Titre :Adrénaline
Auteur : Super-Courgette
Résumé : « Dis-moi au revoir… Parce que nous dansons avec le Diable ce soir… »
Disclaimer : Je pensais avoir été polie dans ma lettre envoyée à Kishimoto, mais bizarrement, elle m'a été renvoyée et sans Kiba, Naruto et le reste de la clique… Pour le résumé, ce sont (presque) les paroles traduites de 'Dance with the Devil' de Breaking Benjamin.
Sur quelle musique ? Loves Me Not, de t.A.T.u
Note :
Allez, dernier chapitre publié pour ce soir ! Ouf !

Perturbation

Lundi, le seul jour où Naruto consentait à dépasser les 50 km/h. Le seul jour aussi où il commençait par littérature, avec le professeur Akasuna. Une véritable idole dans le lycée, que ce soit pour la gent féminine ou masculine.

Non seulement doté d'un charme fou et d'une élégance rare, cet homme était un orateur de talent et savait captiver son public avec une aisance incroyable. C'était un véritable marionnettiste mais si ce charisme écrasant était le meilleur moyen d'obtenir l'attention de ses interlocuteurs, il s'avérait aussi être une arme particulièrement efficace face à toute tentative de protestation ou de justification d'un élève pris sur le fait.

Seul Deidara, jeune assistant du professeur sans qui il ne semblait pouvoir respirer, pouvait se targuer de parvenir à lui tenir tête sans se ratatiner misérablement sur lui-même quand les deux grandes orbes couleur miel coulaient sur lui comme une douce menace suite à ses – trop – nombreux sous-entendus douteux qui, au fil des ans, ne dérangeaient plus personne, si ce n'était le principal concerné.

Mais Naruto n'était pas Deidara. Il n'osait déjà pas arriver avec trente secondes de retard au cours de littérature alors de là à faire un quelconque commentaire sur son « magnifique petit postérieur »…

Non, vraiment Naruto n'aurait jamais pensé arriver en retard à un de ces cours . Pourtant, ce matin-là, il pénétra en trombe dans le hall du lycée et avala quatre par quatre les marches jusqu'à la salle où avait lieu le fameux cours avec à sa montre, une aiguille pernicieuse qui lui rappelait cruellement ses dix minutes de retard.

Une fois face à la porte derrière laquelle il entendait déjà les échos de quelques voix, il prit quelques pour inspirer calmement et profondément – son cœur était entrain de battre un record de vitesse – avant de poser sa main, presque au ralenti, sur la poignée qui grinça comme un gong signant la fin de sa vie.

Tourné vers le tableau, le regard vif de son professeur convergea à peine vers lui sous la farandole de mèches rousses de sa frange quand il entra dans la classe mais ce bref éclat doré suffit à le paralyser littéralement sur place, la colonne vertébrale tendue comme un arc et les bras le long du corps, collés à ses cuisses, alors qu'il retenait sa respiration comme s'il s'apprêtait mentalement à se faire recouvrir d'une tonne de plomb d'une minute à l'autre.

Et encore… Il n'était pas sûr de ne pas préférer cette option là.


« Monsieur Uzumaki, moi qui, jusqu'ici, avait l'honneur d'être l'unique professeur à pouvoir se targuer auprès de ses collègues d'avoir toute votre attention durant mes cours, vous me faites passer pour un beau menteur. »

Naruto sursauta, quittant sa contemplation pensive pour poser un regard surpris vers le professeur Akasuna qui venait, semblait-il, de remarquer son 'absence'. Il se prit à rougir et baissa honteusement la tête vers sa table dans l'espoir de disparaitre sous le rideau clair de sa frange embroussaillée.

« Non seulement vous arrivez en retard mais maintenant je vous prends à rêvasser durant mon cours.

-Désolé. »

Il ne vit pas le professeur hausser un fin sourcil roux ni le bras d'un de ses camarades se lever dans le silence plat de la salle.

« Oui ?

-Je crois que Naruto ne se sent pas très bien depuis ce matin, il devrait peut-être aller à l'infirmerie. »

Un frisson parcourut les rangs de la classe à l'entente du dernier mot et de ce qu'il sous-entendait. Qui disait infirmerie, disait forcément Orochimaru et bien sûr, seul Kiba était assez courageux/inconscient (barrez la mention inutile) pour y aller consciemment sans qu'il soit question de vie ou de mort… Naruto glissa un regard paniqué à son meilleur ami tandis que le jeune professeur considérait un instant la demande implicite de son élève.

