoulière sur son épaule droite, se passant la main sur la nuque. Elle salua le portier qui portait la livrée des domestiques de l'hôtel particulier Waters, puis pénétra dans le hall, se dirigeant vers le petit appartement de Lucario. Elle tapa à la porte et attendit que la voix sèche l'invite à entrer, ce qui arriva quelques secondes après. Elle ouvrit le battant et adressa un pauvre sourire au vieil homme.

—Bonjour, Luca…

—Mademoiselle Ondine, répondit-il sèchement.

—Je suis confuse…

Le vieux maître d'hôtel fit claquer sa langue pour l'interrompre avant de se lever de son bureau dans un geste plein de fougue pour quelqu'un de son âge. Il se plaça à la hauteur d'Ondine et lui jeta un regard profondément triste.

—Au moins, vous avez épargné à mes vieux yeux le spectacle minable et navrant de votre pauvre carcasse rampant dans l'escalier. Enfin, le jeune Sacha m'a épargné ce spectacle. Il est vraiment formidable, ce jeune homme. D'une droiture exceptionnelle.

—Exceptionnellement con, oui, bougonna Ondine dans sa barbe.

Cependant ses mots n'échappèrent pas à Lucario qui fusilla Ondine de ses yeux bleu turquoise. Il tendit une main parcheminée pour enfoncer un doigt vindicatif dans l'épaule de l'héritière qui recula sous la fureur du maître d'hôtel.

—Ce genre de mots n'a rien à faire entre les lèvres d'une future présidente. Quant à son emploi pour évoquer le jeune Sacha, je me contenterai de vous dire que le « con » dont il s'agit a tout de même pris sur son temps de sommeil pour ramener votre véhicule et me rassurer sur votre état de santé. Ce n'est pas votre cas. La Jeunesse Dorée perd toute sa crédibilité, face à lui. L'auriez-vous fait, vous, si les situations avaient été inversées ?

Ondine baissa la tête, mortifiée. Non, elle ne l'aurait pas fait.

—Vous critiquez vivement mesdemoiselles Violette et Daisy, mais vous n'êtes guère plus raisonnable. Votre père a peut-être eu tort de vous confier la Waters…

—Non ! s'exclama Ondine en reculant vivement et en relevant les yeux. Non ! Papa a bien fait de me confier la Waters, je saurai en prendre soin…

—Comme vous prenez soin de vous, mademoiselle ? Avez-vous pensé à votre traitement ?

—Je… Je ne l'ai pas pris ce matin, je le prendrai ce midi.

Ondine baissa les yeux et sourit.

—Et je passerai chez le fleuriste, pour ramener des fleurs à madame Ketchum. Un énorme bouquet de Lys blancs, ceux que Papa adorait. Et une bouteille de Pétrus. Non, du champagne. Qu'est-ce que vous en pensez ?

—Offrir de l'alcool alors qu'ils vous ont subie à cause de lui ? Préférez les chocolats. Vous déjeunez là-bas ?

—Oui. Je suis juste venue me changer. Et… Je viens récupérer Lily, aussi. Elle est conviée à la table de madame Ketchum.

Lucario sentit son regard s'animer d'une lueur appréciatrice. Ça faisait tellement longtemps que mademoiselle Lily n'était pas sortie qu'elle en serait toute euphorique. Surtout que le temps était magnifique et qu'elle adorait la mi-octobre. C'était pour la jeune femme le moment idéal pour s'amuser. Allez savoir pourquoi. Le maître d'hôtel observa Ondine se détourner pour gravir les escaliers et appeler sa sœur d'une voix guillerette :

—Lily ! Lily ? Où es-tu ?

Ondine se glissa dans la chambre de sa sœur et la retrouva devant un livre de coloriage, tournant ostensiblement le dos à sa cadette. Lily, une femme blonde comme les blés en dépit de son âge, s'habillait avec des robes pleines de volants, de préférence sans décolleté parce qu'elle n'aimait pas sa poitrine. Elle attrapa un crayon d'une autre couleur et tourna la tête quand Ondine voulut l'embrasser.

—Tu n'es pas rentrée hier. J'ai eu peur.

—Je suis désolée, Lily, je suis restée chez un copain, je ne me sentais pas bien.

—Tu aurais pu appeler, bouda Lily en donnant un coup de crayon qui dérapa alors qu'elle se jetait au cou d'Ondine qui tomba à la renverse et se rattrapa de justesse sous le poids de sa sœur. J'ai cru que tu n'allais pas rentrer comme Papa il a fait.

Ondine caressa longuement les cheveux de sa sœur, avant de finalement répondre.

—Si je pars sans te prévenir, Lily, je rentrerais toujours. Je mettrais du temps, peut-être, mais je rentrerai toujours. Je ne veux pas te laisser toute seule. D'accord ?

Lily hocha la tête et essuya ses larmes et écarquilla des yeux tristes en voyant Ondine sortir, attrapa de nouveau son sac.

—Tu restes pas plus ?

—Je vais changer de vêtements. Ceux-là ne sont pas à moi.

—C'est des vêtements de garçon, commenta Lily en attrapant de nouveau son crayon.

—Oui.

Ondine savait que sa sœur n'avait même pas entendu sa réponse, s'étant replongée dans son dessin. C'était un portrait de famille. Malgré son retard mental, Lily s'avérait exceptionnellement douée en dessin. Pour lui faire plaisir, il suffisait de lui acheter des pinceaux, des feutres ou du papier à dessin.

Ondine sortit de la chambre de sa sœur pour rejoindre la sienne, situé à l'autre bout du couloir. Elle soupira en jetant un œil à son reflet. Elle se répugnait à l'idée de changer de pantalon, elle aimait vraiment beaucoup celui-là. Hésitant quelques instants, elle choisit le garder – les déchirures étaient naturelles, ça sentait le pantalon qui avait été usé jusqu'à la corde, un style vintage qu'aucun styliste ou couturier n'était capable de reproduire – mais elle ôta la chemise à regrets – ce garçon sentait vraiment trop bon, pour un connard pareil – avant de la troquer contre un débardeur cintré aux motifs psychédéliques. Elle s'observa dans la glace et grimaça, avant d'observer son postérieur.

—Mais qu'est-ce que je fais ? pesta-t-elle. Je donne raison à ce sale con en vérifiant ! Je n'ai pas un gros cul !

Elle regarda tout de même et hocha la tête, concluant qu'elle n'avait pas de grosses fesses, vérifia malgré tout une dernière fois, avant d'attraper son sac et de passer à la salle de bains, récupérer son traitement du midi. Elle revint dans sa chambre et décrocha le téléphone en forme de banane qui était sur son bureau – un cadeau d'Aurore, le premier anniversaire qu'elles avaient fêté ensemble – pour demander à Luca de faire préparer les médicaments de Lily. Quand ce fut fait, elle repassa par la chambre de Lily et sourit.

