Note habituelle de l'auteur :
Voilà =) J'ai pas grand chose à dire en fait, à part que je suis beaucoup plus contente de ce chapitre que du précédent. Doooonc en principe, il reste 3 chapitres et un épilogue, si je suis le découpage prévu. Ca reste à voir.
Encore une fois, merci à melow31 pour la correction (sans laquelle un sacré contre-sens serait passé soit dit en passant ^^" )
Bonne lecture, n'hésitez pas à partager vos impressions =)
Chapitre IV - Décompte
Pour la première fois de sa vie, elle prit conscience du silence qui régnait dans le manoir. Elle y était habituée, mais ne l'avait jamais vraiment réalisé - il n'y avait aucun bruit dans cet endroit. C'était une habitude pour eux, une attitude qu'elle avait adoptée inconsciemment : ne pas faire de bruit. Fermer doucement les portes, ne pas claquer la vaisselle sur la table, parler presque dans un murmure, marcher sans un bruit, la moquette aidant à étouffer ses pas. A bien y penser, peut-être Andromeda brisait-elle parfois ce silence lorsqu'elle était d'humeur à malmener leurs habitudes. Exceptés ces moments, l'endroit aurait tout aussi bien pu être inhabité.
Rémus aurait sans doute fait un vacarme de tous les diables ici. Il aurait réclamé une partie de cache-cache, et on l'aurait entendu compter depuis le jardin jusqu'au dernier étage.
Trente-cinq, trente-six, trente-sept...
L'espace d'un instant, elle envisagea de compter tout haut. Juste un peu plus d'un murmure et, elle en était certaine, ils l'auraient tous entendue. Comment réagiraient-ils ?
Mais elle ne le ferait pas, bien sûr. Elle ne le faisait jamais, elle ne l'avait pas fait lorsqu'elle s'était retrouvée face à Greyback ce jour-là, et elle ne le ferait pas s'il revenait. Elle ne compterait pas tout haut, ne briserait pas le silence qui l'entourait. Elle n'était pas Andromeda. Elle ne pouvait pas faire de bruit. Cela reviendrait à tout remettre en question. Sa vie. Ce en quoi elle croyait. Quels avantages aurait-elle à le faire ?
Ça te passera, pensa-t-elle. Quand ce sera fini, ça te passera. Tu n'auras plus envie de compter tout haut.
Elle ignorait depuis combien de temps elle était là, à scruter son visage dans le miroir, et elle ignorait pourquoi elle faisait cela. Peut-être cherchait-elle une différence quelconque qui aurait pu tout expliquer, quelque chose qui lui aurait dit ce qui avait changé en elle. Mais le miroir lui renvoyait inlassablement la même image que quelques jours auparavant - qu'avant. La même masse de cheveux sombres et ondulés encadrant son visage pâle, les mêmes yeux noirs sous des paupières lourdes. Elle repoussa ses cheveux derrière ses oreilles et son regard s'égara sur le grain de beauté juste sous le lobe de son oreille gauche. Andromeda avait le même. Exactement au même endroit. Le même.
" Tu vas finir par faire fondre ton miroir à force de t'admirer comme ça. "
Elle sursauta. Allongée nonchalamment sur son lit, Andromeda la regardait d'un air amusé. Elle sentit le peu de patience qui lui restait s'envoler, et lui cria presque :
" Depuis quand tu es là ?
- Je les ai entendus parler, dit-elle, ignorant sa question.
- Tu entends toujours tout. Toujours à fouiner, l'oreille collée aux portes. Tu n'as donc rien de plus intéressant à faire ?
- Tu sais, si tu faisais la même chose, tu verrais les choses différemment.
- Comme si j'avais envie de voir les choses à ta façon...
- Je vois les choses à ma façon. Toi, tu les vois comme eux le veulent. "
Elle parvenait toujours à la réduire au silence, ce qui l'énervait au plus haut point. Elle se leva sans un mot, se dirigea vers la penderie qu'elle ouvrit plus violemment qu'elle ne l'avait voulu, et fourragea rageusement parmi les cintres à la recherche de sa robe de chambre.
" Je ne pensais pas que tu le ferais, repris Andromeda.
- Comme si tu savais quoi que ce soit de moi. Comme si tu avais jamais essayé de comprendre ce que je...
- Je pensais que tu faisais selon leur bon vouloir uniquement pour qu'ils te laissent en paix, mais que quand ça en viendrait à quelque chose de plus sérieux, tu réagirais enfin.
- Je suis fatiguée et j'aimerais dormir ", scanda-t-elle. Elle brandit la robe de chambre sous les yeux de sa soeur :
" Je pourrais avoir un peu d'intimité ?