« Allez Saso-chéri, laisse-le respirer une minute, ce pauvre gamin. Pour qu'il en vienne à s'excuser si rapidement, c'est qu'il doit vraiment avoir un problème grave. » Fit la voix caressante de Deidara qui s'était perché sur le bord du bureau du professeur pour admirer ce dernier à sa guise et sans aucune gêne. « Et puis s'il raconte des bobards, Orochimaru est une menace assez terrifiante pour lui passer l'envie de baratiner.

-Deidara… » Fit la voix menaçante de l'Akasuna alors qu'il lui jetait un regard peu amène par-dessus son épaule. « Bien, » Reprit-il plus calmement. « …je suppose que tu te portes volontaire, Inuzuka, pour l'accompagner ? »

Le susnommé hocha la tête et l'instant d'après, les deux comparses sortaient de la salle, Naruto aussi tendu qu'un manche à balais tandis que devant lui, ouvrant la marche, Kiba ne semblait pas s'inquiéter outre mesure et faisait fi des regards compatissants du reste des élèves qui accompagnaient l'Uzumaki comme un dernier salut.

A peine la porte fut-elle refermée et les deux jeunes garçons éloignés de quelques pas que Naruto sauta au cou de Kiba, l'agrippant au col pour le secouer d'un air hystérique.

« Nan mais ça va pas, t'es dingue ? » Paniqua-t-il à mi-voix. « Si tu voulais mourir, déjà, 'y a d'autres façons moins terrifiantes que d'aller voir ce psychopathe et puis t'étais vraiment obligé de m'embarquer avec toi ? Mais qu'est-ce que j'ai pu te faire de si horrible pour que tu veuilles te venger d'une manière aussi horrible ? »

Se détachant calmement de la poigne de Naruto en lui saisissant les poignets, Kiba garda un calme olympien qui inquiéta d'autant plus l'Uzumaki, plus habitué aux sautes d'humeur qu'à la patience de son meilleur.

« Calme-toi. Je te signale que si j'ai fait ça, c'est pour te sauver la mise. Tu préfères quoi ? Cinq minutes avec Orochimaru ou une heure d'humiliation avec le professeur Akasuna ? »

Naruto le considéra d'un air comique, partagé entre sa peur croissante de se retrouver face au 'monstre de l'infirmerie', et le bon sens des paroles de son meilleur ami. Il était vrai qu'à sa manière, Sasori pouvait être tout aussi terrifiant que l'infirmier.

« Allez, viens. »


« Buvez ça, monsieur Uzumaki. » Fit la voix suave de l'infirmier alors qu'il tendait à un Naruto aux muscles plus raides qu'une barre de fer un verre d'eau et deux cachets blancs posés au creux de sa main dont la peau paraissait presque translucide et sous laquelle se dessinaient parfois clairement les veines colorées.

Le jeune homme tremblait tellement sous le regard doucereux et le petit sourire en coin d'Orochimaru qu'il crut un instant que son verre allait se vider avant qu'il n'ait le temps de le mener à ses lèvres.

Kiba, quant à lui, attendait patiemment au coin de la pièce, les bras croisés et l'air désabusé. Il étouffa un soupir silencieux quand Naruto, parvenu à vider son verre dans sa bouche et à avaler les deux comprimés sans s'étouffer, posa le tout sur une table près du lit où il était assis.

« Bien, restez là un instant, que les pilules fassent effet puis vous retournerez en cours. Je vais vous préparer un mot. » Reprit l'aîné alors qu'il se dirigeait vers son bureau qui jouxtait la pièce.

Quand il disparut, lui et son sourire en coin, derrière la porte qui se referma sans un bruit, Naruto sentit son cœur repartir avec un profond soupir. Il sentit le matelas s'affaisser alors que Kiba prenait place à ses côtés en secouant la tête.

« Trouillard.

-Va te faire voir toi et tes idées lumineuses la prochaine fois… » Grogna l'Uzumaki. « Moi, je ne suis pas dénué de toute notion de peur et d'humanité, mÔsieur le téméraire ! Et puis je suis même pas malade et j'ai dû avaler ses comprimés bizarres, c'est peut-être dangereux !

-Il n'a pas le droit de te donner quelque chose de dangereux Naruto, c'est sûrement rien d'autre qu'un placebo. »

Le malade imaginaire détourna promptement le menton d'un air boudeur cependant que le coin des lèvres de l'Inuzuka se rehaussaient discrètement et qu'il se penchait en arrière jusqu'à s'allonger en travers du lit.

« A quoi tu pensais tout à l'heure ?

-Quoi ?