—Tu viens, ma belle ?

—Où ça ?

Lily tourna la tête vers sa sœur d'un air triste. Elle savait très bien qu'elle ne sortait que pour partir en voyage ou pour aller faire des examens à l'hôpital. Et elle détestait les docteurs, ils étaient méchants avec elle. Ondine sourit.

—On va manger chez le copain où j'ai dormi cette nuit.

—Toutes les deux ? demanda Lily.

—Oui, toutes les deux, approuva Ondine en savourant la joie enfantine qui se peignait sur le visage de sa petite sœur.

Lily sautilla avant de se précipiter sur sa caisse à jouets et son cabas en osier, qu'elle prenait avec elle pour voyager. Elle y jeta deux Barbies, avant de les enlever, pour n'en remettre qu'une, poser une peluche, son doudou, ses cartes Monstruos – cette série à succès planétaire, dont tous les gosses s'arrachaient les cartes à jouer, le principe étant de faire combattre entre eux des monstres qui changeaient d'apparence et de technique de combats en montant en niveau – dont elle ne se séparait jamais, puis elle regarda sa sœur.

—Tu crois qu'il a une balançoire ?

—Je ne sais pas. Tu demanderas en arrivant.

—Mais… Ils vont me regarder comme si j'étais un monstre, non ?

Ondine secoua la tête et serra sa sœur dans ses bras. Elle espérait que non. Mais tout devrait bien se passer. Il n'y avait aucune raison que quelque chose se passe mal.


Ondine serra le frein à mains en prenant bien soin de se garer juste derrière la Ford de Sacha pour le paralyser un maximum – et donc le faire chier, cela va de soi – avant de descendre de la Mini pour en faire le tour et ouvrir la portière de Lily, pour la détacher. Lily regardait la façade blanche du petit pavillon Ketchum d'un air émerveillé. C'était sans doute la première fois qu'elle voyait une si petite maison en vrai. L'aînée s'exclama, des étoiles brillant au fond de ses prunelles :

—On dirait la maison de mes Barbies !

Souriant et se retenant de rire, Ondine attrapa la main de sa sœur pour lui confier l'énorme bouquet de fleurs qu'elles avaient choisi ensemble.

—Tiens, Lily. Tu le donneras à la Maman de Sacha, de notre part à toutes les deux, d'accord ?

Lily hocha la tête et Ondine sonna à la porte. Quelques secondes après, Sacha leur ouvrait d'un air vraiment ennuyé et Lily s'approcha de lui.

—Bonjouuuuur ! dit-elle. C'est toi, le garçon que ma sœur elle dit que t'es un vilain mot que Papa il la gronderait ?

Ondine fit les gros yeux à sa sœur avant de rougir et Sacha eut un immense sourire.

—Ça dépend. C'est quoi, le vilain mot ?

Lily pinça les lèvres, son air sévère étant un peu contrebalancé par le bouquet de fleurs qui commençait déjà à parfumer la maison. Elle regarda rapidement Ondine qui secoua la tête.

—Ben, j'ai pas le droit de te dire. Tu es joli, pour un garçon.

Sacha s'empourpra et bougonna, tandis qu'Ondine refermait la porte derrière elle. Lily était déjà partie dans l'exploration de la maison. Elle trouva rapidement la cuisine et Ondine s'éclaircit la gorge.

—Je suis… désolée, dit-elle à Sacha qui reprenait ses couleurs.

—Je devrais m'en remettre. Personne n'est mort d'un compliment, héritière. Je suis juste… mal à l'aise avec ça.

Ondine n'eut pas le temps de répliquer, entendant sa sœur dire de sa petite voix qui ne présageait rien de bon « Oooooh ! ». Elle écarquilla les yeux et contourna Sacha, se précipitant dans la cuisine en disant :

—Lily, quoique ce soit, n'y touche pas !

—Ne vous inquiétez pas, Ondine, sourit Délia, installée devant le piano, un tablier noué autour des hanches pendant que Flora équeutait des fraises. Il n'y a rien de dangereux dans la cuisine. La seule chose qu'elle risque, au pire, c'est se couper. Mais ce n'est pas dramatique.

Et de toute façon, constata Ondine, ce n'est pas un couteau qui avait attiré l'œil de sa sœur. Lily contemplait le frigidaire, sur lequel étaient fixées des cartes Monstruos.

—Dites, dites, demanda Lily, elles sont à qui, ces cartes Monstruos ?

—À moi, répondit Sacha en levant une main, pourquoi ?

—Celle-là, dit Lily en attrapant une carte représentant un Monstruo bleu avec une crête sur la tête et des nageoires orange sur les joues, c'est Gobou. Et je l'ai pas. Tu me l'échanges ?

—Lily, soupira Ondine, Sacha n'a certainement plus de cartes…

Mais Sacha s'approchait déjà de Lily pour la tirer par la main, les yeux pleins d'étoiles lui aussi.

—Oui, j'ai plein de doubles ! Viens avec moi, je vais te montrer !

Entraînant la blonde derrière lui, tandis qu'elle faisait le point sur sa collection, Sacha piqua une fraise dans le saladier, se faisant taper sur la main par Flora qui grogna que ça ne se faisait pas. Il lui tira une langue couverte de fraise, faisant pouffer Lily et ils disparurent dans l'escalier. On ne les revit plus, jusqu'à ce que Délia s'approche de l'escalier pour dire que le déjeuner était prêt.

—Allez, les enfants, descendez, sinon, ça va être froid !

Flora en profita pour tendre des assiettes et des couverts à Ondine qui écarquilla les yeux.

—Euh… Et j'en fais quoi ?

—Ben… Tu vas les installer dans la salle à manger… Tu mets la table, quoi. Ici, la répartition des tâches concerne même les invités. Ça leur permet de se mêler plus facilement à la petite vie de famille de Sacha et sa mère.

—Je… Je n'ai jamais fait ça de ma vie…

Flora éclata de rire et certifia que ce n'était pas dur. Elle accompagna Ondine dans la pièce à côté où elle montra comment on mettait la table, tandis que Délia réitérait son appel, un immense sourire imprimé sur ses lèvres. N'entendant toujours pas de bruit provenant de la chambre de Sacha, elle se tourna vers Flora :

—J'ai l'impression de revenir dix ans en arrière, quand Sacha, Régis et toi passiez des heures enfermés dans cette chambre, en faisant semblant de pas entendre les appels. SACHA ! LILY ! DESCENDEZ TOUT DE SUITE OU C'EST MOI QUI MONTE !

