Kageyama ouvrit les yeux et les referma aussitôt en poussant un petit cri de douleur. Un violent mal de tête le prit et il dut attendre encore une minute avant d'ouvrir les yeux à nouveau.

Pour ne voir que du noir autour de lui.

Il essaya de bouger et se rendit compte bien vite qu'il était ligoté avec... avec quoi? Du tissu? Et qu'il se trouvait dans un lieu exigu, une grosse boîte, non, un...

- Un placard?

Sa voix sonna faux dans le petit espace. Il se racla la gorge et tenta de bouger plus. Mais son cœur rata plusieurs battements lorsqu'il se rendit compte de l'absence de sacoche autour de son épaule.

Les deux autres l'avaient-ils retrouvé? Où était la couronne?

Un rayon de lumière éclaira finalement son œil, entre les deux portes, et il colla son visage près du bois pour tenter de voir le plus possible.

Il se trouvait dans une petite pièce ronde et simple. Il aperçut un lit et une table en bois avec quelques chaises, et un miroir. Et de la peinture, partout, partout, tous les murs étaient colorés, même le plancher.

Puis il se rappela.

Il avait aperçut cette tour inhabitée au clair de lune au milieu d'une clairière secrète, et avait grimpé jusqu'en haut avec ses couteaux et les plantes grimpantes. Il se rappelait être enfin arrivé à la fenêtre et puis... plus rien?

Il était encore collé aux portes lorsque celles-ci s'ouvrirent brusquement, et il alla s'écraser par terre. Il tenta de se relever, de se donner une posture plus digne, mais rien à faire empêtré comme il était. Il essaya de se retourner, mais quelque chose de dur s'accota sur sa nuque, et il n'osa plus bouger et retint sa respiration.

Jamais Kageyama Tobio n'avait été si vulnérable, même à l'époque où son propre père l'élevait et était encore en vie.

- Ne... ne bougez pas... sinon je vais, sinon je vais encore vous assommer!

La voix était celle d'un garçon, et assez jeune d'après ce qu'il pouvait en juger. Cette voix était toutefois loin d'être autoritaire, elle était plutôt... tremblante, apeurée et mal assurée. Le sarcasme de Kageyama ne put s'en empêcher et le jeune homme tourna légèrement la tête.

- C'est moi ou toi que t'essaies de convaincre?

- J'ai dit de ne pas bouger!

Et Kageyama n'eut que le temps d'apercevoir un éclat doré-roux avant de perdre conscience à nouveau.

Il se réveilla assis sur une chaise cette fois, toujours bien emmailloté dans ses draps- il commençait à avoir chaud- et un gros corbeau lui picorait ardemment le dessus de la tête.

- Non mais ça va pas? S'écria-t-il pendant que l'oiseau alla se percher sur une des poutres du plafond. Poutre sur lequel il distinguait une vague forme...

- Alors, on ne fait plus le malin maintenant? Fit la même voix qu'il avait entendue plus tôt.

- Qu'est-ce que ça veut dire? Que me veux-tu?

- C'est plutôt à moi de te demander ça, répondit la même voix.

Un léger glissement et les deux jeunes hommes étaient face à face. Hinata ouvrit la bouche tout en s'avançant un peu plus près, presque craintivement.

- Qui es-tu? Pourquoi tu es ici? Et comment tu es arrivé jusqu'à cette tour?

Kageyama fronça les sourcils et se prépara à donner une réplique cinglante, parce qu'il n'avait pas de comptes à rendre à cet inconnu imbécile, mais son expression laissa place à l'étonnement lorsqu'il vit de quoi avait l'air son ''assaillant''.

Devant lui se trouvait un jeune garçon qui semblait être de son âge. Pieds nus, les pantalons tout raccommodés et visiblement trop courts (à la mi-mollets), une chemise délavée avec par-dessus un survêtement de cuir. Un jeune garçon aux grands yeux brun noisette effrayés, tout petit, armé d'une planche à pain avec un long manche- il y avait donc un four à pain ici-, mais ce qui frappait surtout c'étaient ses cheveux.

Kageyama avait vu bien des gens dans sa vie, mais jamais il n'avait vu de cheveux plus flamboyants, plus roux ou dorés, ou blond. Ils brillaient tellement dans le soleil que Kageyama avait l'impression de regarder du feu.

Pour être honnête, Kageyama n'avait jamais vu de plus belle chevelure.

Chevelure qui lui rappela la couronne... La couronne!

Il se mit à regarder partout autour de lui.

- Réponds! Et tu ne retrouveras jamais ta précieuse sacoche sans mon aide.

- Qui je suis ne te regarde pas, ni ce que je fais ni ce pour quoi je suis ici. ... Elle est derrière le miroir. La sangle dépasse.

Le jeune homme aux cheveux d'or eut l'air complètement désemparé, fit la moue, puis ouvrit finalement la bouche.