- Apparemment, le père est un expert en potion, continua Andormeda comme si elle n'avait pas été interrompue. Il aurait trouvé une potion qui neutralise tous les instincts d'un loup-garou durant la pleine lune. Ils se transforment toujours mais deviennent aussi doux que des agneaux. Tu imagines bien que ça ne plaise pas beaucoup à Greyback,lui qui a toujours son obsession d'armée de loups-garous, de droit au sang où je ne sais quoi...
- Andromeda..., grogna-t-elle.
- Ça n'est encore qu'au stade expérimental, mais ça a suffit à l'énerver. Je l'ai entendu dire qu'il aurait bientôt une bonne raison de continuer ses recherches, ainsi que de bonnes raisons de les garder secrètes.
- Je ne vois vraiment pas pourquoi tu me dis ça. Même si j'en avais envie, ce n'est pas comme si je pouvais changer ce qu'il a prévu de faire...
- Mais tu peux tout changer, la coupa Andromeda, la regardant d'un air grave. Ils se sentent menacés, ils ont mis des sécurités sur la maison, mais il est évident qu'ils ne prennent pas cela assez sérieusement. Si c'était le cas, ils n'oseraient même pas sortir de chez eux, ils ne laisseraient pas leur enfant toute la journée avec une inconnue ! Si tu leur disais, si...
- C'est hors de question !
- Ils auraient le temps de s'enfuir sans que Greyback ne s'aperçoive de quoi que ce soit...
- Greyback saura tout de suite que c'est moi qui les ai prévenus !
- Ho, je t'en prie ! C'est de toi dont il est question, il ne va pas te tuer ou te mordre, peut-être te brutaliser un peu...
- Et Mère et Père sauront aussi...
- Tu es donc prête à sacrifier la vie d'un enfant uniquement pour que tes parents continuent à te considérer comme une gentille fifille obéissante...
- Assez !, cria-t-elle et, étonnamment, Andromeda se tut. Oui, je suis prête à la faire, je ne vois pas pourquoi je ne le ferais pas, pourquoi je devrais gâcher ma vie pour un sale petit sang-de-bourbe...
- Tu n'en penses pas un mot, murmura sa soeur, et elle crut percevoir une pointe de chagrin dans le ton de sa voix.
- Dehors, dit-elle d'un ton sec tout en se dirigeant vers la porte et en l'ouvrant à la volée. Maintenant. "
Soupirant, Andromeda se leva et sortit. Une fois dans le couloir, elle se retourna vers Belatrix :
" Je t'ai probablement surestimée. C'est sans doute beaucoup trop tôt pour toi, beaucoup trop rapide pour que tu aies le courage de briser ton petit cocon de tranquillité. Je pensais que nous avions plus en commun qu'un grain de beauté.
- Tu avais tort, lui répondit-elle, mais il lui sembla que sa voix sonnait étrangement faux.
- Je suis sans doute plus inquiète que tu ne le crois. C'est une vraie déception tu sais. "
Et elle disparut sans un bruit, se fondant parmi les ombres du couloir.
Elle se changea, tentant tant bien que mal de penser à tout sauf à sa sœur. Lorsqu'elle voulut tirer les rideaux, elle vit que la lune était levée. Bellatrix eut presque l'impression qu'elle se riait d'elle.
Elle avait dépassé son premier quartier. Elle se demanda ce qui se passerait lorsqu'elle serait pleine - si Greyback s'en prendrait à Rémus ce soir-là, pleinement transformé et en possession de toute la force animale qu'il avait en lui. Ou peut-être l'aurait-il déjà mordu, et que Rémus serait en train de subir sa première transformation.
L' idée qui lui paraissait tellement improbable... Comment, comment un enfant si petit, un enfant de cinq ans, pourrait-il devenir une créature semblable à Greyback ? C'était impossible, c'était totalement irréaliste ! Rémus était un enfant qui aimait les gâteaux, les balançoires et voler sur un balai. Il n'avait rien en commun avec Greyback, ils n'auraient jamais rien en commun, c'était une évidence maintenant qu'elle y pensait ! Quelque chose n'allait pas marcher, le loup n'arriverait pas à toucher l'enfant, ou bien la morsure ne lui ferait aucun effet - quelque chose allait forcément clocher. C'était évident, évident !
... évident, se répétait-elle sans arrêt durant les jours suivants qu'elle passa à nouveau avec lui, l'observant peut-être de plus près qu'avant, cherchant un point commun avec Greyback tout en sachant qu'elle n'en trouverait pas. Peut-être, de temps en temps, la voix de sa sœur lui souffla-t-elle dans un coin de sa tête qu'elle n'avait pas toute sa raison, qu'elle cherchait juste à nier l'inévitable. Elle l'ignora, car il était bon de penser comme elle le faisait. Peut-être aurait-elle été moins rassurée si elle avait jeté un œil dans l'immense bibliothèque du manoir - peut-être. Mais elle ne s'en donna pas la peine, car toutes les théories du monde ne pouvaient la contredire. Aucun mal ne pourrait toucher ce morceau d'innocence (aussi mal-élevé soit-il, tentait-elle parfois de se rappeler). C'était évident.