Des bruits de pas précipités se firent entendre et délia s'écarta des escaliers en voyant deux gamins vêtus de capes de fortunes faites avec des draps de bains s'affronter à grands coups d'épée-feutre. Il semblait évident, au vu de l'arc-en-ciel qui décorait le visage de Sacha que c'était lui qui perdait. Lily porta un coup d'estoc qui colora le nez du garçon en pourpre, le faisant loucher. Lily résista quelques secondes puis elle éclata de rire, alors qu'il semblait outré. Il la poursuivit autour de la table de la salle à manger, tandis qu'Ondine semblait comme transpercée par la foudre. Elle regarda Sacha plaquer Lily sur le canapé, pour la chevaucher et la chatouiller la faisant encore plus rire et Ondine n'essuya pas la larme qui roulait sur sa joue. Elle la laissa couler, ne voulant pas gâcher cette larme de pure émotion et de bonheur. Lily riait. Sacha faisait rire Lily.

Quelque part, alors qu'elle observait le visage hilare de sa sœur aînée et celui barbouillé de Sacha, elle se demanda si la comparaison qu'elle avait utilisé plus tôt, en personnifiant la famille Waters en Lily n'était pas vraie. Sacha ferait peut-être de nouveau rire de bonheur toute la maisonnée, peut-être était-il ce renouveau que tout le monde espérait depuis cinq longues années. Elle secoua la tête avant de se mettre à table, alors que Lily et Sacha les rejoignaient, toujours aussi hilares. Ondine demanda à sa sœur :

—Alors, tu as pu faire des échanges ?

—Ouiiiiiii ! Sacha, il a plein…

—Avait…

—Il avait plein de cartes, reprit Lily sans faire attention à l'interruption, que j'avais pas. Du coup, j'en ai plein ! Si j'avais des copines, elles seraient jalouuuuuuuses ! Misty… Pourquoi tu pleures ? Tu as mal quelque part ?

Ondine se mordilla les lèvres quelques secondes avant de se lever et de serrer sa sœur contre elle, un immense sourire éclairant son visage.

—Oh non, ma Lily, c'est la première fois depuis longtemps que je n'ai mal nulle part. Ça m'avait tellement manqué… Tellement manqué…

—Je… Mais je ne comprends pas. Tu es sûre que tu n'as mal nulle part ?

Ondine éclata de rire et Sacha sentit son cœur se serrer. Lui non plus ne comprenait pas vraiment pour l'héritière pleurait et riait en même temps serrant une Lily perdue contre sa poitrine, mais il sentait que cette scène de famille avait une importance capitale. Ondine essuya ses larmes et s'installa de nouveau à table, lançant un regard à Sacha qu'il ne put interpréter, tandis que Flora et Délia échangeaient un regard entendu.

—J'ai raté quelque chose ? demanda Sacha d'une voix naïve. Vous avez toutes les têtes de quelqu'un qui sait quelque chose que j'ignore et je n'aime pas ça.

—Alors tu ne dois pas aimer grand monde, commenta Ondine d'une voix moins acerbe qu'elle l'aurait voulu, parce que des gens qui en savent plus long que toi, on en trouve énormément.

Je t'emmerde l'héritière.

—Sacha, avertit Délia d'une voix menaçante.

—Oui ma maman chérie que j'aime ?

Délia lui lança un regard surpris avant de servir tout le monde.

—Euh… Non, rien.

Ils déjeunèrent tranquillement, parlant de tout et de rien, écoutant beaucoup Lily qui babillait joyeusement sur son quotidien à la résidence Waters, tandis qu'Ondine rejetait cinq ou six appels émanant de Violette. Elle se réjouissait d'avoir mis son téléphone sur le vibreur. Elle se concentra de nouveau sur ce que racontait sa sœur, son portable signalant le sixième message vocal déposé sur son répondeur.

—Et puis, Misty, elle le sait pas, mais ce matin, quand je suis allée dans la salle de musique, j'ai fait tomber sa guitare.

Ondine tourna vivement la tête vers sa sœur.

—Laquelle ? Si tu as abimé la basse que Papa m'a offert…

—Non, t'inquiète pas, je sais très bien que j'ai pas le droit de toucher à tes basses… C'est ta guitare que j'ai fait tomber. Tu sais, la bleue.

—T'as fait tomber ma Stratocaster ?

Ondine avait blanchi et se passait une main angoissée sur le visage. Certes, elle ne jouait plus de guitare depuis un moment, mais tout de même, ce n'était pas une raison. Elle y tenait à sa guitare.

—Non, je plaisante, continua Lily. C'est la guitare sèche que j'ai fait tomber.

—Elle était en haut d'une étagère.

—Je sais. Le manche s'est cassé en deux.

—Arrrrrrg, gargouilla Ondine.

Elle se força à respirer normalement, plongea dans son sac, attrapa un petit tube, sortit une gélule, hésita, puis en attrapa deux qu'elle goba avant d'avaler une grande gorgée d'eau.

—Ça va me coûter une fortune chez un luthier, c'était une guitare de collection, Lily. Qu'est-ce que tu faisais dans la salle de musique ? Tu n'as pas le droit d'y aller.

—Je m'ennuyais.

—Ce n'est pas une raison, Lily !

La voix sèche d'Ondine claqua dans la salle à manger des Ketchum et tout le monde autour de la table se recroquevilla.

—Tu sais très bien que tu es maladroite, tu n'avais pas à aller là-bas ! Tu aurais pu te faire très mal ! Ou pire ! Tu aurais pu abimer ma Fender !

—Est-ce vraiment si grave que ça, commenta Sacha en recueillant Lily dans ses bras, si elle abime ta Fender ? T'es riche à millions, t'auras juste à la faire réparer.

—C'est une basse que mes parents ont achetée à Michael Balzary. C'est un cadeau de mon père. Oui, c'est grave si une maladresse la casse.

Sacha se tut et s'inclina. Il comprenait très bien. Lui-même tenait à ses baguettes comme à la prunelle de ses yeux et il ne s'en séparerait même pas pour une question de vie ou de mort. Ondine sembla se calmer et regarda Lily.

—Bon. Il n'y a pas mort d'hommes. J'appellerai à la maison tout à l'heure et je dirai à Luca d'envoyer quelqu'un chercher les morceaux de la guitare et de l'amener chez mon luthier. En attendant, finis ton assiette, Lily. Et lâche ce pauvre Sacha, tu dois l'étouffer.

—Désolée, s'excusa la grande enfant en lançant un regard perdu à son copain de jeu.

—Quant à toi, reprit Ondine en s'adressant au seul garçon de la pièce, n'oublie pas qu'on a un défi sur le feu. Tu dois aller en cours à ma place, cet après-midi.

—Je sais. Je me prépare mentalement. Harvard, c'est loin d'ici ?