-En cours de littérature. A quoi tu pensais pour te faire pincer comme ça par le prof ? »

Naruto soupira et se laissa aller aux côtés de son ami avec le même air pensif.

« Ces types… Ils sont vraiment étranges. T'a vu comment ils ont réagi Samedi ?

-Quand t'as sorti ton proverbe à la noix sur l'autosatisfaction ?

-Hé ! C'est un vrai proverbe je te signale !

-Mais oui, mais oui… Donc, tu pensais à eux.

-Mh, ouais… » Il y eut un bref silence durant lequel Naruto replongea dans ses pensées alors que Kiba se perdait lui aussi dans une contemplation distraite du plafond. « J'ai envie d'y aller.

-Pardon ? »

L'Inuzuka tourna la tête vers son comparse qui continuait de regarder les dalles sales et abimées au-dessus de lui.

« J'ai envie d'aller à La Lune Rouge.

-Tu dérailles ? » Fit Kiba en se redressant sur ses coudes, les sourcils froncés.

-Non.

-Naruto, on n'a plus six ans et si on se fait chopper, ce sera autrement plus sévère que la première fois.

-Mais je suis sûr qu'ils cachent un truc ! » Se défendit le susnommé en se relevant.

Son comparse le suivit du regard, clairement opposé à l'idée de son meilleur ami.

« Naruto, ça vire à la paranoïa. On n'est pas dans un film, on n'a pas le droit d'intervenir dans la vie privée des gens en les suivant comme ça ou en les soupçonnant de cacher quelque chose sur une simple intuition ! C'est la vie réelle, et on risque d'avoir de vrais problèmes ! » Eructa Kiba. « Naruto qu'est-ce que tu fais ? »

L'Uzumaki fouilla ses poches un instant sans répondre et en extirpa quelques billets et de la petite monnaie.

« Samedi, ils ont payé dix fois trop pour trois simples cafés. J'ai pas remarqué tout de suite mais avec toute la monnaie en trop que ça représente, c'est une très bonne excuse pour aller leur rendre visite ! » Il ponctua sa phrase d'un sourire angélique.

-Naruto, vu leurs moyens de transport, ce genre de monnaie doit sûrement être le cadet de leurs soucis… »

Le jeune homme ne l'écouta pas, recomptant un instant avant de remettre la monnaie dans sa poche.

« C'est bon, j'ai tout.

-Non. Naruto c'est hors de question. » Kiba s'était relevé et fixait sévèrement son comparse. Celui-ci haussa les épaules d'un air défiant.

« Tu fais comme tu veux, mais moi j'y vais.

-Comment ça, 't'y vas' ? Tu comptes quand même pas quitter les cours maintenant !

-Bah, si je passais une journée entière dans ce bahut, ça paraitrait suspect. » Répondit nonchalamment Naruto.

-Naruto… » Gronda l'Inuzuka.

-Alors ? Tu m'accompagnes ? »

Kiba plissa des yeux menaçants, fusillant du regard son meilleur ami et la lueur malicieuse qui s'était allumée au fond de ses yeux saphir. Il tint une dizaine de secondes dans le silence le plus complet puis ses épaules s'affaissèrent alors qu'il poussait un profond soupir.

Il capitulait.

« Si tu savais comme tu peux être énervant des fois… »


« J'y crois pas… On va encore avoir des problèmes, je le sens… »

Accroché à une lanière de cuir du bus vide qui les ramenait vers les routes tortueuses de la montagne, Kiba maudissait son meilleur ami sur des centaines de générations depuis qu'ils avaient filé en catimini du lycée, laissant le bon soin à leurs camarades de récupérer leurs affaires pour prendre le premier bus qu'ils avaient croisé en direction de La Lune Rouge.

Naruto n'avait plus pipé un mot depuis le début du voyage et, debout lui aussi, il fixait le paysage d'un air absent. Kiba eut un petit sourire amusé et – même s'il ne l'avouerait jamais – attendri en comprenant le trouble de son meilleur ami. Cette sensation étrange, douce et à la fois inconnue, cette mélancolie qui n'avait au final rien de désagréable coulait en lui comme de l'eau, comme elle devait couler en Naruto actuellement, et il devina rapidement vers qui les pensées de l'Uzumaki se tournaient. Néanmoins, une ride d'inquiétude barra doucement son front et attrista son regard une imperceptible seconde quand sa raison reprit le dessus.

