« J'avais 17 ans. Je ne l'avais jamais fait et je voulais juste être comme tout le monde. Dans une soirée, j'ai pris la première fille venue et j'ai couché avec elle, on avait bu et je n'avais pas de préservatif. Je me suis dit, je prends le risque, ce que je ne savais pas, c'est qu'elle était séropositive. Peu à peu, j'ai commencé à avoir de la fièvre, diarrhée, des plaques sur le corps, j'étais fatigué pour rien, j'avais des trucs dans la bouche très désagréable et je perdais du poids. Je pensais à une grippe, mais ma mère m'a dit d'aller chez le médecin. Je devais faire une prise de sang et quelques jours, plus tard, il m'apprenait que j'avais été contaminé. Je ne savais pas comment réagir face à ça, je ne l'avais fait qu'une seule fois, mais il m'a dit qu'une fois suffit, des fois. J'avais vraiment peur d'en parler à mes parents et, quand ils l'ont su, c'était pire que tout.
Ma mère était anéantie et mon père ne m'a plus parlé pendant deux mois. Mon frère a gardé le secret, mais c'était plus dans son propre intérêt que dans le mien. J'ai décidé de ne plus fréquenter les gens et peu à peu je me suis isolé du monde. Je me suis renseigné sur cette maladie. On ne peut pas l'attraper en restant avec la personne, mais une fois que les gens savent, ils s'éloignent, ils ont peur, c'est un fait. »
Il avait débité tout ça d'un seul coup sans lever la tête une seule fois. Il avait son visage entre ses mains et passait sa main nerveusement dans ses cheveux.
— Et la fille ?
— J'ai été la revoir et je lui ai dit qu'elle était atteinte du virus, elle a pleuré et elle est partie.
— Tu ne lui en veux pas ?
— Je lui en ai voulu pour ça au début, si elle n'avait pas couché avec le premier venu, elle n'aurait peut-être pas attrapé cette merde, mais c'était fait et elle n'était pas au courant.
— Les symptômes ne sont plus là ?
— Non, ça dure quelques semaines, après ça, diminue, maintenant je vais bien.
— Pendant combien de temps ?
— Peut-être 10 ans, peut-être 20 ans. Après le sida fait son apparition.
Je sentis ma gorge se serrer, je le regardai et commençai à pleurer.
— Ne pleure pas.
Il hésita à poser sa main sur mon visage. Il avait peur de ma réaction sûrement. Je m'approchai de lui et le pris dans mes bras. Il fut très surpris et ne bougea pas pendant quelques secondes puis je sentis ses mains se poser sur mon dos.
— Normalement, ce n'est pas trop la réaction qu'ont les gens.
Je rigolai et le serrai encore plus fort. On resta ainsi pendant plusieurs minutes puis je me défis de ses bras.
— Ça va mieux ? Me demanda-t-il.
— Oui.
Il essuya mes larmes avec ses pouces et garda mon visage entre ses mains. Je le détaillais un peu plus et je le trouvais vraiment sexy avec sa petite barbe de quelques jours et ses cheveux un peu en bataille comme ça.
— Je te ramène chez toi ?
— Ouais.
— OK.
Durant le trajet, je voyais qu'il me regardait de temps en temps. J'avais été un peu plus lentement que, d'habitude, je ne voulais pas le quitter comme ça. On se parlait que depuis hier, mais une réelle complicité avait été faite et il m'avait fait confiance en dévoilant son secret.
— Tu te sens comment, toi ?
Je voulais un peu rompre ce silence qui commençait à devenir pesant. Il fit un petit sourire forcé et me regarda.
— Je sais pas trop, je vis au jour le jour. J'essaie de ne pas trop être avec les gens.
— Pourquoi ?
— Tu es bien la seule qui réagit si, bien, les gens ont une connaissance assez limitée pour ce genre de maladie. Ils ont peur et je ne veux pas que ça se sache.
— Moi, ça ne me dérange pas.
Il me montra où il habitait et avant de partir il me dit un petit « à demain ».
— À demain, je viens te chercher ?
— T'embête pas.
— Ça ne m'embête pas.
—Oh! ... Heu... si tu veux.
—7 h40 maxi, je suis chez toi.
— OK, merci.
— Bye.
— Salut.
Je rentrai chez moi avec des tas de questions et des tas sentiments différents. Je me sentais bien avec lui et j'avais l'impression que c'était réciproque, il était gentil et je pouvais voir toute la tristesse qu'il ressentait. Il était malade OK, mais ce n'est pas une raison pour se mettre à part. J'allais devenir son amie, sa confidente, sa meilleure amie, tout ce qu'il veut, mais j'allais passer du temps avec lui. Je voulais le connaitre et faire parti de sa vie et j'avais besoin de le connaitre et qu'il fasse partit de ma vie.
Vendredi 18 octobre
PVD Axel
Je me levai un peu plus... disons joyeux qu'hier. En tout cas, je me sentais moins fatigué et j'avais envie de la voir. Je n'avais pas arrêté de penser à elle, je me frappai pour ce que j'étais occupé de faire. Elle me plaisait, elle me faisait de l'effet et en plus je me sentais bien et détendu avec elle. Je me préparai et partis à la cuisine.