—Je te déposerai. Tu n'auras qu'à dire que tu es mon secrétaire et que je suis retenue loin d'ici pour des raisons familiales.

—Si ça peut te faire plaisir, grommela Sacha d'un air peu convaincu.

Flora soupira de bonheur.

—Je vais pouvoir en profiter pour…

—Flora… avertit Sacha d'une voix basse.

—Voir Drew, termina-t-elle outrée. À quoi tu pensais ?

—Je te connais.

Délia, pendant ce temps, débarrassait les assiettes, aidée par Ondine qui faisait tout ce qu'elle pouvait pour ne pas avoir l'air trop perdu dans une cuisine. Alors qu'elle déposait des verres sur le piano, Délia posa une main sur son bras.

—Voulez-vous que je garde Lily ?

—Oh, je ne veux pas vous embêter avec ça, elle va venir avec moi pour récupérer Daisy…

Délia secoua la tête d'un air décidé.

—Une enfant n'a rien à faire dans un poste de police. Vous n'aurez qu'à passer la prendre quand vous aurez fini… De toute façon, je ne suis pas en train de vous laisser le choix, Ondine.

Ondine fronça les sourcils. Elle détestait qu'on lui donne des ordres de cette façon. Elle s'apprête à répondre quand Délia fit claquer sa main sur la table d'un air impérieux qui fit taire Ondine avant même qu'elle ne puisse prononcer le moindre mot.

—Héritière ou pas héritière, milliardaire ou pas milliardaire, vous n'êtes qu'une enfant. Et regardez-vous, alcoolique, sous antidépresseurs – mon fils a pris les mêmes à une période, sans qu'il ne le sache, je sais reconnaître le Déroxat. Je sais bien que vous ne pouvez pas déroger aux obligations qui vous incombent. Mais si je peux vous décharger, même juste un peu, de la pression qui pèse sur vos épaules, je le ferais.

—Pourquoi ? Vous ne me semblez pas stupide, vous devez bien voir que Sacha et moi nous détestons.

Délia sourit en rangeant dans le frigo la bouteille de ketchup, feignant de ne pas voir l'émotion qui traversait Ondine. Cette dernière était heureuse de voir que quelqu'un, quelque part, la considérait encore comme une adolescente et non pas juste comme une milliardaire aux pleins pouvoirs. Ça la soulageait un peu. Elle se déplaça jusqu'à Délia qui commençait la vaisselle pour l'aider en essuyant ce qui était propre.

—Tout en haut du placard, les assiettes, ma chérie, reprit Délia. Vous savez, il ne s'agit pas de haine, ou d'amour, de mépris ou de respect. Sacha est tout ce qu'il me reste depuis la mort de son père. Il a traversé une mauvaise période dont les conséquences ont été dramatiques. Je vous épargne les détails du quotidien d'une famille de toxicomane. J'ai été heureuse quand il s'est sorti de là. Ça a été très dur, les crises de manque sont un Enfer et mon cœur de mère s'est brisé à de nombreuses reprises… Le voir tremblant, gelé jusqu'à l'os même en plein été me suppliant de le laisser arrêter de souffrir comme ça, me suppliant de le laisser retourner chez son dealer, lui qui ne supplie jamais, l'avoir en larmes dans mes bras…

Délia se tut et tourna la tête vers Sacha qui s'amusait encore avec Lily, Flora les ayant rejoints dans ce combat au feutre qu'ils menaient, pour savoir qui des trois était le plus fort. Les deux filles s'alliaient visiblement pour peindre l'entièreté du visage de Sacha dans des couleurs toutes les plus vives que les autres et Ondine remarqua le contraste puissant entre cette scène et ce que lui racontait la mère de famille d'une voix brisée.

—La remontée de la pente passe toujours par une descente aux Enfers. Sacha a tiré tout son entourage avec lui dans sa chute. Flora, Max, Richie, Jacky… Ils ont été là pour l'épauler et le soutenir, il y en avait toujours un d'eux à la maison pour nous tenir compagnie, pour m'aider à gérer mon fils. Puis les crises se sont espacées. Un jour, il est venu me voir avec un immense sourire et m'a dit : « Maman, c'est fini. » Le plus beau jour de ma vie, avec ce 20 octobre 1991, jour de sa naissance. Il reprenait du poids et souriait, il a accepté de fêter ses dix-sept ans avec Flora et les autres, même si, vous l'avez sûrement vu, ce n'était pas encore le pur bonheur. Mais j'aurais dû me douter qu'il allait replonger. Quand sa copine l'a quitté, il en a été tellement malheureux que j'aurais dû me douter qu'il allait retourner voir Gelardan. Je m'en veux, vous savez. En tant que mère, je n'ai pas su apporter tout le soutien nécessaire à mon enfant. Pourquoi est-ce que je vous raconte ça ?

Ondine haussa les épaules, bouleversée bien malgré elle par les mots de cette mère qui semblait avoir mené tous les combats et qui parvenait quand même à sourire d'une façon si douce. Elle racla la gorge avant de dire :

—Je… Je voulais savoir pourquoi vous m'aidiez…

—Ah oui. Parce qu'il revit en votre présence. Pour vous insulter en français en pensant naïvement que je n'ai toujours pas compris son stratagème, pour vous maudire de toute sa voix, certes. Mais il s'anime. Et je retrouve mon fils, celui qu'il était avant de voir son père mourir à petits feux. En fait, de quelque part, je me sers de vous. J'aime mon fils plus que tout au monde. Et si, pour qu'il retrouve cette âme qu'il a perdue il y a trois ans, je dois lui faire supporter la présence de quelqu'un qu'il déteste, je le ferais sans le moindre scrupule.

Délia passa une assiette à Ondine qui resta silencieuse en passant le torchon dessus. Elle comprenait tout à fait le raisonnement de la mère de Sacha. Les deux femmes tournèrent la tête en entendant un cri et sourirent. Visiblement, Sacha rendait les armes. Allongé par terre, Flora et Lily lui bloquant jambes et bras, il subissait le châtiment divin du crayonnage du visage total. Les deux semblaient prendre un malin plaisir à lui dessiner des choses sur l'ensemble du visage.

—Mon chéri, s'exclama Délia, quand tu auras fini, tu pourras peut-être venir m'aider au lieu de laisser Ondine le faire à ta place.

—Si tu crois que je suis consentant, tu fais erreur ! Allez, Flo, Lily, arrêtez, c'est bon, j'ai compris, je m'incline, les filles sont les plus fortes.

Les deux filles finirent par le relâcher et il se releva pour pénétrer dans la cuisine, suivi de Flora et Lily qui se moquaient de son visage peinturluré. Ondine ne retint pas un sourire moqueur et s'approcha de lui, très près. Elle fronça les sourcils alors qu'il n'osait pas bouger.