Ca ne rimait à rien. Naruto avait raison, ces types étaient étranges et même s'il refusait de croire à quelque chose d'aussi farfelu qu'un complot contre la race humaine, la tournure que prenaient les choses ne cessait de renforcer sa méfiance. De toute façon, ils étaient bien trop différents, ils n'avaient rien à faire ensemble, n'appartenaient même pas au même monde. Naruto finirait par s'en rendre compte seul, pourtant il se surprit à prier, une imperceptible seconde, pour que cela arrive de la manière la moins douloureuse et le plus tard possible.

A son tour, il tourna la tête vers les vitres derrière lesquelles la végétation devenait de plus en plus dense au fil de leur montée et, avec une grimace, il ne put s'empêcher de voir un magnifique – il était forcé de l'admettre – visage hautain et sardonique se refléter sur la vitre.

Ses doigts se resserrèrent sur la poignée de cuir et ses dents grincèrent. Ce type était un véritable parasite. Non content de le rendre chèvre à chaque fois qu'ils se rencontraient quelque part, il venait en plus empoisonner son esprit quand il n'était pas là.

Neji Hyūga menaçait bien de devenir le plus grand fléau de sa vie et voilà qu'il se jetait consciemment et de plein gré dans l'antre de la bête. Un relent d'honnêteté lui souffla que s'il avait cédé si facilement, c'était peut-être que lui aussi avait espéré quelque chose mais il préféra ignorer cette pensée qu'il enterra rapidement sous une bonne couche d'hypocrisie. Ca n'allait tout de même pas être sa faute par-dessus le marché !

Non vraiment, il allait falloir qu'il discute sérieusement avec Naruto et qu'il reprenne le dessus, où il préférait ne pas imaginer ce qui allait assurément leur arriver s'il continuait à s'en remettre à son ami un peu trop intrépide.

Néanmoins, le petit sourire qui éclairait encore le visage de Naruto quand il posa son regard sur lui le convainquit de remettre son sermon à plus tard. De toute façon, au stade où ils en étaient, ils ne pouvaient plus faire demi-tour dans cette galère. Du moins par pour le moment.


La sonnerie retentit dans tout le lycée et Ino lança un nouveau regard inquiet vers les places toujours désespérément vides de ses deux amis. Depuis qu'ils étaient partis à l'infirmerie, pourtant en début d'heure, ils n'étaient toujours pas revenus.

Seul, Ino aurait soupçonné Naruto de s'être tout bonnement octroyé une après-midi tranquille mais Kiba était avec lui et elle doutait fortement qu'il la lui aurait accordée avec un sourire et un 'bien sûr' bienveillant. Elle soupira et rangea calmement ses affaires.

Quand elle se redressa dans l'idée d'aller récupérer les sacs de ses deux collègues, elle vit le professeur lui faire signe de le rejoindre à son bureau. Intriguée, elle s'approcha alors que l'aîné venait appuyer ses reins contre le bord du bureau, les bras croisés sur son torse. Deidara s'était éclipsé à la porte pour faire sortir les élèves avec son sourire devenu légendaire dans toute l'école. Voire dans tout le village.

« Mademoiselle Yamanaka, pourrais-je vous demander un service ? » Elle hocha la tête. « Pourriez-vous aller voir ce que font messieurs Uzumaki et Inuzuka ? J'adresserai un mot d'excuse au professeur de votre prochain cours pour excuser votre retard. »

Encore une fois, elle acquiesça avec un 'oui monsieur' respectueux et fila hors de la classe pour se diriger d'un pas pressé vers l'infirmerie. Elle lança un coup d'œil entendu à Tenten qui avait pris soin de récupérer les deux sacs et disparut au tournant d'un couloir.

Cinq minutes plus tard, elle fronçait des sourcils inquiets en avisant la porte de l'infirmerie fermée à double-tour. De toute évidence, Orochimaru n'était plus là et il n'y avait personne à l'intérieur. Elle eut un soupir contrarié, de plus en plus inquiète, mais parvint à reprendre le dessus en priant pour que ses deux amis aient simplement pris l'initiative de les attendre devant la salle de leur prochain cours.

Elle fouilla fébrilement dans la poche de son sac posé sur sa hanche et en ressortit un petit portable au bout duquel pendait une petite framboise en plastique – un cadeau de Kankurō à l'occasion d'une sortie dans une fête foraine – et sur lequel elle pianota une brève seconde.

Kiba, premier essai.

Les bips sonores l'impatientèrent quelques secondes avant qu'on ne consente à décrocher.