— Tu as faim ? Demanda ma mère.
Sa gentillesse me faisait culpabiliser, car j'étais méchant avec elle. Je ne parlais pas à mes parents et je voyais bien qu'elle était triste.
— Oui, je veux bien un truc.
Elle me sourit et me donna des pancakes et un jus d'orange.
— Merci.
— Alors, ça va l'école ?
— Ouais.
— Tu veux pas m'en parler un peu ?
J'étais seul avec ma mère dans la cuisine et bien sûr elle en profita pour discuter.
— Heu... j'ai un dossier à faire sur le sida avec une fille.
Son visage se ferma instantanément, mais se reprit vite.
— Oh! Tu crois que ça va aller ?
— Je connais le sujet par cœur, maman.
— Oui, mais, tu la connais, cette fille ?
— Oui, un peu.
— Et si elle découvre ce que tu as.
— Elle le sait.
— Comment ça, elle le sait ?
— Je lui ai dit.
Elle se leva et fit les cent pas dans la cuisine.
— Quand ?
— Hier.
Je mangeais toujours et ne fis pas attention qu'elle commençait à paniquer.
— Elle ne dira rien maman.
— Tu n'as déjà pas de vie sociale et, toi, tu vas raconter ta vie à la première venue.
— Je lui fais confiance.
J'étais toujours aussi calme, mais, elle, elle paniquait maintenant.
— Excuse-moi mon chéri, mais tu n'en parles jamais de ce que tu peux ressentir. Tu t'enfermes dans ta chambre et là en quoi ? Deux jours ? Tu parles avec cette fille.
Elle l'avait dit très calmement et s'était rassise à sa place.
— Je lui fais confiance et je me sens bien avec elle.
Elle me fit un petit sourire, je savais ce que ça voulait dire.
— Il faut que j'y aille.
— Fais attention à toi.
— Mais, oui.
Je partis à l'arrêt de bus et à 7h40 pile, elle s'arrêta devant moi.
— Pile à l'heure.
— Eh oui.
Elle me souriait et sa joie de vivre devait être contagieuse, car je me mis à lui sourire aussi. J'avais un peu peur qu'elle ne vienne pas ou qu'elle ne me parle pas. Elle avait dû réfléchir à plein de trucs, mais apparemment tout allait bien.
— Ça va ? Demandais-je.
— Oui et toi ?
— Ouais.
Elle mit la radio et chanta des fois un refrain.
— Il faut qu'on se voie ce weekend pour avancer, car, là, c'est pas gagné.
— On a deux mois, Lara.
C'était la première fois que je l'appelais par son prénom comme ça dans une phrase, elle fit un petit sourire.
— Oui, je sais, mais je ne veux pas être en retard et ce weekend j'ai rien de prévu.
— Moi non plus.
— On pourrait aller chez moi.
— Si tu veux.
— Je viendrai te chercher, me dit-elle.
— Non, t'inquiètes, je demanderai à ma mère.
— Pourquoi, tu ne passes pas ton permis ?
— Pas envie.
Elle leva les yeux au ciel et se gara sur le parking de l'école. On avait 10 minutes, avant les premiers cours.
— T'as quoi maintenant ? Demandais-je.
— J'ai histoire et toi ?
— Anglais.
— On se voit sûrement pour le déjeuner, tu viens avec moi ?
— Non, merci.
— Pourquoi pas ?
— Je ne préfère pas.
— OK, comme tu veux.
C'était vrai, je ne voulais surtout pas aller avec sa bande. J'aimais être seul et que personne m'emmerde et ça n'allait pas changer du jour au lendemain. Elle était l'exception à la règle. Elle était populaire et son petit groupe aussi alors que, moi, j'étais un rejeté, pas la peine de me faire remarqué.
Les cours étaient comme d'habitude longs et ennuyeux, mais je commençais à apprécier doucement. J'attendais avec impatience demain, j'allais passer mon après-midi chez elle.
En trois jours, elle me rendait déjà accro à elle, j'avais envie de lui parler, de rigoler avec elle, j'avais juste envie d'être moi-même avec elle.
À la fin de la journée, je la vis devant sa voiture et me fit un signe pour la rejoindre. Je regardai derrière moi pour être sûr que c'était bien à moi qu'elle faisait signe puis me dirigeai vers elle. Elle souriait.
— Je te raccompagne ?
— Si tu veux.
— Monte.
Elle était toujours joyeuse et gentille, cette fille était la fille.
— Comment c'est passé ta journée ?
— Comme d'habitude.
— Arrête d'être toujours si pessimiste. La vie est bien plus belle que tu ne le penses.
— Sans blague.
— Pour demain, je viens te chercher vers 14 h et on commencera réellement à travailler.
— OK.
PVD Lara
Nous n'étions pas encore les meilleurs amis du monde, mais nous faisions des progrès. Il montait dans ma voiture sans faire la tête, il me parlait et répondait à mes questions. Il était plus à l'aise et ça me faisait plaisir.