—Quoi ? demanda-t-il.

Ondine pinça les lèvres et tendit une main en direction de Flora qui lui donna un feutre. Elle le déboucha et ajouta sa touche aux dessins qui ornaient le visage du garçon.

—Il y avait une faute d'orthographe, répondit-elle en haussant les épaules. Je n'aime pas ça.

—Comment ça une faute d'orthographe ?

Sacha sortit précipitamment de la cuisine et monta tout aussi rapidement à l'étage. Il y eut un gargouillement atroce qui résonna dans toute la maison et Lily et Flora éclatèrent de rire, Ondine et Délia, plus réservées, se contentèrent de sourire. Puis l'héritière se tourna vers Flora en haussant un sourcil.

—« Sacha et Ondine s'aiment d'amour pour la vie » ? Laquelle de vous deux a écrit cette bêtise ?

Elles se désignèrent l'une l'autre avec un sourire et Ondine secoua la tête, dépitée.

—Le plus tuant, je pense, c'est la faute d'orthographe en plein milieu.

—Non, commenta Sacha en revenant, le visage propre. Le plus tuant c'est que tu aies corrigé la faute, au lieu de te récrier face à l'immonde horreur qu'elles ont écrit sur mon visage.

—Grandis un peu, ce sont des jeux d'enfants. C'est pas parce que c'est marqué sur ton visage que c'est vrai. Tu le sais, je le sais, pas la peine de… Eh merde, tu me fais chier, sale con à réagir comme un gamin sous prétexte qu'elles ont écrit cette insanité sur ton visage ! L'idée qu'elles aient pu marquer un truc pareil me donne envie de vomir mes tripes mais ça ferait tache, en plein milieu de chez toi. Je sais me tenir.

C'est mon tic de parler en français pour dire des choses vulgaires ! Et affirmer que tu sais te tenir me paraît un peu fort… Tu t'es baladée à moitié à poils dans MA maison toute la matinée !

Ondine darda un regard furieux sur Sacha et se retrouva à court d'arguments. Il avait raison, ce con. Mais elle préférait avaler son tube entier de Déroxat plutôt que l'admettre. Elle se contenta de jeter un coup d'œil à l'horloge pour dire :

—En attendant on est en retard. Lily ?

—Voui ?

—Tu veux rester ici ?

Lily baissa les yeux et Délia sourit.

—On fera des gâteaux, si tu veux !

—Vrai ?

Le visage de Lily sembla s'éclairer puis elle se mordilla les lèvres :

—J'aurai le droit d'en manger avec les doigts ?

Délia éclata de rire.

—Bien sûr !

—C'est meilleur quand on mange avec les doigts, commenta Sacha.

Ce genre de commentaires ne m'étonne même pas de ta part. Tu es un cochon, intervint Ondine en roulant des yeux.

Ouais, sourit Sacha, et putain, qu'est-ce que je m'amuse. Tu devrais essayer de temps en temps, pour t'enlever ce balai qui est profondément enfoncé dans ton…

—Bref ! intervint Flora. C'est moins drôle si vous vous prenez la tête en français, je ne peux pas compter les points. Vous deux, direction Harvard et moi, direction chez moi pour remettre une cap… touche de maquillage.

Elle attrapa Ondine et Sacha par un bras chacun et les jeta hors de la maison, saluant Délia et Lily, qui semblait impatiente de faire un gâteau. Sacha et Ondine se retrouvèrent rapidement seuls et le garçon ricana :

—On n'a jamais passé autant de temps tous les deux qu'aujourd'hui. Je savais bien que c'était une journée pourrie.

—Ne t'en prends qu'à toi, répondit Ondine en collant son sac dans les bras de Sacha.

Elle l'ouvrit, fourra dans ses poches des clés en pagaille, son portefeuille, elle laissa les papiers de la voiture dedans, récupéra ses antidépresseurs, qu'elle fourra dans sa poche en prenant bien soin d'en dissimuler la marque, avant de fouiller pour sortir un Macbook Air.

—Tu sais te servir de ça ?

—C'est un ordinateur. Je suis pauvre, pas débile.

—Non, je te parle de l'OS qu'il y a dessus. Je consacre ce petit bijou à mes études. Autrement dit, dessus, il n'y a qu'un logiciel de traitement de texte et quelques autres logiciels de gestion dont tu n'auras pas besoin, sur la partition OS X. Je ne te prends pas pour un idiot – quoique… – je te demande juste si tu t'y connais un minimum.

—OS ?

—Système d'exploitation. Pour des raisons pratiques faisant s'arracher les cheveux au fils Jobbs qui me traite d'hérétique, j'ai installé Mandriva dessus, sur la partition principale. Mais Linux, c'est fragile et délicat, comme une frêle jeune fille. Autrement dit, si tu ne sais pas t'en servir, tu risques de le faire planter et de me faire perdre deux années de cours. Pour être véritablement claire : si tu ne sais pas t'en servir et que tu me fais perdre tout ça, tu deviendras l'ennemi public numéro un de l'Empire Waters et je ferai en sorte que ta vie ne soit qu'une succession d'échecs retentissants, jusque dans ta vie personnelle. Sans vouloir te mettre la pression.

Sacha déglutit légèrement. Heureusement qu'elle ne voulait pas lui mettre la pression. Il réceptionna l'ordinateur d'un geste tremblant et toussota.

—T'aurais pas plutôt des feuilles et un stylo ?

Ondine sourit et fouilla de nouveau dans son sac pour en sortir un cahier à la couverture rouge. Elle l'ouvrit vers le milieu à peu près et le tendit sous le nez de Sacha.

—Je prends mes cours de façon informatique et manuscrite. Deux traces valent mieux qu'une. Ça, c'est la copie des notes de Lowell du dernier cours magistral. Ce que tu vas devoir prendre aujourd'hui est la suite de ça. Évite de faire des fautes. Et prends les cours proprement.

—Et j'y gagne quoi, moi, à faire ça ?

Ondine leva les yeux au ciel, avant d'attraper dans sa poche une liasse de billets de cents.

—Trois cents dollars si ta façon de prendre mon cours me convient. Bluffe-moi. Deviens un parfait un petit étudiant de Harvard.

—Et si je ne réussis pas ?

—Tu devras être mon esclave pendant trois semaines.

Sacha tendit une main agressive à Ondine qu'elle serra, chacun essayant de faire mal à l'autre.

—Ça marche.

—Alors en voiture, répliqua-t-elle en poussant Sacha de son chemin pour se mettre au volant de sa Mini.