« Allô Kiba ? »

« Nan, c'est Tenten, il a laissé son portable dans son sac. »

« Eh mince… »

« Ils sont pas à l'infirmerie ? »

« Non. Regarde si Naruto aussi a laissé son portable dans son sac, s'il-te-plait. »

« Attends une seconde… Apparemment non, je le trouve pas. »

« D'accord merci. »

« 'Y a pas de quoi. Par contre dépêche-toi, le prof vient d'arriver. »

« Oui oui, j'arrive. »

La jeune femme raccrocha et tapota à nouveau sur le clavier du téléphone avant de le coller à son oreille.

Cette fois personne ne répondit, même après trois essais et nerveuse, elle rangea son téléphone dans son sac et reprit le chemin de sa classe au pas de course.

Dès qu'elle aurait remis la main sur eux, ils allaient l'entendre.


Kiba frissonna et tira machinalement sur les manches de son pull en laine qui recouvrait les deux tiers de ses mains sous son manteau. Il releva la bouche et leva son nez qui dépassait de sa lourde écharpe vers la silhouette de son meilleur ami – qui ne le resterait plus longtemps à ce rythme là – immobile devant la vieille cabane abandonnée. Il enjamba rapidement la pente couverte de graviers et d'une fine couche de neige pour rejoindre l'Uzumaki à côté duquel il s'arrêta à son tour pour toiser la vieille bâtisse d'un regard circonspect.

« Tu- »

Le croassement d'un corbeau et le bruit d'un coup d'aile sec les firent sursauter et se retourner comme un seul homme, le cœur battant. Les sourcils froncés pour Kiba et l'air apeuré pour Naruto, ils regardèrent l'oiseau s'éloigner dans le ciel grisâtre, laissant derrière lui quelques plumes d'un noir brillant qui furent bientôt emporter par un vent froid.

Naruto peina à déglutir et tourna son regard inquiet vers son comparse qui lui renvoya un coup d'œil assassin.

« Je te signale que c'est toi qui t'es entêté à aller les voir, maintenant t'assumes. » Gronda-t-il sévèrement.

Puis il se remit en marche, les mains profondément enfoncées dans les poches de son manteau et le bas de son visage contrarié niché sous son écharpe.

Cet idiot de piaf lui avait fichu une peur bleue mais il était absolument et définitivement hors de question qu'il le fasse savoir à Naruto. Déjà que ce crétin était mort de trouille…

« Bon, tu te dépêches ou tu attends de voir pousser le gazon ? »

L'Uzumaki gémit misérablement en voyant que celui qui se disait être son ami continuait à avancer, sans hésiter une seule seconde à l'abandonner comme une vieille chaussette.

« Attends-moi ! »

Trottinant jusqu'à Kiba, il se garda bien de le dépasser cette fois-ci, restant soigneusement derrière lui lorsqu'il poussa la porte battante dont un des vieux gonds avait cédé.

La porte grinça à nouveau, au moins autant que les dents de l'Inuzuka. Ils n'étaient pas dans un film d'horreur bon sang, et il n'y avait aucune raison de paniquer. Et puis le corbeau, la porte grinçante, c'était d'un classique presque insultant.

Et Naruto qui ne cessait de claquer des dents dans son oreille…

« Arrête de trembler ! » Chuchota-t-il sans vraiment savoir pourquoi, mais d'une voix exaspérée. « On est déjà venu ici quand on était gosses, et t'es revenu tout seul 'y a pas un mois en un seul morceau, non ? Alors arrête de claquer des dents, tu m'énerves. »

Kiba fit courageusement volte-face, suivi de près par les petits pas nerveux de son acolyte.

La vérité c'était que la première fois qu'ils étaient venus, ils avaient été tout aussi terrorisés par ce décor de film d'horreur qu'aujourd'hui. Qu'ils aient six ans ou dix-sept, le résultat restait le même. Un résultat très peu réjouissant d'ailleurs.

Ils s'arrêtèrent à nouveau face au vieil escalier et Naruto nota avec une inquiétude croissante que les lattes avaient l'air dangereusement fragiles, prêtes à craquer sous son poids. Il n'y avait pas fait attention dans l'urgence de la situation, la première fois lorsqu'il s'était lancé à la poursuite d'Akamaru mais maintenant qu'il s'y attardait, il ne pouvait s'empêcher de se traiter d'idiot suicidaire trop impulsif. Un jour, ça le tuerait. Il priait juste pour que ce jour ne soit pas celui-là.

Il poussa un glapissement effrayé en constatant que Kiba était déjà en haut et continuait d'avancer d'un pas résolu. La peur de rester tout seul dans cette maison des horreurs fut suffisante pour le faire grimper les marches quatre par quatre sans un regard en arrière.

