France.
9h plus tard.
17h10
Lorsqu'ils arrivèrent en France, et que le Jet se fut posé sur le tarmac de l'aéroport de Roissy, les trois amis s'engouffrèrent dans la voiture de location qui les attendait, et partirent pour l'hôpital qu'ils atteignirent une demi-heure plus tard. Une fois arrivés dans le hall, ils se dirigèrent immédiatement vers l'accueil :
« La chambre de Joy Arden s'il vous plaît » demanda Largo sans vraiment réfléchir.
« Il s'agit de la jeune femme qui vous a été amenée par la police il y a un mois et demi et qui n'a pas été identifiée » précisa le Russe.
« Oh je vous appelle immédiatement son médecin » déclara la secrétaire en décrochant son téléphone pour composer un numéro de service « Julia, prévient le docteur Keating que trois personnes disant connaître l'inconnue du 3ème l'attendent à l'accueil…hum hum…bien, je leur dis » elle raccrocha et s'adressa aux trois hommes « Elle arrive dans cinq minutes, vous pouvez l'attendre dans son bureau, au bout du couloir à droite, vous ne pouvez pas vous tromper »
« Merci beaucoup » répondit Simon.
Quelques minutes plus tard.
Bureau du docteur Keating.
Une jeune femme blonde entra dans la pièce et les observa quelques minutes :
« Bonjour » lui dirent-ils par automatisme, avec un fort accent qu'elle reconnut immédiatement comme étant celui de son pays d'origine.
« Vous êtes américains c'est ça ? »
Les trois hommes acquiescèrent.
« Et vous dites connaître notre inconnue ? Comment ? »
« Je m'appelle Largo Winch, et mon informaticien a accès à une technologie avancée grâce à laquelle il a pu faire des recherches sur un site de la police française où se trouvaient les photos de personnes non identifiées et faisant l'objet d'une enquête…il y a reconnue notre amie qui a été enlevée à New York i mois et demis » déclara-t-il en lui tendant une photo où Joy figurait, souriante au milieu de ses trois amis.
Le médecin sourit en reconnaissant sa patiente :
« Oui, c'est bien elle, elle avait l'air heureuse sur cette photo. Quand on nous l'a emmenée, elle était vraiment dans un état abominable, je n'ai jamais vu pire de toutes mes années d'exercice dans ce métier et, croyez-moi, j'en ai vu des horreurs, on a vraiment cru qu'on ne la sauverait pas. Elle a passé deux semaines entre la vie et la mort et est restée un bon mois dans le coma »
« Est restée ? Ne nous dites pas qu'elle… » s'enquit Simon, regrettant soudainement que dans la précipitation, et par crainte, ils n'aient pas appelé avant de venir.
« Non, non elle est vivante, elle revient de très loin elle est sortie du coma il y a presque deux semaines » précisa-t-elle.
« Mais alors pourquoi ne connaissiez-vous toujours pas son nom ? » demanda le Russe.
« En se basant sur son dossier médical, on sait qu'elle a subit d'atroces tortures depuis son réveil, elle n'a pas dit un seul mot, elle reste silencieuse, renfermée sur elle-même, et refuse de s'alimenter, nous devons donc la nourrir par intraveineuse et ce n'est pas la meilleure solution. Quand elle parvient à s'endormir, elle est souvent réveillée par de violents cauchemars » expliqua la jeune femme avec une pointe d'émotion, on sentait qu'elle s'était attachée au cas de cette patiente « Elle s'isole la plupart du temps, je ne l'ai pas vue sourire une seule fois, mais elle ne pleure pas pour autant, elle a dû beaucoup souffrir pour réagir ainsi »
Les trois amis l'écoutaient avec affliction.
« Pouvons-nous la voir ? » finit par demander Largo avec émotion.
« Bien sûr, suivez-moi, elle est dans la salle polyvalente » déclara le docteur Keating.