Elle avait commencé à se dire que Greyback, ne s'étant pas manifesté, pensait la même chose, mais elle réalisa douloureusement à quel point elle s'était trompée lorsqu'elle l'aperçut, lors d'une fin d'après-midi, posté au même endroit que la dernière fois - dans l'ombre, juste à côté de la boulangerie. D'un geste, il lui fit signe de venir et, malgré le dégoût qu'il lui inspirait, elle fut incapable de désobéir.
Elle jeta un œil à Rémus, occupé pour l'heure à construire un château de cartes, lesquelles s'écroulaient systématiquement à la moindre brise, mais il ne semblait pas renoncer. La mort dans l'âme, elle sortit de la cour et rejoignit Greyback, s'arrêtant le plus loin possible de lui. Il ne parut d'abord pas la remarquer, perdu dans la contemplation du jardin qu'elle venait juste de quitter.
" Tu le feras sortir demain, finit-il par dire, le regard toujours fixé sur un point derrière elle. Tu t'arrangeras pour qu'il soit ici-même une fois la nuit tombée. "
Un souffle de vent passa, en provenance de la maison, et il s'arrêta un instant. Elle l'entendit humer, et la lueur sauvage dans ses yeux brilla un peu plus fort.
" Attends aussi que la lune soit levée. "
Incapable d'articuler un mot, elle hocha la tête et fit demi-tour, mais il l'arrêta à nouveau.
" Bellatrix ? "
Elle se retourna. Il daigna enfin poser les yeux sur elle, et s'approcha d'elle. Il lui sembla que l'ombre de la boulangerie dans laquelle il se tenait s'allongeait pour le suivre.
Elle réprima un grognement de dégoût lorsqu'il saisit son menton d'une main. L'ongle jaune de son pouce caressa sa joue; il approcha son visage du sien et son haleine la frappa de plein fouet - c'était nauséeux, pestilentiel. Elle eut l'impression d'être tombée dans un charnier.
" Ne me déçois pas, murmura-t-il. Je ne sais pas ce que tu imagines, mais il ne pourra jamais m'échapper, et toi non plus. "
Il la lâcha et s'en alla, après un ultime regard fiévreux en direction du jardin.
Elle resta un instant, les yeux fixés là où il s'était tenu, incapable de bouger un muscle. Cela lui parut une éternité avant de réaliser que les ombres avaient reculées et que le soleil brillait à nouveau, et elle se tourna brusquement, revenant presque en courant vers le jardin.
Rémus jouait toujours, oublieux de son absence et de son retour. Elle se précipita dans la salle de bain, s'aspergea le visage d'eau, tentant désespérément d'effacer la sensation de ses doigts sur sa peau. Lorsqu'elle s'observa dans le miroir, il lui sembla qu'elle était plus pâle encore que d'habitude. Elle sentait toujours son odeur flotter autour d'elle.
Comment avait-elle pu être aussi stupide ? Alors qu'elle observait Rémus qui ramassait en grognant les cartes à nouveau écroulées, elle réalisa que son raisonnement était à l'inverse de la réalité.
Le problème n'était pas qu'aucun mal ne pouvait toucher Rémus. Le problème était que le mal que dégageait Greyback était si monstrueux qu'il pouvait atteindre n'importe quelle chose en ce monde.
Mais encore une fois, que pouvait-elle y changer ? Il la retrouverait, il les retrouverait. Ils les retrouvait toujours. Même si elle révélait la vérité aux parents de Rémus, même s'ils s'enfuyaient, ce n'était que partie remise. Et s'ils s'enfuyaient, leur prochaine rencontre avec le loup-garou n'en serait que plus monstrueuse. Que pouvait-elle changer, que pouvait-elle faire pour lui ?
Alors qu'elle se posait cette question, la réponse lui apparut. De sa mémoire lui parvinrent les bribes d'une conversation qui lui parut incroyablement lointaine alors qu'elle ne datait que de quelques jours.
" Tu m'y emmènera dis ? Quand papa et maman diront qu'on peut sortir, on pourrait aller à la mer ! "
" Rémus ? "
Il se retourna, sans prendre garde aux cartes qui s'effondraient à nouveau.
" Tu veux toujours aller voir la mer ? "
***
Tapie comme chaque soir dans un coin obscur de sa cellule, elle observait le rayon de lune qui, à nouveau, tombait sur le sol. Elle aurait presque pu en rire, à présent. Elle s'y était presque habituée.
D'un coin de son cerveau lui parvint une folle pensée. C'était un jeu. C'était une partie de cache-cache.