Durant tout le trajet, elle le harcela de conseils sur la façon de se tenir, de se taire, de passer inaperçu, d'être crédible dans son rôle d'étudiant en troisième année de gestion à Harvard. Elle lui expliqua que les lois s'écrivaient en rouge, qu'il fallait qu'il les numérote, qu'il aurait le temps de tout noter parce que le professeur se répétait et se périphrasait sans cesse. Elle s'inquiéta quelque peu de l'image qu'allait véhiculer la présence de Sacha sur sa table puis elle expliqua qu'en théorie, il ne devrait pas croiser Chen, qui séchait tous les cours de droit pour rester avec Curtis et Jobbs qui n'avaient jamais cours à ce moment-là.

—Peut-être que tu croiseras Aurore. Ma meilleure amie.

Elle reprit son discours ne faisant pas attention au petit sourire de Sacha à l'évocation d'Aurore, expliquant où se situait l'amphithéâtre dans le dédale de bâtiments et de couloirs de Harvard et Sacha, perdu avant même d'y être lui demanda d'expliquer une deuxième puis une troisième fois. N'ayant toujours pas compris, il fit pourtant semblant, se disant qu'il était clairement dans la merde.

Ondine serra le frein à mains sur le parking et se détacha, se tournant pour attraper sur la banquette arrière une veste de costume et un chapeau qu'elle tendit à Sacha.

—Mets ça. Ça te donnera un air chic décontracté, une copie de mon style, en résumé.

Ils sortirent de la voiture et Ondine s'approcha de Sacha, défaisant sa boucle de ceinture pour descendre son pantalon d'environ cinq centimètres.

—Laisse voir ton caleçon, ouvre un peu ta chemise, aussi.

Elle porta le geste à la parole défaisant trois boutons sur le haut de la chemise de Sacha, trois sur le bas. Il rosit et bougonna qu'il n'était pas exhibitionniste et qu'il aimerait bien que personne d'autre que lui-même ne voie les tares de son physique. Ondine haussa les sourcils et examina le garçon, avant d'arrêter une fille qui passait.

—Excuse-moi. Comment tu le trouves ? Honnêtement.

La fille détailla Sacha de la tête aux pieds avec un sourire. Elle se passa une langue taquine sur les lèvres.

—Vraiment très sex… Pourquoi ? Tu le prêtes ?

—Non. J'avais besoin d'un avis pour une démo, tu peux te casser, maintenant.

Grimaçant de déception, la fille repartit et Sacha s'empourpra en se cachant le visage dans ses mains.

—Mais ça va pas ? On ne demande pas des choses pareilles !

—Comme ça, tu arrêtes de me casser les couilles avec ton physique. T'as une belle gueule, faut t'y faire. Mets la veste et le chapeau, que je vois ce que ça donne.

Il s'exécuta, se forçant à penser aux trois cents dollars en jeu et surtout à son honneur. Il se refusait à être l'esclave de Waters pendant trois semaines. Rien qu'imaginer ça et il se sentait pâlir furieusement. Il observa son reflet dans la vitre de la voiture et aperçut l'héritière qui hochait la tête, franchement convaincue. Elle lui glissa son sac sur l'épaule, remonta dans sa voiture, ouvrit la fenêtre et lui lança :

—Je passe te prendre à 17h45. Amuse-toi bien !

Puis elle démarra en trombe, ignorant parfaitement l'air désespéré de Sacha qui se tourna vers l'immense bâtisse principale de Harvard. Il soupira et s'avança lentement, tentant de se souvenir des explications de Waters sur comment rejoindre la salle où il avait classe. Il contourna le bâtiment principal, l'héritière lui ayant dit que la salle de classe n'était pas là et il ignora parfaitement les chuchotements qu'il entendait sur son passage, trop nerveux à l'idée de devoir brader trois semaines de sa vie à l'héritière. Elle lui ferait sans doute faire des choses hyper humiliantes et franchement recevoir des ordres d'une pucelle le contrariait un peu.

Il s'arrêta de marcher et tourna sur lui-même d'un air perdu avant de se heurter à une jeune femme plus grande que lui, brune avec des mèches rouges.

—Désolé, dit-il en baissant les yeux devant l'air sévère de la jeune femme qui pinçait les lèvres.

Il se pencha pour aider la fille à ramasser ses cours qui s'étaient répandus sur le sol et remarqua, grâce aux leçons d'anatomie, qu'elle devait être en médecine. Elle se baissa aussi et il s'excusa de nouveau en croisant les yeux de la fille qui posa ses mains sur les siennes pour l'arrêter.

—C'est bon, je vais le faire. T'es nouveau ? Je ne t'ai jamais vu dans le coin.

Il l'aida tout de même à ranger le reste et ils se redressèrent, alors que Sacha portait la main au chapeau de l'héritière pour le replacer. Au moins, c'était agréable, presque autant que sa casquette. Il l'aurait préférée, mais bon. Il secoua la tête.

—On ne peut pas vraiment dire ça… J'ai fait un pari débile et je me retrouve perdu ici, à chercher l'amphi B400…

—Je vois.

La fille tendit une main délicate et manucurée à Sacha, lui souriant.

—Je m'appelle Lucy. Lucy O'Riley. Je suis étudiante en quatrième année de médecine.

—Lucy, intervint une fille que Sacha remarquait seulement alors qu'elle parlait, tu ne devrais pas parler à des inconnus comme ça. Imagine si c'est un érotomane qui…

Lucy leva une main impérieuse et la fille se tut.

—Barbara. Il ressemble plus à un petit garçon perdu qu'à un fan de moi.

—Euh… commenta Sacha. Pourquoi est-ce que je serai fan de toi ?

Lucy éclata de rire avant d'attraper Sacha par l'épaule et le forcer à la suivre dans le dédale de couloirs de Harvard.

—Viens, je t'emmène à l'amphi de Droit du Travail. En fait, je suis un double cursus musique et médecine. Et notre quatuor avec Barbara et deux autres filles, commence à se faire un nom. Mais rien qui fasse se soulever les foules, contrairement à ce que certaines pensent, dans leur égo trop développé.

Lucy darda un regard entendu sur Barbara qui se recroquevilla. Ils montèrent des marches et croisèrent Chen dans le couloir. Lucy le salua d'un hochement de tête un peu agressif et il s'arrêta.

—J'hallucine. Sacha, je peux savoir ce que tu fais avec O'Riley ?

Lucy se tourna vers lui et lui sourit :

—Ça ne te concerne pas, Chen, retourne jouer aux billes et ne me prends pas la tête.

—Fais attention à ce que tu me dis, O'Riley. N'oublie pas qui je suis.