En arrivant à la grande pièce dans laquelle beaucoup de patients circulaient ou discutaient sur les bancs, Largo la vit immédiatement, isolée, prostrée sur un de ceux-ci, entourant ses genoux de ses bras et regardant devant elle, le regard hagard. Elle avait retrouvé son beau visage, mais sans cet éclat de vie dans ses yeux, et elle semblait avoir beaucoup maigri. Winch n'attendit pas une seconde de plus, ses amis ne l'avaient même pas encore trouvée dans cet amas de patients, il dépassa le petit groupe et se dirigea vers elle avant de s'agenouiller doucement devant elle en posant ses mains sur ses chevilles ce qui la fit sursauter :
« Hey Joy, c'est moi, c'est Largo » lui dit-il en s'asseyant à côté d'elle, elle tourna la tête vers lui, ne levant les yeux que très brièvement mais semblait néanmoins touchée par sa présence, elle le reconnaissait « Je suis désolé Joy, pardonne-moi… tu m'as tellement manqué » murmura-t-il en la prenant dans ses bras.
Joy se laissa faire et ferma les yeux devant le sentiment de sécurité qui s'insinuait en elle, le même sentiment qui l'avait quitté depuis plusieurs mois. Ses amis étaient là, à ce moment elle mettait de côté le souvenir de sa dernière entrevue avec Largo, le sentir contre elle était si réconfortant…
Le reste du groupe arriva auprès d'eux, Largo avait les larmes aux yeux, il l'avait retrouvée et il ferait tout pour ne jamais plus la reperdre.
« Alors ça y est, nous savons enfin qui vous êtes Joy » Déclara le médecin d'un sourire.
La jeune femme ouvrit les yeux pour acquiescer, elle fit une très légère esquisse de sourire à l'encontre de ses amis mais ce n'était rien comparé à ceux qu'elle était capable de faire autrefois.
« Heureux de t'avoir retrouvé Joy » déclara le Russe.
Elle avait beaucoup maigri depuis la dernière fois qu'ils l'avaient vue, elle évitait presque constamment leur regard dans ses yeux, lorsqu'ils avaient le plaisir de les apercevoir brièvement, une puissante tristesse et une détresse semblable étaient palpable.
D'un commun accord, Kerensky et le Suisse décidèrent de s'éloigner un peu pour parler avec le médecin de l'état de Joy :
« Quand est-ce qu'elle pourra sortir ? » demanda le Suisse une fois seul avec le Russe et le docteur.
« Je pense que le plus tôt serait le mieux ici elle n'est pas dans son élément, il faut qu'elle retrouve ses repères pour se remettre de ses épreuves, elle va avoir besoin d'être entourée par ses amis » répondit-elle.
« Et pour sa voix ? Vous savez pourquoi elle ne parle pas ? » s'enquit Simon.
« Nous lui avons fait passer tous les examens possibles, il n'y avait aucune lésion cérébrale ou au niveau de ses cordes vocales, ce n'est pas médical semble-t-il » commença-t-elle.
« Je pense que si ses ravisseurs cherchaient à la faire parler, et qu'elle craignait de finir par craquer, elle a dû pousser son mental à ne rien dire au point qu'elle en soit devenue muette » proposa le Russe.
« Oui c'est tout à fait probable et c'est ce à quoi nous avons pensé. Elle reparlera quand elle se sentira prête, il va lui falloir du temps car ce n'est plus seulement lié à sa propre volonté, c'est un blocage qui a dû aussi devenir inconscient » expliqua le docteur Keating.
« Nous pouvons donc la ramener à New York ? » demanda Georgie.
« Aucun problème, je vais vous donner quelques médicaments à lui donner. Si jamais vous n'arrivez pas à la faire manger, il faudra l'amener à l'hôpital pour la mettre sous intraveineuse. Je vais également vous indiquer l'adresse d'un bon psychologue sur New York qui pourrait l'aider à retrouver l'envie de parler et à se relever de cette épreuve »
« Merci pour tout ce que vous avez fait »
« Vous n'avez pas à me remercier» elle se retourna pour regarder Largo serrant toujours sa patiente dans ses bras en la berçant doucement « je dois avouer que ça me faisait mal que personne ne vienne la voir, j'ai eu peur qu'elle ne meure seule Alors je suis heureuse de la remettre aux mains d'amis qui tiennent visiblement à elle » expliqua-t-elle en leur souriant.
Tandis que Simon allait signer les papiers, récupérer les médicaments et le dossier médical de Joy, Kerensky partit prévenir Largo qu'ils allaient pouvoir ramener la jeune femme avec eux. Winch se leva doucement et aida Joy à faire de même ne voulant pas la quitter des yeux une seule seconde, il la garda contre lui et marcha lentement à la suite du Russe.