Puis, alors qu'il allait atteindre l'étage, la dernière marche craqua violemment sous son poids, manquant d'entraîner sa cheville qu'il sauva in-extremis d'un bond en avant.

« Naruto, mais bon sang qu'est-ce que tu f- Naruto ! »

Emporté dans son élan, l'interpellé n'était pas parvenu à piler et basculait maintenant vers son futur ex-meilleur ami qui tituba en arrière dans une vaine tentative de lui échapper qui se solda par un échec cuisant et une chute douloureuse contre la porte. Celle-ci s'ouvrit d'un coup sec sous leur poids, les laissant chanceler un bref instant avant qu'ils ne dégringolent dans un mélo de bras et de jambes, en plein dans la poudreuse.

Le silence reprit ses droits après ce concert de cris et d'invectives, les deux garçons allongés dans la neige de tout leur long. Naruto poussa un gémissement douloureux et rouvrit doucement les paupières pour voir qu'il s'était étalé sur Kiba qui, heureusement pour lui, ne semblait pas encore avoir reprit ses esprits, à en juger par sa grimace et ses yeux furieusement fermés.

Il cilla, déjà douloureusement conscient des conséquences de son acte, et se releva en attrapant le poignet de l'Inuzuka qu'il redressa du même coup. Il le vit tituber d'un air inquiet, une main sur sa tempe mais lorsqu'il rouvrit des yeux gorgés d'une colère sourde et qui réclamait vengeance, il se demanda brièvement s'il n'aurait finalement pas préféré que le jeune homme reste évanoui.

« K-Kiba, j-je suis vraiment désolé, je voulais pas, j'te jure ! » Et d'agiter les mains d'un air apeuré et désespéré en reculant au rythme des pas de la silhouette menaçante de son futur bourreau qui, lui, avançait dans sa direction.

-J'avais déjà prévu de te tuer après cette escapade, tu sais, mais là, je vais te tuer et te torturer… »


Ils étaient redescendus.

Après une brève course-poursuite durant laquelle Naruto avait vaillamment tenté de sauver sa peau en prenant pour cela ses jambes à son cou, ils s'étaient finalement et sans trop savoir comment, retrouvés devant l'immense manoir qu'était la Lune Rouge mais s'étaient heurtés à une grille immense et noire qui séparait le vaste jardin admirablement bien entretenu malgré la neige persistante, du reste du chemin accidenté.

Ils s'étaient regardés, hésitant à appuyer sur la petite sonnette sur le muret près des grilles puis brusquement, quelque chose avait attiré l'attention de Naruto. Un regard.

Un regard qui se trouvait à plusieurs mètres du sol, derrière la vitre d'une des pièces de l'aile ouest, au dernier étage de surcroit, mais que Naruto avait vu comme s'il s'était trouvé face à eux. Un regard rouge et étincelant, sur une face noire et insondable qu'il n'était pas parvenu à distinguer. Non, il n'y avait eu que ses yeux, cet éclat carmin sur le tableau blanc et noir du paysage qui l'entourait alors qui l'avait interpellé.

Kiba avait dû sentir son trouble et l'avait sorti de cette étrange et fascinante contemplation en posant une main inquiète sur son épaule. Il avait lentement tourné la tête vers lui, avec l'impression que les pupilles écarlates s'étaient imprimées sur ses rétines mais les appels de plus en plus anxieux de son meilleur ami avaient finalement réussi à le ramener sur terre, comme s'il se réveillait tout juste d'un mauvais rêve. Kiba l'avait fixé sans rien dire de longues secondes, sûrement dans l'attente d'une réponse qui s'était d'abord manifestée sous la forme d'un bégaiement incohérent avant qu'il ne secoue la tête, la main sur son front.

Kiba avait soupiré bruyamment, sûrement plus par anxiété que par irritation, et avait lâché qu'il était préférable de rentrer. Le sous-entendu avait été clair. Il fallait laisser tomber cette histoire.

L'Uzumaki s'était résigné, encore perdu par cette vision étrange, et avait docilement suivi l'Inuzuka qui n'avait alors plus cessé de lui lancer de petits regards en biais, attentif à ses réactions, tout au long du chemin. Même le passage dans la maison abandonnée s'était fait dans le silence tout juste troublé par les gémissements du parquet sous leurs semelles.

Depuis, l'Uzumaki se sentait toujours mal à l'aise, comme si le regard écarlate lui collait à la peau mais surtout, il se sentait inexplicablement déçu. Il avait l'impression d'abandonner quelque chose d'important avant même de l'avoir commencée. C'était… gênant comme sensation. Dérangeant, même.

