Toussus-le-Noble

Prisonnière.
C'est ça. Prisonnière d'elle-même, prisonnière d'un corps qu'elle hait.
Corps de femme dans lequel vit l'esprit d'un homme. Elle se sent homme. Tout son être dénote le masculin. Tout, sauf son corps.
Traître !
Même son nom laisse à penser qu'elle est un homme et Dieu sait à quel point elle voudrait en être un.
Elle aime les femmes parce qu'elle se sent homme, encore et toujours. Mais ses compagnes la voient femme et l'aiment parce que son corps est féminin. Elle déteste ça. Elle exècre les rondeurs discrètes de sa poitrine et de ses hanches.
Elle griffe sa peau, hurle, trépigne, essaie de changer ce corps qu'elle déteste. De le rendre plus musclé, plus viril. Mais il la trahit encore, elle se forcit mais tout ça reste en finesse et délicatesse malgré ses nombreux efforts.
Traître ! Traître !
Elle force sa voix pour la rendre plus grave mais n'arrive plus à tromper personne et encore moins elle-même.
Elle a essayé d'être avec un homme, d'être femme dans ses bras. Peut-être que son amour allait la sauver.
Erreur.
Elle ne sent pas bien mais elle essaie encore. Longtemps elle est restée avec lui, longtemps ils se sont aimés comme ils ont pu.
Elle le quitte. Son corps de femme pressé contre ce corps d'homme la rend hystérique, l'étouffe, la noie.
Elle fuit.
Ca ne fonctionne pas. Où qu'elle aille et où qu'elle soit, elle ne peut pas changer.
La prisonnière est condamnée.