Dans le jet.
Lendemain.
2 heures après le décollage.
Le groupe avait été forcé de passer une nuit à l'hôtel pour ne pas arriver à 2 heures du matin à New York (c'était pas pratique lol). Pour faciliter le voyage, les trois amis avaient donné un somnifère à Joy, selon les conseils de son médecin, après l'avoir installée sur une des banquettes de l'appareil.
Comme prévu, le docteur Keating leur avait confié le dossier médical de la jeune femme pour qu'ils le remettent au médecin et au psychologue qui suivraient Joy. Au bout de trois heures de vol, Simon ouvrit le document et le feuilleta quelques instants seulement car la vue de certains passages comme « défibrillée à deux reprises peu de temps après son admission » « hémorragie interne » « assistance respiratoire indispensable » « commotion cérébrale » « non réaction aux diverses stimulations » etc, finit par lui saper le moral Heureusement que Largo ne l'avait pas lu avant lui. Il reposa le rapport sur la tablette et observa son meilleur ami qui gardait son regard fixé sur la jeune femme laquelle ne semblait pas dormir d'un sommeil tranquille.
« Je t'avais dit qu'on la retrouverait en vie » lui dit-il.
Largo acquiesça avant de demander :
« Pourquoi ne l'ont-ils pas tuée au lieu de la laisser dans une ruelle où elle avait des chances d'être secourue ? Je veux dire, c'est étrange de la part de la Commission, ce n'est pas dans son intérêt »
« Peut-être parce qu'elle ne parlait plus et ne risquait donc pas de témoigner » proposa le Suisse.
« Non, je pense plutôt qu'ils préféraient qu'elle ne soit plus en leurs mains quand elle mourrait, ou bien peut-être espéraient-ils que tu serais plus indulgent s'ils faisaient un geste 'pour elle' si je puis dire » déclara le Russe.
« Je veux que tu fasses tout ce qui est en ton pouvoir pour retrouver ceux qui lui ont fait ça je suis certain que tu en es capable maintenant que tu sais où elle a été retrouvée » exigea Largo.
« Oui, mais ce sera beaucoup plus long que si j'avais le témoignage de Joy » répliqua le Russe.
« J'en suis conscient, mais elle ne dira rien pour l'instant, et encore moins sur ce sujet alors il va falloir faire avec ce que l'on a » répliqua Winch d'une voix morne.
Joy se réveilla une petite heure avant l'atterrissage, et garda durant tout ce temps le regard perdu à travers le hublot ou des nuages succédaient aux autres, inlassablement.
8 heures plus tard.
Arrivée à New York.
18h
Largo et Simon accompagnaient Joy chez le jeune PDG qui avait tenu à la loger chez lui sans qu'elle ne proteste d'une quelconque manière que ce soit, elle ne se sentait pas rester seule chez elle de toutes manières. Pendant ce temps, le Russe était partit prendre quelques affaires dans son appartement à Manhattan.
Alors qu'ils montaient au penthouse, le petit groupe croisa John Sullivan venant en sens inverse celui-ci avait de quoi être étonné de les voir revenir aussi tôt avec la jeune femme, mais il ne le montra pas :
« Vous l'avez ramenée ! Joy je suis heureux de vous revoir ! » déclara le bras droit de Winch en lui souriant.
La jeune femme leva brièvement les yeux et fit un léger signe de tête.
« Elle va habiter quelques temps chez moi » déclara Largo avant de lui demander « John, serait-il possible de me remplacer durant une petite semaine ? »
Le vieil homme jeta un coup d'œil vers la jeune femme qui avait à nouveau baissé le regard et semblait complètement perdue elle paraissait peut-être bien physiquement, mais intérieurement il était évident qu'elle avait besoin du soutien de ses amis.
« Oui, ne vous occupez pas du Groupe, je vais m'en charger ne vous inquiétez pas »
Le jeune PDG le remercia d'un signe de tête et entraîna Joy vers son appartement tandis que Simon restait auprès du bras droit durant quelques instants :
« Sullivan, je passerais vous voir dans la soirée, ce sera possible ? »
« Oui bien sûr, mais vers 19h si ça ne vous dérange pas »
« Pas de problèmes » répondit le Suisse avant de rattraper ses amis au bout du couloir.