Naruto sortit brusquement de ses songes quand un dos d'âne le fit sursauter et relever la tête d'un coup, aux aguets.

Apparemment, le conducteur n'avait pas tout à fait compris l'utilité de ce ralentisseur puisqu'il devait avoir accéléré quelques mètres plus tôt et semblait maintenant s'être endormi sur la pédale de l'accélérateur.

Naruto peina à déglutir et crispa durement ses doigts sur la lanière à laquelle il s'accrochait, enfonçant ses ongles courts dans le cuir, tandis qu'un long frisson parcourait son dos.

Bon sang, cet idiot voulait les tuer ou quoi ?

D'autant que s'il avait déjà failli faire une attaque dans la voiture de l'Uchiwa lorsqu'il l'avait ramené au village, ce chauffeur là semblait avoir beaucoup moins de maitrise que le mystérieux jeune homme et surtout, Naruto doutait que même avec la maitrise de Sasuke, on puisse réellement se permettre de prendre les virages à une telle allure dans un véhicule aussi imposant qu'un bus.

Il tenta de reprendre contenance et de calmer les battements affolés de son cœur, dans l'espoir de pouvoir au moins adresser un mot à Kiba qui avait fermé les yeux et semblait s'être invraisemblablement endormi debout, les écouteurs vissés dans les oreilles et visiblement peu gêné des manœuvres de fou furieux de leur conducteur qui manquait de les envoyer dans le décor à chaque tournant.

Il tendait la main vers l'Inuzuka lorsque, brusquement, il plongea réellement en plein cauchemar.

Son regard fut attiré par les phares d'une voiture qui apparurent brusquement à un virage face à eux et il eut tout juste le temps d'écarquiller les yeux que les klaxonnes se mirent à tonner violemment dans l'air. Il entendit le crissement insupportable des pneus sur le béton déchirer l'atmosphère et soudain, le claquement sec du rétroviseur qui s'était brisé contre un tronc.

Secoué par le heurt violent, son épaule rencontra douloureusement le coin d'un siège et il vit du coin de l'œil le conducteur de la voiture qui venait d'apparaitre jurer et tenter de les éviter dans une manœuvre désespérée, tournant encore et encore son volant. Naruto se fit immédiatement la réflexion que c'était trop tard en le voyant foncer inexorablement droit sur eux.

L'impact le propulsa sur le côté et cette fois, il heurta violemment le corps de Kiba. Il entendit avec effroi un bruit matte suivi de l'éclat de la vitre, étouffé par le vacarme assourdissant des pneus et des branches qui rayaient la carrosserie du bus, ainsi que le klaxonne qui continuait de retentir comme un coup de tonnerre.

« Kiba ! »

Il reçut dans ses bras le corps inerte de l'Inuzuka et c'est à ce moment que la panique prit le pas sur sa terreur. Il enserra par réflexe le torse de Kiba contre lui et se terra au sol, contre le mur et un des sièges en fermant furieusement les yeux.

En attendant que tout s'arrête même si tout semblait sans fin.

Et le bus continuait de zigzaguer, son dos heurtait sans relâche le mur derrière lui, le vacarme infernal ne s'arrêtait toujours pas… Il se sentait balloté à droite et à gauche, le cœur au bord des lèvres, le sol tressautant violemment sur les pierres qui jonchaient la route. Il s'entendit vaguement gémir, apeuré, avant que, dans un dernier dérapage, tout s'arrête pour de bon.

Le véhicule était immobile.

Enfin.

Tremblant, Naruto resta crispé, recroquevillé sur lui-même et sur le torse de son meilleur ami de longues secondes avant d'oser relever les yeux vers le chauffeur qui avait posé sa tête contre son volant, le souffle court, le visage rouge et gonflé et les tempes humides.

Il était encore trop choqué pour prononcer un mot et n'avait même plus la force de se relever pourtant il manqua de se déboiter une vertèbre en tournant la tête quand il perçut quelques murmure inaudibles entre ses bras.

« K-Kiba… » Murmura-t-il face au visage exsangue de son meilleur ami au menton duquel coulait un mince filet de sang.

-L-Les urgences… » Il le vit grimacer et serrer les dents avant de se détendre dangereusement et de tomber dans l'inconscience.

-Kiba !

-Qu'est-ce qu'il a ? » Le chauffeur s'était enfin tourné vers eux, ses sourcils grisonnants sévèrement froncés par l'inquiétude.

Naruto ne répondit pas mais enleva doucement ses doigts des cheveux de l'Inuzuka pour les découvrir tièdes et sanguinolents. Ses pupilles se rétractèrent.