Lucy éclata d'un rire sardonique et descendit de quelques marches entrainant Sacha avec elle pour faire face à un Régis plus hautain que jamais. Sacha le détailla rapidement. Une nouvelle coupe, laissant ses cheveux en une masse des mèches châtain folles, un tee-shirt à manches longues beige avec une sorte de col carré – Sacha n'avait jamais compris l'intérêt de ce genre de col. C'est horrible – tombant sur un pantalon en lin blanc et une paire de mocassins beiges, griffé de marque des pieds aux Ray-Ban posées sur sa tête, Régis avait tout du fils de bonne famille, riches à n'en plus finir.

—Tu n'es personne, Chen, rétorqua Lucy.

—Et lui est encore moins que moi, commenta Régis en désignant Sacha qui leva les yeux au ciel.

Pourtant, quand l'agent d'entretien voulut rétorquer, Lucy lui fit signe de se taire.

—Tais-toi. Sauf si tu as de très bonnes choses à rétorquer à ce sale parvenu.

Sacha hocha la tête pour montrer que ce qu'il allait dire laisserait son rival à terre.

—Waters.

—Ben quoi, Waters ? demandèrent Lucy et Régis d'une même voix hallucinée.

—Si tu veux savoir ce que je fais, appelle-la.

Lucy et Régis froncèrent les sourcils mais Sacha s'était déjà détourné pour monter les marches. Il disparut dans le couloir, toujours à la recherche de ce maudit amphi. Barbara, obéissant au hochement de tête de Lucy, le suivit, laissant O'Riley et Chen s'affronter du regard. Ce fut elle qui brisa le silence :

—Le fait que tu sois bientôt monsieur Ondine Waters ne te donne pas le droit d'aller outre ses ordres. Tu l'as appelé Sacha, c'est ça ? Sacha Ketchum ?

—Oui, c'est ce mec.

—Il est sous la protection de Waters. Toi qui traînes avec Curtis, tu devrais le savoir. Elle lui a pourtant bien fait comprendre.

—J'en ai rien à foutre, des ordres qu'elle donne. Je peux les esquiver comme je l'entends. Il est peut-être sous la protection de la cadette, mais moi, c'est de l'aînée que je me suis attiré la sympathie. Il sait à peine lire et écrire, il n'a rien à foutre à Harvard. Je ne paie pas 22 000 dollars mon année pour voir ce genre de type débarquer dans mes amphis, qu'il soit sous la protection de Waters ou pas. Ce n'est pas le seul. Et moi, j'ai choisi la bonne sœur.

Lucy leva les yeux au ciel et serra les poings. Elle avait vraiment envie de lui exploser la gueule. Elle appréciait beaucoup Ondine, même si elles se fréquentaient peu du temps où l'héritière Waters était à l'AMS. Entendre un connard parler d'elle comme d'une marchandise qu'il a réussi à obtenir au rabais la mettait hors d'elle. En un bond, elle était sur Régis et lui mettait son poing sur le visage avec élan. Régis recula sous l'impact et passa derrière Lucy, l'attrapa par la nuque pour la plaquer contre un mur avec violence.

—Tu me paieras ce coup de poing. Je vais ruiner ta vie.

—Vas-y, tu ne me fais pas peur.

Sacha passa la porte de l'amphithéâtre pour constater que du monde était déjà présent, mais moins qu'il ne pensait. Tous les gens en présence se tournèrent vers lui quand il ouvrit la porte et il toussota de gêne. Autant pour la discrétion. Il observa les différents étages de chaises et de bureaux qui descendaient jusqu'en bas où il y avait un bureau et un immense tableau. Se rappelant que Waters lui avait dit avoir sa propre table au deuxième rang, à droite, troisième siège et pas ailleurs, il soupira et entreprit de descendre toutes les marches de l'amphithéâtre, se concentrant sur ses pieds afin de ne pas dégringoler sur les fesses. Pour le coup, l'image de Waters en prendrait un sacré coup et la sienne aussi.

Quand il eût enfin atteint la deuxième rangée il s'assit, juste au moment où le professeur Keteleeria, une femme à la chevelure assez improbable et nouée en une sorte de queue de cheval brouillonne vêtue d'une jupe de tailleur verte, d'un tee-shirt beige et d'une veste blanche, entrait dans la salle, déposant un gobelet de café sur le bureau. Elle leva les yeux et en voyant Sacha, elle eut un mouvement de recul. Elle s'approcha de lui et s'éclaircit la gorge avant de dire :

—Êtes-vous suicidaire, jeune homme ? C'est la place d'Ondine Waters ici. Tout le monde le sait.

—Oui, moi aussi, répondit Sacha avec un sourire. C'est elle qui m'envoie assister à votre cours à sa place. Elle a eu un petit souci familial à régler d'urgence et s'excuse.

—Oh, vous êtes son secrétaire. Quel est votre cursus ?

—Je me suis arrêté en première année.

—De fac de droit ? espéra le professeur avec un sourire qu'elle perdit en entendant la réponse.

—De lycée.

Une rumeur assourdissante s'éleva quand la réponse de Sacha parvint jusqu'au fond de l'amphithéâtre. Le professeur posa une main sur l'épaule du jeune homme en secouant lentement la tête, d'un air compréhensif.

—C'est pas grave, souffla-t-elle. Tout le monde ne peut pas être…

Elle se tut, retenant son dernier mot, que Sacha devina tout de même :

—Intelligent ?

Le professeur pinça les lèvres d'un air désolé. Sacha soupira.

—Mais pourquoi est-ce que j'ai accepté d'aider cette pétasse ? J'aurais mieux fait de rester chez moi à terminer mes compos, plutôt que venir me faire insulter dans cette fac de gosses de riches imbus d'eux-mêmes alors qu'ils ne comprennent rien à la vie.

Il respira profondément tandis que le professeur s'excusait :

—Non, ce n'est pas du tout ce que je voulais…

—Et si vous commenciez votre cours, professeur ? Nous savons tous deux que c'est exactement ce que vous vouliez dire et que vous considérez comme les autres, moi le premier, que je n'ai pas ma place ici.

Le professeur pinça encore plus les lèvres et se détourna pour rejoindre son bureau, alors que le jeune secrétaire sans diplôme de mademoiselle Waters sortait un cahier de son sac, examinant la page précédente pour se mettre dans le bain du cours. Elle s'en voulait un peu. Il avait tellement consciencieux que ça lui faisait mal au cœur.

Elle commença son cours, reprenant comme à son habitude, quelques paragraphes où elle s'était arrêtée précédemment, jetant de réguliers coups d'œil au jeune homme qui l'écoutait avec attention et de la compréhension dans ses yeux, plus que dans ceux de certains autres étudiants qui s'endormaient au fond de l'amphithéâtre. Désespérant. Même les étudiants de la filière de droit étaient moins attentifs que le jeune homme du premier rang.