Largo entra dans l'appartement en tenant Joy par le bras, celle-ci ayant, malgré la rééducation, encore besoin d'aide sur les longues distances, son coma prolongé lui ayant fit perdre l'habitude de marcher.
« Je vais préparer la chambre d'amis » déclara Simon.
« Ok, merci »
Joy sortit sur la terrasse et apposa ses mains sur la balustrade en la voyant faire ça, Largo eut un sursaut de terreur, il ne voulait pas qu'elle ait la même idée que Diana…mais quelque chose lui disait que ce n'était pas son intention. Il s'approcha d'elle et se plaça à ses côtés :
« Tu sais, pendant que tu avais disparue, je venais tous les soirs ici parce que, sachant que tu adorais cet endroit, c'est là que je ressentais le plus ta présence. » il se tût quelques instants avant de reprendre la parole « Joy, je…tu ne peux pas savoir à quel point je m'en suis voulu, et comme je m'en veux encore, de m'être comporté comme je l'ai fait le jour de ton enlèvement…je m'excuse, je n'aurais jamais dû te parler comme je l'ai fait, jamais… »
La jeune femme ne réagit pas immédiatement, puis, au bout de quelques instants, elle leva les yeux vers lui, et il put lire dans son regard une certaine interrogation. La connaissant, il sut quelle question elle aurait formulé :
« Je sais ce que tu penses, tu voudrais savoir ce que sont devenus mon père et Diana ? »
Joy acquiesça doucement bien que l'évocation de Diana l'ait légèrement fait ciller.
« Mon père était bel et bien mort, les documents prouvant le contraire avaient été falsifiés. Diana était une taupe tout comme Marissa, toutes deux au compte de la Commission Adriatique. Marissa a été arrêtée puis assassinée alors qu'elle était transférée dans un autre pénitencier. Diana ,elle, s'est suicidée en sautant dans le vide quant à Jack, qui n'était pas son fils, il a été adopté et vit désormais dans une charmante famille du Dakota. » résuma le jeune homme.
Joy reposa son regard sur l'horizon de gratte-ciel. Largo était heureux de l'avoir retrouvée, qu'elle soit là devant lui, en vie mais, il se sentait un peu désemparé face à la souffrance intérieure de la jeune femme. Devait-il lui parler ou au contraire lui laisser faire le premier pas ? Il ne savait pas trop, le docteur Keating était restée indécise sur ce sujet, il ferait donc comme il le sentirait.
Kerensky finit par revenir une bonne demi-heure plus tard avec une grosse valise sous son bras, et un sac à la main dont il révéla immédiatement le contenu :
« J'ai emmené de quoi manger ! » déclara-t-il à l'encontre des trois amis qui s'étaient rassemblés dans le salon.
Joy fit une moue de dégoût à la simple évocation de la nourriture, ce qui n'échappa pas à Simon :
« Joy, il n'y a pas de non, tu vas nous faire le plaisir d'avaler quelque chose, tu n'as que la peau sur les os ! » lui dit-il.
Elle ne sembla pas changer d'avis pour autant.
« Joy, si tu ne manges pas, nous allons être obligés de t'emmener à l'hôpital et je suis certain que ce n'est pas ce que tu souhaites » lui dit Largo.
Elle leva brièvement les yeux à ces mots, elle ne voulait pas retourner à l'hôpital, surtout pas.
« En plus ici la bouffe est bonne » fit remarquer le Suisse.
« Joy, nous ne te demandons pas de t'empiffrer mais si tu faisais un effort se serait un bon début » ajouta le PDG.
Elle finit par céder mais, le cœur n'y étant pas, ne mangea que du bout des doigts. Elle avait l'impression d'avoir une boule à la gorge, la simple odeur de nourriture lui donnait le dégoût. Même pour elle ça lui semblait paradoxal vu qu'elle avait passé plus de 3 mois à mourir de faim dans sa cellule, elle avait voulu se laisser mourir pendant un moment, et l'anorexie s'était installée il lui faudra du temps pour vraiment retrouver le plaisir de manger quoi que ce soit.