« Les urgences…

-Quoi ?

-Appelez les urgences ! »


Allongé dans un brancard, Naruto tenta de se relever sur ses coudes en voyant celui où son meilleur ami avait été installé sortir de l'ambulance et se diriger vers un couloir de l'hôpital différent du sien.

« Attendez, il- »

Une main pâle se posa sur sa poitrine et l'obligea doucement à se recoucher tandis que deux orbes verts au calme rassurant rencontraient son regard et l'astreignaient à rester immobile.

« Ne t'inquiète pas, ils vont s'occuper de lui mais il faut que l'on s'occupe de toi également. »

Il ouvrit la bouche et la referma, sans trouver quoi répondre. Il se contenta finalement de hocher la tête et suivit malgré tout des yeux les silhouettes des ambulanciers qui s'activaient autour de Kiba jusqu'à ce qu'ils disparaissent au tournant d'un couloir.


« Alors ? Tu as réussi à les avoir ?

-Non. Je devrais peut-être aller faire un tour chez eux ?

-Ino, ne t'inquiète pas, ils vont forcément finir par revenir. On a encore leurs affaires.

-Ah… Oui, tu as sûrement raison… »

Pourtant la jeune femme ne semblait pas du tout rassérénée par les mots de son amie, tordant nerveusement ses longs doigts blancs et longilignes et pinçant incessamment ses lèvres roses. Son regard cristallin vacillait, ne s'accrochait à rien et déviait sans arrêt d'une personne à une autre, d'un objet à un autre, trahissant sa nervosité.

C'était comme… Comme si son propre instinct tentait de la prévenir de quelque chose, c'était au-delà de l'angoisse. Peut-être que la fatigue qu'elle avait accumulée ces derniers temps, aidant tantôt son père à la librairie, tantôt sa mère au magasin de fleurs, jonglant entre les cours, ses devoirs et son travail de serveuse, y était aussi pour quelque chose... Du moins c'est ce qu'elle s'efforçait de penser. Elle avait déjà tenté à plusieurs reprises d'inspirer profondément en courbant ses lèvres entrouvertes en un « o » parfait, les paupières closes mais rien n'y faisait.

Cet appel à l'aide diffus hantait son esprit, comme un morceau de pensée incohérent et isolé qui étrangement, la rattachait à l'image de Kiba, d'avantage qu'à celle de Naruto. Pourtant elle s'inquiétait pour les deux et ne parvenait pas à comprendre pourquoi le visage de l'Inuzuka primait dans ses pensées.

Elle sursauta quand le portable de Kiba qu'elle avait solidement gardé entre ses doigts se mit à vibrer, diffusant les notes calmes de la version acoustique de Live is Beautiful. La voix de James Michael (1) n'eut pas le temps d'entamer les paroles que déjà, elle décrochait fébrilement pour plaquer le téléphone à son oreille sans chercher à regarder le numéro.

« Allô ? »

« O-oui ? »

« Excusez moi de vous déranger mais est-ce que vous êtes de la famille de Kiba Inuzuka ? »

« Non, je… Je suis une amie mais qui êtes-vous ? »

« Je suis secrétaire médicale à l'hôpital. Navrée de vous l'apprendre ainsi mais Kiba Inuzuka et Naruto Uzumaki ont eu un accident. »

Une exclamation terrifiée traversa les lèvres de la jeune femme qui plaqua une main tremblante sur sa bouche et manqua de laisser tomber le téléphone. Ses jambes se dérobèrent sous elle.

« Ino !

-Ino ! »

Les bras de Kankurō qui venait d'arriver se refermèrent sur le corps de la jeune femme avant qu'elle ne touche le sol. Tenten, à ses côtés, rattrapa le portable qui menaçait de tomber d'entre ses doigts lâches et plaqua le petit appareil à son oreille.

« Allô ? Que se passe-t-il ? Qui est à l'appareil ? »

« Je suis secrétaire médicale à l'hôpital. Vos amis ont eu un accident de voiture. »

« Oh Seigneur… C-Comment vont-ils ! »

« L'un des deux est dans le coma. »

A suivre…


1 : Chanteur du groupe Sixx A.M.

Voilà ^.^ Enfin il se passe quelque chose ! (oui oui, je sais, c'est pas trop tôt)

Je ne vois rien de spécial à éclaircir dans ce chapitre mais si vous avez des questions, comme toujours, n'hésitez pas ^^ N'hésitez pas non plus à me donner votre avis !

Allez, bye,

SC