- Peu importe, tu ne sortiras pas d'ici tant que je serai vivant. Et... et si c'est après mes cheveux que tu en as, je te le dis tout de suite, je ne me laisserai pas faire!

Kageyama eut presque envie de rire. Pourquoi est-ce qu'il lui parlait de cheveux? Ses craintes se confirmèrent : il était tombé sur le plus imbécile des imbéciles sur cette planète.

- J'en ai rien à faire de tes cheveux, idiot! Que voudrais-tu que je fasse avec, une perruque? Et vas-tu me libérer, je veux simplement la sacoche et repartir d'ici, je n'ai rien à faire avec toi et je suis pressé!

- Menteur! Je suis sûr que tu veux garder mes cheveux pour toi tout seul! Et tu viens de l'extérieur, je ne peux pas te faire confiance. Et si je te laisse partir, tu vas révéler ma présence et ils vont tous venir et... non non non non, vraiment je ne peux pas.

- Je viens de te dire que... imbécile! Imbécile, alors tu vas faire quoi, me retenir ici attaché avec des draps jusqu'à ce que je meure?

Le jeune homme- qui faisait plutôt jeune garçon, à bien y regarder- fronça les sourcils et sembla réfléchir intensément. Il finit par lui tourner le dos son oiseau de malheur le rejoignit.

Le désappointement de Kageyama atteignit son paroxysme lorsqu'il entendit le blondinet (ou le rouquin? Peu importe) avoir une conversation à voix basse avec son oiseau.

- Très bien. Nous avons décidé de faire un pacte avec toi.

- Pardon?

- Nous avons décidé de-

- Qui ça, nous?

- Eh? Yuu et moi! Oh, je ne t'ai pas présenté Yuu? C'est mon corbeau. D'ailleurs, tu ne t'es pas présenté encore. C'est très impoli de débarquer chez les gens comme ça au beau milieu de la nuit, et de toute façon-

- C'est bon, ça va, arrête de parler, tu me donnes mal à la tête. Quel pacte?

- Hum hum. Voilà : aujourd'hui, c'est mon anniversaire et je veux que tu m'emmènes voir les aurores dorées qui apparaîtront ce soir. Tu m'emmènes où elles se trouvent, tu me ramènes sain et sauf ici et je te rends ta sacoche. Marché conclu?

-Tu veux dire les aurores de la princesse? Non.

- Quoi? De la princesse?

- Impossible. Je ne suis pas le bienvenu au royaume, ni nulle part d'ailleurs.

- Alors tu ne reverras jamais ta sacoche, ni ce qu'elle contient.

- Tu l'as ouverte?

Kageyama avait dit cela d'un ton menaçant. Hinata se refrogna.

- Oui et alors? Ça brille et c'est joli, c'est tout.

- Mais si tu l'avais échappée ou... seigneur sais-tu seulement... Idiot!

- Arrête de me traiter d'idiot ou d'imbécile! C'est méchant, surtout que tu ne me connais même pas! As-tu déjà fait une bonne action dans ta vie? Je vois bien que tu n'es pas quelqu'un de bien, armé jusqu'aux dents comme tu l'étais, et je vois bien que tu as un caractère de merde, mais voilà, tu es ici dans ma tour et tu es le premier à y être entré. Et moi, j'ai un rêve que je chéris depuis ma naissance, depuis 18 ans, et tu es ma seule chance de le réaliser! Juste une fois dans ta vie, bien agir ça ne va pas te tuer? Arrête de ne penser qu'à toi! En plus, tu-

- C'EST BON, D'ACCORD! MAIS TAIS-TOI!

- C'EST D'ACCORD?

Les yeux du blondinet s'étaient illuminés de millions d'étoiles qui eurent rapidement raison de Kageyama. Le garçon en face de lui devait avoir un don, parce qu'il sentait qu'il pouvait lui faire faire n'importe quoi en le regardant comme ça.

- À une condition. Tu fais ce que je te dis, tu ne parles pas, tu restes tranquille et-

- Ça fait plus qu'une condition. Dis-moi comment tu t'appelles plutôt.

- Tch... Appelle-moi Ombre.

- Ombre? C'est ton vrai nom?

- Oui, et alors?

- Ombre... Dans ce cas, appelle-moi Or.

- C'est ton nom?

- Non, mais ça sonne bien comme nom de code.

- Pardon? Ça sonne plutôt comme ce conte populaire... Boucle d'Or et les trois ours, je crois?

- Uh... alors tu lis des contes?

- Imbécile. Détache-moi tu veux? Qu'on sorte d'ici au plus vite.

- Comment on va faire?

- De la même façon dont je suis monté.

Comme je le disais, Kageyama Tobio n'est, au fond, pas un mauvais bougre. Il ne se l'avouera jamais, mais cette quête- réaliser le rêve de Boucle d'Or- l'attira plus qu'il ne l'aurait cru.