Elle soupira et décida de s'adresser uniquement à lui, sinon, elle allait s'énerver et leur faire un sujet d'examen tellement corsé qu'ils seraient tous recalés d'office. S'asseyant sur le bureau, elle développa la notion qu'elle venait d'évoquer, laissant au garçon le temps de noter. Elle s'approcha de lui pour vérifier ce qu'il écrivait et s'étonna de voir qu'il avait une écriture ronde et enfantine, pourtant jolie à regarder. Elle sourit.

—Vous avez fait une faute. Mademoiselle Waters risquerait de vous disputer si vous ne la corrigez pas.

Sacha leva les yeux au ciel et relut ce qu'il avait écrit dans son titre. Il ne voyait pas de faute. Il haussa les sourcils.

—Où ça ?

—Là. Vous n'avez pas accordé le verbe correctement.

—Oh.

Il rosit légèrement en se corrigeant.

—J'ai du mal, avec les accords. C'est chiant.

Le professeur sourit et reprit son cours. Il était si mignon, ce petit. Mademoiselle Waters avait choisi un bon employé. Lorsqu'elle donna le signal de départ des élèves, elle posa une main sur l'épaule du jeune homme.

—Restez quelques minutes, s'il vous plaît, je souhaiterais m'entretenir avec vous.

Haussant les épaules, jetant un œil sur sa montre, Sacha hocha la tête. Il avait un peu de temps avant que Waters ne passe le chercher. Et au pire, elle attendrait quelques minutes. Il se leva et sortit de la rangée pour aller s'asseoir sur une des tablettes du premier rang.

—Je vous écoute.

—Le cours vous a-t-il paru être clair ?

—Euh… Je ne suis pas sûr d'avoir tout saisi, mais ce n'est pas pour moi, alors ça n'a pas d'importance.

—Que faites-vous, dans la vie ? Vous êtes un employé de la Waters Corp. ?

Il fronça les sourcils et eut une grimace de dégoût.

—Jamais. Je travaille pour la CMS.

—En tant que musicien ?

—Non, en tant qu'agent d'entretien. On fait ce qu'on peut avec ce qu'on a, sourit Sacha. J'ai pas fait d'études ? C'est pas grave, je prouverai ce que je vaux par un autre moyen. J'ai pas besoin de ça.

Il fit une pause avant de reprendre d'une voix plus douce.

—Vous savez ce que disait Anatole France ? « Alors, comme je n'étudiais rien, j'apprenais beaucoup ». Les connaissances que vous dispensez ne me sont d'aucune utilité. Maintenant, si vous n'avez rien de plus à me dire, je vais m'en aller.

—Non, attends ! Pardonne-moi, je n'aurais jamais… Je suis désolée. Tu travailles à la CMS ? Le professeur Chen est un très bon ami de mon père, en réalité. Comment tu t'appelles ?

—Sacha.

—Eh bien, Sacha, je t'invite à prendre un café ? Rassure-toi, en tout bien, tout honneur. Je prendrai le temps de relire les notes que tu as prises, afin de m'assurer que tu n'as pas mal compris mes affirmations.

—Vous feriez ça ?

—Bien sûr.

Sacha sauta de joie au bas de la table en levant le poing vers le ciel d'un air ravi.

—À moi les 300 dollars et la liberté !

Il sautilla de marches en marche pour suivre le professeur qui riait de le voir si gamin alors qu'il avait semblé tellement sage et mature quelques minutes avant. Elle le conduisit à la cafeteria du campus en souriant.


Il sifflota en sortant du bâtiment, replaçant son chapeau – oubliant qu'il ne lui appartenait pas le moins du monde – et jetant le sac sur son épaule. Il était l'heure d'aller sur le parking pour rejoindre l'héritière. Sacha descendit les marches qui menaient au bâtiment principal et marcha sur le chemin qui menait à un trottoir. Il devait traverser pour tomber sur le lieu de rendez-vous avec l'héritière.

Il jeta un dernier regard à la bâtisse de Harvard, sachant très bien qu'il n'y remettrait plus jamais un pied. Il se sentait fatigué comme il ne l'avait pas été depuis qu'il avait arrêté les cours, cette fatigue propre à tous les étudiants qui rentrent chez eux après une journée à réfléchir un peu trop sur des choses complètement inutiles.

Sacha sourit un peu plus fortement. Au final, il avait bien fait d'arrêter ses études. Certes, il ne faisait pas un métier de rêve – personne ne devient agent d'entretien par vocation, soyons réalistes – mais il n'avait pas l'impression de perdre son temps à apprendre des choses qui ne lui auraient jamais servies. Il interrompit sa réflexion quand il vit quelqu'un lui barrer la route.

Il releva la tête, soupira et se tourna pour faire demi-tour. Sa route était aussi barrée.

—Curtis, Chen, laissez-moi tranquille, s'il vous plaît. J'aimerais bien pouvoir rentrer chez moi.

Régis ricana, imité par Rudy. Les deux se rapprochèrent, forçant Sacha à reculer jusqu'au bord du trottoir. Il ne voulait pas déclencher de bagarre ici. L'héritière serait capable de…

Un vrombissement magnifique interrompit le cours de ses pensées et les trois belligérants s'immobilisèrent en apercevant, au bout de la rue, une Ferrari bleue rouler à vive allure jusqu'à eux. Un violent coup de frein plus tard et la Ferrari s'arrêtait juste devant eux. La fenêtre s'ouvrit et Waters, héritière visiblement euphorique et un peu moins riche de son état, sourit à Sacha, ignorant parfaitement Curtis et Chen.

—Hey, beau gosse, sympa ton chapeau, je te dépose quelque part ?

Sacha leva les yeux au ciel et se tourna avec un grand sourire vers Régis, lui tirant la langue, avant de faire un geste grossier à Rudy et de les contourner tous les deux pour ouvrir la portière et s'installer à côté d'Ondine qui n'attendit même pas qu'il ait refermé la portière pour repartir, se faisant copieusement insulter :

Connasse d'héritière timbrée, laisse-moi au moins le temps de m'assurer de ma survie ! Et arrête de me donner des petits surnoms ridicules ! « Beau gosse », et puis quoi encore ?

—C'est bizarre, mais t'es plus sympathique quand tu fermes ta gueule.

Rudy et Régis échangèrent un regard atterré en voyant la Ferrari disparaître aussi rapidement qu'elle était apparue. Ces deux-là semblaient entretenir une relation plus qu'étrange et Régis fronça les sourcils. Il ne se laisserait pas voler sa fiancée sous son nez par ce petit con.


Et voilà ! Chapitre 4 bouclé ! On se retrouve pour de nouvelles aventures (ou tout du moins la suite de celles-là) au chapitre 5, qui promet de vous laisser bien sur le cul (c'est à cause du cinq que ma beta elle veut me tuer.)